POSFÁCIO SOBRE O PREFÁCIO DE FOUCAULT A UMA OBRA DE BINSWANGER – Elisabetta Basso (em francês)

In: Le rêve et l’existence, Binswanger, Ludwig. Ed. Dastur, Françoise. Paris: Vrin, 2012, pp. 87-114.

« L’affaire se complique ultérieurement si l’on considère que déjà dès le début des années 60, à l’époque de la parution de l’Histoire de la folie, c’est Foucault lui-même qui se montre très dur avec la psychopathologie ‘existentielle’. Dans Maladie mentale et psychologie, en particulier, après avoir traité de la conception binswangerienne de la maladie en tant que déroulement des « formes d’insertion dans le monde », le philosophe conclut presque d’une façon provocatrice en soutenant que c’est ‘dans l’histoire seulement que l’on peut découvrir le seul a priori concret, où la maladie mentale prend, avec l’ouverture vide de sa possibilité, ses figures nécessaires’. Et les chapitres finaux de cet ouvrage de 1962 ne concerneront alors plus les formes d’apparition de la maladie, mais ses conditions historiques.

Lors de la parution de l’Histoire de la folie, d’ailleurs, les psychiatres français ne manquèrent pas de taxer la posture intellectuelle de Foucault d’‘idéologique’, et ils lui reprochèrent une position ‘psychiatricide’ qu’ils considéraient être en contradiction avec les premiers ouvrages du philosophe et notamment avec son Introduction à Binswanger. »

« Henri Ey, par exemple, dans son allocution d’ouverture des ‘Journées annuelles de l’Évolution psychiatrique’ de 1969, tout en louant ‘la somptueuse Préface de la traduction de Traum und Existenz, regrettait que la conception idéologique qui était à la base de l’archéologie foucaldienne de la folie remette en cause ‘l’intérêt que Foucault a toujours pris aux problèmes fondamentaux de la psychopathologie et de la psychanalyse’. Cette remarque est tout particulièrement intéressante du fait que ‘L’Évolution psychiatrique’, depuis sa fondation en 1925, avait eu un rôle très important dans la promotion d’une psychiatrie et d’une psychologie qu’elle s’engageait à intégrer à plein titre parmi les ‘sciences de l’esprit’. Elle fut d’ailleurs la tribune d’élection de nombre de psychiatres voués au développement d’une problématisation et d’une approche fondamentalement cliniques – et en l’occurrence ‘phénoménologiques’ – de la psychopathologie qui ont caractérisé une grande partie de la psychiatrie française pendant la première moitié du siècle dernier. Et pourtant, c’est bien à cette même époque que l’enthousiasme si prometteur que Foucault avait manifesté à l’égard de la possibilité de fonder la psychiatrie sur une ‘analytique de l’existence’ finit par laisser la place à une condamnation apparemment sans appel de l’‘ambigüité’ de l’analyse existentielle par rapport à son ‘lien avec une pratique psychiatrique que tout à la fois elle ignorait et supposait’. On est bien fondé alors à s’interroger sur ce brusque changement de direction qui fait que tout rapprochement entre archéologie et Daseinsanalyse semble si choquant.

Une première clé pour aborder ce problème nous est offerte par l’histoire de la psychiatrie, qui a mis en lumière le rôle fondamental que le courant ‘existentiel’ aurait joué dans l’élaboration de ces différentes formes de critique psychiatrique qui ont été cataloguées sous la dénomination d’‘antipsychiatrie’, et auxquelles Foucault – qu’il le voulût ou pas – a lui-même fortement contribué. » « si l’attitude phénoménologique avait prévalu en psychiatrie, l’antipsychiatrie ne serait pas née » Henri Maldiney

« la psychiatrie existentielle occupe une place prioritaire en particulier dans les ouvrages de Roland Laing et David Cooper, qui se réclament ouvertement des projets respectivement de Jaspers, Minkowski, Binswanger. »

« On se souviendra que le premier ouvrage de Laing, The Divided Self, dans l’édition originale portait en sous-titre An Existential Study in Sanity and Madness (London, Tavistock, 1960; trad. fr. par Claude Elsen, Le Moi divisé: de la santé mentale à la folie, Paris, Stock, 1970) et qu’il s’ouvrait sur une citation de Minkowski. Le livre de Laing et Cooper de 1964, Reason and Violence, parut également dans une collection dont l’intitulé était ‘Studies in Existential Analysis and Phenomenology’. Mais le parcours de Franco Basaglia en Italie passe aussi à la fois par la psychiatrie existentielle et les ouvrages de Foucault. Il suffirait de prendre connaissance des écrits de Basaglia qui vont de 1953 à 1968 pour s’en rendre compte »

« Il faut remarquer que la Review of Existential Psychology & Psychiatry, depuis son premier numéro en 1961, a toujours publié des essais et des articles d’auteurs comme Binswanger, Medard Boss, Merleau-Ponty, Sartre, Kierkegaard, en même temps que Foucault, Laing, Cooper, Thomas Szasz, etc. »

« L’une des raisons de ce voisinage entre des positions qui paraissent au premier abord si distantes l’une de l’autre a été mise en lumière par Georges Lanteri-Laura, qui a montré que si la phénoménologie, dans ses différentes expressions, a pu prêter ses intuitions et même ses arguments au mouvement antipsychiatrique, c’est avant tout parce qu’elle se présente non pas comme doctrine, mais comme une ‘attitude fondamentale’ capable de mettre enfin ‘entre parenthèse toute position théorique préjudicielle’ relevant du savoir psychiatrique constitué. Autrement dit, la phénoménologie formulerait l’exigence de mettre en question la légitimité de toute ‘interprétation’ et de tout ‘choix réducteur’ opéré sur un sujet qui apparaît toujours, au contraire, comme une totalité actuelle et historique.

L’essai foucaldien de 1954 corresponde parfaitement à cette opération du fait non seulement qu’il s’oppose au projet de concevoir les formes d’existence et leurs ‘expressions’ à partir d’une ‘science des faits humains en style d’analyse expérimentale et de réflexion naturaliste’, mais aussi parce qu’il considère comme réductionniste même l’approche herméneutique, qu’il analyse dans sa variante freudienne aussi bien qu’husserlienne, si l’on conçoit cette dernière comme une eidétique pure de la conscience qui coïnciderait avec une ‘théorie de la signification’. A travers Binswanger, Foucault explicite ainsi le projet phénoménologique de dépasser en même temps la ‘science’ et la ‘spéculation’ pour laisser apparaître les phénomènes plutôt que de les reconduire à un ordre de significations données. Comme il l’explicitera en 1980, si ce ‘que l’on a définit comme analyse existentielle ou psychiatrie phénoménologique avait eu indéniablement une importance’ pour lui à l’époque où il s’interrogeait sur le statut et les ‘objets’ de la psychologie et de la psychiatrie, c’est parce qu’elle lui avait indiqué la voie pour sortir ‘des grilles traditionnelles du regard médical’ qui étaient à la base du savoir psychiatrique constitué. Or, qu’est-ce que l’archéologie sinon, encore une fois, le repérage et l’analyse des ‘grilles’ qui régissent et déterminent les modalités du ‘faire expérience’ ainsi que ‘le système d’orientation du regard’? »

« Le fait que ce soit Minkowski qui fasse cette remarque n’est pas de la moindre importance, puisque le psychiatre franco-polonais avait été l’un de premiers, dès ses études des années 20, à mentionner Binswanger, avec lequel il partageait le projet d’envisager la psychopathologie selon la ‘nouvelle orientation’ qui lui venait de la phénoménologie husserlienne. Et c’est également Minkowski, au début des années 50, qui insistera sur l’intérêt qu’il y aurait à traduire en français les ouvrages de son collègue suisse afin d’introduire plus concrètement la Daseinsanalyse dans le panorama de la psychiatrie française. »

Eugène Minkowski, La Schizophrénie (1953)

« Il faut remarquer, en effet, qu’à l’exception des références minkowskiennes dans les années 20 et 30, on commence à s’intéresser concrètement à l’oeuvre de Binswanger en France seulement à partir des années 40 et – ce qui est le plus intéressant – non pas seulement dans le domaine de la psychiatrie clinique, mais dans le contexte d’une interrogation philosophique-épistémologique plus radicale sur le bien fondé de la psychologie et des différentes ‘idoles explicatives’ par lesquelles elle avait tenté jusque là de saisir la ‘réalité humaine’. A ce propos, on mentionnera bien évidemment Sartre et la critique des postulats de la psychologie empirique exposée dans son ‘ontologie phénoménologique’ de 1943, bien que la référence à la Daseinsanalyse binswangerienne ne soit pas explicite dans l’esquisse d’une ‘psychanalyse existentielle’, et bien que le philosophe français estimait que cette dernière n’avait « pas encore trouvé son Freud. Il faut remarquer d’ailleurs que Binswanger lui-même s’était soucié de souligner la distance qui séparait son analyse du Dasein de la connotation anti-heideggérienne qui caractérisait la psychanalyse sartrienne de l’‘existence’ par l’accent mis sur le concept de ‘conscience’. »

« Mais il nous faut surtout citer la Phénoménologie de la perception, où Merleau-Ponty reconduit explicitement la ‘psychanalyse existentielle’ sartrienne à l’oeuvre de Binswanger, tout en se souciant d’épurer le concept d’‘existence’ de toute référence aux conceptions classiques de ‘conscience’ et d’‘esprit’, pour l’analyser dans le cadre d’une examen de l’expérience du corps ‘vécu’ à partir du phénomène de la perception. La manière dont Merleau-Ponty emploie Binswanger pour exposer son propre projet phénoménologique est très importante non seulement pour comprendre la lecture foucaldienne de Traum und Existenz, mais aussi, indirectement, pour mieux saisir les enjeux qui motivent à l’origine l’adoption par Binswanger du point de vue phénoménologique en psychopathologie. Dans l’approfondissement merleau-pontien des notions d’‘expression’ et de ‘signification’ selon l’idée d’une ‘direction’ ou d’un ‘sens incarné’ par lequel une existence se réalise dans sa totalité irréductible de ‘corps’ et ‘monde’, on peut reconnaître en effet le même souci que Foucault exprime à travers Binswanger d’autonomiser l’expression de toute ‘théorie de la signification’. Mais surtout, on peut reconnaître le même souci de dégager le noyau philosophique qui est à la base de toute enquête effectuée de et sur la psychologie. Si la psychologie se révèle être, selon Husserl, le ‘champ des décisions’ pour la philosophie, c’est parce que ‘l’autocritique du psychologue’ le mène à dépasser le champ phénoménal ‘des faits’ vers ce ‘champ transcendantal’ ou ‘réflexion de deuxième degré’ qui est en même temps analyse de l’expérience et analyse du statut épistémologique de tout savoir sur l’expérience. »

Devemos sobretudo citar a Fenomenologia da percepção, em que Merleau-Ponty reconduz explicitamente a ‘psicanálise existencial’ sartreana à obra de Binswanger, tratando sempre de depurar o conceito de ‘existência’ de toda referência às concepções clássicas de ‘consciência’ e de ‘psique’, a fim de analisá-lo dentro do quadro de um exame da experiência do corpo ‘vivido’ a partir do fenômeno da percepção. A maneira pela qual Merleau-Ponty emprega Binswanger a fim de expor seu próprio projeto fenomenológico é de muita importância, não somente para compreender a leitura foucaultiana de Sonho e Existência, mas também, indiretamente, para melhor apreender os dilemas que motivaram o início da adoção, por parte de Binswanger, do ponto de vista fenomenológico em psicopatologia. No aprofundamento merleau-pontyano das noções de ‘expressão’ e ‘significação’ segundo a idéia de uma ‘direção’ ou de um ‘sentido incarnado’ mediante o qual uma existência se realiza na totalidade irredutível de ‘corpo’ e ‘mundo’, pode-se reconhecer, com efeito, a mesma preocupação que Foucault exprime por meio de Binswanger: a de autonomizar a expressão de todas as ‘teorias da significação’. Porém, acima de tudo, pode-se reconhecer a própria questão de desemaranhar o núcleo filosófico (ou nó górdio) que jaz à base de todas as pesquisas efetuadas A PARTIR DA e SOBRE A psicologia. Se a psicologia se revela, segundo Husserl, como o ‘campo das decisões’ para a filosofia, isto é porque a ‘autocrítica do psicólogo’ leva-o a ultrapassar o campo fenomenal ‘dos fatos’ na direção desse ‘campo transcendental’ ou ‘reflexão de segundo grau’ que é ao mesmo tempo análise DA experiência e análise do estatuto epistemológico de todo saber SOBRE a experiência.”

Les ouvrages de Binswanger auxquelles se réfère Merleau-Ponty sont: Über Psychotherapie (1935); Traum und Existenz (1930); Über Ideenflucht (1932); Das Raumprobleme in der Psychopathologie (1933).“

« Cette ‘forme d’analyse dont le projet n’est pas d’être une philosophie, et dont la fin est de ne pas être une psychologie’ répondait donc très bien à l’exigence d’aller ‘vers le concret’ qui avait caractérisé la critique philosophique de la psychologie en France depuis la fin des années 20, et qui avait déterminé, à peu près à la même époque, la spécificité de la réception française de la phénoménologie allemande. En qualifiant les phénomènes psychologiques de réalités ‘dramatiques’ par la saisie du ‘monde intentionnel’ qu’ils ouvrent, Binswanger répondait notamment à l’idée jadis avancée par Georges Politzer – et reproposée ensuite explicitement par Minkowski – selon laquelle ce dont doit rendre compte la psychologie, c’est du ‘drame’ humain, à savoir de cette ‘expérience primaire’ de l’existence comme ‘vie vécue’ qui ne peut pas être réduite à des éléments séparés, mais doit être saisie dans sa totalité, à partir des formes d’expression qui lui sont propres. Cette conception de l’existence en tant que ‘réalité dramatique’, on la retrouve en effet chez Merleau-Ponty aussi bien que chez Foucault, et toujours dans le cadre d’une problématisation de l’‘expression’ qui se sert de l’analyse existentielle binswangerienne pour critiquer l’herméneutique freudienne et sa théorie de la signification. »

« En soutenant que la Daseinsanalyse – en restituant ‘dans leur plénitude les actes d’expression’ – aurait réussi à développer la phénoménologie dans le sens d’une théorie de l’expression, Foucault indique la possibilité d’un dépassement de la phénoménologie par la phénoménologie elle-même qui mettrait en lumière la véritable essence méthodologique de cette dernière. »

« La méthode phénoménologique se présentait donc comme la réponse la plus adéquate à cet appel au concret selon lequel ‘la psychologie ne nous fait et ne peut jamais nous faire connaître aucun commencement. Elle n’est pas au ‘commencement’, elle est ‘au milieu’ (Politzer). »

« Si le cas de Merleau-Ponty est paradigmatique, c’est justement qu’il montre à travers la phénoménologie l’opportunité de concevoir la biologie non pas comme l’univers de la science, de l’objectivité et du ‘hors de soi’ en opposition à l’‘univers de la conscience’, voire du subjectif, de la valeur [extrínseco] et de la signification [intrínseca], mais comme une spéculation qui serait capable de saisir cette valeur et cette signification justement en tant que ‘déterminations intrinsèques de l’organisme [i.e., do extrínseco]’. 

Il faut bien souligner alors que Binswanger est mentionné par Merleau-Ponty précisément dans ce contexte, et que les auteurs auxquels il se réfère dans sa saisie phénoménologique de la perception comme ‘expérience du monde’ – notamment les neurologues allemands Kurt Goldstein et Viktor von Weizsäcker – sont aussi les références principales de l’enquête binswangerienne sur la maladie mentale en tant que ‘nouvel être dans le monde’. Quand Minkowski écrit – dans la nouvelle édition de son étude sur La schizophrénie de 1953 – que l’analyse existentielle de Binswanger aurait enfin rendu accessible au psychiatre le ‘monde particulier’ des malades en lui montrant ‘sa forme et ses lois’, cet emploi de la notion de ‘loi’ n’est pas que métaphorique, puisqu’il renvoie en effet à tout un courant de la biologie et des savoirs médicaux qui avait fait du concept de normativité la base pour l’étude du vivant et de la structure de son ‘être dans le monde’. C’est d’ailleurs dans ce contexte scientifique-philosophique que paraît en 1951 la traduction française du principal ouvrage de Goldstein, La structure du comportement, et c’est bien dans ce même esprit que Foucault traduit en 1958 l’ouvrage de Weizsäcker, Le cycle de la structure, qui est préfacé par Henri Ey et publié chez le même éditeur où avaient paru les traductions de Binswanger, de même que la traduction de l’ouvrage du physiologiste et anthropologue hollandais Frederik J. J. Buytendijk: Attitudes et mouvements: étude fonctionnelle du mouvement humain, préfacé par Minkowski. »

« Il n’était pas le seul d’ailleurs, à cette époque-là, à essayer à mettre à l’épreuve les intuitions de Heidegger sur le plan de la ‘vie concrète’. La présence de Heidegger était en effet déjà très forte dans l’oeuvre de Weizsäcker, mais aussi dans celle du psychiatre allemand Erwin Straus,¹ dont on peut retrouver la trace dans les ouvrages merleau-pontiennes des années 40 aussi bien que dans l’essai foucaldien de 1954. »

¹ Vom Sinn der Sinne: ein Beitrag zur Grundlegung der Psychologie, Berlin, Springer, 1931, 19562; trad. fr. par G. Thinès et J.-P. Legrand, Du sens des sens. Contribution à l’étude des fondements de la psychologie, Grenoble, Jérôme Millon, 1989; 2000.

Ludwig Binswanger, Analyse existentielle, psychiatrie clinique et psychanalyse. Discours, parcours et Freud.

« Dans la deuxième édition de son Vom Sinn der Sinne (1956), d’ailleurs, pour critiquer Heidegger Straus faisait référence justement à Binswanger, un Binswanger qui s’était montré aussi très critique à l’égard du discrédit dans lequel le philosophe avait jeté les points de vue biologique et anthropologique sur l’existence. On comprends mieux alors le sens des avertissements réitérés que Foucault nous donne au début de son Introduction, là où il souligne que ‘rien ne serait plus faux que de voir dans les analyses de Binswanger une application du concept et des méthodes de la philosophie de l’existence aux données de l’expérience clinique’, ou quand il affirme que le ‘détour’ de Binswanger ‘par une philosophie plus ou moins heideggérienne n’est pas un rite initiatique qui ouvre l’accès à l’ésotérisme de la Daseinsanalyse. Les problèmes philosophiques sont présents, ils ne lui sont pas préalables’ [pré-requisitos]. »

Agamben, Signatura rerum. Sur la méthode.

Jocelyn Benoist, ‘Sur l’état présent de la phénoménologie’, 2001 (artigo)

« Binwanger insiste que ce concept de Dasein qui pour Heidegger possède le caractère d’une thèse ontologique, peut également être utilisé par une ‘analyse existentielle pratique’ en tant qu’instrument méthodologique ou ‘fil conducteur’ pour étudier les formes par lesquelles se structurent les ‘projets de monde’ des malades. »

« Afin de mettre en lumière la distance qui sépare la Daseinsanalyse de l’herméneutique freudienne, Foucault insiste sur le fait que ‘le point essentiel du rêve n’est pas tellement dans ce qu’il ressuscite du passé, mais dans ce qu’il annonce de l’avenir. Bien plutôt que répétition obligée du passé traumatique, le rêve anticipe, il est présage de l’histoire. En effet, dans le texte binswangerien cité par Foucault – un essai de 1928 sur les ‘changements dans la conception et l’interprétation du rêve depuis les Grecs jusqu’au présent’ – Binswanger conçoit le rêve précisément non pas comme un phénomène ‘à interpréter’, mais comme ‘catégorie-guide’ pour repérer les directions de sens ou structures fondamentales des expériences psychopathologiques. Or, ces directions – que Binswanger définit aussi en termes de ‘tendances spirituelles’ du rêve – correspondraient aux événements réels exactement au sens où elles en seraient les conditions de possibilité. Le psychiatre revient d’ailleurs sur ce thème d’un destin conçu en tant que possibilité d’être dans une lettre qu’il écrit à Foucault en 1954, où il regrette d’avoir affirmé – dans son Rêve et existence – que le rêve ne serait que ‘fonction vitale’, tandis que ce serait seulement dans l’état de veille que ‘nous faisons histoire de vie’, puisqu’en réalité ‘nous faisons les deux dans le rêve comme dans la veille’. (…) L’accent mis sur le futur plutôt que sur le passé manifeste exactement cette coïncidence du réel et du transcendantal, à savoir l’idée que la ‘raison’ de l’existence n’est pas dans une cause ou une série de causes, mais dans cette existence elle-même ‘qui se fait à travers le temps’, ‘dans son mouvement vers l’avenir’. »