L’ENCYCLOPÉDIE – ACCENT

ACCENT, s. m. Ce mot vient d’accentum, supin du verbe accinere qui vient de ad & cancre: les Grecs l’appellent W=RODWDIA, modulatio quoe syllabis adhibetur, venant de PRO\, préposition greque qui entre dans la composition des mots, & qui a divers usages. & WDH\, cantus, chant. On l’appelle aussi TO’NO, ton.”

Pour bien parler une langue vivante, il faudroit avoir le même accent, la même inflexion de voix qu’ont les honnêtes gens de la capitale; ainsi quand on dit, que pour bien parler françois il ne faut point avoir d’accent, on veut dire, qu’il ne faut avoir ni l’accent Italien, ni l’accent Gascon, ni l’accent Picard, ni aucun autre accent qui n’est pas celui des honnêtes gens de la capitale.”

Quoique l’on dise communément que ces signes, ou accens, sont une invention qui n’est pas trop ancienne, & quoiqu’on montre des manuscrits de mille ans, dans lesquels on ne voit aucun de ces signes, & où les mots sont écrits de suite sans être séparés les uns des autres, j’ai bien de la peine à croire que lorsqu’une langue a eu acquis un certain degré de perfection, lorsqu’elle a eu des Orateurs & des Poëtes, & que les Muses ont joüi de la tranquillité qui leur est nécessaire pour faire usage de leurs talens; j’ai, dis-je, bien de la peine à me persuader qu’alors les copistes habiles n’aient pas fait tout ce qu’il falloit pour peindre la parole avec toute l’exactitude dont ils étoient capables; qu’ils n’aient pas séparé les mots par de petits intervalles, comme nous les séparons aujourd’hui, & qu’ils ne se soient pas servis de quelques signes pour indiquer la bonne prononciation.

Voici un passage de Ciceron qui me paroît prouver bien clairement qu’il y avoit de son tems des notes ou signes dont les copistes faisoient usage. Hanc diligentiam subsequitur modus etiam & forma verborum. Versus enim veteres illi, in hâc solutâ oratione propemodum, hoc est, numeros quosdam nobis esse adhibendos putaverunt. Interspirationis enim, non defatigationis nostroe, neque Librariorum notis, sed verborum & sententiarum modò, interpunctas clausulas in orationibus esse voluerunt: idque, princeps Isocrates instituisse fertur. Cic. Orat. liv. III. n. XLIV. « Les Anciens, dit-il, ont voulu qu’il y eût dans la prose même des intervalles, des séparations du nombre & de la mesure comme dans les vers; & par ces intervalles, cette mesure, ce nombre, ils ne veulent pas parler ici de ce qui est déjà établi pour la facilité de la respiration & pour soulager la poitrine de l’Orateur, ni des notes ou signes des copistes: mais ils veulent parler de cette maniere de prononcer qui donne de l’ame & du sentiment aux mots & aux phrases, par une sorte de modulation pathétique ». Il me semble, que l’on peut conclurre de ce passage, que les signes, les notes, les accens étoient connus & pratiqués dès avant Ciceron, au moins par les copistes habiles.”

Les Grecs paroissent être les premiers qui ont introduit l’usage des accens dans l’écriture. L’Auteur de la Méthode Greque de P. R. observe que la bonne prononciation de la langue Greque étant naturelle aux Grecs, il leur étoit inutile de la marquer par des accens dans leurs écrits; qu’ainsi il y a bien de l’apparence qu’ils ne commencerent à en faire usage que lorsque les Romains, curieux de s’instruire de la langue Greque, envoyerent leurs enfans étudier à Athenes. On songea alors à fixer la prononciation, & à la faciliter aux étrangers; ce qui arriva, poursuit cet Auteur, un peu avant le tems de Ciceron.”

L’accent aigu que l’on écrivoit de droit à gauche [`], marquoit qu’il falloit élever la voix en prononçant la voyelle sur laquelle il étoit écrit.

L’accent grave [´], ainsi écrit, marquoit au contraire qu’il falloit rabaisser la voix.

L’accent circonflexe [^] est composé de l’aigu & du grave, dans la suite les copistes l’arrondirent de cette maniere, ce qui n’est en usage que dans le grec. Cet accent étoit destiné à faire entendre qu’après avoir d’abord élevé la voix, il falloit la rabaisser sur la même syllabe.

Les Latins ont fait le même usage de ces trois accens. Cette élevation & cette dépression de la voix étoient plus sensibles chez les Anciens, qu’elles ne le sont parmi nous; parce que leur prononciation étoit plus soûtenue & plus chantante. Nous avons pourtant aussi élevement & abaissement de la voix dans notre maniere de parler, & cela indépendamment des autres mots de la phrase; ensorte que les syllabes de nos mots sont élevées & baissées selon l’accent prosodique ou tonique, indépendamment de l’accent pathétique, c’est-à-dire, du ton que la passion & le sentiment font donner à toute la phrase”

Un gascon, en prononçant cadis, éleve la premiere syllabe ca, & laisse tomber dis comme si dis étoit un e muet: au contraire, à Paris, on éleve la derniere dis.”

« Si dans nos Théatres un Acteur prononce une syllabe breve ou longue autrement qu’elle ne doit être prononcée, selon l’usage, ou d’un ton grave ou aigu, tout le peuple se récrie. Cependant, le peuple n’a point étudié la regle de notre Prosodie; seulement il sent qu’il est blessé par la prononciation de l’Acteur; mais il ne pourroit pas déméler en quoi ni comment; il n’a sur ce point d’autre regle que le discernement de l’oreille; & avec ce seul secours que la nature & l’habitude lui donnent, il connoît les longues & les breves, & distingue le grave de l’aigu »

Oratória de Cícero

Le célebre Lully a eu presque toûjours une extrème attention à ajuster son chant à la bonne prononciation; par exemple, il ne fait point de tenue sur les syllabes breves, ainsi dans l’opera d’Atis,

Vous vous éveillez si matin,

l’a de matin est chanté bref tel qu’il est dans le discours ordinaire; & un Acteur qui le feroit long comme il l’est dans matin, gros chien, seroit également siflé [atual sifflé; reprovado] parmi nous, comme il l’auroit été chez les Anciens en pareil cas.”

En effet, il est certain qu’on ne prononce les mots des langues mortes que selon les inflexions de la langue vivante”

Priscien, qui vivoit dans le 6e siecle, & Isidore, qui vivoit peu de tems après, disent également que les Latins ont dix accens.”

Antigamente, ^ era ~ (para os gregos, que usavam o segundo com a mesma função).

La longue barre, pour marquer une voyelle longue \, longa linea, dit Priscien; longa virgula, dit Isidore.”

L’apostrophe dont nous nous servons encore; les Anciens la mettoient aussi au haut du mot pour marquer la suppression d’une lettre, l’ame pour la ame.”

l’esprit rude des Grecs, dont les copistes ont fait l’h pour avoir la facilité d’écrire de suite sans avoir la peine de lever la plume pour marquer l’esprit sur la lettre aspirée.”

Pour ce qui est des Hébreux, vers le 5e siecle, les Docteurs de la fameuse École de Tibériade travaillerent à la critique des Livres de l’Écriture-sainte, c’est-à-dire, à distinguer les livres apocryphes d’avec les canoniques: ensuite ils les diviserent par sections & par versets; ils en fixerent la lecture & la prononciation par des points, & par d’autres signes que les Hébraïsans appellent accens; desorte qu’ils donnent ce nom, non-seulement aux signes qui marquent l’élevation & l’abaissement de la voix, mais encore aux signes de la ponctuation.”

dans matutinus, nous ne faisons sentir la quantité que sur la pénultieme ti; & parce que cette pénultieme est longue, nous y mettons l’accent aigu, matutìnus.

Au contraire, cette pénultieme ti est breve dans serótinus; alors nous mettons l’accent aigu sur l’antepenultieme ro, soit que dans les vers cette pénultieme soit breve ou qu’elle soit longue. Cet accent aigu sert alors à nous marquer qu’il faut s’arrêter comme sur un point d’appui sur cette antépénultieme accentuée, afin d’avoir plus de facilité pour passer légerement sur la pénultieme, & la prononcer breve.

l’accent circonflexe que nous avons conservé dans l’écriture, quoique nous en ayons perdu la prononciation.

On se sert encore de l’accent circonflexe en Latin quand il y a syncope, comme virûm pour virorum; sestertiûm pour sestertiorum.”

Ces trois sons différens se trouvent dans ce seul mot, fermeté; l’e est ouvert dans la premiere syllabe fer, il est muet dans la seconde me, & il est fermé dans la troisieme . Ces trois sortes d’e se trouvent encore en d’autres mots, comme nètteté, évéque, sévère, repêché, &c.

Les Grecs avoient un caractere particulier pour l’e bref, qu’ils appelloient épsilon, E’YIL\N, c’est-à-dire e petit, & ils avoient une autre figure pour l’e long, qu’ils appelloient Eta, H=TA; ils avoient aussi un o bref, omicron, O’MIXRO\N, & un o long, omega, W’ME’LA.

pourquoi mépriser les racines, puisque sans le suc qu’elles préparent, & qu’elles distribuent, vous ne sauriez avoir ni les branches ni le feuillage” Cícero

& comme le point que les Grecs ne mettoient pas sur leur iota, qui est notre i, est devenu essentiel à l’i, il semble que l’accent devienne, à plus juste titre, une partie essentielle à l’e fermé, & à l’e ouvert, puisqu’il les caractérise.”

Lorsqu’un e muet est précedé d’un autre e, celui-ci est plus ou moins ouvert; s’il est simplement ouvert, on le marque d’un accent grave, il mène, il pèse; s’il est très-ouvert, on le marque d’un accent circonflexe, & s’il ne l’est presque point & qu’il soit seulement ouvert bref, on se contente de l’accent aigu, mon pére, une régle: quelques-uns pourtant y mettent le grave.

Il seroit à souhaiter que l’on introduisît un accent perpendiculaire qui tomberoit sur l’e mitoyen, & qui ne seroit ni grave ni aigu.

Quand l’e est fort ouvert, on se sert de l’accent circonflexe, tête, tempête, même, &c.

Ces mots, qui sont aujourd’hui ainsi accentués, furent d’abord écrits avec une s, beste; on prononçoit alors cette s comme on le fait encore dans nos Provinces méridionales, beste, teste, &c. dans la suite on retrancha l’s dans la prononciation, & on la laissa dans l’écriture; parce que les yeux y étoient accoûtumés, & au lieu de cette s, on fit la syllabe longue, & dans la suite on a marqué cette longueur par l’accent circonflexe. Cet accent ne marque donc que la longueur de la voyelle, & nullement la suppression de l’s.

On met aussi cet accent sur le vôtre, le nôtre, apôtre, bientôt, maître, afin qu’il donnât, &c. où la voyelle est longue: votre & notre, suivis d’un substantif, n’ont point d’accent.”

On met encore l’accent grave sur , adverbe; où est-il? cet vient de l’ubi des Latins, que l’on prononçoit oubi

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