L’ÉTAT MENTAL D’AUGUSTE COMTE – Georges Dumas

In: Revue philosophique de la France et de l’étranger, 1898.

il s’abstint non seulement de journaux, mais de toute espèce de revue, et même de toute lecture, à l’exception de quelques auteurs de choix anciens ou modernes.”

Adopter une pareille hygiène, s’isoler volontairement du monde actuel, ne connaître ni les objections ni les protestations que l’on soulève, ne vivre qu’avec ses propres pensées et ne juger ses propres conclusions qu’en les confrontant avec ses propres principes, c’est se condamner fatalement à construire à côté de la réalité, à systématiser de force comme de gré le monde et les choses.”

Comte fut ainsi porté à prendre des libertés de plus en plus grandes envers les hypothèses; il crut pouvoir, pour des exigences personnelles de système, les subordonner à l’esthétique, et finalement à la sociologie; il arriva progressivement à la conception des hypothèses plus utiles que vraies dont il abusa.”

Si l’on ajoute qu’à partir de 1848 le fondation du subside éloigna de plus en plus Auguste Comte de la vie pratique et lui permit de consacrer tout son temps à la méditation, on sera, je crois, em mesure d’apprécier avec impartialité ses spéculations les plus hardies.”

La théorie de Gall ne lui suffisant pas, il la refit a priori, em vertu de principes très contestables qu’il posait comme des axiomes. Or l’étude des fonctions mentales ne pouvant mieux se faire, d’après Comte, que dans l’ordre social où ces fonctions se projettent, c’est la sociologie qu’il chargea de dénombrer les fonctions cérébrales.”

Il était devenu presque indifférent à la preuve pourvu qu’il obtînt la cohérence théorique, et d’autre part il avait fini par croire, avec une assurance pleine de sérénité, que les conjectures mêmes qu’il enfantait ne pouvaient manquer de se trouver vraies finalement.” Stuart Mill

Il avait toujours eu beaucoup de sympathie pour le fétichisme, cette conception primitive de la théologie qui regarde tous les corps, soit naturels, soit artificiels, comme animé; il y voyait des analogies très grandes avec la conceptions de la synthèse subjective”

C’est dans cet esprit que Comte suppose que la Terre, le Grand Fétiche, aujourd’hui volonté aveugle et bienveillante, a été autrefois intelligente, qu’elle a cherché, préparé, avec conscience, les conditions du véveloppement social; il ´’etend aux autres planètes les mêmes fictions, il peuple de volontés bonne l’Univers régi par des lois, et pour notre humanité il institue le culte de la terre.” “Le culte du Grand Milieu, de l’Espace, s’ajoute ainsi au culte du Grand Fétiche et du Grand Être, et la Trinité positive est constituée.”

À ce besoin de trouver coûte que coûte le nombre 3 et une trinité, on peut soupçonner des influences de son enfance catholique, car on sait que ces influences, tout endormies que’elles paraissent, se réveillent parfois, non sans force, au déclin de la vie.” Littré

Ces caractères une fois établis, nous devons introduire dans tous les actes de la vie autant de nombres sacrés ou premiers que les circonstances le permettent; Comte demande 3 prières par jour, il fixe le nombre de sacrements à 7; il choisit, quand il écrit son testament, 13 exécuteurs testamentaires; il pensa, et il agit autant qu’il le put par 1, 2, 3, 7 e 13. Dans la préface du dernier volume de sa Politique, il nous annonce que pour éviter les phrases trop longues dont quelques lecteurs se sont plaints, il n’a jamais permis qu’aucune excédat 2 lignes de manuscrit e 5 d’imprimé; les alinéas eux-mêmes ont été restraints à 7 phrases.” “Les poèmes conçus sur ce type doivent comprendre 3 chants d’introduction, 7 chants pour le corps du sujet, 3 chants pour la conclusion, ce qui fait em tout 13 chants”

j’ajoute que si j’avais à m’occuper ici d’autre chose que de l’état mental du philosophe et des conceptions étranges qu’on lui a reprochées, ce n’est pas la seule ressemblance que je signalerais entre les deux systèmes d’Auguste Comte et de Platon.”

révolutionnaire était synonyme de négatif.”

De Maistre proposait un retour à l’unité théologique du passé, Comte voulait substituer au pouvoir de l’Église le nouveau pouvoir spirituel de la science, et les saint-simoniens prétendaient eux aussi organiser ce nouveau pouvoir. Tous éprouvaient le même besoin de dogmatisme e d’unité, mais ceux qui parleaient au nom de la science et d’un pouvoir spirituel non encore éprouvé, avaient une foi sans borne dans la religion nouvelle qu’ils annonçaient.

Saint-Simon, qui fut un moment le maître de Comte, se proclamait <le véritable pape>, le vicaire de Dieu sur la terre; il écrivait un <nouveau christianisme>.”

C’est par ces traits de caractère que Comte se rattache, non seulement aux socialistes de 1830, mais même aux romantiques. Comme eux il est hanté par l’idée des hommes prédestinés; il veut, luis aussi, être l’homme de Dieu; il se croit appelé à ce rôle <par l’ensemble des destinées humanines>; il parle de sa mission comme si elle lui avait été dévolue par le destin.”

Si l’on fait la part du milieu et du temps dans les extravagances que j’ai citées, je doute que l’orgueil de Comte paraisse supérieur à celui de la plupart des hommes de génie.”

Il avait été fou, cependant, maniaque d’après le diagnostic d’Esquirol, et 3 [!] fois au moins il fut menacé de rechute, mais j’ai montré comment il évita tout retour offensif de la maladie e quelle preuve de raison il donna dans la façon dont il lutta contre elle. Tout ce qu’on peut conclure de sa maladie mentale et de ces menaces, c’est qu’il avait un tempérament névropathique et qu’il fut pendant longtemps exposé aux congestions cérébrales.

Or, Auguste Comte ne crut jamais à la signification objective de ses hallucinations; bien mieux, il les gouverna, il les produisit à volonté, il choisit celles qui lui plaisaient le plus pour les évoquer suivant les moments et les jours, il les <systématisa>, comme il dit.”

Il fut plutôt quiétiste, c’est-à-dire qu’il se complut dans la paix de l’amour pur et crut y trouver le souverain bonheur: il conçut la vie comme une longue prière, il déclara qu’on se lasse d’agir et non d’aimer, il s’astreignit à certaines pratiques de chasteté, d’austérité, d’ascétisme pour se rapprocher de l’idéal de vie surhumaine qu’il avait conçu; c’est à cette conception du bonheur que se réduit son mysticisme.”

La conséquence c’est qu’on ne peut songer à présenter Comte comme un aliéné de génie, écrivant pendant le cours de as folie d’admirables chefs-d’oeuvre de logique et de raison; la vérité est moins merveilleuse: Comte a été fou em 1826, mais il a guéri rapidement et n’a jamais eu d’anormal que le tempérament que j’ai étudié. Ce tempérament a-t-il moins quelque rapport avec celui des comitiaux? Certainement non, à moins qu’on ne fasse de l’épilepsie la plus vague et la moins délimitée des névroses.L’épilepsie, même larvée, se caractérise par des troubles précis, par des amnésies symptomatiques, par des délires subits, des violences, des fugues, et nous ne trouvons rien d’analogue dans la vie et dans la pensée de Comte. Ce fut ni un génie épileptique ni un génie épileptoïde; ce fut pendant 10 mois un maniaque, et un névropathe pendant toute sa vie.”

La théorie des rapports de la folie et du génie repose donc sur des faits mal étudiés, sur des hypothèses injustifiées, et aboutit finalement à des explications vaines à peine capable de satisfaire le plus accommodant des métaphysiciens.”

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