Comentários acerca da monumental ENCICLOPÉDIA – Diderot & al.

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

Parece que queriam escrever a Crítica da Razão Pura antes da Crítica da Razão Pura: “Pourquoi supposer que nous ayons d’avance des notions purement intellectuelles, si nous n’avons besoin pour les former, que de réfléchir sur nos sensations?”

& n’imitons point ces Philosophes dont parle Montaigne, qui interrogés sur le principe des actions humaines, cherchent encore s’il y a des hommes.”

De tous les objets qui nous affectent par leur présence, notre propre corps est celui dont l’existence nous frappe le plus (…) tel est le malheur de la condition humaine, que la douleur est en nous le sentiment le plus vif; le plaisir nous touche moins qu’elle, & ne suffit presque jamais pour nous en consoler. En vain quelques Philosophes soûtenoient, en retenant leurs cris au milieu des souffrances, que la douleur n’étoit point un mal: en vain quelques autres plaçoient le bonheur suprème dans la volupté, à laquelle ils ne laissoient pas de se refuser par la crainte de ses suites: tous auroient mieux connu notre nature, s’ils s’étoient contentés de borner à l’exemption de la douleur le souverain bien de la vie présente, & de convenir que sans pouvoir atteindre à ce souverain bien, il nous étoit seulement permis d’en approcher plus ou moins, à proportion de nos soins & de notre vigilance.” Presidiários do hedonismo: “tal é a infelicidade da condição humana, que a dor é em nós o sentimento mais vivo; o prazer nos toca menos que ela, e não basta quase nunca para nos consolar. Em vão alguns filósofos sustentavam, retendo seus gritos em meio ao sofrimento, que a dor não seria um mal; em vão alguns outros situavam a felicidade suprema na voluptuosidade, à qual eles não deixavam de se recusar por medo das conseqüências; todos teriam conhecido melhor nossa natureza se se houvessem contentado em restringir à falta da dor o bem soberano da vida presente, e em convir que, sem poder atender a esse bem soberano, só nos seria permitido dele nos aproximar mais ou menos, à medida de nossos cuidados e de nossa vigilância.” Mesquinharia “La communication des idées est le principe & le soûtien de cette union” O bem supremo seria verdadeiro se existisse a humanidade. De fato, não existe o solipsismo, mas, a bem dizer, “todos são alienígenas”. E assim descaminha a máquina de desejos no devir inalienável.

Mais chaque membre de la société cherchant ainsi à augmenter pour lui-même l’utilité qu’il en retire, & ayant à combattre dans chacun des autres un empressement égal au sien, tous ne peuvent avoir la même part aux avantages, quoique tous y ayent le même droit. (…) Ainsi la force, donnée par la nature à certains hommes, & qu’ils ne devroient sans doute employer qu’au soûtien & à la protection des foibles, est au contraire l’origine de l’oppression de ces derniers. Mais plus l’oppression est violente, plus ils la souffrent impatiemment, parce qu’ils sentent que rien de raisonnable n’a dû les y assujettir. De-là la notion de l’injuste, & par conséquent du bien & du mal moral, dont tant de Philosophes ont cherché le principe, & que le cri de la nature, qui retentit dans tout homme, fait entendre chez les Peuples même les plus sauvages. (…) C’est ainsi que le mal que nous éprouvons par les vices de nos semblables, produit en nous la connoissance réfléchie des vertus opposées à ces vices”

Mas tudo recai na Escolástica para esses Velhos: “Cet esclavage si indépendant de nous, joint aux réflexions que nous sommes forcés de faire sur la nature des deux principes & sur leur imperfection, nous éleve à la contemplation d’une Intelligence toute puissante à qui nous devons ce que nous sommes”.

De-là ont dû naître d’abord l’Agriculture, la Medecine, enfin tous les Arts les plus absolument nécessaires.”

De plus, dans l’ordre de nos besoins & des objets de nos passions, le plaisir tient une des premieres places, & la curiosité est un besoin pour qui sait penser, sur-tout lorsque ce desir inquiet est animé par une sorte de dépit de ne pouvoir entierement se satisfaire. (…) si l’utilité n’en est pas l’objet, elle peut en être au moins le prétexte. (…) Voilà l’origine & la cause des progrès de cette vaste Science, appellée en général Physique ou Etude de la Nature, qui comprend tant de parties différentes: l’Agriculture & la Medecine, qui l’ont principalement fait naître, n’en sont plus aujourd’hui que des branches.”

Tout nous porte à regarder l’espace comme le lieu des corps, sinon réel, au moins supposé; c’est en effet par le secours des parties de cet espace considérées comme pénétrables & immobiles, que nous parvenons à nous former l’idée la plus nette que nous puissions avoir du mouvement.” Par cette nouvelle considération nous ne voyons plus les corps que comme des parties figurées & étendues de l’espace; point de vûe le plus général & le plus abstrait sous lequel nous puissions les envisager. Car l’étendue où nous ne distinguerions point de parties figurées, ne seroit qu’un tableau lointain & obscur, où tout nous échapperoit, parce qu’il nous seroit impossible d’y rien discerner. La couleur & la figure, propriétés toûjours attachées aux corps, quoique variables pour chacun d’eux, nous servent en quelque sorte à les détacher du fond de l’espace; l’une de ces deux propriétés est même suffisante à cet égard: aussi pour considérer les corps sous la forme la plus intellectuelle, nous préférons la figure à la couleur, soit parce que la figure nous est plus familiere étant à la fois connue par la vûe & par le toucher, soit parce qu’il est plus facile de considérer dans un corps la figure sans la couleur, que la couleur sans la figure

C’est l’objet de la Géométrie, qui pour y parvenir plus facilement, considere d’abord l’étendue limitée par une seule dimension, ensuite par deux, & enfin sous les trois dimensions qui constituent l’essence du corps intelligible” Quarta dimensão é coisa de mongol – ou será de egípcios ou caldeus? “ces combinaisons plus faciles; & comme elles consistent principalement dans le calcul & le rapport des différentes parties dont nous imaginons que les corps géométriques sont formés, cette recherche nous conduit bientôt à l’Arithmétique ou Science des nombres.” “Les résultats de ces combinaisons, réduits sous une forme générale, ne seront en effet que des calculs arithmétiques indiqués, & représentés par l’expression la plus simple & la plus courte que puisse souffrir leur état de généralité. La science ou l’art de désigner ainsi les rapports est ce qu’on nomme Algebre.” “Cette Science est le terme le plus éloigné où la contemplation des propriétés de la matiere puisse nous conduire, & nous ne pourrions aller plus loin sans sortir tout-à-fait de l’univers matériel. Mais telle est la marche de l’esprit dans ses recherches, qu’après avoir généralisé ses perceptions jusqu’au point de ne pouvoir plus les décomposer davantage, il revient ensuite sur ses pas, recompose de nouveau ces perceptions mêmes, & en forme peu à peù & par gradation, les êtres réels qui sont l’objet immédiat & direct de nos sensations. (…) les abstractions mathématiques nous en facilitent la connoissance; mais elles ne sont utiles qu’autant qu’on ne s’y borne pas.” “as abstrações matemáticas nos facilitam o conhecimento; mas elas não são úteis enquanto nos limitarmos apenas a elas.”

C’est à peu-près de cette maniere que sont nées toutes les Sciences appellées Physico-Mathématiques. On peut mettre à leur tête l’Astronomie, dont l’étude, après celle de nous-mêmes, est la plus digne de notre application par le spectacle magnifique qu’elle nous présente. Joignant l’observation au calcul, & les éclairant l’un par l’autre, cette science détermine avec une exactitude digne d’admiration les distances & les mouvemens les plus compliqués des corps célestes; elle assigne jusqu’aux forces mêmes par lesquelles ces mouvemens sont produits ou altérés.”

Niilismo diminui niilismo aumenta: “En effet, plus on diminue le nombre des principes d’une science, plus on leur donne d’étendue; puisque l’objet d’une science étant nécessairement déterminé, les principes appliqués à cet objet seront d’autant plus féconds qu’ils seront en plus petit nombre.” “Com efeito, mais se diminui o número de princípios duma ciência, mais se a concede em extensão; porque o objeto de uma ciência sendo necessariamente determinado, os princípios aplicados a esse objeto serão tão mais fecundos quão em menor número estiverem.”

sistema sem tema – É, não saber sintetizar o absorvido pode ser o meu problema. Só pode… não deve. Poema longo longevo verdadeiro caso épico nada condensado

L’Aimant, par exemple, un des corps qui ont été le plus étudiés, & sur lequel on a fait des découvertes si surprenantes, a la propriété d’attirer le fer, celle de lui communiquer sa vertu, celle de se tourner vers les poles du Monde, avec une variation qui est elle-même sujette à des regles, & qui n’est pas moins étonnante que ne le seroit une direction plus exacte; enfin la propriété de s’incliner en formant avec la ligne horisontale un angle plus ou moins grand, selon le lieu de la terre où il est placé. Toutes ces propriétés singulieres, dépendantes de la nature de l’Aimant, tiennent vraissemblablement à quelque propriété générale, qui en est l’origine, qui jusqu’ici nous est inconnue, & peut-être le restera longtems.

Tel est le plan que nous devons suivre dans cette vaste partie de la Physique, appellée Physique générale & expérimentale. Elle differe des Sciences Physico-Mathématiques, en ce qu’elle n’est proprement qu’un recueil raisonné d’expériences & d’observations; au lieu que celles-ci par l’application des calculs mathématiques à l’expérience, déduisent quelquefois d’une seule & unique observation un grand nombre de conséquences qui tiennent de bien près par leur certitude aux vérités géométriques. Ainsi une seule expérience sur la réflexion de la lumiere donne toute la Catoptrique, ou science des propriétés des Miroirs; une seule sur la réfraction de la lumiere produit l’explication mathématique de l’Arc-en-ciel, la théorie des couleurs, & toute la Dioptrique, ou science des Verres concaves & convexes; d’une seule observation sur la pression des fluides, on tire toutes les lois de l’équilibre & du mouvement de ces corps; enfin une experience unique sur l’accélération des corps qui tombent, fait découvrir les lois de leur chûte sur des plans inclinés, & celles du mouvement des pendules.“Assim, uma só experiência sobre a reflexão da luz nos dá toda a Catóptica, ou ciência das propriedades dos Espelhos; uma só sobre a refração da luz produz a explicação matemática do arco-íris, a teoria das cores, e tudo da Diótica, ou ciência dos vidros côncavos e convexos; de uma só observação acerca da pressão dos fluidos, tiram-se todas as leis do equilíbrio e do movimento desses corpos; enfim, uma única experiência sobre a aceleração dos corpos que caem nos faz descobrir as leis de sua queda em planos inclinados, e aquelas do movimento de pêndulos.”

Discurso do Método Atualizado: “Il faut avoüer pourtant que les Géometres abusent quelquefois de cette application de l’Algebre à la Physique. Au défaut d’expériences propres à servir de base à leur calcul, ils se permettent des hypothèses les plus commodes, à la vérité, qu’il leur est possible, mais souvent très-éloignées de ce qui est réellement dans la Nature. On a voulu réduire en calcul jusqu’à l’art de guérir; & le corps humain, cette machine si compliquée, a été traité par nos Medecins algébristes comme le seroit la machine la plus simple ou la plus facile à décomposer. (…) la seule vraie maniere de philosopher en Physique, consiste, ou dans l’application de l’analvse mathématique aux expériences, ou dans l’observation seule, éclairée par l’esprit de méthode, aidée quelquefois par des conjectures lorsqu’elles peuvent fournir des vûes, mais séverement dégagée de toute hypothèse arbitraire.”

Vamos para as Humanas agora:La nature de l’homme, dont l’étude est si nécessaire & si recommandée par Socrate, est un mystere impénétrable à l’homme même, quand il n’est éclairé que par la raison seule [que tal suprimir o “ne…que”?]; & les plus grands génies à force de réflexions sur une matiere si importante, ne parviennent que trop souvent à en savoir un peu moins [plus?] que le reste des hommes.”

CRISE CRISE CRISE: “L’impénétrabilité, ajoûtée à l’idée de l’étendue, semble ne nous offrir qu’un mystere de plus, la nature du mouvement est une énigme pour les Philosophes, le principe métaphysique des lois de la percussion ne leur est pas moins caché” “A impenetrabilidade, adicionada à idéia de extensão, não nos parece oferecer mais do que um mistério a mais, a natureza do movimento é um enigma para os filósofos, o princípio metafísico das leis da percussão não se lhes afigura menos obscuro”

Qu’est-ce que la plûpart des ces axiomes dont la Géométrie est si orgueilleuse, si ce n’est l’expression d’une même idée simple par deux signes ou mots différens? Celui qui dit que deux & deux font quatre, a-t-il une connoissance de plus que celui qui se contenteroit de dire que deux & deux font deux & deux?” “O que é a maioria dos axiomas de que a Geometria tanto se orgulha, senão a expressão duma mesma idéia simples por dois signos ou palavras diferentes? Aquele que diz dois e dois fazem quatro, terá ele um conhecimento maior que aquele que se contentaria de dizer que dois e dois fazem dois e dois?” “C’est à-peu-près comme si on vouloit exprimer cette proposition par le moyen d’une langue qui se seroit insensiblement dénaturée, & qu’on l’exprimât successivement de diverses manieres, qui représentassent les différens états par lesquels la langue a passé.” Tudo é enchimento de língua de lingüiça “On peut donc regarder l’enchaînement de plusieurs vérités géométriques, comme des traductions plus ou moins différentes & plus ou moins compliquées de la même proposition, & souvent de la même hypothèse.” 3 mil idiomas também aqui

Procurando Thomas: “Les corps électriques dans lesquels on a découvert tant de propriétés singulieres, mais qui ne paroissent pas tenir l’une à l’autre, sont peut-être en un sens les corps les moins connus, parce qu’ils paroissent l’être davantage. Cette vertu qu’ils acquierent étant frottés, d’attirer de petits corpuscules, & celle de produire dans les animaux une commotion violente, sont deux choses pour nous; c’en seroit une seule si nous pouvions remonter à la première cause.”

Enfin réduisant l’usage des mots en préceptes, on a formé la Grammaire, que l’on peut regarder comme une des branches de la Logique.” Por isso é tão chata.

Celui qui a prétendu le premier qu’on devoit les Orateurs à l’art, ou n’étoit pas du nombre, ou étoit bien ingrat envers la Nature. Elle seule peut créer un homme éloquent; les hommes sont le premier livre qu’il doive étudier pour réussir, les grands modeles sont le second; & tout ce que ces Ecrivains illustres nous ont laissé de philosophique & de réfléchi sur le talent de l’Orateur, ne prouve que la difficulté de leur ressembler.” “A l’égard de ces puérilités pédantesques qu’on a honorées du nom de Rhétorique, ou plûtôt qui n’ont servi qu’à rendre ce nom ridicule, & qui sont à l’Art oratoire ce que la Scholastique est à la vraie Philosophie, elles ne sont propres qu’à donner de l’Eloquence l’idée la plus fausse & la plus barbare.”

Animés par la curiosité & par l’amour-propre, & cherchant par une avidité naturelle à embrasser à la fois le passé, le présent & l’avenir, nous desirons en même-tems de vivre avec ceux qui nous suivront, & d’avoir vêcu avec ceux qui nous ont précédé. De-là l’origine & l’étude de l’Histoire, qui nous unissant aux siecles passés par le spectacle de leurs vices & de leurs vertus, de leurs connoissances & de leurs erreurs, transmet les nôtres aux siecles futurs.”

Un des principaux fruits de l’étude des Empires & de leurs révolutions, est d’examiner comment les hommes, séparés pour ainsi dire en plusieurs grandes familles, ont formé diverses sociétés; comment ces différentes sociétés ont donné naissance aux différentes especes de gouvernemens; comment elles ont cherché à se distinguer les unes des autres, tant par les lois qu’elles se sont données, que par les signes particuliers que chacune a imaginées pour que ses membres communiquassent plus facilement entr’eux. Telle est la source de cette diversité de langues & de lois, qui est devenue pour notre malheur un objet considérable d’étude. Telle est encore l’origine de la politique, espece de morale d’un genre particulier & supérieur, à laquelle les principes de la morale ordinaire ne peuvent quelquefois s’accommoder qu’avec beaucoup de finesse, & qui pénétrant dans les ressorts principaux du gouvernement des Etats, démêle ce qui peut les conserver, les affoiblir ou les détruire. Etude peut-être la plus difficile de toutes, par les connoissances profondes des peuples & des hommes qu’elle exige, & par l’étendue & la variété des talens qu’elle suppose; surtout quand le Politique ne veut point oublier que la loi naturelle, antérieure à toutes les conventions particulieres, est aussi la premiere loi des Peuples, & que pour être homme d’Etat, on ne doit point cesser d’être homme.”

A l’égard des objets qui n’exciteroient étant réels que des sentimens tristes ou tumultueux, leur imitation est plus agréable que les objets même, parce qu’elle nous place à cette juste distance, où nous éprouvons le plaisir de l’émotion sans en ressentir le desordre.”

A la tête des connoissances qui consistent dans l’imitation, doivent être placées la Peinture & la Sculpture, parce que ce sont celles de toutes où l’imitation approche le plus des objets qu’elle représente, & parle le plus directement aux sens.”

La Poësie qui vient après la Peinture & la Sculpture, & qui n’employe pour l’imitation que les mots disposés suivant une harmonie agréable à l’oreille, parle plûtot à l’imagination qu’aux sens; elle lui représente d’une maniere vive & touchante les objets qui composent cet Univers, & semble plûtôt les créer que les peindre, par la chaleur, le mouvement, & la vie qu’elle sait leur donner. Enfin la Musique, qui parle à la fois à l’imagination & aux sens, tient le dernier rang dans l’ordre de l’imitation; non que son imitation soit moins parfaite dans les objets qu’elle se propose de représenter, mais parce qu’elle semble bornée jusqu’ici à un plus petit nombre d’images; ce qu’on doit moins attibuer à sa nature, qu’à trop peu d’invention & de ressource dans la plûpart de ceux qui la cultivent [será mesmo?]: il ne sera pas inutile de faire sur cela quelques réflexions. La Musique, qui dans son origine n’étoit peut-être destinée à représenter que du bruit [como podes afirmar com tanta soberba?], est devenue peu-à-peu une espece de discours ou même de langue, par laquelle on exprime les différens sentimens de l’ame, ou plûtôt ses différentes passions: mais pourquoi réduire cette expression aux passions seules, & ne pas l’étendre, autant qu’il est possible, jusqu’aux sensations même [compor músicas ejaculatórias, he-he-he…]? [Porque a paixão é o ápice do ser.] Quoique les perceptions que nous recevons par divers organes different entr’elles autant que leurs objets, on peut néanmoins les comparer sous un autre point de vûe qui leur est commun, c’est-à-dire, par la situation de plaisir ou de trouble où elles mettent notre ame. [sempre de volta ao mesmo ponto] Un objet effrayant, un bruit terrible, produisent chacun en nous une émotion par laquelle nous pouvons jusqu’à un certain point les rapprocher, & que nous désignons souvent dans l’un & l’autre cas, ou par le même nom, ou par des noms synonymes. Je ne vois donc point pourquoi un Musicien qui auroit à peindre un objet effrayant, ne pourroit pas y réussir en cherchant dans la Nature l’espece de bruit qui peut produire en nous l’émotion la plus semblable à celle que cet objet y excite [o prurido dum morcego?]. J’en dis autant des sensations agréables. Penser autrement, ce seroit vouloir resserrer les bornes de l’art & de nos plaisirs. J’avoue que la peinture dont il s’agit, exige une étude fine & approfondie des nuances qui distinguent nos sensations; mais aussi ne faut-il pas espérer que ces nuances soient démêlées par un talent ordinaire. Saisies par l’homme de génie, senties par l’homme de goût, apperçûes par l’homme d’esprit, elles sont perdues pour la multitude. Toute Musique qui ne peint rien n’est que du bruit; & sans l’habitude qui dénature tout, elle ne feroit guere plus de plaisir qu’une suite de mots harmonieux & sonores dénués d’ordre & de liaison [envelheça você, não o compositor]. Il est vrai qu’un Musicien attentif à tout peindre, nous présenteroit dans plusieurs circonstances des tableaux d’harmonie qui ne seroient point faits pour des sens vulgaires; mais tout ce qu’on en doit conclurre, c’est qu’après avoir fait un art d’apprendre la Musique, on devroit bien en faire un de l’écouter.

La spéculation & la pratique constituent la principale différence qui distingue les Sciences d’avec les Arts, & c’est à-peu-près en suivant cette notion, qu’on a donné l’un ou l’autre nom à chacune de nos connoissances.” Eu sou ativo, pouco especulativo. Minha vida tão especulativa e pouco ativa apenas provam-no.

Qu’on s’épargneroit de questions & de peines si on déterminoit enfin la signification des mots d’une maniere nette & précise!” Sísifo se lamenta muito

On peut en général donner le nom d’Art à tout système de connoissances qu’il est possible de réduire à des regles positives, invariables & indépendantes du caprice ou de l’opinion, & il seroit permis de dire en ce sens que plusieurs de nos sciences sont des arts, étant envisagées par leur côté pratique.”

Bela contribuição à teoria da minha superioridade inata: “la force corporelle, enchaînée par les lois, ne pouvant plus offrir aucun moyen de supériorité, ils ont été réduits à chercher dans la différence des esprits un principe d’inégalité aussi naturel, plus paisible, & plus utile à la société. Ainsi la partie la plus noble de notre être s’est en quelque maniere vengée des premiers avantages que la partie la plus vile avoit usurpés; & les talens de l’esprit ont été généralement reconnus pour supérieurs à ceux du corps. Les Arts méchaniques dépendans d’une opération manuelle, & asservis, qu’on me permette ce terme, à une espece de routine, ont été abandonnés à ceux d’entre les hommes que les préjugés ont placés dans la classe la plus inférieure.”

Entre o louco e Chaplin há abismos rasos. E raros. O culto do Artesão. O cu dá tesão.

La découverte de la Boussole n’est pas moins avantageuse au genre humain, que ne le seroit à la Physique l’explication des propriétés de cette aiguille.” “A descoberta da bússola não é menos vantajosa ao gênero humano que o seria à Física a explicação das propriedades dessa agulha.”

c’est peut-être chez les Artisans qu’il faut aller chercher les preuves les plus admirables de la sagacité de l’esprit, de sa patience & de ses ressources.”

Les Laids-Arts. Manual de como ser um Joyce. Pela primeira vez. Na sua não-Televisão.TV-cisão.

Tout s’y rapporte à nos besoins, soit de nécessité absolue, soit de convenance & d’agrément, soit même d’usage & de caprice. Plus les besoins sont éloignés ou difficiles à satisfaire, plus les connoissances destinées à cette fin sont lentes à paroître.”

le génie est le sentiment qui crée, & le goût, le sentiment qui juge.”

L’Univers n’est qu’un vaste Océan, sur la surface duquel nous appercevons quelques îles plus ou moins grandes, dont la liaison avec le continent nous est cachée.”

Nous ne voulons point ressembler à cette foule de Naturalistes qu’un Philosophe moderne a eu tant de raison de censurer; & qui occupés sans cesse à diviser les productions de la Nature en genres & en especes, ont consumé dans ce travail un tems qu’ils auroient beaucoup mieux employé à l’étude de ces productions même. Que diroit-on d’un Architecte qui ayant à élever un édifice immense, passeroit toute sa vie à en tracer le plan; ou d’un Curieux qui se proposant de parcourir un vaste palais, employeroit tout son tems à en observer l’entrée?”

le génie aime mieux créer que discuter.”

Aussi la Métaphysique & la Géométrie sont de toutes les Sciences qui appartiennent à la raison, celles où l’imagination a le plus de part. J’en demande pardon à nos beaux esprits détracteurs de la Géométrie; ils ne se croyoient pas sans doute si près d’elle, & il n’y a peut-être que la Métaphysique qui les en sépare. L’imagination dans un Géometre qui crée, n’agit pas moins que dans un Poëte qui invente. Il est vrai qu’ils operent différemment sur leur objet; le premier le dépouille & l’analyse, le second le compose & l’embellit. Il est encore vrai que cette maniere différente d’opérer n’appartient qu’à différentes sortes d’esprits; & c’est pour cela que les talens du grand Géometre & du grand Poëte ne se trouveront peut-être jamais ensemble.” “De tous les grands hommes de l’antiquité, Archimede est peut-être celui qui mérite le plus d’être placé à côté d’Homere. J’espere qu’on pardonnera cette digression à un Géometre qui aime son art, mais qu’on n’accusera point d’en être admirateur outré, & je reviens à mon sujet.” Só podia não ser um bardo…

Primeiro criticam a Escolástica para depois dizerem isso: “séparer la Théologie de la Philosophie, ce seroit arracher du tronc un rejetton qui de lui-même y est uni.”

La connoissance spéculative de l’ame dérive en partie de la Théologie naturelle, & en partie de la Théologie révélée, & s’appelle Pneumatologie ou Métaphysique particuliere [Avós da Psicologia!]. La connoissance de ses operations se subdivise en deux branches, ces opérations pouvant avoir pour objet, ou la découverte de la vérité, ou la pratique de la vertu. La découverte de la vérité, qui est le but de la Logique, produit l’art de la transmettre aux autres; ainsi l’usage que nous faisons de la Logique est en partie pour notre propre avantage, en partie pour celui des êtres semblables à nous; les regles de la Morale se rapportent moins à l’homme isolé, & le supposent nécessairement en société avec les autres hommes.”

La speculation intellectuelle appartient à la Physique générale, qui n’est proprement que la Métaphysique des corps

EX TE[RE]O TIPOSLe Poëte & le Philosophe se traitent mutuellement d’insensés, qui se repaissent de chimères: l’un & l’autre regardent l’Erudit comme une espece d’avare, qui ne pense qu’à amasser sans joüir, & qui entasse sans choix les métaux les plus vils avec les plus précieux; & l’Erudit, qui ne voit que des mots partout où il ne lit point des faits, méprise le Poëte & le Philosophe, comme des gens qui se croyent riches, parce que leur dépense excede leurs fonds.”

Lorsque les Anciens ont appellé les Muses filles de Mémoire, a dit un Auteur moderne, ils sentoient peut-être combien cette faculté de notre âme est nécessaire à toutes les autres; & les Romains lui élevoient des temples, comme à la Fortune.”

TREVAS “Ils croyoient qu’il étoit inutile de chercher les modeles de la Poësie dans les Ouvrages des Grecs & des Romains, dont la Langue ne se parloit plus; & ils prenoient pour la véritable Philosophie des Anciens une tradition barbare qui la défiguroit. La Poësie se réduisoit pour eux à un méchanisme puéril: l’examen approfondi de la nature, & la grande Étude de l’homme, étoient remplacés par mille questions frivoles sur des êtres abstraits & métaphysiques; questions dont la solution, bonne ou mauvaise, demandoit souvent beaucoup de subtilité, & par conséquent un grand abus de l’esprit. Qu’on joigne à ce desordre l’état d’esclavage où presque toute l’Europe étoit plongée, les ravages de la superstition qui naît de l’ignorance, & qui la reproduit à son tour: & l’on verra que rien ne manquoit aux obstacles qui éloignoient le retour de la raison & du goût; car il n’y a que la liberté d’agir & de penser qui soit capable de produire de grandes choses, & elle n’a besoin que de lumières pour se préserver des excès.” “l’Empire Grec est détruit, sa ruine fait refluer en Europe le peu de connoissances qui restoient encore au monde; l’invention de l’Imprimerie, la protection des Medicis & de François I raniment les esprits; & la lumière renaît de toutes parts.

L’étude des Langues & de l’Histoire abandonnée par nécessité durant les siecles d’ignorance, fut la premiere à laquelle on se livra. L’esprit humain se trouvoit au sortir de la barbarie dans une espece d’enfance, avide d’accumuler des idées, & incapable pourtant d’en acquérir d’abord d’un certain ordre par l’espèce d’engourdissement où les facultés de l’âme avoient été si longtems. De toutes ces facultés, la mémoire fut celle que l’on cultiva d’abord, parce qu’elle est la plus facile à satisfaire, & que les connoissances qu’on obtient par son secours, sont celles qui peuvent le plus aisément être entassées. On ne commença donc point par étudier la Nature, ainsi que les premiers hommes avoient dû faire; on joüissoit d’un secours dont ils étoient dépourvûs, celui des Ouvrages des Anciens que la générosité des Grands & l’Impression commençoient à rendre communs, on croyoít n’avoir qu’à lire pour devenir savant; & il est bien plus aisé de lire que de voir. Ainsi, on dévora sans distinction tout ce que les Anciens nous avoient laissé dans chaque genre: on les traduisit, on les commenta; & par une espèce de reconnoissance on se mit à les adorer sans connoître à beaucoup près ce qu’ils valoient.”

Le pays de l’érudition & des faits est inépuisable [inesgotável]; on croit, pour ainsi dire, voir tous les jours augmenter sa substance par les acquisitions que l’on y fait sans peine. Au contraire le pays de la raison & des découvertes est d’une assez petite étendue; & souvent au lieu d’y apprendre ce que l’on ignoroit, on ne parvient à force d’étude qu’à désapprendre ce qu’on croyoit savoir. C’est pourquoi, à mérite fort inégal, un Erudit doit être beaucoup plus vain qu’un Philosophe, & peut-être qu’un Poëte: car l’esprit qui invente est toûjours mécontent de ses progrès, parce qu’il voit au-delà; & les plus grands génies trouvent souvent dans leur amour-propre même un juge secret, mais sévere, que l’approbation des autres fait taire pour quelques instans, mais qu’elle ne parvient jamais à corrompre.

Il semble que par le mépris que l’on a pour ces Savans, on cherche à les punir de l’estime outrée qu’ils faisoient d’eux-mêmes, ou du suffrage peu éclairé de leurs contemporains, & qu’en foulant aux piés ces idoles, on veuille en faire oublier jusqu’aux noms.”

Les Gens de Lettres penserent donc à perfectionner les Langues vulgairès; ils chercherent d’abord à dire dans ces Langues ce que les Anciens avoient dit dans les leurs. Cependant par une suite du préjugé dont on avoit eu tant de peine à se défaire, au lieu d’enrichir la Langue Françoise, on commença par la défigurer. Ronsard en fit un jargon barbare, hérissé de Grec & de Latin: mais heureusement il la rendit assez méconnoissable, pour qu’elle en devìnt ridicule.”

Malherbe, nourri de la lecture des excellens Poëtes de l’antiquité, & prenant comme eux la Nature pour modele, répandit le premier dans notre Poësie une harmonie & des beautés auparavant inconnues. Balzac, aujourd’hui trop méprisé, donna à notre Prose de la noblesse & du nombre. Les Ecrivains de Port-royal continuerent ce que Balzac avoit commencé; ils y ajoûterent cette précision, cet heureux choix de termes, & cette pureté qui ont conservé jusqu’à présent à la plûpart de leurs Ouvrages un air moderne, & qui les distinguent d’un grand nombre de Livres surannés, écrits dans le même tems. Corneille, après avoir sacrifié pendant quelques années au mauvais goût dans la carriere dramatique, s’en affranchit enfin; découvrit par la force de son génie, bien plus que par la lecture, les lois du Théatre, & les exposa dans ses Discours admirables sur la Tragédie, dans ses réflexions sur chacune de ses pièces, mais principalement dans ses pièces mêmes. Racine s’ouvrant une autre route, sit paroìtre sur le Théatre une passion que les Anciens n’y avoient guère connue; & développant les ressorts du coeur humain, joignit à une élégance & une vérité continues quelques traits de sublime. Despréaux dans son art poëtique se rendit l’égal d’Horace en l’imitant; Molière par la peinture fine des ridicules & des moeurs de son tems, laissa bien loin derriere lui la Comédie ancienne; La Fontaine sit presque oublier Esope & Phedre, & Bossuet alla se placer à coté de Démosthene.

Les Beaux-Arts sont tellement unis avec les Belles-Lettres, que le même goût qui cultive les unes, porte aussi à perfectionner les autres.”

Lulli, créateur d’un chant propre à notre Langue, rendoit par sa musique aux poëmes de Quinault l’immortalité qu’elle en recevoit.”

Il faut avoüer pourtant que la renaissance de la Peinture & de la Sculpture avoit été beaucoup plus rapide que celle de la Poësie & de la Musique”

En général, l’objet de la Peinture & de la Sculpture étant plus du ressort des sens, ces Arts ne pouvoient manquer de précéder la Poësie, parce que les sens ont dû être plus promptement affectés des beautés sensibles & palpables des statues anciennes, que l’imagination n’a dû appercevoir les beautés intellectuelles & fugitives des anciens Écrivains. D’ailleurs, quand elle a commencé à les découvrir, l’imitation de ces mêmes beautés imparfaite par sa servitude, & par la Langue étrangere dont elle se servoit, n’a pû manquer de nuire aux progrès de l”imagination même.” Mas isso não justifica a lentidão da Música, a linguagem universal.

A l’égard de la Musique, elle a dû arriver beaucoup plus tard à un certain degré de perfection, parce que c’est un art que les Modernes ont été obligés de créer. Le tems a détruit tous les modèles que les Anciens avoient pû nous laisser en ce genre; & leurs Écrivains, du moins ceux qui nous restent, ne nous ont transmis sur ce sujet que des connoissances très-obscures, ou des histoires plus propres à nous étonner qu’à nous instruire. Aussi plusieurs de nos Savans, poussés peut-être par une espece d’amour de propriété, ont prétendu que nous avons porté cet art beaucoup plus loin que les Grecs; prétention que le défaut de monumens rend aussi difficile à appuyer qu’à détruire, & qui ne peut être qu’assez foiblement combattue par les prodiges vrais ou supposés de la Musique ancienne. Peut-être seroit-il permis de conjecturer avec quelque vraissemblance, que cette Musique étoit tout-à-fait différente de la nôtre, & que si l’ancienne étoit supérieure par la mélodie, l’harmonie donne à la moderne des avantages.

nous ne reconnoissions point ce que nous devons à l’Italie; c’est d’elle que nous avons reçû les Sciences, qui depuis ont fructifié si abondamment dans toute l’Europe; c’est à elle surtout que nous devons les Beaux-Arts & le bon goût, dont elle nous a fourni un grand nombre de modèles inimitables.”

Pendant que les Arts & les Belles-Lettres étoient en honneur, il s’en falloit beaucoup que la Philosophie fît le même progrès, du moins dans chaque nation prise en corps; elle n’a reparu que beaucoup plus tard. (…) D’ailleurs, les Anciens n’étoient pas à beaucoup près si parfaits comme Philosophes que comme Écrivains. En effet, quoique dans l’ordre de nos idées les premieres opérations de la raison précedent les premiers efforts de l’imagination, celle-ci, quand elle a fait les premiers pas, va beaucoup plus vîte que l’autre: elle a l’avantage de travailler sur des objets qu’elle enfante; au lieu que la raison forcée de se borner à ceux qu’elle a devant elle, & de s’arrêter à chaque instant, ne s’épuise que trop souvent en recherches infructueuses. (…) on ne pouvoit suppléer à cette étude par celle de leurs Ouvrages, dont la plûpart avoient été détruits, & dont un petit nombre mutilé par le tems ne pouvoit nous donner sur une matière aussi vaste que des notions fort incertaines & fort altérées.”

On étoit persuadé depuis un tems, pour ainsi dire, immémorial, qu’on possédoit dans toute sa pureté la doctrine d’Aristote, commentée par les Arabes, & altérée par mille additions absurdes ou puériles; & on ne pensoit pas même à s’assûrer si cette Philosophie barbare étoit réellement celle de ce grand homme, tant on avoit conçû de respect pour les Anciens. C’est ainsi qu’une foule de peuples nés & affermis dans leurs erreurs par l’éducation, se croyent d’autant plus sincèrement dans le chemin de la vérité, qu’il ne leur est même jamais venu en pensée de former sur cela le moindre doute.”

On avoit permis aux Poëtes de chanter dans leurs Ouvrages les divinités du Paganisme, parce qu’on étoit persuadé avec raison que les noms de ces divinités ne pouvoient plus être qu’un jeu dont on n’avoit rien à craindre. Si d’un côté, la religion des Anciens, qui animoit tout, ouvroit un vaste champ à l’imagination des beaux Esprits; de l’autre, les principes en étoient trop absurdes, pour qu’on appréhendât de voir ressusciter Jupiter & Pluton par quelque secte de Novateurs. Mais l’on craignoit, ou l’on paroissoit craindre les coups qu’une raison aveugle pouvoit porter au Christianisme: comment ne voyoit-on pas qu’il n’avoit point à redouter une attaque aussi foible?”

Un Tribunal devenu puissant dans le Midi de l’Europe, dans les Indes, dans le Nouveau Monde, mais que la Foi n’ordonne point de croire, ni la Charité d’approuver, & dont la France n’a pû s’accoûtumer encore à prononcer le nom sans effroi, condamna un célebre Astronome pour avoir soûtenu le mouvement de la Terre, & le déclara hérétique; à peu-près comme le Pape Zacharie avoit condamné quelques siècles auparavant un Evêque, pour n’avoir pas pensé comme saint Augustin sur les Antipodes, & pour avoir deviné leur existence 600 ans avant que Christophe Colomb les découvrît. C’est ainsi que l’abus de l’autorité spirituelle réunie à la temporelle forçoit la raison au silence”

A la tête de ces illustres personnages doit être placé l’immortel Chancelier d’Angleterre, François Bacon, dont les Ouvrages si justement èstimés, & plus estimés pourtant qu’ils ne sont connus, méritent encore plus notre lecture que nos éloges. A considérer les vûes saines & étendues de ce grand homme, la multitude d’objets sur lesquels son esprit s’est porté, la hardiesse de son style qui réunit partout les plus sublimes images avec la précision la plus rigoureuse, on seroit tenté de le regarder comme le plus grand, le plus universel, & le plus éloquent des Philosophes. Bacon, né dans le sein de la nuit la plus profonde, sentit que la Philosophie n’étoit pas encore, quoique bien des gens sans doute se flatassent d’y exceller; car plus un siècle est grossier, plus il se croit instruit de tout ce qu’il peut savoir. Il commença donc par envisager d’une vûe générale les divers objets de toutes les Sciences naturelles; il partagea ces Sciences en différentes branches, dont il fit l’énumération la plus exacte qu’il lui fut possible: il examina ce que l’on savoit déjà sur chacun de ces objets, & fit le catalogue immense de ce qui restoit à découvrir: c’est le but de son admirable Ouvrage de la dignité & de l’accroissement des connoissances humaines. Dans son nouvel organe des Sciences, il perfectionne les vûes qu’il avoit données dans le premier Ouvrage; il les porte plus loin, & fait connoître la nécessité de la Physique expérimentale, à laquelle on ne pensoit point encore. Ennemi des systèmes, il n’envisage la Philosophie que comme cette partie de nos connoissances, qui doit contribuer à nous rendre meilleurs ou plus heureux: il semble la borner à la Science des choses utiles, & recommande partout l’étude de la Nature. Ses autres Ecrits sont formés sur le même plan; tout, jusqu’à leurs titres, y annonce l’homme de génie, l’esprit qui voit en grand. § Nous déclarerons ici que nous devons principalement au Chancelier Bacon l’Arbre encyclopédique dont nous avons déjà parlé fort au long, & que l’on trouvera à la fin de ce Discours.”

Au Chancelier Bacon succéda l’illustre Descartes. Cet homme rare dont la fortune a tant varié en moins d’un siècle, avoit tout ce qu’il falloit pour changer la face de la Philosophie; une imagination forte, un esprit très-conséquent, des connoissances puisées dans lui-même plus que dans les Livres, beaucoup de courage pour combattre les préjugés les plus généralement reçus, & aucune espece de dépendance qui le sorçât à les ménager. Aussi éprouva-t-il de son vivant même ce qui arrive pour l’ordinaire à tout homme qui prend un ascendant trop marqué sur les autres. Il fit quelques enthousiastes, & eut beaucoup d’ennemis. Soit qu’il connût sa nation ou qu’il s’en défiât seulement, il s’étoit refugié dans un pays entierement libre pour y méditer plus à son aise. Quoiqu’il pensât beaucoup moins à faire des disciples qu’à les mériter, la persécution alla le chercher dans sa retraite; & la vie cachée qu’il menoit ne put l’y soustraire. Malgré toute la sagacité qu’il avoit employée pour prouver l’existence de Dieu, il fut accusé de la nier par des Ministres qui peut-être ne la croyoient pas. Tourmenté & calomnié par des étrangers, & assez mal accueilli de ses compatriotes, il alla mourir en Suede, bien éloigné sans doute de s’attendre au succès brillant que ses opinions auroient un jour.” “L’Algebre créée en quelque maniere par les Italiens, & prodigieusement augmentée par notre illustre Viete, a recû entre les mains de Descartes de nouveaux accroissemens. Un des plus considérables est sa méthode des Indéterminées, artifice très-ingénieux & très-subtil, qu’on a sû appliquer depuis à un grand nombre de recherches.” “Comme Philosophe, il a peut-être été aussi grand, mais il n’a pas été si heureux. (…) Sa Méthode seule auroit suffi pour le rendre immortel; sa Dioptrique est la plus grande & la plus belle application qu’on eût faite encore de la Géométrie à la Physique; on voit enfin dans ses ouvrages, même les moins lûs maintenant, briller par tout le génie inventeur. Si on juge sans partialité ces tourbillons devenus aujourd’hui presque ridicules, on conviendra, j’ose le dire, qu’on ne pouvoit alors imaginer mieux: les observations astronomiques qui ont servi à les détruire étoient encore imparfaites, ou peu constatées; rien n’étoit plus naturel que de supposer un fluide qui transportât les planètes; il n’y avoit qu’une longue suite de phénomènes, de raisonnemens & de calculs, & par conséquent une longue suite d’années, qui pût faire renoncer à une théorie si séduisante. Elle avoit d’ailleurs l’avantage singulier de rendre raison de la gravitation des corps par la force centrifuge du Tourbillon même; & je ne crains point d’avancer que cette explication de la pesanteur est une des plus belles & des plus ingénieuses hypotheses que la Philosophie ait jamais imaginées.” “après avoir eu des sectateurs sans nombre, il est presque réduit à des apologistes. Il se trompa sans doute en admettant les idées innées: mais s’il eût retenu de la secte Péripatéticienne la seule vérité qu’elle enseignoit sur l’origine des idées par les sens, peut-être les erreurs qui deshonoroient cette vérité par leur alliage, auroient été plus difficiles à déraciner.”

Newton, à qui la route avoit été préparée par Huyghens, parut enfin, & donna à la Philosophie une forme qu’elle semble devoir conserver. Ce grand génie vit qu’il étoit tems de bannir de la Physique les conjectures & les hypothèses vagues, ou du moins de ne les donner que pour ce qu’elles valoient, & que cette Science devoit être uniquement soûmise aux expériences & à la Géométrie. C’est peut-être dans cette vûe qu’il commença par inventer le calcul de l’Infini & la méthode des Suites, dont les usages si étendus dans la Géométrie même, le sont encore davantage pour déterminer les effets compliqués que l’on observe dans la Nature, où tout semble s’exécuter par des especes de progressions infinies. (…) Sa Théorie du monde (car je ne veux pas dire son Systême) est aujourd”hui si généralement reçue, qu’on commence à disputer à l’auteur l’honneur de l’invention, parce qu’on accuse d’abord les grands hommes de se tromper, & qu’on finit par les traiter de plagiaires. Je laisse à ceux qui trouvent tout dans les ouvrages des anciens, le plaisir de découvrir dans ces ouvrages la gravitation des planètes, quand elle n’y seroit pas; mais en supposant même que les Grecs en ayent eu l’idée, ce qui n’étoit chez eux qu’un systême hasardé & romanesque, est devenu une démonstration dans les mains de Newton” “Il se contenta de prouver que les tourbillons de Descartes ne pouvoient rendre raison du mouvement des planètes; que les phénomènes & les lois de la Mechanique s’unissoient pour les renverser; qu’il y a une force par laquelle les planètes tendent les unes vers les autres, & dont le principe nous est entièrement inconnu.” “A l’égard de la Métaphysique, il paroît que Newton ne l’avoit pas entierement négligée. Il étoit trop grand Philosophe pour ne pas sentir qu’elle est la base de nos connoissances, & qu’il faut chercher dans elle seule des notions nettes & exactes de tout: il paroît même par les ouvrages de ce profond Géometre, qu’il étoit parvenu à se faire de telles notions sur les principaux objets qui l’avoient occupé. Cependant, soit qu’il fût peu content lui-même des progrès qu’il avoit faits à d’autres égards dans la Métaphysique, soit qu’il crût difficile de donner au genre humain des lumières bien satisfaisantes ou bien étendues sur une science trop souvent incertaine & contentieuse, soit enfin qu’il craignît qu’à l’ombre de son authorité on n’abusat de sa Métaphysique comme on avoit abusé de celle de Descartes pour soutenit des opinions dangereuses ou erronées [levando as hipóteses e sua defesa longe demais…], il s’abstint presque absolument d’en parler dans ceux de ses écrits qui sont le plus connus; & on ne peut guère apprendre ce qu’il pensoit sur les différens objets de cette science, que dans les ouvrages de ses disciples. Ainsi comme il n’a causé sur ce point aucune révolution, nous nous abstiendrons de le considérer de ce côté-là.”

Ce que Newton n’avoit osé, ou n’auroit peut-être pû faire, Locke l’entreprit & l’exécuta avec succès. On peut dire qu’il créa la Métaphysique à peu-près comme Newton avoit créé la Physique. Il conçut que les abstractions & les questions ridicules qu”on avoit jusqu’alors agitées, & qui avoient fait comme la substance de la Philosophie, étoient la partie qu’il falloit surtout proscrire. Il chercha dans ces abstractions & dans l’abus des signes les causes principales de nos erreurs, & les y trouva. Pour connoitre notre âme, ses idées & ses affections, il n’étudia point les livres, parce qu’ils l’auroient mal instruit [lugar-comum à época, correto, m. Rousseau?]; il se contenta de descendre profondement en lui-même; & après s’être, pour ainsi dire, contemplé longtems, il ne fit dans son Traité de l’entendement humain que présenter aux hommes le miroir dans lequel il s’étoit vû. En un mot il réduisit la Métaphysique à ce qu’elle doit être en effet, la Physique expérimentale de l’âme; espece de Physique très-différente de celle des corps non-seulement par son objet, mais par la maniere de l’envisager. (…) Cependant le titre de Métaphysicien & même de grand Métaphysicien est encore assez commun dans notre siècle; car nous aimons à tout prodiguer (…) Je ne doute point que ce titre ne soit bientôt une injure pour nos bons esprits, comme le nom de Sophiste, qui pourtant signifie Sage, avili en Grèce par ceux qui le portoient, fut rejetté par les vrais Philosophes.”

Galilée, à qui la Géographie doit tant pour ses découvertes Astronomiques, & la Méchanique pour sa Théorie de l’accélération; Harvey, que la découverte de la circulation du sang rendra immortel; Huyghens, que nous avons déja nommé, & qui par des ouvrages pleins de force & de génie a si bien mérité de la Géometrie & de la Physique; Pascal, auteur d’un traité sur la Cycloide, qu’on doit regarder comme un prodige de sagacité & de pénétration, & d’un traité de l’équilibre des liqueurs & de la pésanteur de l’air, qui nous a ouvert une science nouvelle: génie universel & sublime, dont les talens ne pourroient être trop regrettés par la Philosophie, si la religion n’en avoit pas profité; Malebranche, qui a si bien démelé les erreurs des sens, & qui a connu celles de l’imagination comme s’il n’avoit pas été souvent trompé par la sienne; Boyle, le père de la Physique expérimentale; plusieurs autres enfin, parmis lesquels doivent être comptés avec distinction les Vesale, les Sydenham, les Boerhaave, & une infinité d’Anatomistes & de Physiciens célébres.

Entre ces grands hommes il en est un, dont la Philosophie aujourd’hui fort accueillie & fort combattue dans le Nord de l’Europe, nous oblige à ne le point passer sous silence; c’est l’illustre Leibnitz. Quand il n’auroit pour lui que la gloire, ou même que le soupçon d’avoir partagé avec Newton l’invention du calcul différentiel, il mériteroit à ce titre une mention honorable. Mais c’est principalement par sa Métaphysique que nous voulons l’envisager. Comme Descartes, il semble avoir reconnu l’insuffisance de toutes les solutions qui avoient été données jusqu’à lui des questions les plus élevées, sur l’union du corps & de l’ame, sur la Providence, sur la nature de la matiere; il paroit même avoir eu l’avantage d’exposer avec plus de force que personne les difficultés qu’on peut proposer sur ces questions; mais moins sage que Locke & Newton, il ne s’est pas contenté de former des doutes, il a cherché à les dissiper, & de ce côté-là il n’a peut-être pas été plus heureux que Descartes. Son principe de la raison suffisante, très-beau & très vrai en lui-même, ne paroît pas devoir être fort utile à des êtres aussi peu éclairés que nous le sommes sur les raisons premieres de toutes choses; ses Monades prouvent tout au plus qu’il a vu mieux que personne qu’on ne peut se former une idée nette de la matiere, mais elles ne paroissent pas faites pour la donner; son Harmonie préétablie, semble n’ajoûter qu’une difficulté de plus à l’opinion de Descartes sur l’union du corps & de l’ame; enfin son systême de l’Optimisme est peut-être dangereux par le prétendu avantage qu’il a d’expliquer tout.”

On ne permet guère aux grands génies d’en savoir tant”

Newton, il est vrai, a trouvé dans ses contemporains moins de contradiction, soit que les découvertes géométriques par lesquelles il s’annonça, & dont on ne pouvoit lui disputer ni la propriété, ni la réalité, eussent accoûtumé à l’admiration pour lui, & à lui rendre des hommages qui n’étoient ni trop subits, ni trop forcés; soit que par sa supériorité il imposât silence à l’envie, soit enfin, ce qui paroît plus difficile à croire, qu’il eût affaire à une nation moins injuste que les autres. Il a eu l’avantage singulier de voir sa Philosophie généralement reçûe en Angleterre de son vivant, & d’avoir tous ses compatriotes pour partilans & pour admirateurs.”

Il ne faut qu’ouvrir nos Livres, pour voir avec surprise qu’il n’y a pas encore vingt ans qu’on a commencé en France à renoncer au Cartésianisme. Le premier qui ait osé parmi nous se déclarer ouvertement Newtonien, est l’auteur du Discours sur la figure des Astres, qui joint à des connoissances géométriques très-étendues, cet esprit philosophique avec lequel elles ne se trouvent pas toûjours, & ce talent d’écrire auquel on ne croira plus qu’elles nuisent, quand on aura lû ses Ouvrages. M. de Maupertuis a crû qu’on pouvoit être bon citoyen, sans adopter aveuglément la Physique de son pays; & pour attaquer cette Physique, il a eu besoin d’un courage dont on doit lui savoir gré. En effet notre nation, singulièrement avide de nouveautés dans les matières de goût, est au contraire en matiere de Science très-attachée aux opinions anciennes. (…) Pour avoir le droit d’admirer les erreurs d’un grand homme, il faut savoir les reconnoitre, quand le tems les a mises au grand jour. Aussi les jeunes gens qu’on regarde d’ordinaire comme d’assez mauvais juges, sont peut-être les meilleurs dans les matières philosophiques & dans beaucoup d’autres, lorsqu’ils ne sont pas dépourvûs de lumiere” “Si le Newtonianisme venoit à être détruit de nos jours par quelque cause que ce pût être, injuste ou légitime, les sectateurs nombreux qu’il a maintenant joueroient sans doute alors le même role qu’ils ont fait joüer à d’autres. Telle est la nature des esprits: telles sont les suites de l’amour-propre qui gouverne les Philosophes du moins autant que les autres hommes, & de la contradiction que doivent éprouver toutes les découvertes, ou même ce qui en a l’apparence.”

les grands hommes se livrent à leur génie, & les gens médiocres à celui de leur nation. Il est vrai que le témoignage que la supériorité ne peut s’empêcher de se rendre à elle-même suffit pour la dédommager des suffrages vulgaires: elle se nourrit de sa propre substance; & cette réputation dont on est si avide, ne sert souvent qu’à consoler la médiocrité des avantages que le talent a sur elle.”

Il semble qu’on regarde l’antiquité comme un oracle qui a tout dit, & qu’il est inutile d’interroger; & l’on ne fait guère plus de cas aujourd’hui de la restitution d’un passage, que de la découverte d’un petit rameau de veine dans le corps humain.”

L’usage de tout écrire aujourd’hui en Langue vulgaire, a contribué sans doute à fortifier ce préjugé, & est peut-être plus pernicieux que le préjugé même. Notre Langue s’étant répandue par toute l’Europe, nous avons crû qu’il étoit tems de la substituer à la Langue latine, qui depuis la renaissance des Lettres étoit celle de nos Savans. J’avoüe qu’un Philosophe est beaucoup plus excusable d’écrire en François, qu’un François de faire des vers Latins; je veux bien même convenir que cet usage a contribué à rendre la lumière plus générale, si néanmoins c’est étendre réellement l’esprit d’un Peuple, que d’en étendre la superficie. Cependant il résulte de-là un inconvénient que nous aurions bien dû prévoir. Les Savans des autres nations à qui nous avons donné l’exemple, ont crû avec raison qu’ils écriroient encore mieux dans leur Langue que dans la nôtre. L’Angleterre nous a donc imité; l’Allemagne, où le Latin sembloit s’être réfugié, commence insensiblement à en perdre l’usage; je ne doute pas qu’elle ne soit bientôt suivie par les Suédois, les Danois, & les Russiens. Ainsi, avant la fin du 18e siècle, un Philosophe qui voudra s’instruire à fond des découvertes de ses prédécesseurs, sera contraint de charger sa mémoire de sept à huit Langues différentes; & après avoir consumé à les apprendre le tems le plus précieux de sa vie, il mourra avant de commencer à s’instruire. L”usage de la Langue Latine, dont nous avons fait voir le ridicule dans les matières de goût, ne pourroit être que très-utile dans les Ouvrages de Philosophie, dont la clarté & la précision doivent faire tout le mérite, & qui n’ont besoin que d’une Langue universelle & de convention. Il seroit donc à souhaiter qu’on rétablit cet usage: mais il n’y a pas lieu de l’espérer. L’abus dont nous osons nous plaindre est trop favorable à la vanité & à la paresse, pour qu’on se flate de le déraciner. Les Philosophes, comme les autres Écrivains, veulent être lûs, & surtout de leur nation. S’ils se servoient d’une Langue moins familiere, ils auroient moins de bouches pour les célébrer, & on ne pourroit pas se vanter de les entendre. Il est vrai qu’avec moins d’admirateurs, ils auroient de meilleurs juges: mais c’est un avantage qui les touche peu, parce que la réputation tient plus au nombre qu’au mérite de ceux qui la distribuent.”

le goût des systèmes, plus propre à flater l’imagination qu’à éclairer la raison, est aujourd’hui presqu’absolument banni des bons Ouvrages. Un de nos meilleurs Philosophes semble lui avoir porté les derniers coups.” Referência a M. l’Abbé de Condillac, de l’Académie royale des Sciences de Prusse, em seu Traité des Systémes. “& si on prétend prouver l’utilité des Systèmes par un très-petit nombre de découvertes qu’ils ont occasionnées autrefois, on pourroit de même conseiller à nos Géometres de s’appliquer à la quadrature du cercle, parce que les efforts de plusieurs Mathématiciens pour la trouver, nous ont produit quelques theorêmes. L’esprit de Système est dans la Physique ce que la Métaphysique est dans la Géométrie. S”il est quelquefois nécessaire pour nous mettre dans le chemin de la vérité, il est presque toûjours incapable de nous y conduire par lui-même.”

CRISE À LA FRANÇAISE:Notre siècle porté à la combinaison & à l’analyse, semble vouloir introduire les discussions froides & didactiques dans les choses de sentiment. (…) cet esprit de discussion a contribué à affranchir notre littérature de l’admiration aveugle des Anciens (…) Mais c’est peut-être aussi à la même source que nous devons je ne sais quelle Métaphysique du coeur, qui s’est emparée de nos théatres; s’il ne falloit pas l’en bannir entièrement, encore moins falloit-il l’y laisser régner. Cette anatomie de l’ame s’est glissée jusque dans nos conversations; on y disserte, on n’y parle plus; & nos sociétés ont perdu leurs principaux agrémens, la chaleur & la gaieté. dissertamos, não conversamos mais; e nossas sociedades perderam suas principais benesses, o calor e a alegria.”

TEORIA DA DECADÊNCIA OU AO MENOS DA ESTAGNAÇÃO CULTURAL: “Le goût & l’art d’écrire font en peu de tems des progrès rapides, dès qu’une fois la véritable route est ouverte; à peine un grand génie a-t-il entrevû le beau, qu’il l’apperçoit dans toute son étendue; & l’imitation de la belle Nature semble bornée à de certaines limites qu’une génération, ou deux tout au plus, ont bien tôt atteintes: il ne reste à la génération suivante que d’imiter: mais elle ne se contente pas de ce partage; les richesses qu’elle a acquises autorisent le desir de les accroître; elle veut ajoûter à ce qu’elle a reçû, & manque le but en cherchant à le passer. On a donc tout à la fois plus de principes pour bien juger, un plus grand fonds de lumières, plus de bons juges, & moins de bons Ouvrages; on ne dit point d’un Livre qu’il est bon, mais que c’est le Livre d’un homme d’esprit. C’est ainsi que le siècle de Démétrius de Phalere a succédé immédiatement à celui de Démosthene, le siècle de Lucain & de Séneque à celui de Cicéron & de Virgile, & le nôtre à celui de Louis XIV.”

Mas de quem fala? “comme nous devons au siècle de Pline les ouvrages admirables de Quintilien & de Tacite, que la génération précédente n’auroit peut-être pas été en état de produire, le nôtre laissera à la postérité des monumens dont il a bien droit de se glorifier. Un Poëte célebre par ses talens & par ses malheurs a effacé Malherbe dans ses Odes, & Marot dans ses Epigrammes & dans ses Epitres. Nous avons vu naître le seul Poëme épique que la France pui opposer à ceux des Grecs, des Romains, des Italiens, des Anglois & des Espagnols. Deux hommes illustres, entre lesquels notre nation semble partagée, & que la postérité saura mettre chacun à sa place, se disputent la gloire du cothurne, & l’on voit encore avec un extrème plaisir leurs Tragédies après celles de Corneille & de Racine. L’un de ces deux hommes, le même à qui nous devons la Henriade, sur d”obtenir parmi le très-petit nombre de grands Poëtes une place distinguée & qui n’est qu’à lui, possede en même tems au plus haut dégré un talent que n’a eu presque aucun Poëte même dans un dégré médiocre, celui d’écrire en prose. Personne n’a mieux connu l”art si rare de rendre sans effort chaque idée par le terme qui lui est propre, d’embellir tout sans se méprendre sur le coloris propre à chaque chose; enfin, ce qui caracterise plus qu’on ne pense les grands Écrivains, de n’être jamais ni au-dessus, ni au-dessous de son sujet. Son essai sur le siècle de Louis XIV est un morceau d”autant plus précieux que l’Auteur n’avoit en ce genre aucun modele ni parmi les Anciens, ni parmi nous. Son histoire de Charles XII par la rapidité & la noblesse du style est digne du Héros qu’il avoit à peindre; ses pièces sugitives [?] supérieures à toutes celles que nous estimons le plus, suffiroient par leur nombre & par leur mérite pour immortaliser plusieurs Écrivains.” Voltaire!

Deuxième: “Un Écrivain judicieux, aussi bon citoyen que grand Philosophe, nous a donné sur les principes des Lois un ouvrage décrié par quelques François, & estimé de toute l’Europe. D’excellens auteurs ont écrit l’histoire; des esprits justes & éclairés l’ont approfondie; la Comédie a acquis un nouveau genre, qu’on auroit tort de rejetter, puisqu’il en résulte un plaisir de plus, & qui n’a pas été aussi inconnu des anciens qu’on voudroit nous le persuader; enfin nous avons plusieurs Romans qui nous empêchent de regretter ceux du dernier siècle.” Montesquieu ou Balzac.

La Musique est peut-être de tous ces Arts celui qui a fait depuis quinze ans le plus de progrès parmi nous. Graces aux travaux d’un génie mâle, hardi & fécond, les Etrangers qui ne pouvoient souffrir nos symphonies, commencent à les goûter, & les François paroissent enfin persuadés que Lulli avoit laissé dans ce genre beaucoup à faire. M. Rameau, en poussant la pratique de son Art à un si haut degré de perfection, est devenu tout ensemble le modele & l’objet de la jalousie d’un grand nombre d’Artistes, qui le décrient en s’efforçant de l’imiter. Mais ce qui le distingue plus particulierement, c’est d’avoir refléchi avec beaucoup de succès sur la théorie de ce même Art; d’avoir sû trouver dans la Basse fondamentale le principe de l’harmonie & de la mélodie; d’avoir réduit par ce moyen à des lois plus certaines & plus simples, une science livrée avant lui à des regles arbitraires, ou dictées par une expérience aveugle. Je saisis avec empressement l’occasion de célébrer cet Artiste philosophe, dans un discours destiné principalement à l’éloge des grands Hommes.”

on nuit plus aux progrès de l’esprit, en plaçant mal les récompenses qu’en les supprimant. Avoüons même à l’honneur des lettres, que les Savans n’ont pas toujours besoin d’être récompensés pour se multiplier. Témoin l’Angleterre, à qui les Sciences doivent tant, sans que le Gouvernement fasse rien pour elles. Il est vrai que la Nation les considère, qu’elle les respecte même; & cette espece de récompense, supérieure à toutes les autres, est sans doute le moyen le plus sûr de faire fleurir les Sciences & les Arts; parce que c’est le Gouvernement qui donne les places, & le Public qui distribue l’estime.”

Engajados profetas sociais: “tout a des révolutions reglées, & l’obscurité se terminera par un nouveau siècle de lumière.”

M. Rousseau de Genêve, Auteur de la Partie de l’Encyclopédie qui concerne la Musique, & dont nous espérons que le Public sera très satisfait, a composé un Discours fort éloquent, pour prouver que le rétablissement des Sciences & des Arts a corrompu les moeurs. Ce Discours a été couronné en 1750 par l’Académie de Dijon, avec les plus grands éloges; il [a] été imprimé à Paris au commencement de cette année 1751, & a fait beaucoup d’honneur à son Auteur.”

Il doit y avoir en général dans une République plus d’Orateurs, d’Historiens, & de Philosophes; & dans une Monarchie, plus de Poëtes, de Théologiens, & de Géometres. Cette regle n’est pourtant pas si absolue, qu’elle ne puisse être altérée & modifiée par une infinité de causes.” [???]

* * *

Praticamente um segundo prefácio dentro do prefácio:

Le Prospectus qui a déjà été publié dans cette vûe, & dont M. Diderot mon collegue est l’Auteur, ayant été reçu de toute l’Europe avec les plus grands éloges, je vais en son nom le remettre ici de nouveau sous les yeux du Public, avec les changemens & les additions qui nous ont parû convenables à l’un & à l’autre.”

MAD – Meu Amigo Diderot

les Dictionnaires par leur forme même ne sont propres qu’à être consultés, & se refusent à toute lecture suivie. Quand nous apprendrons qu’un homme de Lettres, desirant d’étudier l’Histoire à fond, aura choisi pour cet objet le Dictionnaire de Moreri, nous conviendrons du reproche que l’on veut nous faire. Nous aurions peut-être plus de raison d’attribuer l’abus prétendu dont on se plaint, à la multiplication des méthodes, des élémens, des abregés, & des bibliotheques, si nous n’étions persuadés qu’on ne sauroit trop faciliter les moyens de s’instruire. On abrégeroit encore davantage ces moyens, en réduisant à quelques volumes tout ce que les hommes ont découvert jusqu”à nos jours dans les Sciences & dans les Arts. Ce projet, en y comprenant même les faits historiques réellement utiles, ne seroit peut-être pas impossible dans l’exécution; il seroit du moins à souhaiter qu’on le tentât, nous ne prétendons aujourd’hui que l’ébaucher; & il nous débarrasseroit enfin de tant de Livres, dont les Auteurs n’ont fait que se copier les uns les autres. Ce qui doit nous rassûrer contre la satyre des Dictionnaires, c’est qu’on pourroit faire le même reproche sur un fondement aussi peu solide aux Journalistes les plus estimables. Leur but n’est-il pas essentiellement d”exposer en raccourci [resumo] ce que notre siecle ajoûte de lumières à celles des siècles précédens?”

Jusqu’ici personne n’avoit conçû un Ouvrage aussi grand, ou du moins personne ne l’avoit exécuté. Leibnitz, de tous les Savans le plus capable d’en sentir les difficultés, desiroit qu’on les surmontât. Cependant on avoit des Encyclopédies; & Leibnitz ne l’ignoroit pas, lorsqu’il en demandoit une.”

La vraie Philosophie étoit au berceau; la Géométrie de l’Infini n’étoit pas encore; la Physique expérimentale se montroit à peine; il n’y avoit point de Dialectique; les lois de la saine Critique étoient entièrement ignorées. Les Auteurs célebres en tout genre dont nous avons parlé dans ce Discours, & leurs illustres disciples, ou n’existoient pas, ou n’avoient pas écrit. L’esprit de recherche & d’émulation n’animoit pas les Savans; un autre esprit moins fécond peut-être, mais plus rare, celui de justesse & de méthode, ne s’étoit point soûmis les différentes parties de la Littérature; & les Académies, dont les travaux ont porté si loin les Sciences & les Arts, n’étoient pas instituées.” “il faut avoüer aussi que l’augmentation prodigieuse des matières rendit à d’autres égards un tel Ouvrage beaucoup plus difficile. Mais ce n’est point à nous juger si les successeurs des premiers Encyclopédistes ont été hardis ou présomptueux” “L’Encyclopédie de Chambers dont on a publié à Londres un si grand nombre d’Éditions rapides; cette Encyclopédie qu’on vient de traduire tout récemment en Italien, & qui de notre aveu mérite en Angleterre & chez l’étranger les honneurs qu’on lui rend, n’eût peut-être jamais été faite, si avant qu’elle parut en Anglois, nous n’avions eu dans notre Langue des Ouvrages où Chambers a puisé sans mesure & sans choix la plus grande partie des choses dont il a composé son Dictionnaire.” “En effet, conçoit-on que tout ce qui concerne les Sciences & les Arts puisse être renfermé en deux Volumes in-folio?” “Chambers a lû des Livres, mais il n’a guère vû d’artistes; cependant il y a beaucoup de choses qu’on n’apprend que dans les atteliers. D’ailleurs il n’en est pas ici des omissions comme dans un autre Ouvrage. Un article omis dans un Dictionnaire commun le rend seulement imparfait. Dans une Encyclopédie, il rompt l’enchaînement, & nuit à la forme & au fond” “L’expérience journaliere n’apprend que trop combien il est difficile à un Auteur de traiter profondément de la Science ou de l’Art dont il a fait toute sa vie une étude particuliere. Quel homme peut donc être assez hardi & assez borné pour entreprendre de traiter seul de toutes les Sciences & de tous les Arts?” Que tal o sujeito hiper-ativo de Mort à Crédit, M. de Pereires? “Il est vrai que ce plan a réduit le mérite d’Editeur à peu de chose; mais il a beaucoup ajoûté à la perfection de l”Ouvrage, & nous penserons toûjours nous être acquis assez de gloire, si le Public est satisfait. En un mot, chacun de nos Collègues a fait un Dictionnaire de la Partie dont il s’est chargé, & nous avons réuni tous ces Dictionnaires ensemble.” “Si nous eussions traité toutes les Sciences séparément, en faisant de chacune un Dictionnaire particulier, non seulement le prétendu desordre de la succession alphabétique auroit eu lieu dans ce nouvel arrangement; mais une telle méthode auroit été sujette à des inconvéniens considérables par le grand nombre de mots communs à différentes Sciences, & qu’il auroit fallu répéter plusieurs fois, ou placer au hasard. D’un autre côté, si nous eussions traité de chaque Science séparément & dans un discours suivi, conforme à l’ordre des idées, & non à celui des mots, la forme de cet Ouvrage eût été encore moins commode pour le plus grand nombre de nos lecteurs, qui n’y auroient rien trouvé qu’avec peine” “le travail d’autrui sera sacré pour nous, & nous ne manquerons pas de consulter l’Auteur, s’il arrive dans le cours de l’Edition que son ouvrage nous paroisse demander quelque changement considérable.” “Un procédé de Chimie ne sera point du même ton que la description des bains & des théatres anciens, ni la manoeuvre d’un Serrurier, exposée comme les recherches d’un Théologien, sur un point de dogme ou de discipline.”

On a beaucoup écrit sur les Sciences. Les traités sur les Arts libéraux se sont multipliés sans nombre; la république des Lettres en est inondée. Mais combien peu donnent les vrais principes? combien d’autres les noyent dans une affluence de paroles, ou les perdent dans des ténebres affectées? Combien dont l’autorité en impose, & chez qui une erreur placée à côté d’une vérité, ou décrédite celle-ci, ou s’accrédite elle-même à la faveur de ce voisinage? On eût mieux fait sans doute d’écrire moins & d’écrire mieux.” “dans les différentes parties dont un article est composé, on ne sait exactement quel Auteur on doit consulter sur tel ou tel point, ou s’il faut les consulter tous, ce qui rend la vérification longue & pénible. On s’est attaché, autant qu’il a été possible, à éviter cet inconvénient, en citant dans le corps même des articles les Auteurs sur le témoignage desquels on s’est appuyé; rapportant leur propre texte quand il est nécessaire; comparant partout les opinions; balançant les raisons; proposant des moyens de douter ou de sortir de doute; décidant même quelquefois; détruisant autant qu’il est en nous les erreurs & les préjugés; & tâchant surtout de ne les pas multiplier, & de ne les point perpétuer, en protégeant sans examen des sentimens rejettés, ou en proscrivant sans raison des opinions reçûes.”

il ne faut pas croire que la définition d’une Science, surtout d’une Science abstraite, en puisse donner l’idée à ceux qui n’y sont pas du moins initiés. En effet, qu’est-ce qu’une Science? sinon un système de regles ou de faits relatifs à un certain objet; & comment peut-on donner l’idée de ce système à quelqu’un qui seroit absolument ignorant de ce que le système renferme? Quand on dit de l’Arithmétique, que c’est la Science des propriétés des nombres, la fait-on mieux connoître à celui qui ne la sait pas, qu’on ne feroit connoître la pièrre philosophale, en disant que c’est le secret de faire de l’or? La définition d’une Science ne consiste proprement que dans l’exposition détaillée des choses dont cette Science s’occupe, comme la définition d’un corps est la description détaillée de ce corps même; & il nous semble d’après ce principe, que ce qu’on appelle définition de chaque Science seroit mieux placé à la fin qu’au commencement du livre qui en traite: ce seroit alors le résultat extrèmement réduit de toutes les notions qu’on auroit acquises.”

ces hommes avides de réputation & dépourvûs de génie, qui publient hardiment de vieux systèmes comme des idées nouvelles, seront bientôt démasqués.”

M. Formey, Secrétaire perpétuel de l’Académie royale des Sciences & des Belles-Lettres de Prusse. Cet illustre Académicien avoit médité un Dictionnaire tel à peu-près que le nôtre, & il nous a généreusement sacrifié la partie considérable qu’il en avoit exécutée, & dont nous ne manquerons pas de lui faire honneur. (…) De ce nombre seront presque tous les articles de Grammaire générale & particuliere. Nous croyons pouvoir assurer qu’aucun Ouvrage connu ne sera ni aussi riche, ni aussi instructif que le nôtre sur les regles & les usages de la Langue Françoise, & même sur la nature, l’origine & le philosophie des Langues en général.”

tout nous a été ouvert, & par ceux qui cultivent les Lettres, & par ceux qui les aiment.”

Que l’Encyclopédie devienne un sanctuaire où les connoissances des hommes soient à l’abri des tems & des révolutions (…) Quel avantage n’auroit-ce pas été pour nos Pères & pour nous, si les travaux des Peuples anciens, des Egyptiens, des Chaldéens, des Grecs, des Romains, &c. avoient été transmis dans un Ouvrage encyclopédique, qui eût exposé en même tems les vrais principes de leurs Langues! Faisons donc pour les siècles à venir ce que nous regrettons que les siècles passés n’ayent pas fait pour le nôtre. Nous osons dire que si les Anciens eussent exécuté une Encyclopédie, comme ils ont exécuté tant de grandes choses, & que ce manuscrit se fût échappé seul de la fameuse bibliotheque d’Alexandrie, il eût été capable de nous consoler de la perte des autres.”

On a trop écrit sur les Sciences: on n’a pas assez bien écrit sur la plûpart des Arts libéraux; on n’a presque rien écrit sur les Arts méchaniques; car qu’est-ce que le peu qu’on en rencontre dans les Auteurs, en comparaison de l’étendue & de la fécondité du sujet?” “La plûpart de ceux qui exercent les Arts méchaniques, ne les ont embrassés que par nécessité, & n’operent que par instinct. À peine entre mille en trouve-t-on une douzaine en état de s’exprimer avec quelque clarté sur les instrumens qu’ils employent & sur les ouvrages qu’ils fabriquent. Nous avons vû des ouvriers qui travaillent depuis quarante années, sans rien connoître à leurs machines. Il a fallu exercer avec eux la fonction dont se glorifioit Socrate, la fonction pénible & délicate de faire accoucher les esprits, obstetrix animorum.”

C’est ainsi que nous nous sommes convaincus de l’ignorance dans laquelle on est sur la plûpart des objets de la vie, & de la difficulté de sortir de cette ignorance. C’est ainsi que nous nous sommes mis en état de démontrer que l’homme de Lettres qui sait le plus sa Langue, ne connoît pas la vingtieme partie des mots; que quoique chaque Art ait la sienne, cette langue est encore bien imparfaite”

+1000 PALAVRAS: “Mais le peu d’habitude qu’on a & d’écrire, & de lire des écrits sur les Arts, rend les choses difficiles à expliquer d’une manière intelligible. De-là naît le besoin de Figures. On pourroit démontrer par mille exemples, qu’un Dictionnaire pur & simple de définitions, quelque bien qu’il soit fait, ne peut se passer de figures, sans tomber dans des descriptions obscures ou vagues; combien donc à plus forte raison ce secours ne nous étoit-il pas nécessaire? On a envoyé des Dessinateurs dans les atteliers” “Un seul art dont on voudroit tout représenter & tout dire, fourniroit des volumes de discours & de planches. On ne finiroit jamais si l’on se proposoit de rendre en figures tous les états par lesquels passe un morceau de fer avant que d’être transformé en aiguille.” “nous n’avons pû réduire le nombre des unes & des autres, à moins de 600. Les deux volumes qu’elles formeront ne seront pas la partie la moins intéressante de l’Ouvrage, par l’attention que nous aurons de placer au verso d’une Planche l’explication de celle qui sera vis-à-vis, avec des renvois aux endroits du Dictionnaire auxquels chaque figure sera relative.”

la perfection derniere d’une Encyclopédie est l’ouvrage des siècles. Il a fallu des siècles pour commencer; il en faudra pour finir: mais nous serons satisfaits d’avoir contribué à jetter les fondemens” Até que puderam fazê-lo num quartel!

* * *

Os Autores

M. Daubenton est le digne collegue de M. de Buffon dans le grand Ouvrage sur l’Histoire Naturelle, dont les trois premiers volumes déjà publiés, ont eu successivement trois éditions rapides, & dont le Public attend la suite avec impatience. On a donné dans le Mercure de Mars 1751 l’article Abeille, que M. Daubenton a fait pour l’Encyclopédie, & le succès général de cet article nous a engagé à insérer dans le second volume du Mercure de Juin 1751 l’article Agate.”

La Théologie est de M. l’Abbé Mallet, Docteur en Théologie de la Faculté de Paris, de la Maison & Société de Navarre, & Professeur royal en Théologie à Paris. (…) M. l’Abbé Mallet est aussi l’Auteur de tous les articles d’Histoire ancienne & moderne (…) on observera que les articles d’Histoire de notre Encyclopédie ne s’étendent pas aux noms de Rois, de Savans, & de Peuples, qui sont l’objet particulier du Dictionnaire de Moreri, & qui auroient presque doublé le nôtre. Enfin, nous devons encore à M. l’abbé Mallet tous les articles qui concernent la Poësie, l’Eloquence, & en général la Littérature. Il a déjà publié en ce genre deux Ouvrages utiles & remplis de réflexions judicieuses. L’un est son Essai sur l’étude des Belles-Lettres, & l’autre ses Principes pour la lecture des Poëtes.”

La Grammaire est de M. du Marsais, qu’il suffit de nommer.”

“La Métaphysique, la Logique, & la Morale, de M. l’Abbé Yvon. Métaphysicien profond, & ce qui est encore plus rare, d’une extrème clarté. On peut en juger par les articles qui sont de lui dans ce premier volume, entr’autres par l’article Agir auquel nous renvoyons, non par préférence; mais parce qu’étant court, il peut faire juger en un moment combien la Philosophie de M. l’Abbé Yvon est saine, & sa Métaphysique nette & précise. M. l’Abbé Pestré, digne par son savoir & par son mérite de seconder M. l’Abbé Yvon, l’a aidé dans plusieurs articles de Morale.”

La Jurisprudence est de M. Toussaint, Avocat en Parlement & membre de l’Académie royale des Sciences & des Belles-Lettres de Prusse”

Le Blason est de M. Eidous ci-devant Ingénieur des Armées de Sa Majesté Catholique”

L’Arithmétique & la Géométrie élémentaire ont été revûes par M. l’Abbé de la Chapelle

Les articles d’Art militaire sont de M. Le Blond, Professeur de Mathématiques des Pages de la grande Écurie du Roi”

La Coupe des Pierres est de M. Goussier

Le Jardinage & l’Hydraulique sont de M. d’Argenville, Conseiller du Roi en ses Conseils Maître ordinaire en sa Chambre des Comptes de Paris, des Sociétés royales des Sciences de Londres & de Montpellier, & de l’Académie des Arcades de Rome.”

La Marine est de M. Bellin, Censeur royal & Ingénieur ordinaire de la Marine”

L’Horlogerie & la description des instrumens astronomiques sont de M. J. B. le Roy

L’Anatomie & la Physiologie sont de M. Tarin, Docteur en Medecine” Morreu aos 26 anos! “La Medecine, la Matière medicale, & la Pharmacie, de M. de Vandenesse, Docteur Régent de la Faculté de Medecine de Paris” “La Chirurgie de M. Louis, Chirurgien gradué, Démonstrateur royal au Collége de Saint Côme, & Conseiller Commissaire pour les extraits de l’Académie royal de Chirurgie.”

La Chimie est de M. Malouin, Docteur Régent de la Faculté de Medecine de Paris, Censeur royal, & membre de l’Académie royale des Sciences”

La Peinture, la Sculpture, la Gravûre, sont de M. Landois

L’Architecture de M. Blondel, Architecte célebre, non seulement par plusieurs Ouvrages qu’il a fait exécuter à Paris, & par d’autres dont il a donné les desseins, & qui ont été exécutés chez différens Souverains, mais encore par son Traité de la Décoration des Édifices, dont il a gravé lui-même les Planches qui sont très-estimées”

M. Rousseau de Genêve, dont nous avons déjà parlé, & qui possède en Philosophe & en homme d’esprit la théorie & la pratique de la Musique, nous a donné les articles qui concernent cette Science. Il a publié il y a quelques années un Ouvrage intitulé Dissertation sur la Musique moderne.” musicologie.org (O LADO DESCONHECIDO DE ROUSSEAU!): “Toujours recherché par le parlement de Paris, de nouveau en France, en mai 1767, il s’installe sous le nom de Renou, avec Thérèse, qu’il fait passer pour sa sœur, au château de Trye-le-Château, mis à disposition par le prince Conti. La même année, il publie son Dictionnaire de musique. (…) Pour Jean-Jacques Rousseau, la langue italienne est plus propice à la musique que la langue française. Parce que la langue du peuple est évincée par une langue de cour qui n’a plus aucune accentuation. Il conclut ainsi sa lettre sur la musique française: Je crois avoir fait voir qu’il n’y a ni mesure ni mélodie dans la musique françoise, parce que la langue n’en n’est pas susceptible; que le chant françois n’est qu’un aboiement continuel, insupportable à toute oreille non prévenue. Et enfin, la célèbre sentence: D’où je conclus que les François n’ont point de musique et n’en peuvent avoir, ou que si jamais ils en ont une, ce sera tant pis pour eux.“La musique est de tous les beaux-arts celui dont le vocabulaire est le plus étendu, et pour lequel un dictionnaire est, par conséquent, le plus utile. Ainsi l’on ne doit pas mettre celui-ci au nombre de ces compilations ridicules que la mode ou plutôt la manie des dictionnaires multiplie de jour en jour. Si ce livre est bien fait, il est utile aux artistes; s’il est mauvais, ce n’est ni par le choix ni par la forme de l’ouvrage. Ainsi, l’on auroit tort de le rebuter sur son titre; il faut le lire pour en juger.”

+ Teatro, Poesia e Música (3a obra temática)

+ Lettre sur la musique françoise (4a)

+ Examen de deux principes avancés par Monsieur Rameau. (5a)

DISCOGRAFIA [!]

Jean-Jacques Rousseau, Consolations des misères de ma vie. Ensemble Alba, Quantum 2012 (QM 7067).

Jean-Jacques Rousseau, Le Devin du village – Intermède en 1 acte sur un livret de Jean-Jacques Rousseau

M. Le Monnier des Académies royales des Sciences de Paris & de Berlin, & de la Société royale de Londres, & Medecin ordinaire de S. M. à Saint-Germain-en-Laye, nous a donné les articles qui concernent l’Aimant & l’Electricité, deux matières importantes qu’il a étudiées avec beaucoup de succès”

M. de Cahusac de l’Académie des Belles-Lettres de Montauban, Auteur de Zeneïde que le Public revoit & applaudit si souvent sur la scene Françoise, des Fêtes de l’Amour & de l’Hymen, & de plusieurs autres Ouvrages qui ont eu beaucoup de succès sur le Théatre lyrique, nous a donné les articles Ballet, Danse, Opera, Decoration

J’ai [*] fait ou revû tous les articles de Mathématique & de Physique, qui ne dépendent point des parties dont il a été parlé ci-dessus (…) Je me suis attaché dans les articles de Mathématique transcendente à donner l’esprit général des méthodes (…) enfin à donner, autant qu’il m’a été possible, dans chaque matière, des principes métaphysiques exacts, c’est-à-dire, simples.” [*] Não revelado precisamente.

M. Diderot mon collegue. Il est Auteur de la partie de cette Encyclopédie la plus étendue, la plus importante, la plus desirée du Public, & j’ose le dire, la plus difficile à remplir; c’est la description des Arts. M. Diderot l’a faite sur des mémoires qui lui ont été fournis par des ouvriers ou par des amateurs, dont on lira bientôt les noms, ou sur les connoissances qu’il a été puiser lui-même chez les ouvriers, ou enfin sur des métiers qu’il s’est donné la peine de voir, & dont quelquefois il a fait construire des modeles pour les étudier plus à son aise. A ce détail qui est immense, & dont il s’est acquitté avec beaucoup de soin, il en a joint un autre qui ne l’est pas moins, en suppléant dans les différentes parties de l’Encyclopédie un nombre prodigieux d’articles qui manquoient. Il s’est livré à ce travail avec un desintéressement qui honore les Lettres (…) Parmi ces articles, il y en a de très-étendus, comme Acier, Aiguille, Ardoise, Anatomie http://xtudotudo6.zip.net/arch2016-05-01_2016-05-31.html vd. 15 de maio ], Animal, Agriculture, &c.”

M. le Comte d’Herouville de Claye, Lieutenant Général des Armées du Roi, & Inspecteur Général d’Infanterie, (…) a communiqué des mémoires très-curieux sur la Minéralogie

M. Falconet, Medecin Consultant du Roi & membre de l’Académie royale des Belles-Lettres, possesseur d’une Bibliothèque aussi nombreuse & aussi étendue que ses connoissances”

M. Goussier, déjà nommé au sujet de la Coupe de pierres (…) Mais il s’est particulierement occupé des figures de l’Encyclopédie qu’il a toutes revûes & presque toutes dessinées”

M. Rogeau, habile Professeur de Mathématiques, a fourni des matériaux sur le Monnoyage

M. Prevost, Inspecteur des Verreries

La Brasserie a été faite sur un mémoire de M. Longchamp

M. La Bassée [?] a fourni les articles de Passementerie, dont le détail n’est bien connu que de ceux qui s’en sont particulierement occupés.”

M. Papillon, célebre Graveur en bois

M. Fournier, très-habile Fondeur de caracteres d’Imprimerie

M. Favre a donné des mémoires sur la Serrurerie, Taillanderie, Fonte des canons, &c.”

Enfin un grand nombre d’autres personnes bien intentionnées ont instruit M. Diderot sur la fabrication des Ardoises, les Forges, la Fonderie, Refendrie, Trifilerie, &c. La plûpart de ces personnes étant absentes, on n’a pû disposer de leur nom sans leur consentement; on les nommera pour peu qu’elles le desirent.”

Nous publions ce premier volume dans le tems précis pour lequel nous l’avions promis. Le second volume est déjà sous presse; nous espérons que le Public n’attendra point les autres, ni les volumes des Figures; notre exactitude à lui tenir parole ne dépendra que de notre vie, de notre santé, & de notre repos. Nous avertissons aussi au nom des Libraires associés qu’en cas d’une seconde édition, les additions & corrections seront données dans un volume séparé à ceux qui auront acheté la première.”

la protection du Gouvernement; des ennemis tant foibles que puissans, qui ont cherché, quoiqu’en vain, à étouffer l’Ouvrage avant sa naissance”

Les Articles qui n’ont point de lettres à la fin, ou qui ont une étoile au commencement, sont de M. Diderot”

Abbé Mallet [mala mesmo, como veremos]: (G): Alcorão, etc.

d’Alembert: (O)

Rousseau: (S)

Marsais, o Gramático: (F)

* * *

A Árvore do Conhecimento

C’est aussi à l’Art de transmettre, qu’il faut rapporter la Critique, la Poedagogique & la Philologie. La Critique, qui restitue dans les Auteurs les endroits corrompus, donne des éditions, &c. La Poedagogique, qui traite du choix des Études, & de la manière d’enseigner. La Philologie, qui s’occupe de la connoissance de la Littérature universelle. [??]”

C’est à l’Art d’embellir le Discours, qu’il faut rapporter la Versification, ou le méchanique de la Poësie. Nous omettrons la distribution de la Rhétorique dans ses différentes parties, parce qu’il n’en découle ni Science, ni Art, si ce n’est peut-être la Pantomime, du Geste; & du Geste & dela Voix, la Déclamation.”

l’OEconomique, la Science des devoirs de l’Homme en famille; la Politique, celle des devoirs de l’Homme en société.”

L’Arithmétique se distribue en Arithmétique numérique ou par Chiffres, & en Algèbre ou Arithmétique universelle par Lettres, qui n’est autre chose que le calcul des grandeurs en général, & dont les opérations ne sont proprement que des opérations arithmétiques indiquées d’une manière abrégée: car, à parler exactement, il n’y a calcul que de nombres.

L’Algèbre est élémentaire ou infinitésimale, selon la nature des quantités auxquelles on l’applique. L’infinitésimale est ou différentielle ou intégrale: différentielle, quand il s’agit de descendre de l’expression d’une quantité finie, ou considérée comme telle, à l’expression de son accroissement, ou de sa diminution instantanée; intégrale, quand il s’agit de remonter de cette expression à la quantité finie même.

l’Hydrodynamique prend alors le nom d’Hydraulique. On pourroit rapporter la Navigation à l’Hydrodynamique, & la Ballistique ou le jet des Bombes, à la Méchanique.”

La quantité considérée dans la possibilité des événemens, donne l’Art de conjecturer, d’où naît l’Analyse des Jeux de hasard.”

la Science qu’on appelle Astronomie physique, à laquelle il faut rapporter la Science de leurs influences, qu’on nomme Astrologie; d’où l’Astrologie physique, & la chimère de l’Astrologie judiciaire.”

Zoologie; d’où sont émanés la Médecine, la Vétérinaire, & le Manége; la Chasse, la Pêche, & la FauconnerieClassificação quase socrática!

L’Hygienne peut se considérer relativement à la santé du corps, à sa beauté, & à ses forces; & se sous-diviser en Hygienne proprement dite, en Cosmétique, & en Athlétique. La Cosmétique donnera l’Orthopédie, ou l’Art de procurer aux membres une belle conformation; & l’Athlétique donnera la Gymnastique ou l’Art de les exercer.”

la recherche artificielle de leurs propriétés intérieures & occultes; & cet Art s’est appellé Chimie. La Chimie est imitatrice & rivale de la Nature: son objet est presque aussi étendu que celui de la Nature même: ou elle décompose les Êtres; ou elle les révivifie; ou elle les transforme, &c. La Chimie a donné naissance à l’Alchimie, & à la Magie naturelle. La Métallurgie ou l’Art de traiter les Métaux en grand, est une branche importante de la Chimie. On peut encore rapporter à cet Art la Teinture.”

il n’est pas moins vrai de dire du Peintre qu’il est un Poëte, que du Poëte qu’il est un Peintre”

Division de lHistoire ecclésiastique en Histoire ecclésiastique particulière, Histoire des Prophéties, qui contient la Prophétie & l’accomplissement, & Histoire de ce que Bacon appelle Nemesis, ou la Providence, c’est-à-dire, de l’accord qui se remarque quelquefois entre la volonté révelée de Dieu & sa volonté secrette.”

Division de la Science de l’âme en Science du souffle divin, d’où est sortie l’âme raisonnable, & Science de l’âme irrationnelle, qui nous est commune avec les brutes, & qui est produite du limon de la terre.”

* * *

FONTE BIBLIOGRÁFICA

> portal.atilf.fr

> archive.org

> “The Project for American and French Research on the Treasury of the French Language (ARTFL) is a cooperative enterprise of Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF) of the Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), the Division of the Humanities, the Division of the Social Sciences, and Electronic Text Services (ETS) of the University of Chicago.”

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