APPRENDRE À TRADUIRE LE SENS: RÉFLEXIONS SUR LA MÉTHODOLOGIE DE LA LANGUE SECONDE POUR LA TRADUCTION – THOMAS, Nadine (Universitat Pompeu Fabra, Barcelona)

“Comment concevoir un cours de langue seconde pour de futurs traducteurs? L’ouvrage de Jean Delisle, L’analyse du discours comme méthode de traduction a été pour nous le tremplin de maintes réflexions. On confine souvent le rôle de l’enseignement des langues à la transmission d’un savoir linguistique (le lexique et la grammaire), réservant au cours de didactique de la traduction le soin de développer les aptitudes fondamentales mises en jeu dans le processus traductionnel. Mais au-delà de ce cloisonnement des objectifs d’enseignement de l’un et l’autre cours, il nous semble qu’un cours de langue seconde (L2) peut aider, de façon plus fonctionnelle, les apprentis traducteurs à se préparer à l’exercice même de la traduction. Bien entendu, encore faut-il que le professeur de L2 ait pris conscience des buts poursuivis par l’activité traduisante et des mécanismes intellectuels qu’elle déclenche.”

“Dépassant le plan du système lexico-grammatical, c’est à l’analyse du discours que le professeur de L2 devra s’appliquer avec ses étudiants pour les aider au niveau de la compréhension du sens; et au niveau de la restitution du sens, au travail des techniques d’expression à des fins communicatives. L’analyse du discours comme méthode de traduction (Delisle, 1984), a pour corollaire l’analyse du discours comme méthode d’enseignement de la L2 pour traducteurs.”

“la traduction requiert en plus d’autres aptitudes non purement linguistiques.”

LD – langue de départ

LA – langue d’arrivée

“La phase intermédiaire de conceptualisation est essentielle: c’est celle où se croisent la démarche sémasiologique de déverbalisation et la démarche onomasiologique de reverbalisation.”

delisle1984

“le premier obstacle que rencontre l’étudiant inscrit en première année de Faculté de traduction, c’est lui-même; il se montre incapable de s’ouvrir à la différence.” “o primeiro obstáculo que encontra o estudante matriculado no primeiro ano da Faculdade de tradução é ele mesmo; ele se demonstra incapaz de se abrir às diferenças.”

“L’analyse intralinguistique doit permettre de saisir la trame des relations sémantiques qui unissent les mots et les énoncés d’un texte. Pour le professeur de L2, il est aisé de montrer que les mots, les phrases ne prennent vraiment leur sens qu’en contexte. Il peut proposer des exercices de paraphrase d’une série d’énoncés où un même mot apparaît avec des sens multiples, ou encore une même structure grammaticale avec différentes valeurs (ex.: le gérondif). L’exercice se révèle particulièrement intéressant appliqué aux connecteurs.”

“Souvent les étudiants s’en tiennent au premier niveau de compréhension, à celui de la langue: ils se contentent d’une opération de décodage négligeant le niveau du discours qui pourtant peut revêtir un mot, une phrase, d’une toute autre acception que celle qu’on leur reconnaît normalement hors contexte.”

Grellet – Apprendre à traduire

“Il peut proposer des exercices de réécriture d’un passage en faisant varier l’un ou l’autre paramètre de la situation de communication (le registre de langue, le public visé). Dans le même ordre d’idées, Grellet suggère aux étudiants d’imaginer comment différents types de personnes (politicien, scientifique, ouvrier) s’exprimeraient pour réaliser des actes de paroles bien définis dans une situation réelle de communication (Grellet, 1991)”

“On peut parler à demi-mot, à mots couverts, en voilant sa pensée. La pensée peut se déguiser sous les masques des euphémismes ou de l’ironie. La presse [pressa, imprensa!], qui exploite toutes les ressources expressives du langage, regorge d’allusions notamment dans les titres et recourt fréquemment à l’ironie. Pour vérifier la bonne compréhension des énoncés des articles de journaux par les étudiants, les exercices de paraphrase se révèlent à nouveau très éclairants car ils demandent d’expliciter les implicites. Il n’est pas inutile non plus de demander aux étudiants ce qu’un énoncé dans les limites de son sens structurel présuppose. Parfois, le simple déplacement d’un mot ou d’une locution dans une phrase, implique d’autres postulats silencieux: on ne transmet pas la même information en disant «je n’ai plus envie de fumer» qu’en disant «j’ai envie de ne plus fumer»”

Eu não estou mais com vontade de fumar / Vou tentar parar de fumar

Os cursos de línguas estão cheios de “fariseus culturais”, que sabem zero de História mas muito de bons restaurantes e pontos turísticos. Enfim, acerca de tudo que anda à la mode!

“Il est clair que la volonté d’envisager toutes ces composantes en classe de langue détermine le choix des textes par le professeur: ce choix doit être judicieux et des plus variés.”

“En effet, le dictionnaire, même unilingue, consigne les sens les plus usuels des mots, pas tous les sens qu’un mot est susceptible d’avoir dans tous les contextes et toutes les situations de communication. Instrument de décodage seulement, il ne dispense pas du processus d’interprétation, seule voie d’accès au sens plein d’un texte. Plus limité encore que le dictionnaire unilingue, le dictionnaire bilingue est loin d’épuiser les possibilités sémantiques des mots en contexte.” “Com efeito, o dicionário, ainda que unilíngüe, enumera apenas os sentidos mais usuais das palavras, e não todos os sentidos a que uma palavra está suscetível em todos os contextos e todas as situações de comunicação. Instrumento de decodificação somente, ele não conta com nenhum processo de interpretação, a única via de acesso ao sentido pleno de um texto. Mais limitado ainda que o dicionário unilíngüe, o dicionário bilíngüe está longe de esgotar as possibilidades semânticas das palavras em seus contextos.”

“Véritable miroir aux alouettes [?], les mots matériels d’un texte à traduire exercent un tel pouvoir d’hypnose que l’apprenti traducteur a bien du mal à s’en détacher. Cependant pour être fidèle au sens, il faut souvent renoncer à être fidèle aux mots. Les formes de la langue de départ, s’interposent, font écran à la transmission exacte du sens. Comment le professeur de L2 peut-il aider l’étudiant à résister à l’emprise des formes? Tout d’abord, en lui enseignant à prendre ses distances vis-à-vis du texte de départ par la méthode de l’exégèse que nous avons décrite précédemment: la prise en considération des données extralinguistiques et de l’organicité textuelle oblige l’étudiant à passer du plan de la langue et des mots au domaine de la pensée et des concepts. Ensuite, puisque «traduire consiste à dissocier mentalement des notions de leurs formes graphiques afin de leur associer d’autres signes puisés dans un autre système linguistique» (Delisle 1984:40), le professeur de L2 multipliera les exercices voisins de la déverbalisation et de la reverbalisation: par exemple, retrouver l’architecture d’un texte, le schéma sur lequel il est construit (sorte de déverbalisation); rédiger un texte à partir d’un plan (sorte de verbalisation); prendre des notes à l’écoute d’un discours et construire un nouveau texte à partir de ces notes; avec des étudiants encore débutants, on peut se livrer à des exercices de traduction intersémiotique (verbaliser des signaux ou des panneaux se fait d’autant plus facilement que l’écran d’une autre langue n’existe pas); tous les exercices de paraphrase tendent à encourager les étudiants à s’affranchir des formes et de plus, les obligent à expliciter tout le non-dit d’un message; enfin, parce que des traductions peuvent être correctes mais ressembler fâcheusement à des traductions, il est bon d’attirer l’attention sur les traits caractériologiques (Delisle 1984:244) de la langue étrangère, sur son génie propre, et d’apprendre à utiliser à bon escient les locutions idiomatiques particulièrement expressives.

          Que faire en cas de blocage au niveau de la reverbalisation des concepts, quand l’appréhension du sens n’est pas immédiatement suivie de l’activation des formes adéquates de la langue d’arrivée? Delisle préconise ce qu’il appelle le «raisonnement analogique» (1984:82). Il s’agit d’un travail de prospection des ressources expressives de la langue d’arrivée pour matérialiser le sens qui a été saisi. Le traducteur doit procéder à des associations successives et à des déductions logiques. Nous allons nous permettre d’illustrer ceci par un exemple de difficulté rencontrée avec les étudiants au cours de traduction dans un extrait de Mariona Rebull d’Ignacio Agustí.”

“Comment traduire en français «el sopor del sueño»? On peut choisir la solution de facilité et traduire l’expression par un seul mot: le sommeil. Mais cette traduction est appauvrissante car «sopor» sujet de «vencer» est un terme très concret exprimant avec bonheur la sensation qui gagne l’enfant. Les étudiants qui ont recours au dictionnaire bilingue sont bloqués: la traduction codifiée (assoupissement) donne «l’assoupissement du sommeil», expression pléonastique inacceptable en français.” Como se fôra: a dormência, a letargia do sono. Engourdir: mergulhar no torpor. Estuporar.

“c’est la dynamique interne du discours d’arrivée qui doit commander le choix définitif des structures syntaxiques; on ne doit pas hésiter à faire des remodelages par rapport au texte original, comme redistribuer quelques éléments d’information, étoffer une ellipse qui crée un flou, élaguer la formulation pour éviter une redondance, resserrer les liens qui unissent les idées en utilisant judicieusement déictiques et connecteurs.”

“Enfin, beaucoup d’étudiants ont tendance à écrire comme ils parlent, avec le même laxisme. Or la langue écrite se plie aux règles de grammaire, d’orthographe et de ponctuation et obéit à une syntaxe rigoureuse. Le traducteur doit être un excellent rédacteur et sa devise: justesse, clarté et concision. Pour perfectionner le savoir-dire en fonction de la situation de communication et enrichir les moyens d’expression, c’est avec profit que l’étudiant s’entraînera à convertir une série de phrases détachées en un discours articulé et cohérent, réécrire une phrase, un énoncé, un paragraphe à l’aide de formules plus imagées (en utilisant des expressions idiomatiques) ou de formules plus concises (en imaginant par exemple que des contraintes d’édition forcent à réduire la longueur du texte), améliorer un texte après avoir identifié les incorrections et les maladresses (mots mal employés, liaisons imprécises, redondances, zeugmes) ainsi que les incongruences (inadéquation du style, du ton, du registre de langue à la nature du message et à l’objectif qu’il poursuit).”

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