LA(LES) FEMME(S) DE TRENTE ANS OU DA FRIGIDEZ E DA AUTO-REALIZAÇÃO NA MESMA ÁRVORE GENEALÓGICA – Balzac

“– L’on te croit ma femme, dit-il à l’oreille de la jeune personne en se redressant et marchant avec une lenteur qui la désespéra.

Il semblait avoir de la coquetterie pour sa fille et jouissait peut-être plus qu’elle des oeillades que les curieux lançaient sur ses petits pieds chaussés de brodequins en prunelle puce, sur une taille délicieuse dessinée par une robe à guimpe, et sur le cou frais qu’une collerette brodée ne cachait pas entièrement.”

Ce dimanche était le treizième de l’année 1813. Le surlendemain, Napoléon partait pour cette fatale campagne pendant laquelle il allait perdre successivement Bessières et Duroc, gagner les mémorables batailles de Lutzen et de Bautzen, se voir trahi par l’Autriche, la Saxe, la Bavière, par Bernadotte, et disputer la terrible bataille de Leipsick. La magnifique parade commandée par l’empereur devait être la dernière de celles qui excitèrent si longtemps l’admiration des Parisiens et des étrangers. La vieille garde allait exécuter pour la dernière fois les savantes manoeuvres dont la pompe et la précision étonnèrent quelquefois jusqu’à ce géant lui-même, qui s’apprêtait alors à son duel avec l’Europe. Un sentiment triste amenait aux Tuileries une brillante et curieuse population. Chacun semblait deviner l’avenir, et pressentait peut-être que plus d’une fois l’imagination aurait à retracer le tableau de cette scène, quand ces temps héroïques de la France contracteraient, comme aujourd’hui, des teintes presque fabuleuses.”

Son amour pour cette belle créature lui faisait autant admirer le présent que craindre l’avenir. Il semblait se dire : – Elle est heureuse aujourd’hui, le sera-telle toujours? Car les vieillards sont assez enclins à doter de leurs chagrins l’avenir des jeunes gens.

“– Restons, mon père. D’ici je puis encore apercevoir l’empereur. S’il périssait pendant la campagne, je ne l’aurais jamais vu.”

Le cordon de sentinelles, établi pour laisser un passage libre à l’empereur et à son état-major, avait beaucoup de peine à ne pas être débordé par cette foule empressée et bourdonnant comme un essaim.”

La France allait faire ses adieux à Napoléon, à la veille d’une campagne dont les dangers étaient prévus par le moindre citoyen. Il s’agissait, cette fois, pour l’Empire Français, d’être ou de ne pas être.” “Entre la plupart des assistants et des militaires, il se disait des adieux peut-être éternels ; mais tous les coeurs, même les plus hostiles à l’empereur, adressaient au ciel des voeux ardents pour la gloire de la patrie. Les hommes les plus fatigués de la lutte commencée entre l’Europe et la France avaient tous déposé leurs haines en passant sous l’arc de triomphe, comprenant qu’au jour du danger Napoléon était toute la France. L’horloge du château sonna une demi-heure. En ce moment les bourdonnements de la foule cessèrent, et le silence devint si profond, que l’on eût entendu la parole d’un enfant.”

Des cris de: Vive l’empereur! furent poussés par la multitude enthousiasmée. Enfin tout frissonna, tout remua, tout s’ébranla. Napoléon était monté à cheval. Ce mouvement avait imprimé la vie à ces masses silencieuses, avait donné une voix aux instruments, un élan aux aigles et aux drapeaux, une émotion à toutes les figures. Les murs des hautes galeries de ce vieux palais semblaient crier aussi: Vive l’empereur! Ce ne fut pas quelque chose d’humain, ce fut une magie, un simulacre de la puissance divine, ou mieux une fugitive image de ce règne si fugitif. L’homme entouré de tant d’amour, d’enthousiasme, de dévouement, de voeux, pour qui le soleil avait chassé les nuages du ciel, resta sur son cheval, à trois pas en avant du petit escadron doré qui le suivait, ayant le grand-maréchal à sa gauche, le maréchal de service à sa droite. Au sein de tant d’émotions excitées par lui, aucun trait de son visage ne parut s’émouvoir.”

Le colonel Victor d’Aiglemont à peine âgé de trente ans, était grand, bien fait, svelte; et ses heureuses proportions ne ressortaient jamais mieux que quand il employait sa force à gouverner un cheval dont le dos élégant et souple paraissait plier sous lui.”

Je pense, Julie, que vous avez des secrets pour moi. – Tu aimes, reprit vivement le vieillard en s’apercevant que sa fille venait de rougir. Ah! j’espérais te voir fidèle à ton vieux père jusqu’à sa mort, j’espérais te conserver près de moi heureuse et brillante! t’admirer comme tu étais encore naguère. En ignorant ton sort, j’aurais pu croire à un avenir tranquille pour toi ; mais maintenant il est impossible que j’emporte une espérance de bonheur pour ta vie, car tu aimes encore plus le colonel que tu n’aimes le cousin. Je n’en puis plus douter.

Julie, j’aimerais mieux te savoir amoureuse d’un vieillard que de te voir aimant le colonel. Ah! si tu pouvais te placer à dix ans d’ici dans la vie, tu rendrais justice à mon expérience. Je connais Victor: sa gaieté est une gaieté sans esprit, une gaieté de caserne, il est sans talent et dépensier. C’est un de ces hommes que le ciel a créés pour prendre et digérer quatre repas par jour, dormir, aimer la première venue et se battre. Il n’entend pas la vie. Son bon coeur, car il a bon coeur, l’entraînera peut-être à donner

sa bourse à un malheureux, à un camarade ; mais il est insouciant, mais il n’est pas doué de cette délicatesse de coeur qui nous rend esclaves du bonheur d’une femme ; mais il est ignorant, égoïste… Il y a beaucoup de mais.”

Mais, ma pauvre Julie, tu es encore trop jeune, trop faible, trop délicate pour supporter les chagrins et les tracas du mariage. D’Aiglemont a été gâté par ses parents, de même que tu l’as été par ta mère et par moi. Comment espérer que vous pourrez vous entendre tous deux avec des volontés différentes dont les tyrannies seront inconciliables? (…) Je connais les militaires, ma Julie; j’ai vécu aux armées. Il est rare que le coeur de ces gens-là puisse triompher des habitudes produites ou par les malheurs au sein desquels ils vivent, ou par les hasards de leur vie aventurière.

Épouse Victor, ma Julie. Un jour tu déploreras amèrement sa nullité, son défaut d’ordre, son égoïsme, son indélicatesse, son ineptie en amour, et mille autres chagrins qui te viendront par lui. Alors, souviens-toi que, sous ces arbres, la voix prophétique de ton vieux père a retenti vainement à tes oreilles!”

* * *

Un an après…

À travers le tendre feuillage des îles, au fond du tableau, Tours semble, comme Venise, sortir du sein des eaux.”

En plus d’un endroit il existe trois étages de maisons, creusées dans le roc et réunies par de dangereux escaliers taillés à même la pierre. Au sommet d’un toit, une jeune fille en jupon rouge court à son jardin. La fumée d’une cheminée s’élève entre les sarments et le pampre naissant d’une vigne. Des closiers labourent des champs perpendiculaires.”

Cette partie de la France, la seule que les armées étrangères ne devaient point troubler, était en ce moment la seule qui fût tranquille, et l’on eût dit qu’elle défiait l’Invasion.”

Julie d’Aiglemont ne ressemblait déjà plus à la jeune fille qui courait naguère avec joie et bonheur à la revue des Tuileries. Son visage, toujours délicat, était privé des couleurs roses qui jadis lui donnaient un si riche éclat. Les touffes noires de quelques cheveux défrisés par l’humidité de la nuit faisaient ressortir la blancheur mate de sa tête, dont la vivacité semblait engourdie. Cependant ses yeux brillaient d’un feu surnaturel; mais au-dessous de leurs paupières, quelques teintes violettes se dessinaient sur les joues fatiguées. Elle examina d’un oeil indifférent les campagnes du Cher, la Loire et ses îles, Tours et les longs rochers de Vouvray; puis, sans vouloir regarder la ravissante vallée de la Cise, elle se rejeta promptement dans le fond de la calèche, et dit d’une voix qui en plein air paraissait d’une extrême faiblesse: – Oui, c’est

admirable. Elle avait comme on le voit pour son malheur triomphé de son père.

Julie, n’aimerais-tu pas à vivre ici?

Oh! là ou ailleurs, dit-elle avec insouciance.

Souffres-tu? lui demanda le colonel d’Aiglemont.

Pas du tout, répondit la jeune femme avec une vivacité momentanée. Elle contempla son mari en souriant et ajouta : – J’ai envie de dormir.”

Elle eut un air aussi stupide que peut l’être celui d’un paysan breton écoutant le prône de son curé.”

Il y a beaucoup d’hommes dont le coeur est puissamment ému par la seule apparence de la souffrance chez une femme: pour eux la douleur semble être une promesse de constance ou d’amour.”

Chargé par l’empereur de porter des ordres au maréchal Soult, qui avait à défendre la France de l’invasion faite par les Anglais dans le Béarn, le colonel d’Aiglemont profitait de sa mission pour soustraire sa femme aux dangers qui menaçaient alors Paris, et la conduisait à Tours chez une vieille parente à lui.”

Ma Julie n’est ni coquette ni jalouse, elle a une douceur d’ange…”

il était bien difficile à une femme amie de Duclos et du maréchal de Richelieu de ne pas chercher à deviner le secret de ce jeune ménage.”

Après avoir échangé quelques mots avec cette tante, à laquelle elle avait écrit naguère une lettre de nouvelle mariée, elle resta silencieuse comme si elle eût écouté la musique d’un opéra.”

Ma chère petite, nous connaissons la douleur des veuves, répondit la tante.

Aussi, malgré l’envie qu’avait la vieille dame de promener orgueilleusement sa jolie nièce, finit-elle par renoncer à vouloir la mener dans le monde. La comtesse avait trouvé un prétexte à sa solitude et à sa tristesse dans le chagrin que lui avait causé la mort de son père, de qui elle portait encore le deuil. Au bout de huit jours, la douairière admira la douceur angélique, les grâces modestes, l’esprit indulgent de Julie, et s’intéressa, dès lors, prodigieusement à la mystérieuse mélancolie qui rongeait ce jeune coeur. (…) Un mois suffit pour établir entre elles une éternelle amitié.”

Elle devina que ni le souvenir paternel ni l’absence de Victor n’étaient la cause de la mélancolie profonde qui jetait un voile sur la vie de sa nièce; puis elle eut tant de mauvais soupçons, qu’il lui fut difficile de s’arrêter à la véritable cause du mal, car nous ne rencontrons peut-être le vrai que par hasard. Un jour, enfin, Julie fit briller aux yeux de sa tante étonnée un oubli complet du mariage, une folie de jeune fille étourdie, une candeur d’esprit, un enfantillage digne du premier âge, tout cet esprit délicat, et parfois si profond, qui distingue les jeunes personnes en France. Madame de Listomère résolut alors de sonder les mystères de cette âme dont le naturel extrême équivalait à une impénétrable dissimulation.”

La tante, bien convaincue que sa nièce n’aimait pas son neveu, fut stupéfaite en découvrant qu’elle n’aimait personne. Elle trembla d’avoir à reconnaître en Julie un coeur désenchanté, une jeune femme à qui l’expérience d’un jour, d’une nuit peut-être, avait suffi pour apprécier la nullité de Victor.”

Elle se proposait alors de convertir Julie aux doctrines monarchiques du siècle de Louis XV; mais, quelques heures plus tard, elle apprit, ou plutôt elle devina la situation assez commune dans le monde à laquelle la comtesse devait sa mélancolie.”

Confusão nesta edição entre os títulos de “comtesse” e “marquise”, que parecem se referir alternadamente à jovem “sobrinha” recém-casada com o coronel da era bonapartista e a “tia”, não de sangue, tia do coronel, a velha que a acolhe no campo devido à guerra estourando na capital. Erro de revisão ou de redação de Balzac?

Tu vas te marier, Louisa. Cette pensée me fait frémir. Pauvre petite, marie-toi; puis, dans quelques mois, un de tes plus poignants regrets viendra du souvenir de ce que nous étions naguère, quand un soir, à Écouen, parvenues toutes deux sous les plus grands chênes de la montagne, nous contemplâmes la belle vallée que nous avions à nos pieds, et que nous y admirâmes les rayons du soleil couchant dont les reflets nous enveloppaient. Nous nous assîmes sur un quartier de roche, et tombâmes dans un ravissement auquel succéda la plus douce mélancolie. Tu trouvas la première que ce soleil lointain nous parlait d’avenir. Nous étions bien curieuses et bien folles alors! Te souviens-tu de toutes nos extravagances? Nous nous embrassâmes comme deux amants, disions-nous. Nous nous jurâmes que la première mariée de nous deux raconterait fidèlement à l’autre ces secrets d’hyménée, ces joies que nos âmes enfantines nous peignaient si délicieuses. Cette soirée fera ton désespoir, Louisa. Dans ce temps, tu étais jeune, belle, insouciante, sinon heureuse; un mari te rendra, en peu de jours, ce que je suis déjà, laide, souffrante et vieille. Te dire combien j’étais fière, vaine et joyeuse d’épouser le colonel Victor d’Aiglemont, ce serait une folie! Et même comment te le dirai-je? je ne me souviens plus de moi-même. En peu d’instants mon enfance est devenue comme un songe. La contenance pendant la journée solennelle qui consacrait un lien dont l’étendue m’était cachée n’a pas été exempte de reproches. Mon père a plus d’une fois tâché de réprimer ma gaieté, car je témoignais des joies qu’on trouvait inconvenantes, et mes discours révélaient de la malice, justement parce qu’ils étaient sans malice. Je faisais mille enfantillages avec ce voile nuptial, avec cette robe et ces fleurs. Restée seule, le soir, dans la chambre où j’avais été conduite avec apparat, je méditai quelque espièglerie [faceirice] pour intriguer Victor ; et, en attendant qu’il vînt, j’avais des palpitations de coeur semblables à celles qui me saisissaient autrefois en ces jours solennels du 31 décembre, quand, sans être aperçue, je me glissais dans le salon où les étrennes [embrulhos de Natal] étaient entassées. Lorsque mon mari entra, qu’il me chercha, le rire étouffé que je fis entendre sous les mousselines qui m’enveloppaient a été le dernier éclat de cette gaieté douce qui anima les jeux de notre enfance…

depuis Ève jusqu’à nous, le mariage a paru chose si excellente – Vous n’avez plus de mère?”

Parfois ne pensez-vous point que l’amour légitime est plus dur à porter que ne le serait une passion criminelle?”

Enfin, mon ange, vous adorez Victor, n’est-ce pas? mais vous aimeriez mieux être sa soeur que sa femme, et le mariage enfin ne vous réussit point.

Hé! bien, oui, ma tante. Mais pourquoi sourire?”

“– Enfim, meu anjo, você adora o Victor, não é? mas você amaria ainda mais ser sua irmã que sua mulher, e o casamento, portanto, em nada lhe apraz!

É… é isso mesmo, minha tia! Mas por que a gargalhada?”

Sous le règne de notre bien-aimé Louis XV, une jeune femme qui se serait trouvée dans la situation où vous êtes aurait bientôt puni son mari de se conduire en vrai lansquenet. L’égoïste ! Les militaires de ce tyran impérial sont tous de vilains ignorants. Ils prennent la brutalité pour de la galanterie, ils ne connaissent pas plus les femmes qu’ils ne savent aimer; ils croient que d’aller à la mort le lendemain les dispense d’avoir, la veille, des égards et des attentions pour nous. Autrefois, l’on savait aussi bien aimer que mourir à propos. Ma nièce, je vous le formerai. Je mettrai fin au triste désaccord, assez naturel, qui vous conduirait à vous haïr l’un et l’autre, à souhaiter un divorce, si toutefois vous n’étiez pas morte avant d’en venir au désespoir.” “Sob o reinado de nosso adorado Luís XV, uma jovem na sua situação cedo saberia punir seu marido por agir como um militarzinho destemperado¹. O egoísta! Os militares desse tirano imperial são todos uns vilães ignorantes. Confundem brutalidade com charme, são incapazes de compreender as mulheres, não sabem mais amá-las; eles crêem piamente que por terem, em média, uma vida curta, devotada ao campo de batalha, isso lhes dá licença de, antes de partirem deste mundo, ser prestativos e atenciosos. Antigamente, sabia-se tanto morrer pelo seu país quanto amar dignamente. Ah, sobrinha, eu tomarei os cuidados de formá-la! Porei fim a esse triste desacordo, tão natural, afinal, que condu-la, e ao seu marido, ao mútuo ódio e desprezo; se não ao divórcio, à morte precoce, de tanta tristeza, ou quem sabe à loucura, principalmente da fêmea, a sofredora-mor.”

¹ Escolha difícil de tradução. Lansquenet se refere, de modo geral, a três significados diferentes: 1. soldado alemão, de onde veio a palavra; 2. soldado de infantaria francês; 3. tornou-se, ainda, um jogo de azar (de cartas). O termo adquiriu ar pejorativo na França, conotando “brutalidade”, “falta de espírito”. Poderíamos dizer que um lansquenet é um mero tratante. É conhecida a rivalidade histórica entre a França e a Alemanha. Um lansquenet da época de Napoleão, para quem vive na era pós-napoleônica, sintetiza tudo de repulsivo que havia na classe militar do tempo imperial; arrogantes como o mestre das guerras Napoleão Bonaparte, seu venerado chefe militar, esta(s) geração(ões) de soldados se transformou(aram) em homens absolutamente faltos de caráter e incapazes de constituir uma família feliz nos tempos de paz. Ou seja, a tia admoesta a sobrinha: antigamente, quando havia os valores aristocratas, as mulheres saberiam maltratar um mau marido, devolver o tratamento na mesma moeda. E os maus maridos eram escassos. Hoje, que os valores estão degenerados, falta às esposas o vigor, e quase todos os maridos militares são uns pulhas insensíveis.

“– Soyez ma mère! La tante ne pleura pas, car la Révolution a laissé aux femmes de

l’ancienne monarchie peu de larmes dans les yeux.” Seja minha mãe! A tia não chorou, porque a Revolução deixou às mulheres da antiga monarquia poucas, quase nada de lágrimas nos olhos.”

Ne serait-ce pas lui donner à penser qu’il est dangereux? Et d’ailleurs pouvez-vous empêcher un homme d’aller et venir où bon lui semble? Demain nous ne mangerons plus dans cette salle; quand il ne nous y verra plus, le jeune gentilhomme discontinuera de vous aimer par la fenêtre. Voilà, ma chère enfant, comment se comporte une femme qui a l’usage du monde.

Victor, qui avait quitté l’empereur, annonçait à sa femme la chute du régime impérial, la prise de Paris, et l’enthousiasme qui éclatait en faveur des Bourbons sur tous les points de la France; mais ne sachant comment pénétrer jusqu’à Tours, il la priait de venir en toute hâte à Orléans où il espérait se trouver avec des passeports pour elle. Ce valet de chambre, ancien militaire, devait accompagner Julie de Tours à Orléans, route que Victor croyait libre encore.

Madame, vous n’avez pas un instant à perdre, dit le valet de chambre, les Prussiens, les Autrichiens et les Anglais vont faire leur jonction à Blois ou à Orléans…”

Comme la plupart des jeunes femmes réellement innocentes et sans expérience, elle voyait une faute dans un amour involontairement inspiré à un homme. Elle ressentait une terreur instinctive, que lui donnait peut-être la conscience de sa faiblesse devant une si audacieuse agression. Une des plus fortes armes de l’homme est ce pouvoir terrible d’occuper de lui-même une femme dont l’imagination naturellement mobile s’effraie ou s’offense d’une poursuite.

Cependant, au milieu des fêtes qui marquèrent le retour des Bourbons, un malheur bien profond, et qui devait influer sur sa vie, assaillit la pauvre Julie : elle perdit la comtesse de Listomère-Landon. La vieille dame mourut de joie et d’une goutte remontée au coeur, en revoyant à Tours le duc d’Angoulême. Ainsi, la personne à laquelle son âge donnait le droit d’éclairer Victor, la seule qui, par d’adroits conseils, pouvait rendre l’accord de la femme et du mari plus parfait, cette personne était morte.”

Ne se rencontre-t-il pas beaucoup d’hommes dont la nullité profonde est un secret pour la plupart des gens qui les connaissent? Un haut rang, une illustre naissance, d’importantes fonctions, un certain vernis de politesse, une grande réserve dans la conduite, ou les prestiges de la fortune sont, pour eux, comme des gardes qui empêchent les critiques de pénétrer jusqu’à leur intime existence. Ces gens ressemblent aux rois dont la véritable taille, le caractère et les moeurs ne peuvent jamais être ni bien connus ni justement appréciés, parce qu’ils sont vus de trop loin ou de trop près. Ces personnages à mérite factice interrogent au lieu de parler, ont l’art de mettre les autres en scène pour éviter de poser devant eux; puis, avec une heureuse adresse, ils tirent chacun par le fil de ses passions ou de ses intérêts, et se jouent ainsi des hommes qui leur sont réellement supérieurs, en font des marionnettes et les croient petits pour les avoir rabaissés jusqu’à eux. Ils obtiennent alors le triomphe naturel d’une pensée mesquine, mais fixe, sur la mobilité des grandes pensées. Aussi pour juger ces têtes vides, et peser leurs valeurs négatives, l’observateur doit-il posséder un esprit plus subtil que supérieur, plus de patience que de portée dans la vue, plus de finesse et de tact que d’élévation et grandeur dans les idées. Néanmoins, quelque habileté que déploient ces usurpateurs en détendant leurs côtés faibles, il leur est bien difficile de tromper leurs femmes, leurs mères, leurs enfants ou l’ami de la maison; mais ces personnes leur gardent presque toujours le secret sur une chose qui touche, en quelque sorte, à l’honneur commun; et souvent même elles les aident à en imposer au monde. (…) Songez maintenant au rôle que doit jouer une femme d’esprit et de sentiment en présence d’un mari de ce genre, n’apercevez-vous pas des existences pleines de douleurs et de dévouement dont rien ici-bas ne saurait récompenser certains coeurs pleins d’amour et de délicatesse?”

Tant que Napoléon resta debout, le comte d’Aiglemont, colonel comme tant d’autres, bon officier d’ordonnance, excellant à remplir une mission dangereuse, mais incapable d’un commandement de quelque importance n’excita nulle envie, passa pour un des braves que favorisait l’empereur, et fut ce que les militaires nomment vulgairement un bon enfant. La Restauration, qui lui rendit le titre de marquis, ne le trouva pas ingrat: il suivit les Bourbons à Gand.” itálicos: mistério dos títulos esclarecidos; conde ‘ilegítimo’ cassado pela nobreza, devolveram-lhe um biscoito, bom consolo, à meia-altura.

son instinct si délicatement féminin lui disait qu’il est bien plus beau d’obéir à un homme de talent que de conduire un sot, et qu’une jeune épouse, obligée de penser et d’agir en homme, n’est ni femme ni homme, abdique toutes les grâces de son sexe en en perdant les malheurs, et n’acquiert aucun des privilèges que nos lois ont remis aux plus forts. Son existence cachait une bien amère dérision. N’était-elle pas obligée d’honorer une idole creuse, de protéger son protecteur, pauvre être qui, pour salaire d’un dévouement continu, lui jetait l’amour égoïste des maris, ne voyait en elle que la femme, ne daignait ou ne savait pas, injure toute aussi profonde, s’inquiéter de ses plaisirs, ni d’où venaient sa tristesse et son dépérissement?”

La marquise, chargée de tous les malheurs de cette triste existence, devait sourire encore à son maître imbécile, parer de fleurs une maison de deuil, et afficher le bonheur sur un visage pâli par de secrets supplices. Cette responsabilité d’honneur, cette abnégation magnifique donnèrent insensiblement à la jeune marquise une dignité de femme, une conscience de vertu qui lui servirent de sauvegarde contre les dangers du monde. (…) elle attendit avec résignation la fin de ses peines en espérant mourir jeune.” “souffrance élégante d’ailleurs, maladie presque voluptueuse en apparence, et qui pouvait passer aux yeux des gens superficiels pour une fantaisie de petite maîtresse. Les médecins avaient condamné la marquise à rester couchée sur un divan, où elle s’étiolait au milieu des fleurs qui l’entouraient, en se fanant comme elle. Sa faiblesse lui interdisait la marche et le grand air; elle ne sortait qu’en voiture fermée. Sans cesse environnée de toutes les merveilles de notre luxe et de notre industrie modernes, elle ressemblait moins à une malade qu’à une reine indolente. Quelques amis, amoureux peut-être de son malheur et de sa faiblesse, sûrs de toujours la trouver chez elle, et spéculant sans doute aussi sur sa bonne santé future, venaient lui apporter les nouvelles et l’instruire de ces mille petits événements qui rendent à Paris l’existence si variée. Sa mélancolie, quoique grave et profonde, était donc la mélancolie de l’opulence. La marquise d’Aiglemont ressemblait à une belle fleur dont la racine est rongée par un insecte noir.”

Son mari n’aimait pas la musique. Enfin, elle se trouvait presque toujours gênée dans les salons où sa beauté lui attirait des hommages intéressés. Sa situation y excitait une sorte de compassion cruelle, une curiosité triste. Elle était atteinte d’une inflammation assez ordinairement mortelle, que les femmes se confient à l’oreille, et à laquelle notre néologie n’a pas encore su trouver de nom. Malgré le silence au sein duquel sa vie s’écoulait, la cause de sa souffrance n’était un secret pour personne. Toujours jeune fille, en dépit du mariage, les moindres regards la rendaient honteuse. Aussi, pour éviter de rougir, n’apparaissait-elle jamais que riante, gaie; elle affectait une fausse joie, se disait toujours bien portante, ou prévenait les questions sur sa santé par de pudiques mensonges. Cependant, en 1817, un événement contribua beaucoup à modifier l’état déplorable dans lequel Julie avait été plongée jusqu’alors. Elle eut une fille, et voulut la nourrir. Pendant deux années, les vives distractions et les inquiets plaisirs que donnent les soins maternels lui firent une vie moins malheureuse. Elle se sépara nécessairement de son mari. Les médecins lui pronostiquèrent une meilleure santé ; mais la marquise ne crut point à ces présages hypothétiques. Comme toutes les personnes pour lesquelles la vie n’a plus de douceur, peut-être voyait-elle dans la mort un heureux dénouement.”

Quoiqu’elle fût certaine de conserver un grand empire sur Victor et d’avoir obtenu son estime pour toujours, elle craignait l’influence des passions sur un homme si nul et si vaniteusement irréfléchi.”

Les prévoyantes paroles de son père retentissaient derechef à son oreille”

Dans le tableau que sa mémoire lui traçait du passé, la candide figure d’Arthur s’y dessinait chaque jour plus pure et plus belle, mais rapidement; car elle n’osait s’arrêter à ce souvenir. Le silencieux et timide amour du jeune Anglais était le seul événement qui, depuis le mariage, eût laissé quelques doux vestiges dans ce coeur sombre et solitaire.”

dores latentes e lactantes

À qui se serait-elle plainte? de qui pouvait-elle être entendue? Puis, elle avait cette extrême délicatesse de la femme, cette ravissante pudeur de sentiment qui consiste à taire une plainte inutile, à ne pas prendre un avantage quand le triomphe doit humilier le vainqueur et le vaincu. Julie essayait de donner sa capacité, ses propres vertus à monsieur d’Aiglemont, et se vantait de goûter le bonheur qui lui manquait. Toute sa finesse de femme était employée en pure perte à des ménagements ignorés de celui-là même dont ils perpétuaient le despotisme. Par moments, elle était ivre de malheur, sans idée, sans frein ; mais, heureusement, une piété vraie la ramenait toujours à une espérance suprême: elle se réfugiait dans la vie future, admirable croyance qui lui faisait accepter de nouveau sa tâche douloureuse. Ces combats si terribles, ces déchirements intérieurs étaient sans gloire, ces longues mélancolies étaient inconnues; nulle créature ne recueillait ses regards ternes, ses larmes amères jetées au hasard et dans la solitude.”

Quand deux époux se connaissent parfaitement et ont pris une longue habitude d’eux-mêmes, lorsqu’une femme sait interpréter les moindres gestes d’un homme et peut pénétrer les sentiments ou les choses qu’il lui cache, alors des lumières soudaines éclatent souvent après des réflexions ou des remarques précédentes, dues au hasard, ou primitivement faites avec insouciance. Une femme se réveille souvent tout à coup sur le bord ou au fond d’un abîme. Ainsi la marquise, heureuse d’être seule depuis quelques jours, devina le secret de sa solitude. Inconstant ou lassé, généreux ou plein de pitié pour elle, son mari ne lui appartenait plus. En ce moment, elle ne pensa plus à elle, ni à ses souffrances, ni à ses sacrifices; elle ne fut plus que mère, et vit la fortune, l’avenir, le bonheur de sa fille; sa fille, le seul être d’où lui vînt quelque félicité; son Hélène, seul bien qui l’attachât à la vie.”

Jusqu’alors, sûre d’être aimée par Victor, autant qu’il pouvait aimer, elle s’était dévouée à un bonheur qu’elle ne partageait pas; mais, aujourd’hui, n’ayant plus la satisfaction de savoir que ses larmes faisaient la joie de son mari, seule dans le monde, il ne lui restait plus que le choix des malheurs. Au milieu du découragement qui, dans le calme et le silence de la nuit, détendit toutes ses forces; au moment où, quittant son

divan et son feu presque éteint, elle allait, à la lueur d’une lampe, contempler sa fille d’un oeil sec, monsieur d’Aiglemont rentra plein de gaieté. Julie lui fit admirer le sommeil d’Hélène; mais il accueillit l’enthousiasme de sa femme par une phrase banale.

À cet âge, dit-il, tous les enfants sont gentils.”

Elle n’eut plus aucun remords de lui imposer une vie difficile. D’un seul bond, elle s’élança dans les froids calculs de l’indifférence. Pour sauver sa fille, elle devina tout à coup les perfidies, les mensonges des créatures qui n’aiment pas, les tromperies de la coquetterie, et ces ruses atroces qui font haïr si profondément la femme chez qui les hommes supposent alors des corruptions innées. À l’insu de Julie, sa vanité féminine, son intérêt et un vague désir de vengeance s’accordèrent avec son amour maternel pour la faire entrer dans une voie où de nouvelles douleurs l’attendaient. Mais elle avait l’âme trop belle, l’esprit trop délicat, et surtout trop de franchise pour être longtemps complice de ces fraudes. Habituée à lire en elle-même, au premier pas dans le vice, car ceci était du vice, le cri de sa conscience devait étouffer celui des passions et de l’égoïsme. En effet, chez une jeune femme dont le coeur est encore pur, et où l’amour est resté vierge, le sentiment de la maternité même est soumis à la voix de la pudeur. La pudeur n’est-elle pas toute la femme? Mais Julie ne voulut apercevoir aucun danger, aucune faute dans sa nouvelle vie. Elle vint chez madame de Sérizy. Sa rivale comptait voir une femme pâle, languissante; la marquise avait mis du rouge, et se présenta dans tout l’éclat d’une parure qui rehaussait encore sa beauté.”

Lorsque Julie se leva pour aller au piano chanter la romance de Desdémone, les hommes accoururent de tous les salons pour entendre cette célèbre voix, muette depuis si longtemps, et il se fit un profond silence. La marquise éprouva de vives émotions en voyant les têtes pressées aux portes et tous les regards attachés sur elle. Elle chercha son mari, lui lança une oeillade pleine de coquetterie, et vit avec plaisir qu’en ce moment son amour-propre était extraordinairement flatté. Heureuse de ce triomphe, elle ravit l’assemblée dans la première partie d’al piu salice. Jamais ni la Malibran, ni la Pasta n’avaient fait entendre des chants si parfaits de sentiment et d’intonation; mais, au moment de la reprise, elle regarda dans les groupes, et aperçut Arthur dont le regard fixe ne la quittait pas. Elle tressaillit vivement, et sa voix s’altéra.” “Elle lut sur le visage presque féminin du jeune anglais les pensées profondes, les mélancolies douces, les résignations douloureuses dont elle-même était la victime. Elle se reconnut en lui.”

La malade et son médecin marchaient du même pas sans être étonnés d’un accord qui paraissait avoir existé dès le premier jour où ils marchèrent ensemble, ils obéissaient à une même volonté, s’arrêtaient, impressionnés par les mêmes sensations, leurs regards, leurs paroles correspondaient à des pensées mutuelles.”

Oh! Mon Dieu, combien j’aime ce pays, répéta Julie avec un enthousiasme croissant et naïf. Vous l’avez habité longtemps ? reprit-elle après une pause.

À ces mots, lord Grenville tressaillit.

C’est là, répondit-il avec mélancolie en montrant un bouquet de noyers sur la route, là que prisonnier je vous vis pour la première fois…

Les femmes ont un inimitable talent pour exprimer leurs sentiments sans employer de trop vives paroles; leur éloquence est surtout dans l’accent, dans le geste, l’attitude et les regards. Lord Grenville se cacha la tête dans ses mains, car des larmes roulaient dans ses yeux. Ce remerciement était le premier que Julie lui fît depuis leur départ de Paris. Pendant une année entière, il avait soigné la marquise avec le dévouement le plus entier. Secondé par d’Aiglemont, il l’avait conduite aux eaux d’Aix, puis sur les bords de la mer à La Rochelle. Épiant à tout moment les changements que ses savantes et simples prescriptions produisaient sur la constitution délabrée de Julie, il l’avait cultivée comme une fleur rare peut l’être par un horticulteur passionné. La marquise avait paru recevoir les soins intelligents d’Arthur avec tout l’égoïsme d’une Parisienne habituée aux hommages, ou avec l’insouciance d’une courtisane qui ne sait ni le coût des choses ni la valeur des hommes, et les prise au degré d’utilité dont ils lui sont. L’influence exercée sur l’âme par les lieux est une chose digne de remarque. Si la mélancolie nous gagne infailliblement lorsque nous sommes au bord des eaux, une autre loi de notre nature impressible fait que, sur les montagnes, nos sentiments s’épurent: la passion y gagne en profondeur ce qu’elle paraît perdre en vivacité. L’aspect du vaste bassin de la Loire, l’élévation de la jolie colline où les deux amants s’étaient assis, causaient peut-être le calme délicieux dans lequel ils savourèrent d’abord le bonheur qu’on goûte à deviner l’étendue d’une passion cachée sous des paroles insignifiantes en apparence. Au moment où Julie achevait la phrase qui avait si vivement ému lord Grenville, une brise caressante agita la cime des arbres, répandit la fraîcheur des eaux dans l’air, quelques nuages couvrirent le soleil, et des ombres molles laissèrent voir toutes les beautés de cette jolie nature. Julie détourna la tête pour dérober au jeune lord la vue des larmes qu’elle réussit à retenir et à sécher, car l’attendrissement d’Arthur l’avait promptement gagnée. Elle n’osa lever les yeux sur lui dans la crainte qu’il ne lût trop de joie dans ce regard. Son instinct de femme lui faisait sentir qu’à cette heure dangereuse elle devait ensevelir son amour au fond de son coeur. Cependant le silence pouvait être également redoutable. En s’apercevant que lord Grenville était hors d’état de prononcer une parole, Julie reprit d’une voix douce : – Vous êtes touché de ce que je vous ai dit, milord. Peut-être cette vive expansion est-elle la manière que prend une âme gracieuse et bonne comme l’est la vôtre pour revenir sur un faux jugement. Vous m’aurez crue ingrate en me trouvant froide et réservée, ou moqueuse et insensible pendant ce voyage qui heureusement va bientôt se terminer. Je n’aurais pas été digne de recevoir vos soins, si je n’avais su les apprécier. Milord, je n’ai rien oublié. Hélas! je n’oublierai rien, ni la sollicitude qui vous faisait veiller sur moi comme une mère veille sur son enfant, ni surtout la noble confiance de nos entretiens fraternels, la délicatesse de vos procédés; séductions contre lesquelles nous sommes toutes sans armes. Milord, il est hors de mon pouvoir de vous récompenser…

À ce mot, Julie s’éloigna vivement, et lord Grenville ne fit aucun mouvement pour l’arrêter, la marquise alla sur une roche à une faible distance, et y resta immobile; leurs émotions furent un secret pour eux-mêmes; sans doute ils pleurèrent en silence ; les chants des oiseaux, si gais, si prodigues d’expressions tendres au coucher du soleil, durent augmenter la violente commotion qui les avait forcés de se séparer: la nature se chargeait de leur exprimer un amour dont ils n’osaient parler.”

L’oiseau n’oisais pas parler

J’ai plusieurs fois calculé trop habilement les moyens de tuer cet homme pour pouvoir y toujours résister, si je restais près de vous.”

Les lois du monde, reprit-elle, exigent que je lui rende l’existence heureuse, j’y obéirai; je serai sa servante; mon dévouement pour lui sera sans bornes, mais d’aujourd’hui je suis veuve. Je ne veux être une prostituée ni à mes yeux ni à ceux du monde; si je ne suis point à monsieur d’Aiglemont, je ne serai jamais à un autre. Vous n’aurez de moi que ce que vous m’avez arraché. Voilà l’arrêt que j’ai porté sur moi-même, dit-elle en regardant Arthur avec fierté. Il est irrévocable, milord. Maintenant, apprenez que si vous cédiez à une pensée criminelle, la veuve de monsieur d’Aiglemont entrerait dans un cloître, soit en Italie, soit en Espagne. Le malheur a voulu que nous ayons parlé de notre amour. Ces aveux étaient inévitables peut-être; mais que ce soit pour la dernière fois que nos coeurs aient si fortement vibré. Demain, vous feindrez de recevoir une lettre qui vous appelle en Angleterre, et nous nous quitterons pour ne plus nous revoir.”

“– Voici, certes, le plus beau site que nous ayons vu, dit-elle. Je ne l’oublierai jamais. Voyez donc, Victor, quels lointains, quelle étendue et quelle variété. Ce pays me fait concevoir l’amour.

Riant d’un rire presque convulsif, mais riant de manière à tromper son mari, elle sauta gaiement dans les chemins creux, et disparut.”

La noble et délicate conduite que lord Grenville tenait pendant ce voyage avait détruit les soupçons du marquis, et depuis quelque temps il laissait sa femme libre, en se confiant à la foi punique du lord-docteur.”

Telle femme incapable de se rappeler les événements les plus graves, se souviendra pendant toute sa vie des choses qui importent à ses sentiments. Aussi, Julie eut-elle une parfaite souvenance de détails même frivoles. Elle reconnut avec bonheur les plus légers accidents de son premier voyage, et jusqu’à des pensées qui lui étaient venues à certains endroits de la route. Victor, redevenu passionnément amoureux de sa femme depuis qu’elle avait recouvré la fraîcheur de la jeunesse et toute sa beauté, se serra près d’elle à la façon des amants. Lorsqu’il essaya de la prendre dans ses bras, elle se dégagea doucement, et trouva je ne sais quel prétexte pour éviter cette innocente caresse. Puis, bientôt, elle eut horreur du contact de Victor de qui elle sentait et partageait la chaleur, par la manière dont ils étaient assis. Elle voulut se mettre seule sur le devant de la voiture; mais son mari lui fit la grâce de la laisser au fond. Elle le remercia de cette attention par un soupir auquel il se méprit, et cet ancien séducteur de garnison, interprétant à son avantage la mélancolie de sa femme, la mit à la fin du jour dans l’obligation de lui parler avec une fermeté qui lui imposa.”

Mais qui donc oserait blâmer les femmes? Quand elles ont imposé silence au sentiment exclusif qui ne leur permet pas d’appartenir à deux hommes, ne sont-elles pas comme des prêtres sans croyance?”

* * *

Deux ans se passèrent, pendant lesquels monsieur et madame d’Aiglemont menèrent la vie des gens du monde, allant chacun de leur côté, se rencontrant dans les salons plus souvent que chez eux; élégant divorce par lequel se terminent beaucoup de mariages dans le grand monde.”

Madame de Wimphen était cette Louisa à laquelle jadis madame d’Aiglemont voulait conseiller le célibat. Les deux femmes se jetèrent un regard d’intelligence qui prouvait que Julie avait trouvé dans son amie une confidente de ses peines, confidente précieuse et charitable, car madame de Wimphen était très heureuse en mariage ; et, dans la situation opposée où elles étaient, peut-être le bonheur de l’une faisait-il une garantie de son dévouement au malheur de l’autre. En pareil cas, la dissemblance des

destinées est presque toujours un puissant lien d’amitié.”

Je suis une femme très vertueuse selon les lois: je lui rends sa maison agréable, je ferme les yeux sur ses intrigues, je ne prends rien sur sa fortune, il peut en gaspiller les revenus à son gré, j’ai soin seulement d’en conserver le capital. À ce prix, j’ai la paix. Il ne s’explique pas, ou ne veut pas s’expliquer mon existence.”

Croirais-tu, ma chère, que je lis les journaux anglais, dans le seul espoir de voir son nom imprimé.”

Ceci est un secret, répondit la marquise en laissant échapper un geste de naïveté presque enfantine. Écoute. Je prends de l’opium. L’histoire de la duchesse de…, à Londres, m’en a donné l’idée. Tu sais, Mathurin en a fait un roman. Mes gouttes de laudanum sont très faibles. Je dors. Je n’ai guère que sept heures de veille, et je les donne à ma fille…

Un mari, nous pouvons l’abandonner même quand il nous aime. Un homme est un être fort, il a des consolations. Nous pouvons mépriser les lois du monde. Mais un enfant sans mère!

Vous épousez une jolie femme, elle enlaidit; vous épousez une jeune fille pleine de santé, elle devient malingre; vous la croyez passionnée, elle est froide; ou bien, froide en apparence, elle est réellement si passionnée qu’elle vous tue ou vous déshonore. Tantôt la créature la plus douce est quinteuse, et jamais les quinteuses ne deviennent douces; tantôt, l’enfant que vous avez eue niaise et faible, déploie contre vous une volonté de fer, un esprit de démon. Je suis las du mariage.”

À propos, veux-tu venir à Saint-Thomas-d’Aquin avec moi voir l’enterrement de lord Grenville?”

Il lui était si difficile de supporter le moindre bruit que toute voix humaine, même celle de son enfant, l’affectait désagréablement. Les gens du pays s’occupèrent beaucoup de ces singularités; puis, quand toutes les suppositions possibles furent faites, ni les petites villes environnantes, ni les paysans ne songèrent plus à cette femme malade.

La marquise, laissée à elle-même, put donc rester parfaitement silencieuse au milieu du silence qu’elle avait établi autour d’elle, et n’eut aucune occasion de quitter la chambre tendue de tapisseries où mourut sa grand-mère, et où elle était venue pour y mourir doucement, sans témoins, sans importunités, sans subir les fausses démonstrations des égoïsmes fardés d’affection qui, dans les villes, donnent aux mourants une double agonie. Cette femme avait 26 ans. À cet âge, une âme encore pleine de poétiques illusions aime à savourer la mort, quand elle lui semble bienfaisante. Mais la mort a de la coquetterie pour les jeunes gens; pour eux, elle s’avance et se retire, se montre et se cache; sa lenteur les désenchante d’elle, et l’incertitude que leur cause son lendemain finit par les rejeter dans le monde où ils rencontreront la douleur, qui, plus impitoyable que ne l’est la mort, les frappera sans se laisser attendre. Or, cette femme qui se refusait à vivre allait éprouver l’amertume de ces retardements au fond de sa solitude, et y faire, dans une agonie morale que la mort ne terminerait pas, un terrible apprentissage d’égoïsme qui devait lui déflorer le coeur et le façonner au monde.

La marquise souffrait véritablement pour la première et pour la seule fois de sa vie peut-être. En effet, ne serait-ce pas une erreur de croire que les sentiments se reproduisent? Une fois éclos, n’existent-ils pas toujours au fond du coeur? Ils s’y apaisent et s’y réveillent au gré des accidents de la vie ; mais ils y restent, et leur séjour modifie nécessairement l’âme. Ainsi, tout sentiment n’aurait qu’un grand jour, le jour plus ou moins long de sa première tempête. Ainsi, la douleur, le plus constant de nos sentiments, ne serait vive qu’à sa première irruption; et ses autres atteintes iraient en s’affaiblissant, soit par notre accoutumance à ses crises, soit par une loi de notre nature qui, pour se maintenir vivante, oppose à cette force destructive une force égale mais inerte, prise dans les calculs de l’égoïsme. La perte des parents est un chagrin auquel la nature a préparé les hommes; le mal physique est passager, n’embrasse pas l’âme; et s’il persiste, ce n’est plus un mal, c’est la mort. Qu’une jeune femme perde un nouveau-né, l’amour conjugal lui a bientôt donné un successeur. Cette affliction est passagère aussi. Enfin, ces peines et beaucoup d’autres semblables sont, en quelque sorte, des coups, des blessures; mais aucune n’affecte la vitalité dans son essence, et il faut qu’elles se succèdent étrangement pour tuer le sentiment qui nous porte à chercher le bonheur. La grande, la vraie douleur serait donc un mal assez meurtrier pour étreindre à la fois le passé, le présent et l’avenir, ne laisser aucune partie de la vie dans son intégrité, dénaturer à jamais la pensée, s’inscrire inaltérablement sur les lèvres et sur le front, briser ou détendre les ressorts du plaisir, en mettant dans l’âme un principe de dégoût pour toute chose de ce monde. Encore, pour être immense, pour ainsi peser sur l’âme et sur le corps, ce mal devrait arriver en un moment de la vie où toutes les forces de l’âme et du corps sont jeunes, et foudroyer un coeur bien vivant.”

O TRISTE CREPÚSCULO DA DOR DE VIVER

Os novos sofrimentos são apenas lembranças dos dias concretamente pungentes. Vivo apenas na nostalgia de euforias e lutos já para mim perdidos, em perpétuo déjà vu à l’écran. Ainda que seja uma tela que dá para a alma, não passa de uma tela, de um sofrimento mediado no tempo e no espaço, indireto. Reflexo do reflexo do reflexo da coisa em si, paredes de espelhos infinitos sem quinas nem esquinas nem inclinações, perfeitamente paralelos e reluzentes. Mas é um corredor particular, cerrado ao público.

et nul être ne peut sortir de cette maladie sans quelque poétique changement : ou il prend la route du ciel, ou, s’il demeure ici-bas, il rentre dans le monde pour mentir au monde, pour y jouer un rôle; il connaît dès lors la coulisse où l’on se retire pour calculer, pleurer, plaisanter. Après cette crise solennelle, il n’existe plus de mystères dans la vie sociale qui dès lors est irrévocablement jugée. Chez les jeunes femmes qui ont l’âge de la marquise, cette première, cette plus poignante de toutes les douleurs, est toujours causée par le même fait. La femme et surtout la jeune femme, aussi grande par l’âme qu’elle l’est par la beauté, ne manque jamais à mettre sa vie là où la nature, le sentiment et la société la poussent à la jeter tout entière. Si cette vie vient à lui faillir et si elle reste sur terre, elle y expérimente les plus cruelles souffrances, par la raison qui rend le premier amour le plus beau de tous les sentiments. Pourquoi ce malheur n’a-t-il jamais eu ni peintre ni poète? Mais peut-il se peindre, peut-il se chanter? Non, la nature des douleurs qu’il engendre se refuse à l’analyse et aux couleurs de l’art. D’ailleurs, ces souffrances ne sont jamais confiées: pour en consoler une femme, il faut savoir les deviner; car, toujours amèrement embrassées et religieusement ressenties, elles demeurent dans l’âme comme une avalanche qui, en tombant dans une vallée, y dégrade tout avant de s’y faire une place.”

Un homme aimé, jeune et généreux, de qui elle n’avait jamais exaucé les désirs afin d’obéir aux lois du monde, était mort pour lui sauver ce que la société nomme l’honneur d’une femme.”

Non, cette pauvre affligée ne pouvait pleurer à son aise que dans un désert, y dévorer sa souffrance ou être dévorée par elle, mourir ou tuer quelque chose en elle, sa conscience peut-être.”

Il y avait en elle une femme qui raisonnait et une femme qui sentait, une femme qui souffrait et une femme qui ne voulait plus souffrir. Elle se reportait aux joies de son enfance, écoulée sans qu’elle en eût senti le bonheur, et dont les limpides images revenaient en foule comme pour lui accuser les déceptions d’un mariage convenable aux yeux du monde, horrible en réalité. À quoi lui avaient servi les belles pudeurs de sa jeunesse, ses plaisirs réprimés et les sacrifices faits au monde?”

Sa beauté même lui était insupportable, comme une chose inutile. Elle entrevoyait avec horreur que désormais elle ne pouvait plus être une créature complète.”

Neuf neuves

Après l’enfance de la créature vient l’enfance du coeur. Or, son amant avait emporté dans la tombe cette seconde enfance. Jeune encore par ses désirs, elle n’avait plus cette entière jeunesse d’âme qui donne à tout dans la vie sa valeur et sa saveur.”

Puis, en soulevant toutes les questions, en remuant tous les ressorts des différentes existences que nous donnent les natures sociale, morale et physique, elle relâchait si bien les forces de l’âme, qu’au milieu des réflexions les plus contradictoires elle ne pouvait rien saisir. Aussi parfois, quand le brouillard tombait, ouvrait-elle sa fenêtre, en y restant sans pensée, occupée à respirer machinalement l’odeur humide et terreuse épandue dans les airs, debout, immobile, idiote en apparence, car les bourdonnements [murmúrios] de sa douleur la rendaient également sourde aux harmonies de la nature et aux charmes de la pensée.”

La marquise avait perdu sa mère en bas âge, et son éducation fut naturellement influencée par le relâchement qui, pendant la révolution, dénoua les liens religieux en France. La piété est une vertu de femme que les femmes seules se transmettent bien, et la marquise était un enfant du dix-huitième siècle dont les croyances philosophiques furent celles de son père. Elle ne suivait aucune pratique religieuse. Pour elle, un prêtre était un fonctionnaire public dont l’utilité lui paraissait contestable. Dans la situation où elle trouvait, la voix de la religion ne pouvait qu’envenimer ses maux; puis, elle ne croyait guère aux curés de village, ni à leurs lumières, elle résolut donc de mettre le sien à sa place, sans aigreur, et de s’en débarrasser à la manière des riches, par un bienfait. Le curé vint, et son aspect ne changea pas les idées de la marquise. Elle vit un gros petit homme à ventre saillant, à figure rougeaude, mais vieille et ridée, qui affectait de sourire et qui souriait mal; son crâne chauve et transversalement sillonné de rides nombreuses retombait en quart de cercle sur son visage et le rapetissait; quelques cheveux blancs garnissaient le bas de la tête au-dessus de la nuque et revenaient en avant vers les oreilles. Néanmoins, la physionomie de ce prêtre avait été celle d’un homme naturellement gai. Ses grosses lèvres, son nez légèrement retroussé, son menton, qui disparaissait dans un double pli de rides, témoignaient d’un heureux caractère. La marquise n’aperçut d’abord que ces traits principaux; mais, à la première parole que lui dit le prêtre, elle fut frappée par la douceur de cette voix; elle le regarda plus attentivement, et remarqua sous ses sourcils grisonnants des yeux qui avaient pleuré; puis le contour de sa joue, vue de profil, donnait à sa tête une si auguste expression de douleur, que la marquise trouva un homme dans ce curé.”

Nous périssons moins par les effets d’un regret certain que par ceux des espérances trompées. J’ai connu de plus intolérables, de plus terribles douleurs qui n’ont pas donné la mort.”

Puis elle éprouva cette espèce de satisfaction qui réjouit le prisonnier quand, après avoir reconnu la profondeur de sa solitude et la pesanteur de ses chaînes, il rencontre un voisin qui frappe à la muraille en lui faisant rendre un son par lequel s’expriment des pensées communes.”

Le mariage, institution sur laquelle s’appuie aujourd’hui la société, nous en fait sentir à nous seules tout le poids: pour l’homme la liberté, pour la femme des devoirs. Nous vous devons toute notre vie, vous ne nous devez de la vôtre que de rares instants. Enfin l’homme fait un choix là où nous nous soumettons aveuglément. Oh! monsieur, à vous je puis tout dire. Hé bien, le mariage, tel qu’il se pratique aujourd’hui, me semble être une prostitution légale. De là sont nées mes souffrances. Mais moi seule parmi les malheureuses créatures si fatalement accouplées je dois garder le silence! moi seule suis l’auteur du mal, j’ai voulu mon mariage.”

Monsieur, rien de rien ou rien pour rien est une des plus justes lois de la nature et morale et physique.” “Il existe deux maternités, monsieur. J’ignorais jadis de telles distinctions; aujourd’hui je les sais. Je ne suis mère qu’à moitié, mieux vaudrait ne pas l’être du tout. Hélène n’est pas de lui! Oh! ne frémissez pas! Saint-Lange est un abîme où se sont engloutis bien des sentiments faux, d’où se sont lancées de sinistres lueurs, où se sont écroulés les frêles édifices des lois antinaturelles. J’ai un enfant, cela suffit; je suis mère, ainsi le veut la loi. (…) S’il ne tient pas à toutes les fibres du corps comme à toutes les tendresses du coeur; s’il ne rappelle pas de délicieuses amours, les temps, les lieux où ces deux êtres furent heureux, et leur langage plein de musiques humaines, et leurs suaves idées, cet enfant est une création manquée. Oui, pour eux, il doit être une ravissante miniature où se retrouvent les poèmes de leur double vie secrète; il doit leur offrir une source d’émotions fécondes, être à la fois tout leur passé, tout leur avenir. Ma pauvre petite Hélène est l’enfant de son père, l’enfant du devoir et du hasard”

l’amour m’a fait rêver une maternité plus grande, plus complète. J’ai caressé dans un songe évanoui l’enfant que les désirs ont conçu avant qu’il ne fût engendré, enfin cette délicieuse fleur née dans l’âme avant de naître au jour.”

Pour moi le jour est plein de ténèbres, la pensée est un glaive, mon coeur est une plaie, mon enfant est une négation. Oui, quand Hélène me parle, je lui voudrais une autre voix; quand elle me regarde, je lui voudrais d’autres yeux. Elle est là pour m’attester tout ce qui devrait être et tout ce qui n’est pas. Elle m’est insupportable! Je lui souris, je tâche de la dédommager des sentiments que je lui vole. Je souffre! oh! monsieur, je souffre trop pour pouvoir vivre. Et je passerai pour être une femme vertueuse! Et je n’ai pas commis de fautes! Et l’on m’honorera! J’ai combattu l’amour involontaire auquel je ne devais pas céder; mais, si j’ai gardé ma foi physique, ai-je conservé mon coeur? Ceci, dit-elle en appuyant la main droite sur son sein, n’a jamais été qu’à une seule créature. (…) Parfois je tremble de trouver en elle un tribunal où je serai condamnée sans être entendue. Fasse le ciel que la haine ne se mette pas un jour entre nous! Grand Dieu! ouvrez-moi plutôt la tombe, laissez-moi finir à Saint-Lange! Je veux aller dans le monde où je retrouverai mon autre âme, où je serai tout à fait mère! oh ! pardon, monsieur, je suis folle. Ces paroles m’étouffaient, je les ai dites. Ah! vous pleurez aussi! vous ne me mépriserez pas. – Hélène ! Hélène ! ma fille, viens! s’écria-t-elle avec une sorte de désespoir en entendant son enfant qui revenait de sa promenade.”

Le sourire est l’apanage, la langue, l’expression de la maternité. La marquise ne pouvait pas sourire. Elle rougit en regardant le prêtre: elle avait espéré se montrer mère, mais ni elle ni son enfant n’avaient su mentir. En effet, les baisers d’une femme sincère ont un miel divin qui semble mettre dans cette caresse une âme, un feu subtil par lequel le coeur est pénétré. Les baisers dénués de cette onction savoureuse sont âpres et secs. Le prêtre avait senti cette différence: il put sonder l’abîme qui se trouve entre la maternité de la chair et la maternité du coeur.”

Mon corps a été lâche quand mon âme était forte, et quand ma main ne tremblait plus, mon âme vacillait! J’ignore le secret de ces combats et de ces alternatives. Je suis sans doute bien tristement femme, sans persistance dans mes vouloirs, forte seulement pour aimer. Je me méprise! Le soir, quand mes gens dormaient, j’allais à la pièce d’eau courageusement; arrivée au bord, ma frêle nature avait horreur de la destruction. Je vous confesse mes faiblesses. Lorsque je me retrouvais au lit, j’avais honte de moi, je redevenais courageuse. Dans un de ces moments j’ai pris du laudanum; mais j’ai souffert et ne suis pas morte. J’avais cru boire tout ce que contenait le flacon et je m’étais arrêtée à moitié.”

Quel sera le sort d’Hélène? le mien sans doute. Quels moyens ont les mères d’assurer à leurs filles que l’homme auquel elles les livrent sera un époux selon leur coeur? Vous honnissez de pauvres créatures qui se vendent pour quelques écus à un homme qui passe, la faim et le besoin absolvent ces unions éphémères; tandis que la société tolère, encourage l’union immédiate bien autrement horrible d’une jeune fille candide et d’un homme qu’elle n’a pas vu trois mois durant; elle est vendue pour toute sa vie. Il est vrai que le prix est élevé! Si en ne lui permettant aucune compensation à ses douleurs vous l’honoriez; mais non, le monde calomnie les plus vertueuses d’entre nous! Telle est notre destinée, vue sous ses deux faces: une prostitution publique et la honte, une prostitution secrète et le malheur. Quant aux pauvres filles sans dot, elles deviennent folles, elles meurent; pour elles aucune pitié ! La beauté, les vertus ne sont pas des valeurs dans votre bazar humain et vous nommez Société ce repaire d’égoïsme. Mais exhérédez les femmes! au moins accomplirezvous ainsi une loi de nature en choisissant vos compagnes en les épousant au gré des voeux du coeur.”

Le philosophisme et l’intérêt personnel ont attaqué votre coeur; vous êtes sourde à la voix de la religion comme le sont les enfants de ce siècle sans croyance! Les plaisirs du monde n’engendrent que des souffrances. Vous allez changer de douleurs voilà tout.

Je ferai mentir votre prophétie, dit-elle en souriant avec amertume, je serai fidèle à celui qui mourut pour moi.

La douleur, répondit-il, n’est viable que dans les âmes préparées par la religion.”

* * *

Quatre ans après…

les jouissances de Paris, à cette vie rapide, à ce tourbillon de pensées et de plaisirs que l’on calomnie assez souvent, mais auquel il est si doux de s’abandonner. Habitué depuis trois ans à saluer les capitales européennes, et à les déserter au gré des caprices de sa destinée diplomatique, Charles de Vandenesse avait cependant peu de chose à regretter en quittant Paris. Les femmes ne produisaient plus aucune impression sur lui, soit qu’il regardât une passion vraie comme tenant trop de place dans la vie d’un homme politique, soit que les mesquines occupations d’une galanterie superficielle lui parussent trop vides pour une âme forte. Nous avons tous de grandes prétentions à la force d’âme. En France, nul homme, fût-il médiocre, ne consent à passer pour simplement spirituel. Ainsi, Charles, quoique jeune (à peine avait-il trente ans), s’était déjà philosophiquement accoutumé à voir des idées, des résultats, des moyens, là où les hommes de son âge aperçoivent des sentiments, des plaisirs et des illusions. Il refoulait la chaleur et l’exaltation naturelle aux jeunes gens dans les profondeurs de son âme que la nature avait créée généreuse. Il travaillait à se faire froid, calculateur; à mettre en manières, en formes aimables, en artifices de séduction, les richesses morales qu’il tenait du hasard; véritable tâche d’ambitieux; rôle triste, entrepris dans le but d’atteindre à ce que nous nommons aujourd’hui une belle position. Il jetait un dernier coup d’oeil sur les salons où l’on dansait. Avant de quitter le bal, il voulait sans doute en emporter l’image, comme un spectateur ne sort pas de sa loge à l’opéra sans regarder le tableau final. Mais aussi, par une fantaisie facile à comprendre, monsieur de Vandenesse étudiait l’action tout française, l’éclat et les riantes figures de cette fête parisienne, en les rapprochant par la pensée des physionomies nouvelles, des scènes pittoresques qui l’attendaient à Naples, où il se proposait de passer quelques jours avant de se rendre à son poste. Il semblait comparer la France si changeante et sitôt étudiée à un pays dont les moeurs et les sites ne lui étaient connus que par des ouï-dires contradictoires, ou par des livres, mal faits pour la plupart. Quelques réflexions assez poétiques, mais devenues aujourd’hui très vulgaires, lui passèrent alors par la tête, et répondirent, à son insu peut-être, aux voeux secrets de son coeur, plus exigeant que blasé, plus inoccupé que flétri.

Voici, se disait-il, les femmes les plus élégantes, les plus riches, les plus titrées de Paris. Ici sont les célébrités du jour, renommées de tribune, renommées aristocratiques et littéraires: là, des artistes; là, des hommes de pouvoir. Et cependant je ne vois que de petites intrigues, des amours mort-nés, des sourires qui ne disent rien, des dédains sans cause, des regards sans flamme, beaucoup d’esprit, mais prodigué sans but. Tous ces visages blancs et roses cherchent moins le plaisir que des distractions. Nulle émotion n’est vraie. Si vous voulez seulement des plumes bien posées, des gazes fraîches, de jolies toilettes, des femmes frêles; si pour vous la vie n’est qu’une surface à effleurer, voici votre monde. Contentez-vous de ces phrases insignifiantes, de ces ravissantes grimaces, et ne demandez pas un sentiment dans les coeurs. Pour moi, j’ai horreur de ces plates intrigues qui finiront par des mariages, des sous-préfectures, des recettes générales, ou, s’il s’agit d’amour, par des arrangements secrets, tant l’on a honte d’un semblant de passion. Je ne vois pas un seul de ces visages éloquents qui vous annonce une âme abandonnée à une idée comme à un remords. Ici, le regret ou le malheur se cachent honteusement sous des plaisanteries. Je n’aperçois aucune de ces femmes avec lesquelles j’aimerais à lutter, et qui vous entraînent dans un abîme. Où trouver de l’énergie à Paris? Un poignard est une curiosité que l’on y suspend à un clou doré, que l’on pare d’une jolie gaine. Femmes, idées, sentiments, tout se ressemble. Il n’y existe plus de passions, parce que les individualités ont disparu. Les rangs, les esprits, les fortunes ont été nivelés, et nous avons tous pris l’habit noir comme pour nous mettre en deuil de la France morte. Nous n’aimons pas nos égaux. Entre deux amants, il faut des différences à effacer, des distances à combler. Ce charme de l’amour s’est évanoui en 1789! Notre ennui, nos moeurs fades sont le résultat du système politique. Au moins, en Italie, tout y est tranché. Les femmes y sont encore des animaux malfaisants, des sirènes dangereuses, sans raison, sans logique autre que celle de leurs goûts, de leurs appétits, et desquelles il faut se défier comme on se défie des tigres…”

Le mérite d’une rêverie est tout entier dans son vague, n’est-elle pas une sorte de vapeur intellectuelle?”

Une femme de qui vous vous êtes, certes, entretenu plus d’une fois pour la louer ou pour en médire, une femme qui vit dans la solitude, un vrai mystère.

Si vous avez jamais été clémente dans votre vie, de grâce, dites-moi son nom?

La marquise d’Aiglemont.

Je vais aller prendre des leçons près d’elle: elle a su faire d’un mari bien médiocre un pair de France, d’un homme nul une capacité politique. Mais, dites-moi, croyez-vous que lord Grenville soit mort pour elle, comme quelques femmes l’ont prétendu?

Peut-être.

C’est quelque chose, à Paris, qu’une constance de quatre ans.”

Quatro anos sem trair o marido em plena Paris é um feito e tanto.”

Charles resta pendant un moment immobile, le dos légèrement appuyé sur le chambranle de la porte, et tout occupé à examiner une femme devenue célèbre sans que personne pût rendre compte des motifs sur lesquels se fondait sa renommée. Le monde offre beaucoup de ces anomalies curieuses. La réputation de madame d’Aiglemont n’était pas, certes, plus extraordinaire que celle de certains hommes toujours en travail d’une oeuvre inconnue: statisticiens tenus pour profonds sur la foi de calculs qu’ils se gardent bien de publier; politiques qui vivent sur un article de journal; auteurs ou artistes dont l’oeuvre reste toujours en portefeuille; gens savants avec ceux qui ne connaissent rien à la science, comme Sganarelle est latiniste avec ceux qui ne savent pas le latin; hommes auxquels on accorde une capacité convenue sur un point, soit la direction des arts, soit une mission importante. Cet admirable mot: c’est une spécialité, semble avoir été créé pour ces espèces d’acéphales politiques ou littéraires. Charles demeura plus longtemps en contemplation qu’il ne le voulait, et fut mécontent d’être si fortement préoccupé par une femme; mais aussi la présence de cette femme réfutait les pensées qu’un instant auparavant le jeune diplomate avait conçues à l’aspect du bal.”

MULHER CENTRÍPETA

centopéia

fugaz

tout homme supérieur se sentait-il curieusement attiré vers cette femme douce et silencieuse. Si l’esprit cherchait à deviner les mystères de la perpétuelle réaction qui se faisait en elle du présent vers le passé, du monde à sa solitude, l’âme n’était pas moins intéressée à s’initier aux secrets d’un coeur en quelque sorte orgueilleux de ses souffrances. En elle, rien d’ailleurs ne démentait les idées qu’elle inspirait tout d’abord. Comme presque toutes les femmes qui ont de très longs cheveux, elle était pâle et parfaitement blanche.”

ces sortes de cous sont les plus gracieux, et donnent aux têtes de femmes de vagues affinités avec les magnétiques ondulations du serpent. S’il n’existait pas un seul des mille indices par lesquels les caractères les plus dissimulés se révèlent à l’observateur, il lui suffirait d’examiner attentivement les gestes de la tête et les torsions du cou, si variées, si expressives, pour juger une femme. Chez madame d’Aiglemont, la mise était en harmonie avec la pensée qui dominait sa personne.”

À un certain âge seulement, certaines femmes choisies savent seules donner un langage à leur attitude. Est-ce le chagrin, est-ce le bonheur qui prête à la femme de trente ans, à la femme heureuse ou malheureuse, le secret de cette contenance éloquente? Ce sera toujours une vivante énigme que chacun interprète au gré de ses désirs, de ses espérances ou de son système.”

l’insouciance de sa pose, ses mouvements pleins de lassitude, tout révélait une femme sans intérêt dans la vie, qui n’a point connu les plaisirs de l’amour (…) une femme inoccupée qui prend le vide pour le néant.”

vocação: vazio:

voto: de silêncio

em branco

paz

silêncio

branco chiado

O que eu não obtive não existe!

Ass: Napoleão,

que nega a Europa.

NA VELOCIDADE DA MEDULA ESPINHAL (OU DE UM METEORO SENTIMENTAL): “Une conversation s’établit alors entre la marquise et le jeune homme, qui, suivant l’usage, abordèrent en un moment une multitude de sujets: la peinture, la musique, la littérature, la politique, les hommes, les événements et les choses. Puis ils arrivèrent par une pente insensible au sujet éternel des causeries françaises et étrangères, à l’amour, aux sentiments et aux femmes.

Nous sommes esclaves.

Vous êtes reines.

Les phrases plus ou moins spirituelles dites par Charles et la marquise pouvaient se réduire à cette simple expression de tous les discours présents et à venir tenus sur cette matière. Ces deux phrases ne voudront-elles pas toujours dire dans un temps donné : – Aimez-moi. – Je vous aimerai.”

Il existe des pensées auxquelles nous obéissons sans les connaître: elles sont en nous à notre insu. Quoique cette réflexion puisse paraître plus paradoxale que vraie, chaque

personne de bonne foi en trouvera mille preuves dans sa vie. En se rendant chez la marquise, Charles obéissait à l’un de ces textes préexistants dont notre expérience et les conquêtes de notre esprit ne sont, plus tard, que les développements sensibles.”

L’une [la jeune femme] cède, l’autre choisit.”

en se donnant, la femme expérimentée semble donner plus qu’elle-même”

Pour qu’une jeune fille soit la maîtresse, elle doit être trop corrompue, et on l’abandonne alors avec horreur; tandis qu’une femme a mille moyens de conserver tout à la fois son pouvoir et sa dignité. L’une, trop soumise, vous offre les tristes sécurités du repos; l’autre perd trop pour ne pas demander à l’amour ses mille métamorphoses. L’une se déshonore toute seule, l’autre tue à votre profit une famille

entière. La jeune fille n’a qu’une coquetterie, et croit avoir tout dit quand elle a quitté son vêtement; mais la femme en a d’innombrables et se cache sous mille voiles; enfin elle caresse toutes les vanités, et la novice n’en flatte qu’une. Il s’émeut d’ailleurs des indécisions, des terreurs, des craintes, des troubles et des orages chez la femme de trente ans, qui ne se rencontrent jamais dans l’amour d’une jeune fille. Arrivée à cet âge, la femme demande à un jeune homme de lui restituer l’estime qu’elle lui a sacrifiée; elle ne vit que pour lui, s’occupe de son avenir, lui veut une belle vie, la lui ordonne glorieuse; elle obéit, elle prie et commande, s’abaisse et s’élève, et sait consoler en mille occasions, où la jeune fille ne sait que gémir. Enfin, outre tous les avantages de sa position, la femme de trente ans peut se faire jeune fille, jouer tous les rôles, être pudique, et s’embellir même d’un malheur. Entre elles deux se trouve l’incommensurable différence du prévu à l’imprévu, de la force à la faiblesse.”

La sainteté des femmes est inconciliable avec les devoirs et les libertés du monde. Émanciper les femmes, c’est les corrompre. En accordant à un étranger le droit d’entrer dans le sanctuaire du ménage, n’est-ce pas se mettre à sa merci? mais qu’une femme l’y attire, n’est-ce pas une faute, ou, pour être exact, le commencement d’une faute? Il faut accepter cette théorie dans toute sa rigueur, ou absoudre les passions. Jusqu’à présent, en France, la Société a su prendre un mezzo termine: elle se moque des malheurs. Comme les Spartiates qui ne punissaient que la maladresse, elle semble admettre le vol. Mais peut-être ce système est-il très sage. Le mépris général constitue le plus affreux de tous les châtiments, en ce qu’il atteint la femme au coeur.” “La plus corrompue d’entre elles exige, même avant tout, une absolution pour le passé, en vendant son avenir, et tâche de faire comprendre à son amant qu’elle échange contre d’irrésistibles félicités, les honneurs que le monde lui refusera.”

Brunne marquise-né

Mais la marquise prit bientôt cet air affectueux, sous lequel les femmes s’abritent contre les interprétations de la vanité.”

Les femmes se tiennent alors aussi longtemps qu’elles le veulent dans cette position équivoque, comme dans un carrefour qui mène également au respect, à l’indifférence, à l’étonnement ou à la passion. À trente ans seulement une femme peut connaître les ressources de cette situation. Elle y sait rire, plaisanter, s’attendrir sans se compromettre. Elle possède alors le tact nécessaire pour attaquer chez un homme toutes les cordes sensibles, et pour étudier les sons qu’elle en tire. Son silence est aussi dangereux que sa parole. Vous ne devinez jamais si, à cet âge, elle est franche ou fausse, si elle se moque ou si elle est de bonne foi dans ses aveux. Après vous avoir donné le droit de lutter avec elle, tout à coup, par un mot, par un regard, par un de ces gestes dont la puissance leur est connue, elles ferment le combat, vous abandonnent, et restent maîtresses de votre secret, libres de vous immoler par une plaisanterie, libres de s’occuper de vous, également protégées par leur faiblesse et par votre force. Quoique la marquise se plaçât, pendant cette première visite, sur ce terrain neutre, elle sut y conserver une haute dignité de femme. Ses douleurs secrètes planèrent toujours sur sa gaieté factice comme un léger nuage qui dérobe imparfaitement le soleil. Vandenesse sortit après avoir éprouvé dans cette conversation des délices inconnus; mais il demeura convaincu que la marquise était de ces femmes dont la conquête coûte trop cher pour qu’on puisse entreprendre de les aimer.”

En France l’amour-propre mène à la passion. Charles revint chez madame d’Aiglemont et crut s’apercevoir qu’elle prenait plaisir à sa conversation. Au lieu de se livrer avec naïveté au bonheur d’aimer, il voulut alors jouer un double rôle. Il essaya de paraître passionné, puis d’analyser froidement la marche de cette intrigue, d’être amant et diplomate; mais il était généreux et jeune, cet examen devait le conduire à un amour sans bornes; car, artificieuse ou naturelle, la marquise était toujours plus forte que lui. Chaque fois qu’il sortait de chez madame d’Aiglemont, Charles persistait dans sa méfiance et soumettait les situations progressives par lesquelles passait son âme à une sévère analyse, qui tuait ses propres émotions.

Or, je ne suis ni son frère ni son confesseur, pourquoi m’a-t-elle confié ses chagrins? Elle m’aime.”

L’amour prend la couleur de chaque siècle. En 1822 il est doctrinaire. Au lieu de se prouver, comme jadis, par des faits, on le discute, on le disserte, on le met en discours de tribune. Les femmes en sont réduites à trois moyens: d’abord elles mettent en question notre passion, nous refusent le pouvoir d’aimer autant qu’elles aiment. Coquetterie! véritable défi que la marquise m’a porté ce soir. Puis elles se font très malheureuses pour exciter nos générosités naturelles ou notre amour-propre. Un jeune homme n’est-il pas flatté de consoler une grande infortune? Enfin elles ont la manie de la virginité! Elle a dû penser que je la croyais toute neuve. Ma bonne foi peut devenir une excellente spéculation.

elle vivait dans une solitude profonde, et dévorait en silence des chagrins qu’elle laissait à peine deviner par l’accent plus ou moins contraint d’une interjection. Dès ce moment Charles prit un vif intérêt à madame d’Aiglemont. Cependant, en venant à un rendez-vous habituel qui leur était devenu nécessaire l’un à l’autre, heure réservée par un mutuel instinct, Vandenesse trouvait encore sa maîtresse plus habile que vraie, et sondernier mot était : – Décidément, cette femme est très adroite. Il entra, vit la marquise dans son attitude favorite, attitude pleine de mélancolie; elle leva les yeux sur lui sans faire un mouvement, et lui jeta un de ces regards pleins qui ressemblent à un sourire. Madame d’Aiglemont exprimait une confiance, une amitié vraie, mais point d’amour. Charles s’assit et ne put rien dire. Il était ému par une de ces sensations pour lesquelles il manque un langage.

Qu’avez-vous? lui dit-elle d’un son de voix attendrie.”

elle n’imaginait pas que le bonheur pût apporter deux fois à une femme ses enivrements, car elle ne croyait pas seulement à l’esprit, mais à l’âme, et, pour elle, l’amour n’était pas une séduction, il comportait toutes les séductions nobles. En ce moment Charles redevint jeune homme, il fut subjugué par l’éclat d’un si grand caractère, et voulut être initié dans tous les secrets de cette existence flétrie par le hasard plus que par une faute.”

Si je n’ai pas su mourir, je dois être au moins fidèle à mes souvenirs.”

les larmes d’un deuil de trois ans fascinèrent Vandenesse qui resta silencieux et petit devant cette grande et noble femme: il n’en voyait plus les beautés matérielles si exquises, si achevées, mais l’âme si éminemment sensible. Il rencontrait enfin cet être idéal si fantastiquement rêvé, si vigoureusement appelé par tous ceux qui mettent la vie dans une passion, la cherchent avec ardeur, et souvent meurent sans avoir pu jouir de tous ses trésors rêvés.”

Raisonner là où il faut sentir est le propre des âmes sans portée.”

à ce bel âge de trente ans, sommité poétique de la vie des femmes, elles peuvent en embrasser tout le cours et voir aussi bien dans le passé que dans l’avenir. Les femmes connaissent alors tout le prix de l’amour et en jouissent avec la crainte de le perdre: alors leur âme est encore belle de la jeunesse qui les abandonne, et leur passion va se renforçant toujours d’un avenir qui les effraie.”

Cette triste réflexion, due au découragement et à la crainte de ne pas réussir, par lesquels commencent toutes les passions vraies, fut le dernier calcul de sa diplomatie expirante. Dès lors il n’eut plus d’arrière-pensées, devint le jouet de son amour et se perdit dans les riens de ce bonheur inexplicable qui se repaît d’un mot, d’un silence, d’un vague espoir. Il voulut aimer platoniquement, vint tous les jours respirer l’air que respirait madame d’Aiglemont, s’incrusta presque dans sa maison et l’accompagna partout avec la tyrannie d’une passion qui mêle son égoïsme au dévouement le plus absolu. L’amour a son instinct, il sait trouver le chemin du coeur comme le plus faible insecte marche à sa fleur avec une irrésistible volonté qui ne s’épouvante de rien. Aussi, quand un sentiment est vrai, sa destinée n’est-elle pas douteuse.”

Or, il est impossible à une femme, à une épouse, à une mère, de se préserver contre l’amour d’un jeune homme ; la seule chose qui soit en sa puissance est de ne pas continuer à le voir au moment où elle devine ce secret du coeur qu’une femme devine toujours. Mais ce parti semble trop décisif pour qu’une femme puisse le prendre à un âge où le mariage pèse, ennuie et lasse, où l’affection conjugale est plus que tiède, si déjà même son mari ne l’a pas abandonnée. Laides, les femmes sont flattées par un amour qui les fait belles; jeunes et charmantes, la séduction doit être à la hauteur de leurs séductions, elle est immense; vertueuses, un sentiment terrestrement sublime les porte à trouver je ne sais quelle absolution dans la grandeur même des sacrifices qu’elles font à leur amant et de la gloire dans cette lutte difficile. Tout est piège. Aussi nulle leçon n’est-elle trop forte pour de si fortes tentations. La réclusion ordonnée autrefois à la femme en Grèce, en orient, et qui devient de mode en Angleterre, est la seule sauvegarde de la morale domestique; mais, sous l’empire de ce système, les agréments du monde périssent: ni la société, ni la politesse, ni l’élégance des moeurs ne sont alors possibles. Les nations devront choisir.”

Não há sociedade, não há etiqueta, não há modos, não há chifres.

Avait-elle pris les idées de Vandenesse, ou Vandenesse avait-il épousé ses moindres caprices? elle n’examina rien. Déjà saisie par le courant de la passion, cette adorable femme se dit avec la fausse bonne foi de la peur: – Oh! non! je serai fidèle à celui qui mourut pour moi.”

Pascal a dit: Douter de Dieu, c’est y croire. De même, une femme ne se débat que quand elle est prise. Le jour où la marquise s’avoua qu’elle était aimée, il lui arriva de flotter entre mille sentiments contraires. Les superstitions de l’expérience parlèrent leur langage. Serait-elle heureuse? pourrait-elle trouver le bonheur en dehors des lois dont la Société fait, à tort ou à raison, sa morale? Jusqu’alors la vie ne lui avait versé que de l’amertume. Y avait-il un heureux dénouement possible aux liens qui unissent deux êtres séparés par des convenances sociales? Mais aussi le bonheur se paie-t-il jamais trop cher? Puis ce bonheur si ardemment voulu, et qu’il est si naturel de chercher, peut-être le rencontrerait-elle enfin! La curiosité plaide toujours la cause des amants. Au milieu de cette discussion secrète, Vandenesse arriva. Sa présence fit évanouir le fantôme métaphysique de la raison. Si telles sont les transformations successives par lesquelles passe un sentiment même rapide chez un jeune homme et chez une femme de trente ans, il est un moment où les nuances se fondent, où les raisonnements s’abolissent en un seul, en une dernière réflexion qui se confond dans un désir et qui le corrobore. Plus la résistance a été longue, plus puissante alors est la voix de l’amour.”

A curiosidade sempre ajuda a causa dos amantes.

Je suis déjà vieille, dit-elle, rien ne m’excuserait donc de ne pas continuer à souffrir comme par le passé. D’ailleurs il faut aimer, dites-vous? Eh! bien, je ne le dois ni ne le puis. Hors vous, dont l’amitié jette quelques douceurs sur ma vie, personne ne me plaît, personne ne saurait effacer mes souvenirs. J’accepte un ami, je fuirais un amant.

Ces paroles, empreintes d’une horrible coquetterie, étaient le dernier effort de la sagesse.

S’il se décourage, eh! bien, je resterai seule et fidèle. Cette pensée vint au coeur de cette femme, et fut pour elle ce qu’est la branche de saule trop faible que saisit un nageur avant d’être emporté par le courant.”

…Essas palavras, impregnadas de um charme horrendo, foram o esforço final da sabedoria.

– Bem, se ele se desencoraja agora, seguirei, como sempre, solitária e fiel! Esse foi o pensamento que iluminou o coração dessa mulher, comparável a um nadador na forte correnteza, que agarra inutilmente um galho fraco, sem poder se prender ao próprio tronco, na iminência da perdição.”

La passion fait un progrès énorme chez une femme au moment où elle croit avoir agi peu généreusement, ou avoir blessé quelque âme noble. Jamais il ne faut se défier des sentiments mauvais en amour, ils sont très salutaires, les femmes ne succombent que sous le coup d’une vertu. L’enfer est pavé de bonnes intentions n’est pas un paradoxe de prédicateur.”

Le ciel et l’enfer sont deux grands poèmes qui formulent les deux seuls points sur lesquels tourne notre existence: la joie ou la douleur. Le ciel n’est-il pas, ne sera-t-il pas

toujours une image de l’infini de nos sentiments qui ne sera jamais peint que dans ses détails, parce que le bonheur est un, et l’enfer ne représente-t-il pas les tortures infinies de nos douleurs dont nous pouvons faire oeuvre de poésie, parce qu’elles sont toutes dissemblables?”

En ce moment le général d’Aiglemont entra.

Le ministère est changé, dit-il. Votre oncle fait partie du nouveau cabinet. Ainsi, vous avez de bien belles chances pour être ambassadeur, Vandenesse.”

Pour moi, je ne connais maintenant rien de plus horrible qu’une pensée de vieillard sur un front d’enfant le blasphème aux lèvres d’une vierge est moins monstrueux encore. Aussi l’attitude presque stupide de cette fille déjà pensive, la rareté de ses gestes, tout m’intéressa-t-il. Je l’examinai curieusement. Par une fantaisie naturelle aux observateurs, je la comparais à son frère, en cherchant à surprendre les rapports et les différences qui se trouvaient entre eux. La première avait des cheveux bruns, des yeux noirs et une puissance précoce qui formaient une riche opposition avec la blonde chevelure, les yeux vert de mer et la gracieuse faiblesse du plus jeune. L’aînée pouvait avoir environ sept à huit ans, l’autre six à peine. Ils étaient habillés de la même manière.”

Le beau jeune homme, blond comme lui, le faisait danser dans ses bras, et l’embrassait en lui prodiguant ces petits mots sans suite et détournés de leur sens véritable que nous adressons amicalement aux enfants. La mère souriait à ces jeux, et, de temps à autre, disait, sans doute à voix basse, des paroles sorties du coeur; car son compagnon s’arrêtait, tout heureux, et la regardait d’un oeil bleu plein de feu, plein d’idolâtrie. Leurs voix mêlées à celle de l’enfant avaient je ne sais quoi de caressant. Ils

étaient charmants tous trois. Cette scène délicieuse, au milieu de ce magnifique paysage, y répandait une incroyable suavité. Une femme, belle, blanche, rieuse, un enfant d’amour, un homme ravissant de jeunesse, un ciel pur, enfin toutes les harmonies de la nature s’accordaient pour réjouir l’âme. Je me surpris à sourire, comme si ce bonheur était le mien.”

En voyant son frère sur le penchant du talus, Hélène lui lança le plus horrible regard qui jamais ait allumé les yeux d’un enfant, et le poussa par un mouvement de rage. Charles glissa sur le versant rapide, y rencontra des racines qui le rejetèrent violemment sur les pierres coupantes du mur; il s’y fracassa le front; puis, tout sanglant, alla tomber dans les eaux boueuses de la rivière.” “L’eau noire bouillonnait sur un espace immense. Le lit de la Bièvre a, dans cet endroit, dix pieds de boue. L’enfant devait y mourir, il était impossible de le secourir. À cette heure, un dimanche, tout était en repos. La Bièvre n’a ni bateaux ni pêcheurs. Je ne vis ni perches pour sonder le ruisseau puant, ni personne dans le lointain. Pourquoi donc aurais-je parlé de ce sinistre accident, ou dit le secret de ce malheur? Hélène avait peut-être vengé són père. Sa jalousie était sans doute le glaive [épée] de Dieu.”

L’enfance a le front transparent, le teint diaphane; et le mensonge est, chez elle, comme une lumière qui lui rougit même le regard.”

Le père était parti sans attendre le dessert, tant sa fille et son fils l’avaient tourmenté pour arriver au spectacle avant le lever du rideau.”

O Vale da Torrente

Foi d’homme d’honneur, dit le notaire, les auteurs de nos jours sont à moitié fous! La

Vallée du torrent! Pourquoi pas le Torrent de la vallée? il est possible qu’une vallée n’ait pas de torrent, et en disant le Torrent de la vallée, les auteurs auraient accusé quelque chose de net, de précis, de caractérisé, de compréhensible. Mais laissons cela. Maintenant comment peut-il se rencontrer un drame dans un torrent et dans une vallée? Vous me répondrez qu’aujourd’hui le principal attrait de ces sortes de spectacles gît dans les décorations, et ce titre en indique de fort belles. Vous êtes-vous bien amusé, mon petit compère? ajouta-t-il en s’asseyant devant l’enfant.

Au moment où le notaire demanda quel drame pouvait se rencontrer au fond d’un torrent, la fille de la marquise se retourna lentement et pleura. La mère était si violemment contrariée qu’elle n’aperçut pas le mouvement de sa fille.”

Il y avait dans la pièce un petit garçon bien gentil qu’était seul au monde, parce que son papa n’avait pas pu être son père. Voilà que, quand il arrive en haut du pont qui est sur le torrent, un grand vilain barbu, vêtu tout en noir, le jette dans l’eau. Hélène s’est mise alors à pleurer, à sangloter; toute la salle a crié après nous, et mon père nous a bien vite, bien vite emmenés…

Monsieur de Vandenesse et la marquise restèrent tous deux stupéfaits, et comme saisis par un mal qui leur ôta la force de penser et d’agir.

Gustave, taisez-vous donc, cria le général. Je vous ai défendu de parler sur ce qui s’est passé au spectacle, et vous oubliez déjà mês recommandations.”

Assez, Hélène, lui dit-elle, allez sécher vos larmes dans le boudoir.

Qu’a-t-elle donc fait, cette pauvre petite? dit le notaire, qui voulut calmer à la fois la colère de la mère et les pleurs de la fille. Elle est si jolie que ce doit être la plus sage créature du monde; je suis bien sûr, madame, qu’elle ne vous donne que des jouissances; pas vrai, ma petite?

Hélène regarda sa mère en tremblant, essuya ses larmes, tâcha de se composer un visage calme, et s’enfuit dans le boudoir.

Et certes, disait le notaire en continuant toujours, madame, vous êtes trop bonne mère pour ne pas aimer également tous vos enfants. Vous êtes d’ailleurs trop vertueuse pour avoir de ces tristes préférences dont les funestes effets se révèlent plus particulièrement à nous autres notaires. La société nous passe par les mains. Aussi en voyons-nous les passions sous leur forme la plus hideuse, l’intérêt. Ici, une mère veut déshériter les enfants de son mari au profit des enfants qu’elle leur préfère; tandis que, de son côté, le mari veut quelquefois réserver as fortune à l’enfant qui a mérité la haine de la mère. Et c’est alors des combats, des craintes, des actes, des contre-lettres, des ventes simulées, des fidéicommis; enfin, un gâchis pitoyable, ma parole d’honneur, pitoyable! Là, des pères passent leur vie à déshériter leurs enfants em volant le bien de leurs femmes… Oui, volant est le mot. Nous parlions de drame, ah! je vous assure que si nous pouvions dire le secret de certaines donations, nos auteurs pourraient en faire de terribles tragédies bourgeoises. Je ne sais pas de quel pouvoir usent les femmes pour faire ce qu’elles veulent: car, malgré les apparences et leur faiblesse, c’est toujours elles qui l’emportent. Ah! par exemple, elles ne m’attrapent pas, moi. Je devine toujours la raison de ces prédilections que dans le monde on qualifie poliment d’indéfinissables! Mais les maris ne la devinent jamais, c’est une justice à leur rendre. Vous me répondrez à cela qu’il y a des grâces d’ét…–

Un ancien officier d’ordonnance de Napoléon, que nous appellerons seulement le marquis ou le général, et qui sous la restauration fit une haute fortune, était venu passer les beaux jours à Versailles, où il habitait une maison de campagne située entre l’église et la barrière de Montreuil, sur le chemin qui conduit à l’avenue de Saint-Cloud. Son service à la cour ne lui permettait pas de s’éloigner de Paris.”

Il contemplait le plus petit de ses enfants, un garçon à peine âgé de cinq ans, qui, demi-nu, se refusait à se laisser déshabiller par sa mère.” “La petite Moïna, son aînée de deux ans, provoquait par des agaceries déjà féminines d’interminables rires, qui partaient comme des fusées et semblaient ne pas avoir de cause”

Âgée d’environ trente-six ans, elle conservait encore une beauté due à la rare perfection des lignes de son visage, auquel la chaleur, la lumière et le bonheur prêtaient en ce moment un éclat surnaturel.”

N’y a-t-il pas toujours un peu d’amour pour l’enfance chez les soldats qui ont assez expérimenté les malheurs de la vie pour avoir su reconnaître les misères de la force et les privilèges de la faiblesse? Plus loin, devant une table ronde éclairée par des lampes astrales dont les vives lumières luttaient avec les lueurs pâles des bougies placées sur la cheminée, était un jeune garçon de treize ans qui tournait rapidement les pages d’un gros livre. (…) Il restait immobile, dans une attitude méditative, un coude sur la table et la tête appuyée sur l’une de ses mains, dont les doigts blancs tranchaient au moyen d’une chevelure brune.” “Entre cette table et la marquise, une grande et belle jeune fille travaillait, assise devant un métier à tapisserie sur lequel se penchait et d’où s’éloignait alternativement sa tête, dont les cheveux d’ébène artistement lissés réfléchissaient la lumière. À elle seule Hélène était un spectacle.” “Les deux aînés étaient en ce moment complètement oubliés par le mari et par la femme.”

La vie conjugale est pleine de ces heures sacrées dont le charme indéfinissable est dû peut-être à quelque souvenance d’un monde meilleur. Des rayons célestes jaillissent sans doute sur ces sortes de scènes, destinées à payer à l’homme une partie de ses chagrins, à lui faire accepter l’existence. Il semble que l’univers soit là, devant nous, sous une forme enchanteresse, qu’il déroule ses grandes idées d’ordre, que la vie sociale plaide pour ses lois en parlant de l’avenir.

          Cependant, malgré le regard d’attendrissement jeté par Hélène sur Abel et Moïna quand éclatait une de leurs joies; malgré le bonheur peint sur sa lucide figure lorsqu’elle contemplait furtivement son père, un sentiment de profonde mélancolie était empreint dans ses gestes, dans son attitude, et surtout dans ses yeux voilés par de longues paupières.” “Ces deux femmes se comprirent alors par un regard terne, froid, respectueux chez Hélène, sombre et menaçant chez la mère. Hélène baissa promptement sa vue sur le métier, tira l’aiguille avec prestesse, et de longtemps ne releva sa tête, qui semblait lui être devenue trop lourde à porter. La mère était-elle trop sévère pour sa fille, et jugeait-elle cette sévérité nécessaire? Était-elle jalouse de la beauté d’Hélène, avec qui elle pouvait rivaliser encore, mais en déployant tous les prestiges de la toilette? Ou la fille avait-elle surpris, comme beaucoup de filles quand elles deviennent clairvoyantes, des secrets que cette femme, en apparence si religieusement fidèle à ses devoirs, croyait avoir ensevelis dans son coeur aussi profondément que dans une tombe?”

Dans certains esprits, les fautes prennent les proportions du crime; l’imagination réagit alors sur la conscience; souvent alors les jeunes filles exagèrent la punition en raison de l’étendue qu’elles donnent aux forfaits. Hélène paraissait ne se croire digne de personne. Un secret de sa vie antérieure, un accident peut-être, incompris d’abord, mais développé par les susceptibilités de son intelligence sur laquelle influaient les idées religieuses, semblait l’avoir depuis peu comme dégradée romanesquement à ses propres yeux. Ce changement dans sa conduite avait commencé le jour où elle avait lu, dans la récente traduction des théâtres étrangers, la belle tragédie de Guillaume Tell, par Schiller.” “Devenue humble, pieuse et recueillie, Hélène ne souhaitait plus d’aller au bal. Jamais elle n’avait été si caressante pour son père, surtout quand la marquise n’était pas témoin de ses cajoleries de jeune fille. Néanmoins, s’il existait du refroidissement dans l’affection d’Hélène pour sa mère, il était si finement exprimé, que le général ne devait pas s’en apercevoir, quelque jaloux qu’il pût être de l’union qui régnait dans sa famille. Nul homme n’aurait eu l’oeil assez perspicace pour sonder la profondeur de ces deux coeurs féminins: l’un jeune et généreux, l’autre sensible et fier; le premier, trésor d’indulgence; le second, plein de finesse et d’amour. Si la mère contristait sa fille par un adroit despotisme de femme, il n’était sensible qu’aux yeux de la victime. Au reste, l’événement seulement fit naître ces conjectures toutes insolubles. Jusqu’à cette nuit, aucune lumière accusatrice ne s’était échappée de ces deux âmes; mais entre elles et Dieu certainement il s’élevait quelque sinistre mystère.

Gustave, ajouta-t-il en se tournant vers son fils, je ne t’ai donné ce livre qu’à la condition de le quitter à dix heures; tu aurais dû le fermer toi-même à l’heure dite et t’aller coucher comme tu me l’avais promis. Si tu veux être un homme remarquable, il faut faire de ta parole une seconde religion, et y tenir comme à ton honneur. Fox, un des plus grands orateurs de l’Angleterre, était surtout remarquable par la beauté de son caractère. La fidélité aux engagements pris est la principale de ses qualités.”

(…) Je ne reconnais à personne le droit de me plaindre, de m’absoudre ou de me condamner. Je dois vivre seul. Allez, mon enfant, ajouta-t-il avec un geste de souverain, je reconnaîtrais mal le service que me rend le maître de cette maison, si je laissais une seule des personnes qui l’habitent respirer le même air que moi. Il faut me soumettre aux lois du monde.

Cette dernière phrase fut prononcée à voir basse. En achevant d’embrasser par sa profonde intuition les misères que réveilla cette idée mélancolique, il jeta sur Hélène un regard de serpent, et remua dans le coeur de cette singulière jeune fille un monde de pensées encore endormi chez elle. Ce fut comme une lumière qui lui aurait éclairé des pays inconnus. Son âme fut terrassée, subjuguée, sans qu’elle trouvât la force de se défendre contre le pouvoir magnétique de ce regard, quelque involontairement lancé qu’il fût.

Honteuse et tremblante, elle sortit et ne revint au salon qu’un instant avant le retour de son père, en sorte qu’elle ne put rien dire à sa mère.

Le marquis et sa fille, certains d’avoir enfermé l’assassin de monsieur de Mauny, attribuèrent ces mouvements à une des femmes, et ne furent pas étonnés d’entendre

ouvrir les portes de la pièce qui précédait le salon. Tout à coup le meurtrier apparut au milieu d’eux. La stupeur dans laquelle le marquis était plongé, la vive curiosité de la mère et l’étonnement de la fille lui ayant permis d’avancer presque au milieu du salon, il dit au général d’une voix singulièrement calme et mélodieuse: – Monseigneur, les deux heures vont expirer.”

Au mot d’assassin, la marquise jeta un cri. Quant à Hélène, ce mot sembla décider de sa vie, son visage n’accusa pas le moindre étonnement. Elle semblait avoir attendu cet homme. Ses pensées si vastes eurent un sens. La punition que le ciel réservait à ses fautes éclatait. Se croyant aussi criminelle que l’était cet homme, la jeune fille le regarda d’un oeil serein : elle était sa compagne, sa soeur. Pour elle, un commandement de Dieu se manifestait dans cette circonstance. Quelques années plus tard, la raison aurait fait justice de ses remords ; mais en ce moment ils la rendaient insensée. L’étranger resta immobile et froid. Un sourire de dédain se peignit dans ses traits et sur ses larges lèvres rouges.”

Ah ! ma fille?… dit la marquise à voix basse mais de manière à ce que son mari l’entendît. Hélène, vous mentez à tous les principes d’honneur, de modestie, de vertu, que j’ai tâché de développer dans votre coeur. Si vous n’avez été que mensonge jusqu’à cette heure fatale, alors vous n’êtes point regrettable. Est-ce la perfection morale de cet inconnu qui vous tente? serait-ce l’espèce de puissance nécessaire aux gens qui commettent un crime?… Je vous estime trop pour supposer…

Oh! supposez tout, madame, répondit Hélène d’un ton froid.

(…) Voyons, es-tu jalouse de notre affection pour tes frères ou ta jeune soeur? As-tu dans l’âme un chagrin d’amour? Es-tu malheureuse ici? Parle? explique-moi les raisons qui te poussent à laisser ta famille, à l’abandonner, à la priver de son plus grand charme, à quitter ta mère, tes frères, ta petite soeur.

Mon père, répondit-elle, je ne suis ni jalouse ni amoureuse de personne, pas même de votre ami le diplomate, monsieur de Vandenesse.”

Savons-nous jamais, dit-elle en continuant, à quel être nous lions nos destinées? Moi, je crois en cet homme.

Enfant, dit le général en élevant la voix, tu ne songes pas à toutes les souffrances qui vont t’assaillir.

Je pense aux siennes…

Quelle vie! dit le père.

Une vie de femme, répondit la fille en murmurant.

Vous êtes bien savante, s’écria la marquise en retrouvant la parole.

Madame, les demandes me dictent les réponses ; mais, si vous le désirez, je parlerai plus clairement.

Dites tout, ma fille, je suis mère. Ici la fille regarda la mère, et ce regard fit faire une pause à la marquise.

Soit! mon père, répondit-elle avec un calme désespérant, j’y mourrai. Vous n’êtes comptable de ma vie et de son âme qu’à Dieu.

Que seja, papai!, respondeu Helèna, com uma calma que soava desesperante para seus pais: eu definharei. Você não é responsável por minha vida nem pela alma dele senão perante o Senhor.

L’hospitalité que je vous ai donnée me coûte cher, s’écria le général en se levant. Vous n’avez tué, tout à l’heure, qu’un vieillard; ici, vous assassinez toute une famille. Quoi qu’il arrive, il y aura du malheur dans cette maison.

Et si votre fille est heureuse? demanda le meurtrier en regardant fixement le militaire.

Vous qu’un meurtrier n’épouvante pas, ange de miséricorde, dit-il, venez, puisque vous persistez à me confier votre destinée.

Par où vont-ils? s’écria le général en écoutant les pas des deux fugitifs. – Madame, reprit-il en s’adressant à sa femme, je crois rêver: cette aventure me cache un mystère. Vous devez le savoir.

La marquise frissonna.

À sept heures du matin, les recherches de la gendarmerie, du général, de ses gens et des voisins avaient été inutiles. Le chien n’était pas revenu. Harassé de fatigue, et déjà vieilli par le chagrin, le marquis rentra dans son salon, désert pour lui, quoique ses trois autres enfants y fussent.”

* * *

La terrible nuit de Noël, pendant laquelle le marquis et sa femme eurent le malheur de perdre leur fille aînée sans avoir pu s’opposer à l’étrange domination exercée par son ravisseur involontaire, fut comme un avis que leur donna la fortune. La faillite d’un agent de change ruina le marquis. Il hypothéqua les biens de sa femme pour tenter une spéculation dont les bénéfices devaient restituer à sa famille toute sa première fortune; mais cette entreprise acheva de le ruiner. Poussé par son désespoir à tout tenter, le général s’expatria. Six ans s’étaient écoulés depuis son départ. Quoique sa famille eût rarement reçu de ses nouvelles, quelques jours avant la reconnaissance de l’indépendance des républiques américaines par l’Espagne, il avait annoncé son retour.”

Un beau jour, un vent frais, la vue de la patrie, une mer tranquille, un bruissement mélancolique, un joli brick solitaire, glissant sur l’océan comme une femme qui vole à un rendez-vous, c’était un tableau plein d’harmonies, une scène d’où l’âme humaine pouvait embrasser d’immuables espaces, en partant d’un point où tout était mouvement. Il y avait une étonnante opposition de solitude et de vie, de silence et de bruit, sans qu’on pût savoir où était le bruit et la vie, le néant et le silence; aussi pas une voix humaine ne rompait-elle ce charme céleste. Le capitaine espagnol, ses matelots, les Français restaient assis ou debout, tous plongés dans une extase religieuse pleine de souvenirs.” “Cependant, de temps en temps, le vieux passager, appuyé sur le bastingage, regardait l’horizon avec une sorte d’inquiétude. Il y avait une défiance du sort écrite dans tous ses traits, et il semblait craindre de ne jamais toucher assez vite la terre de France. Cet homme était le marquis. La fortune n’avait pas été sourde aux cris et aux efforts de son désespoir. Après 5 ans de tentatives et de travaux pénibles, il s’était vu possesseur d’une fortune considérable. Dans son impatience de revoir son pays et d’apporter le bonheur à sa famille, il avait suivi l’exemple de quelques négociants français de la Havane, en s’embarquant avec eux sur un vaisseau espagnol en charge pour Bordeaux. Néanmoins son imagination, lassée de prévoir le mal, lui traçait les images les plus délicieuses de son bonheur passé. En voyant de loin la ligne brune décrite par la terre, il croyait contempler sa femme et ses enfants. Il était à sa place, au foyer, et s’y sentait pressé, caressé. Il se figurait Moïna, belle, grandie, imposante comme une jeune fille. Quand ce tableau fantastique eut pris une sorte de réalité, des larmes roulèrent dans ses yeux; alors, comme pour cacher son trouble, il regarda l’horizon humide, opposé à la ligne brumeuse qui annonçait la terre.

C’est lui, dit-il, il nous suit.

Qu’est-ce? s’écria le capitaine espagnol.

Un vaisseau, reprit à voix basse le général.

Je l’ai déjà vu hier, répondit le capitaine Gomez. Il contempla le Français comme pour l’interroger. – Il nous a toujours donné la chasse, dit-il alors à l’oreille du général.

Et je ne sais pas pourquoi il ne nous a jamais rejoints, reprit le vieux militaire, car il est meilleur voilier que votre damné Saint-Ferdinand.

Il aura eu des avaries, une voie d’eau.

Il nous gagne, s’écria le Français.

C’est un corsaire colombien, lui dit à l’oreille le capitaine. Nous sommes encore à 6 lieues de terre, et le vent faiblit.

Il ne marche pas, il vole, comme s’il savait que dans 2 heures sa proie lui aura échappé. Quelle hardiesse!

Lui? s’écria le capitaine. Ah! il ne s’appelle pas l’Othello sans raison. Il a dernièrement coulé bas une frégate espagnole, et n’a cependant pas plus de 30 canons! Je n’avais peur que de lui, car je n’ignorais pas qu’il croisait dans les Antilles… – Ah! ah! reprit-il après une pause pendant laquelle il regarda les voiles de son vaisseau, le vent s’élève, nous arriverons. Il le faut, le Parisien serait impitoyable.

Lui aussi arrive! répondit le marquis.”

Pourquoi vous désoler? reprit le général. Tous vos passagers sont Français, ils ont frété votre bâtiment. Ce corsaire est un Parisien, dites=vous; hé bien, hissez pavillon blanc, et…

Et il nous coulera, répondit le capitaine. N’est-il pas, suivant les circonstances, tout ce qu’il faut être quand il veut s’emparer d’une riche proie?

Ah! si c’est un pirate!

Pirate! dit le matelot d’un air farouche. Ah! il est toujours en règle, ou sait s’y mettre.

Le Saint-Ferdinand portait en piastres 4 millions, qui composaient la fortune de 5 passagers, et celle du général était de 1,1 million francs. Enfin l’Othello, qui se trouvait alors à 10 portées de fusil, montra distinctement les gueules menaçantes de 12 canons prêts à faire feu.”

Il avait sur la tête, pour se garantir du soleil, un chapeau de feutre à grands bords, dont l’ombre lui cachait le visage.”

Le général se croyait sous la puissance d’un songe, quand il se trouva les mains liées et jeté sur un ballot comme s’il eût été lui-même une marchandise. Une conférence avait lieu entre le corsaire, son lieutenant et l’un des matelots qui paraissait remplir les fonctions de contremaître. Quand la discussion, qui dura peu, fut terminée, le matelot

siffla ses hommes, sur un ordre qu’il leur donna, ils sautèrent tous sur le Saint-Ferdinand, grimpèrent dans les cordages, et se mirent à le dépouiller de ses vergues, de ses voiles, de ses agrès, avec autant de prestesse qu’un soldat déshabille sur le champ de bataille un camarade mort dont les souliers et la capote étaient l’objet de sa convoitise.”

Les corsaires regardaient avec une curiosité malicieuse les différentes manières dont ces hommes tombaient, leurs grimaces, leur dernière torture; mais leurs visages ne trahissaient ni moquerie, ni étonnement, ni pitié. C’était pour eux un événement tout simple, auquel ils semblaient accoutumés.”

Ah! brigands, vous ne jetterez pas à l’eau comme une huître un ancien troupier de Napoléon.

En ce moment le général rencontra l’oeil fauve du ravisseur de sa fille. Le père et le gendre se reconnurent tout à coup.”

C’est le père d’Hélène, dit le capitaine d’une voix claire et ferme. Malheur à qui ne le respecterait pas!

Enfin Hélène semblait être la reine d’un grand empire au milieu du boudoir dans lequel son amant couronné aurait rassemblé les choses les plus élégantes de la terre.”

Écoutez, mon père, répondit-elle, j’ai pour amant, pour époux, pour serviteur, pour maître, un homme dont l’âme est aussi vaste que cette mer sans bornes, aussi fertile en douceur que le ciel, un dieu enfin! Depuis sept ans, jamais il ne lui est échappé une parole, un sentiment, un geste, qui pussent produire une dissonance avec la divine harmonie de ses discours, de ses caresses et de son amour. Il m’a toujours regardée en ayant sur les lèvres un sourire ami et dans les yeux un rayon de joie. Là-haut sa voix tonnante domine souvent les hurlements de la tempête ou le tumulte des combats; mais ici elle est douce et mélodieuse comme la musique de Rossini, dont les oeuvres m’arrivent. Tout ce que le caprice d’une femme peut inventer, je l’obtiens. Mes désirs sont même parfois surpassés. Enfin je règne sur la mer, et j’y suis obéie comme peut l’être une souveraine. – Oh! heureuse! reprit-elle en s’interrompant elle-même, heureuse n’est pas un mot qui puisse exprimer mon bonheur. J’ai la part de toutes les femmes! Sentir un amour, un dévouement immense pour celui qu’on aime, et rencontrer dans son coeur, à lui, un sentiment infini où l’âme d’une femme se perd, et toujours! dites, est-ce un bonheur? j’ai déjà dévoré mille existences. Ici je suis seule, ici je commande. Jamais une créature de mon sexe n’a mis le pied sur ce noble vaisseau, où Victor est toujours à quelques pas de moi. – Il ne peut pas aller plus loin de moi que de la poupe à la proue, reprit-elle avec une fine expression de malice. Sept ans! un amour qui résiste pendant sept ans à cette perpétuelle joie, à cette épreuve de tous les instants, est-ce l’amour? Non! oh! non, c’est mieux que tout ce que je connais de la vie… le langage humain manque pour exprimer un bonheur céleste.

Un torrent de larmes s’échappa de ses yeux enflammés. Les quatre enfants jetèrent alors un cri plaintif, accoururent à elle comme des poussins à leur mère, et l’aîné frappa le général en le regardant d’un air menaçant.

Abel, dit-elle, mon ange, je pleure de joie.

(…)

Tu ne t’ennuies pas? s’écria le général étourdi par la réponse exaltée de sa fille.

Si, répondit-elle, à terre quand nous y allons; et encore ne quitté-je jamais mon mari.

Mais tu aimais les fêtes, les bals, la musique!

La musique, c’est sa voix; mes fêtes, c’est les parures que j’invente pour lui. Quand une toilette lui plaît, n’est-ce pas comme si la terre entière m’admirait! Voilà seulement pourquoi je ne jette pas à la mer ces diamants, ces colliers, ces diadèmes de pierreries, ces richesses, ces fleurs, ces chefs-d’oeuvre des arts qu’il me prodigue en me disant: – Hélène, puisque tu ne vas pas dans le monde, je veux que le monde vienne à toi.

Mais sur ce bord il y a des hommes, des hommes audacieux, terribles, dont les passions…

Je vous comprends, mon père, dit-elle em souriant. Rassurez-vous. Jamais impératrice n’a été environnée de plus d’égards que l’on ne m’en prodigue. Ces gens-là sont superstitieux, ils croient que je suis le génie tutélaire de ce vaisseau, de leurs entreprises, de leurs succès. Mais c’est lui qui est leur dieu! Un jour, une seule fois, un matelot me manqua de respect… em paroles, ajouta-t-elle en riant. Avant que Victor eût pu l’apprendre, les gens de l’équipage le lancèrent à la mer malgré le pardon que je lui accordais. Ils m’aiment comme leur bon ange, je les soigne dans leurs maladies, et j’ai eu le bonheur d’en sauver quelques-uns de la mort em les veillant avec une persévérance de femme. Ces pauvres gens sont à la fois des géants et des enfants.

(…)

Et tes enfants?

Ils sont fils de l’Océan et du danger, ils partagent la vie de leurs parents… Notre existence est une, et ne se scinde pas. Nous vivons tous de la même vie, tous inscrits sur la même page, portés par le même esquif, nous le savons.

Le vieux militaire sentit toutes ces choses, et comprit aussi que sa fille n’abandonnerait jamais une vie si large, si féconde en contrastes, remplie par un amour si vrai; puis, si elle avait une fois goûté le péril sans en être effrayée, elle ne pouvait plus revenir aux petites scènes d’un monde mesquin et borné.”

Général, dit le corsaire d’une voix profonde, je me suis fait une loi de ne jamais rien distraire du butin. Mais il est hors de doute que ma part sera plus considérable que ne l’était votre fortune. Permettez-moi de vous la restituer en autre monnaie…

Il prit dans le tiroir du piano une masse de billets de banque, ne compta pas les paquets, et présenta un million au marquis.”

Or, à moins que vous ne soyez séduit par les dangers de notre vie bohémienne, par les scènes de l’Amérique méridionale, par nos nuits des tropiques, par nos batailles, et par le plaisir de faire triompher le pavillon d’une jeune nation, ou le nom de Simon Bolivar, il faut nous quitter… Une chaloupe et des hommes dévoués vous attendent. Espérons une troisième rencontre plus complètement heureuse…

Victor, je voudrais voir mon père encore un moment, dit Hélène d’un ton boudeur.”

Hélène, reprit le vieillard en la regardant avec attention, ne dois-je plus te revoir? Ne saurai-je donc jamais à quel motif ta fuite est due?

Ce secret ne m’appartient pas, dit-elle d’un ton grave. J’aurais le droit de vous l’apprendre, peut-être ne vous le dirais-je pas encore. J’ai souffert pendant dix ans des maux inouïs…

Soyez toujours heureux! s’écria le grandpère en s’élançant sur le tillac.

L’Othello était loin; la chaloupe s’approchait de terre; le nuage s’interposa entre cette frêle embarcation et le brick. La dernière fois que le général aperçut sa fille, ce fut à travers une crevasse de cette fumée ondoyante. Vision prophétique! Le mouchoir blanc, la robe se détachaient seuls sur ce fond de bistre. Entre l’eau verte et le ciel bleu, le brick ne se voyait même pas. Hélène n’était plus qu’un point imperceptible, une ligne déliée, gracieuse, un ange dans le ciel, une idée, un souvenir.”

* * *

Et aussitôt la marquise monta chez l’inconnue sans penser au mal que sa vue pouvait faire à cette femme dans un moment où on la disait mourante, car elle était encore en deuil. La marquise pâlit à l’aspect de la mourante. Malgré les horribles souffrances qui avaient altéré la belle physionomie d’Hélène, elle reconnut sa fille aînée. À l’aspect d’une femme vêtue de noir, Hélène se dressa sur son séant, jeta un cri de terreur, et retomba lentement sur son lit, lorsque, dans cette femme, elle retrouva sa mère.

Ma fille! dit madame d’Aiglemont, que vous faut-il? Pauline!… Moïna!…

elle oublia qu’Hélène était un enfant conçu jadis dans les larmes et le désespoir, l’enfant du devoir, un enfant qui avait été cause de ses plus grands malheurs; elle s’avança doucement vers sa fille aînée, en se souvenant seulement qu’Hélène la première lui avait fait connaître les plaisirs de la maternité. Les yeux de la mère étaient pleins de larmes; et, em embrassant sa fille, elle s’écria: – Hélène! ma fille…”

Exaspérée par le malheur, la veuve du marin, qui venait d’échapper à un naufrage en ne sauvant de toute sa belle famille qu’un enfant, dit d’une voix horrible à sa mère: – Tout ceci est votre ouvrage! si vous eussiez été pour moi ce que…”

Tout est inutile, reprit Hélène. Ah! pourquoi ne suis-je pas morte à seize ans, quand je voulais me tuer! Le bonheur ne se trouve jamais en dehors des lois…

* * *

LA FEMME DE SOIXANTE ANS (Epílogo)

La vieille dame si matinale était la marquise d’Aiglemont, mère de madame de Saint-Héreen, à qui ce bel hôtel appartenait. La marquise s’en était privée pour sa fille, à qui elle avait donné toute sa fortune, en ne se réservant qu’une pension viagère. La comtesse Moïna de Saint-Héreen était le dernier enfant de madame d’Aiglemont. Pour lui faire épouser l’héritier d’une des plus illustres maisons de France, la marquise avait tout sacrifié. Rien n’était plus naturel: elle avait successivement perdu deux fils; l’un, Gustave marquis d’Aiglemont, était mort du choléra; l’autre, Abel, avait succombé devant Constantinople. Gustave laissa des enfants et une veuve. Mais l’affection assez tiède que madame d’Aiglemont avait portée à ses deux fils s’était encore affaiblie en passant à ses petitsenfants. Elle se comportait poliment avec madame d’Aiglemont la jeune: mais elle s’en tenait au sentiment superficiel que le bon goût et les convenances nous prescrivent de témoigner à nos proches. La fortune de ses enfants morts ayant été parfaitement réglée, elle avait réservé pour sa chère Moïna ses économies et ses biens propres. Moïna, belle et ravissante depuis son enfance, avait toujours été pour madame d’Aiglemont l’objet d’une de ces prédilections innées ou involontaires chez les mères de famille; fatales sympathies qui semblent inexplicables, ou que les observateurs savent trop bien expliquer. La charmante figure de Moïna, le son de voix de cette fille chérie, ses manières, sa démarche, sa physionomie, ses gestes, tout en elle réveillait chez la marquise les émotions les plus profondes qui puissent animer, troubler ou charmer le coeur d’une mère. Le principe de sa vie présente, de sa vie du lendemain, de sa vie passée, était dans le coeur de cette jeune femme, où elle avait jeté tous ses trésors. Moïna avait heureusement survécu à 4 enfants, ses aînés. Madame d’Aiglemont avait en effet perdu, de la manière la plus malheureuse, disaient les gens du monde, une fille charmante dont la destinée était presque inconnue, et un petit garçon, enlevé à cinq ans par une horrible catastrophe [pas Gustave?].

Le monde aurait pu demander à la marquise un compte sévère de cette insouciance et de cette prédilection; mais le monde de Paris est entraîné par un tel torrent d’événements, de modes, d’idées nouvelles, que toute la vie de madame d’Aiglemont devait y être en quelque sorte oubliée. Personne ne songeait à lui faire un crime d’une froideur, d’un oubli qui n’intéressait personne, tandis que sa vive tendresse pour Moïna intéressait beaucoup de gens, et avait toute la sainteté d’un préjugé.”

que ne pardonne-t-on pas aux vieillards lorsqu’ils s’effacent comme des ombres et ne veulent plus être qu’un souvenir?”

Enfin, peut-être ne doit-on jamais prononcer qui a tort ou raison de l’enfant ou de la mère. Entre ces deux coeurs, il n’y a qu’un seul juge possible. Ce juge est Dieu! Dieu qui, souvent, assied sa vengeance au sein des familles, et se sert éternellement des enfants contre les mères, des pères contre les fils, des peuples contre les rois, des princes contre les nations, de tout contre tout; remplaçant dans le monde moral les sentiments par les sentiments comme les jeunes feuilles poussent les vieilles au printemps; agissant en vue d’un ordre immuable, d’un but à lui seul connu. Sans doute, chaque chose va dans son sein, ou, mieux encore, elle y retourne.”

Elle était un de ces types qui, entre mille physionomies dédaignées parce qu’elles sont sans caractère, vous arrêtent un moment, vous font penser (…) Le visage glacé de madame d’Aiglemont était une de ces poésies terribles, une de ces faces répandues par milliers dans la divine Comédie de Dante Alighieri.”

La figure d’une jeune femme a le calme, le poli, la fraîcheur de la surface d’un lac. La physionomie des femmes ne commence qu’à trente ans.”

une tête de vieille femme n’appartient plus alors ni au monde qui, frivole, est effrayé d’y apercevoir la destruction de toutes les idées d’élégance auxquelles il est habitué ni aux artistes vulgaires qui n’y découvrent rien; mais aux vrais poètes, à ceux qui ont le sentiment d’un beau indépendant de toutes les conventions sur lesquelles reposent tant de préjugés en fait d’art et de beauté.”

Les peintres ont des couleurs pour ces portraits, mais les idées et les paroles sont impuissantes pour les traduire fidèlement”

Ces souffrances sans cesse refoulées avaient produit à la longue je ne sais quoi de morbide en cette femme. Sans doute quelques émotions trop violentes avaient physiquement altéré ce coeur maternel, et quelque maladie, un anévrisme peut-être, menaçait lentement cette femme à son insu. Les peines vraies sont en apparence si tranquilles dans le lit profond qu’elles se sont fait, où elles semblent dormir, mais où elles continuent à corroder l’âme comme cet épouvantable acide qui perce le cristal! En ce moment deux larmes sillonnèrent les joues de la marquise, et elle se leva comme si quelque réflexion plus poignante que toutes les autres l’eût vivement blessée. Elle avait sans doute jugé l’avenir de Moïna. Or, en prévoyant les douleurs qui attendaient sa fille, tous les malheurs de as propre vie lui étaient retombés sur le coeur.

          La situation de cette mère sera comprise em expliquant celle de sa fille.”

Elle savait d’avance que Moïna n’écouterait aucun de ses sages avertissements; elle n’avait aucun pouvoir sur cette âme, de fer pour elle et toute moelleuse pour les autres. Sa tendresse l’eût portée à s’intéresser aux malheurs d’une passion justifiée par les nobles qualités du séducteur, mais sa fille suivait un mouvement de coquetterie; et la marquise méprisait le comte Alfred de Vandenesse, sachant qu’il était homme à considérer sa lutte avec Moïna comme une partie d’échecs.” “le marquis de Vandenesse, père d’Alfred”

Le sentiment maternel est si large dans les coeurs aimants qu’avant d’arriver à l’indifférence une mère doit mourir ou s’appuyer sur quelque grande puissance, la religion ou l’amour.”

Ce sourire prouvait à cette jeune parricide que le coeur d’une mère est un abîme au fond duquel se trouve toujours un pardon.”

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LES LIAISONS DANGEREUSES – Laclos

GLOSSÁRIO

calembour: jeu de mots

in fiocchi: vestida para a ocasião

lansquenet: jogo de cartas inventado no século XVI (carrega o nome da família inventora)

macédoine: “Quelques personnes ignorent peut−être qu’une m. est un assemblage de plusieurs jeux de hasard, parmi lesquels chaque Coupeur a droit de choisir lorsque c’est à lui à tenir la main. C’est une des inventions du siècle.”

* * *

“Je dois prévenir aussi que j’ai supprimé ou changé tous les noms des personnes dont il est question dans ces Lettres; et que si dans le nombre de ceux que je leur ai substitués, il s’en trouvait qui appartinssent à quelqu’un, ce serait seulement une erreur de ma part et dont il ne faudrait tirer aucune conséquence.”

“On y trouvera aussi la preuve et l’exemple de deux vérités importantes qu’on pourrait croire méconnues, en voyant combien peu elles sont pratiquées: l’une, que toute femme qui consente à recevoir dans sa société un homme sans moeurs, finit par en devenir la victime; l’autre, que toute mère est au moins imprudente, qui souffre qu’un autre qu’elle ait la confiance de sa fille. Les jeunes gens de l’un et de l’autre sexe pourraient encore y apprendre que l’amitié que les personnes de mauvaises moeurs paraissent leur accorder si facilement n’est jamais qu’un piège dangereux, et aussi fatal à leur bonheur qu’à leur vertu. Cependant l’abus, toujours si près du bien, me paraît ici trop à craindre; et, loin de conseiller cette lecture à la jeunesse, il me paraît très important d’éloigner d’elle toutes celles de ce genre. L’époque où celle−ci peut cesser d’être dangereuse et devenir utile me paraît avoir été très bien saisie, pour son sexe, par une bonne mère qui non seulement a de l’esprit, mais qui a du bon esprit. «Je croirais», me disait−elle, après avoir lu le manuscrit de cette Correspondance, «rendre un vrai service à ma fille, en lui donnant ce Livre le jour de son mariage.»”

* * *

“Les prétendus esprits forts ne s’intéresseront point à une femme dévote, que par cela même ils regarderont comme une femmelette [mariquinha], tandis que les dévots se fâcheront de voir succomber la vertu, et se plaindront que la Religion se montre avec trop peu de puissance.”

Para responder a todos talvez seja melhor não responder a ninguém.

“je t’écris à un Secrétaire très joli, dont on m’a remis la clef, et où je peux renfermer tout ce que je veux.” Cecile Volanges

“Paris, ce 3 août 17**”

“(Ces mots roué [pícaro, astuto] et rouerie [picardia, astúcia], dont heureusement la bonne compagnie commence à se défaire, étaient fort en usage à l’époque où ces Lettres ont été écrites)”

“En effet, je gagerais que, malgré les 60.000 livres de rente de la petite Volanges, il n’aurait jamais fait ce mariage, si elle eût été brune, ou si elle n’eût pas été au Couvent. Prouvons−lui donc qu’il n’est qu’un sot: il le sera sans doute un jour” Marquise de Merteuil, a vilã da estória

“elle est vraiment jolie; cela n’a que 15 ans, c’est le bouton de rose; gauche, à la vérité, comme on ne l’est point, et nullement maniérée: mais, vous autres hommes, vous ne craignez pas cela; de plus, un certain regard langoureux qui promet beaucoup en vérité: ajoutez−y que je vous la recommande; vous n’avez plus qu’à me remercier et m’obéir.”

“il doit être bien difficile de ne pas rougir quand un homme vous regarde fixement.” C.V.

Ce qui m’inquiétait le plus était de ne pas savoir ce qu’on pensait sur mon compte. Je crois avoir entendu pourtant deux ou trois fois le mot de jolie: mais j’ai entendu bien distinctement celui de gauche; et il faut que cela soit bien vrai, car la femme qui le disait est parente et amie de ma mère; elle paraît même avoir pris tout de suite de l’amitié pour moi. C’est la seule personne qui m’ait un peu parlé dans la soirée.”

Je t’assure que le monde n’est pas aussi amusant que nous l’imaginions.”

“Você faria adorarem o despotismo.”

“si ce Dieu−là nous jugeait sur nos Oeuvres, vous seriez un jour la Patronne de quelque grande ville, tandis que votre ami serait au plus un Saint de village.” Vicomte de Valmont

“Que me proposez−vous? de séduire une jeune fille qui n’a rien vu, ne connaît rien; qui, pour ainsi dire, me serait livrée sans défense; qu’un premier hommage ne manquera pas d’enivrer et que la curiosité mènera peut−être plus vite que l’Amour. Vingt autres peuvent y réussir comme moi.”

Et si de l’obtenir je n’emporte le prix, J’aurai du moins l’honneur de l’avoir entrepris.

On peut citer de mauvais vers, quand ils sont d’un grand Poète (La Fontaine).”

“Une messe chaque jour, quelques visites aux Pauvres du canton, des prières du matin et du soir, des promenades solitaires, de pieux entretiens avec ma vieille tante, et quelquefois un triste Wisk, devaient être ses seules distractions. Je lui en prépare de plus efficaces.”

“Vous, avoir la Présidente Tourvel! mais quel ridicule caprice! Je reconnais bien là votre mauvaise tête qui ne sait désirer que ce qu’elle croit ne pas pouvoir obtenir.

“Estar com uma puritana? digo de boa fé: reservadas ao seio mesmo do prazer, elas não vos oferecem mais do que semi-gozos.”

“quando uma mulher fica atrofiada desse jeito, se a deve abandonar a sua própria sorte; não passará jamais de um exemplar da espécie.”

“Ele me chamaria de pérfida, e essa palavra pérfida sempre me agradou; é, depois de cruel, a mais doce aos ouvidos de uma mulher, e é menos sacrificante obtê-la.”

“Ne savez−vous pas que la seule volupté a le droit de détacher le bandeau de l’Amour?” Valmont

Non, sans doute, elle n’a point, comme nos femmes coquettes, ce regard menteur qui séduit quelquefois et nous trompe toujours. Elle ne sait pas couvrir le vide d’une phrase par un sourire étudié; et quoiqu’elle ait les plus belles dents du monde, elle ne rit que de ce qui l’amuse. Mais il faut voir comme, dans les folâtres jeux [jogos de conquista, paqueras com os olhos, flertes pelo olhar], elle offre l’image d’une gaieté naïve et franche!”

“Elle est prude et dévote, et de là vous la jugez froide et inanimée?”

As crentes crêem que o abismo as engole

Ah, que divino esse abismo

Me absorva toda, salive em cada poro

Me chupe e me cuspa,

Meu espírito

Salvador

Potente!

Oh!

As crentes têm medo de cair no abismo

De sucumbir às tentações

Palpitações

Constantes

Que revelariam um temperamento

Inconstante

As crentes têm medo da mancha

Tudo que elas abominam é o buraco

preto, fundo

Tudo que elas querem é fechar os buracos

Preencher tudo para que não entre nada

Tudo que a devota quer

é que toda a carne pecadora escave com um hediondo esforço

Violento ato

sem consentimento

Rompa-me pelas minhas frestas morais

Me corrija

Com a vara e o chicote da supremacia

Com ternura, no entanto

Infeste

Meu negro

Meu buraco

Meu proibido pomar

De onde nascem todos os males

Não vá

mais devagar

Por mais que eu peça!

Ai, que coceira!

Meninas não mentem

E apesar do meu peito crescido

Sou uma menininha…

Hm, gostaria de elevá-la tanto quanto os Dez Mandamentos

elevam a alma do Hebreu Casto

Que comigo ela fornique

para se esquecer do mal que é

Fornicar

“Madame de Tourvel me devolveu as charmosas ilusões da juventude.”

Cuidado para ao tentar me converter

você não me tentar no lugar

e aí vai me ter

Eu vou rezar pra que tudo dê certo pra você

eu vou rezar pra me foder

“J’étudie beaucoup mon chant et ma harpe; il me semble que je les aime mieux depuis que je n’ai plus de Maîtres, ou plutôt c’est que j’en ai un meilleur. M. le Chevalier Danceny, ce Monsieur dont je t’ai parlé, et avec qui j’ai chanté chez Madame de Merteuil, a la complaisance de venir ici tous les jours, et de chanter avec moi des heures entières. Il est extrêmement aimable. Il chante comme un Ange, et compose de très jolis airs dont il fait aussi les paroles. C’est bien dommage qu’il soit Chevalier de Malte! Il me semble que s’il se mariait, sa femme serait bien heureuse. Il a une douceur charmante. Il n’a jamais l’air de faire un compliment, et pourtant tout ce qu’il dit flatte. Il me reprend sans cesse, tant sur la musique que sur autre chose: mais il mêle à ses critiques tant d’intérêt et de gaieté, qu’il est impossible de ne pas lui en savoir gré. Seulement quand il vous regarde, il a l’air de vous dire quelque chose d’obligeant. (…) Lui et Madame de Merteuil sont les deux seules personnes que je trouve aimables.

O mal dos jovens de ‘oi’ dia é que eles estudam demais, e não o contrário, como os entendidos dirão na televisão. Seus miolos fritam como boas omeletes numa frigideira nova e besuntada. Até o humo sobe no ar e todos sentem no recinto.

* * *

A devota se comunica com a ninfa

São vasos comunicantes

Bolsas, canais

Oquidão

Onde era para haver carne e volume

Sim, é verdade que muitos têm vento na cabeça

De tantos hormônios,

Mas as mulheres têm sem dúvida vento no sexo

“Vous me parlez de sa rare candeur: oh! oui; la candeur de Valmont doit être en effet très rare.” <RÉ:> de Madame de Volanges, a mãe da ninfa da estória

“jamais depuis sa plus grande jeunesse, il n’a fait un pas ou dit une parole sans avoir un projet, et jamais il n’eut un projet qui ne fût malhonnête ou criminel.”

“Le Comte de Gercourt, que nous attendions d’un jour à l’autre, me mande que son Régiment passe en Corse; et comme il y a encore des mouvements de guerre, il lui sera impossible de s’absenter avant l’hiver.”

pour qu’elle finisse par se donner, le vrai moyen est de commencer par la prendre. Que cette

ridicule distinction est bien un vrai déraisonnement de l’Amour! (…) Dites−moi donc, amant langoureux, ces femmes que vous avez eues, croyez−vous les avoir violées? Mais, quelque envie qu’on ait de se donner, quelque pressée que l’on en soit, encore faut−il un prétexte; et y en a−t−il de plus commode pour nous, que celui qui nous donne l’air de céder à la force?”

“nos deux passions favorites, la gloire de la défense et le plaisir de la défaite.”

“Il ne faut se permettre d’excès qu’avec les gens qu’on veut quitter bientôt. Il ne sait pas cela, lui; mais, pour son bonheur, je le sais pour deux.”

“Jamais il n’oblige à cette réserve, dans laquelle toute femme qui se respecte est forcée de se tenir aujourd’hui, pour contenir les hommes qui l’entourent.” La Presidente de Tourvel

celui qui est capable d’une amitié aussi suivie pour une femme aussi estimable, n’est pas un libertin sans retour.”

Je crois que la Mère Perpétue a raison, et qu’on devient coquette dès qu’on est dans le monde.” Cecile

Madame de Merteuil, par exemple, je vois bien que tous les hommes la trouvent plus Jolie que moi: cela ne me fâche pas beaucoup, parce qu’elle m’aime bien; et puis elle assure que le Chevalier Danceny me trouve plus jolie qu’elle. C’est bien honnête à elle de me l’avoir dit! elle avait même l’air d’en être bien aise.”

Que me parlez−vous d’éternelle rupture? J’abjure ce serment, prononcé dans le délire: nous n’aurions pas été dignes de le faire, si nous eussions dû le garder. Ah! que je puisse un jour me venger dans vos bras, du dépit involontaire que m’a causé le bonheur du Chevalier!” Valmont

“Vous le croyez dans vos chaînes! C’est bien vous qui êtes dans les siennes. Il dort tranquillement, tandis que vous veillez pour ses plaisirs. Que ferait de plus son esclave?”

“ma belle amie, tant que vous vous partagez entre plusieurs, je n’ai pas la moindre jalousie: je ne vois alors dans vos Amants que les successeurs d’Alexandre, incapables de conserver entre eux tous cet empire où je régnais seul. Mais que vous vous donniez entièrement à un d’eux! qu’il existe un autre homme aussi heureux que moi!”

“Aussitôt que vous aurez eu votre belle Dévote, que vous pourrez m’en fournir une preuve, venez, et je suis à vous. Mais vous n’ignorez pas que dans les affaires importantes, on ne reçoit de preuves que par écrit. Par cet arrangement, d’une part, je deviendrai une récompense au lieu d’être une consolation; et cette idée me plaît davantage: de l’autre votre succès en sera plus piquant, en devenant lui−même un moyen d’infidélité. Venez donc, venez au plus tôt m’apporter le gage de votre triomphe” Merteuil

“J’ai été étonné du plaisir qu’on éprouve en faisant le bien; et je serais tenté de croire que ce que nous appelons les gens vertueux n’ont pas tant de mérite qu’on se plaît à nous le dire. Quoi qu’il en soit, j’ai trouvé juste de payer à ces pauvres gens le plaisir qu’ils venaient de me faire.” Valmont

“M. de Valmont n’est peut−être qu’un exemple de plus du danger des liaisons.” Presidente de Tourvel

“mais qui pourrait arrêter une femme qui fait, sans s’en douter, l’éloge de ce qu’elle aime?” Valmont

“obscurité douce, qui enhardit l’Amour timide.” “doce nevoeiro e turbidez, que fortalecem o amor tímido.”

“J’y gagnai de plus de considérer à loisir cette charmante figure, embellie encore par l’attrait puissant des larmes. Ma tête s’échauffait, et j’étais si peu maître de moi, que je fus tenté de profiter de ce moment.” lágrimas de bucetilo

De …, ce 21 août 17**, 4 heures du matin.”

Madame de Rosemonde [titia pudica] m’engagea à lui tâter le pouls, en vantant beaucoup mes connaissances en médecine. Ma Belle eut donc le double chagrin d’être obligée de me livrer son bras, et de sentir que son petit mensonge allait être découvert.”

“Jamais, je le sens, je ne retrouverai le bonheur que je perds aujourd’hui; vous seule étiez faite

pour mon coeur; avec quel plaisir je ferais le serment de ne vivre que pour vous.” Chevalier Danceny

“elle exige seulement que je lui fasse voir toutes mes Lettres et toutes celles du Chevalier Danceny, afin d’être sûre que je ne dirai que ce qu’il faudra; ainsi, à présent, me voilà tranquille. Mon Dieu, que je l’aime Madame de Merteuil! elle est si bonne! et c’est une femme bien respectable.” Ceci-ilha n’est pas une dévote

“Madame de Merteuil m’a dit aussi qu’elle me prêterait des Livres qui parlaient de tout cela, et qui m’apprendraient bien à me conduire, et aussi à mieux écrire que je ne fais: car, vois−tu, elle me dit tous mes défauts, ce qui est une preuve qu’elle m’aime bien; elle m’a recommandé seulement de ne rien dire à Maman de ces Livres−là parce que çà aurait l’air de trouver qu’elle a trop négligé mon éducation, et ça pourrait la fâcher. Oh! je ne lui en dirai rien.

C’est pourtant bien extraordinaire qu’une femme qui ne m’est presque pas parente prenne plus de soin de moi que ma mère! c’est bien heureux pour moi de l’avoir connue!”

“à présent que vous savez que je vous aime, j’espère que vous resterez avec moi le plus que vous pourrez; car je ne suis contente que lorsque je suis avec vous, et je voudrais bien que vous fussiez tout de même.”

Le scélérat a ses vertus, comme l’honnête homme a ses faiblesses.” Madame de Volanges

Quand il ne serait, comme vous le dites, qu’un exemple du danger des liaisons, en serait−il moins lui−même une liaison dangereuse? Vous le supposez susceptible d’un retour heureux? allons plus loin; supposons ce miracle arrivé. Ne resterait−il pas contre lui l’opinion publique, et ne suffit−elle pas pour régler votre conduite? Dieu seul peut absoudre au moment du repentir; il lit dans les coeurs: mais les hommes ne peuvent juger les pensées que par les actions; et nul d’entre eux, après avoir perdu l’estime des autres, n’a droit de se plaindre de la méfiance nécessaire, qui rend cette perte si difficile à réparer.”

“Sans doute, je reçois M. de Valmont, et il est reçu partout; c’est une inconséquence de plus à ajouter à mille autres qui gouvernent la société. Vous savez, comme moi, qu’on passe sa vie à les remarquer, à s’en plaindre et à s’y livrer. M. de Valmont, avec un beau nom, une grande fortune, beaucoup de qualités aimables, a reconnu de bonne heure que pour avoir l’empire dans la société, il suffisait de manier, avec une égale adresse, la louange et le ridicule. Nul ne possède comme lui ce double talent: il séduit avec l’un, et se fait craindre avec l’autre. On ne l’estime pas; mais on le flatte. Telle est son existence au milieu d’un monde qui, plus prudent que courageux, aime mieux le ménager que le combattre.

une occasion manquée se retrouve, tandis qu’on ne revient jamais d’une démarche précipitée.” Merteuil

Quand vos belles phrases produiraient l’ivresse de l’Amour, vous flattez−vous qu’elle soit assez longue pour que la réflexion n’ait pas le temps d’en empêcher l’aveu?” “Cette marche peut réussir avec des enfants, qui, quand ils écrivent «je vous aime», ne savent pas qu’ils disent «je me rends».”

C’est le défaut des Romans; l’Auteur se bat les flancs pour s’échauffer, et le Lecteur reste froid. Héloïse est le seul qu’on en puisse excepter; et malgré le talent de l’Auteur, cette observation m’a toujours fait croire que le fond en était vrai. Il n’en est pas de même en parlant. L’habitude de travailler son organe y donne de la sensibilité; la facilité des larmes y ajoute encore: l’expression du désir se confond dans les yeux avec celle de la tendresse; enfin le discours moins suivi amène plus aisément cet air de trouble et de désordre, qui est la véritable éloquence de l’Amour; et surtout la présence de l’objet aimé empêche la réflexion et nous fait désirer d’être vaincues.

sans la longueur de sa Lettre, et le prétexte qu’elle vous donne pour rentrer en matière dans sa phrase de reconnaissance, elle ne se serait pas du tout trahie.”

“S’il était moins tard, je vous parlerais de la petite Volanges qui avance assez vite et dont je suis fort contente. Je crois que j’aurai fini avant vous, et vous devez en être bien heureux.”

Pour aller vite en amour, il vaut mieux parler qu’écrire” Valmont

“Si vous voulez être au courant de ma correspondance, il faut vous accoutumer à déchiffrer mes minutes: car pour rien au monde, je ne dévorerais l’ennui de les recopier.”

On ne condamne point un coupable sans lui dire son crime, sans lui nommer ses accusateurs.”

Je lui ai permis d’écrire et de dire j’aime; et le jour même, sans qu’elle s’en doutât, je lui ai ménagé un tête−à−tête avec son Danceny. Mais figurez−vous qu’il est si sot encore, qu’il n’en a seulement pas obtenu un baiser. Ce garçon−là fait pourtant de fort jolis vers! Mon Dieu! que ces gens d’esprit sont bêtes! celui−ci l’est au point qu’il m’en embarrasse” Merteuil

“C’est M. le Comte de Gercourt que je dois épouser, et ce doit être au mois d’Octobre. Il est riche, il est homme de qualité, il est Colonel du régiment de […]. Jusque−là tout va fort bien. Mais d’abord il est vieux: figure−toi qu’il a au moins 36 ans! et puis, Madame de Merteuil dit qu’il est triste et sévère, et qu’elle craint que je ne sois pas heureuse avec lui. J’ai même bien vu qu’elle en était sûre, et qu’elle ne voulait pas me le dire, pour ne pas m’affliger. Elle ne m’a presque entretenue toute la soirée que des devoirs des femmes envers leurs maris. Elle convient que M. de Gercourt n’est pas aimable du tout, et elle dit pourtant qu’il faudra que je l’aime. Ne m’a−t−elle pas dit aussi qu’une fois mariée, je ne devais plus aimer le Chevalier Danceny? comme si c’était possible! Oh! je t’assure bien que je l’aimerai toujours. Vois−tu, j’aimerais mieux, plutôt, ne pas me marier. (…) Si je n’avais pas peur de rentrer au Couvent, je dirais bien à Maman que je ne veux pas de ce mari−là; mais ce serait encore pis. Je suis bien embarrassée. Je sens que je n’ai jamais tant aimé M. Danceny qu’à présent; et quand je songe qu’il ne me reste plus qu’un mois à être comme je suis, les larmes me viennent aux yeux tout de suite; je n’ai de consolation que dans l’amitié de Madame de Merteuil; elle a si bon coeur! elle partage tous mes chagrins comme moi−même; et puis ele est si aimable que, quand je suis avec elle, je n’y songe presque plus. D’ailleurs elle m’est bien utile; car le peu que je sais, c’est elle qui me l’a appris: et elle est si bonne, que je lui dis tout ce que je pense, sans être honteuse du tout. Quand elle trouve que ce n’est pas bien, elle me gronde quelquefois; mais c’est tout doucement, et puis je l’embrasse de tout mon coeur, jusqu’à ce qu’elle ne soit plus fâchée.”

(On continue à supprimer les Lettres de Cécile Volanges et du Chevalier Danceny, qui sont peu intéressantes et n’annoncent aucun événement)”

“l’autorité illusoire que nous avons l’air de laisser prendre aux femmes est un des pièges qu’elles évitent le plus difficilement.”

A autoridade ilusória que nós deixamos as fêmeas se darem é uma armadilha de que elas só a muito custo conseguem se desbaratar.

on écrit des volumes et l’on explique mal ce qu’un quart d’heure de conversation suffit pour faire bien entendre.” “quoique dévote, elle est peu charitable”

quelle femme pourrait avouer être en correspondance avec vous? et quelle femme honnête peut se déterminer à faire ce qu’elle sent qu’elle serait obligée de cacher?”

j’ai dévoilé un double mystère d’amour et d’iniquité: je jouirai de l’un, je me vengerai de l’autre; je volerai de plaisirs en plaisirs.”

“coucher avec une fille, ce n’est que lui faire faire ce qui lui plaît: de là à lui faire faire ce que nous voulons, il y a souvent bien loin.”

Transar com uma mulher não é nada senão atender suas vontades: daí a fazê-la atender as nossas vai uma grande diferença.

“Ah! sans doute il faut séduire sa fille: mais ce n’est pas assez, il faut la perdre; et puisque l’âge de cette maudite femme la met à l’abri de mes coups, il faut la frapper dans l’objet de ses affections.” “Elle veut donc que je revienne à Paris! elle m’y force! soit, j’y retournerai, mais elle gémira de mon retour. Je suis fâché que Danceny soit le héros de cette aventure, il a un fond d’honnêteté qui nous gênera: cependant il est amoureux, et je le vois souvent; on pourra peut−être en tirer parti.”

“Cette complaisance de ma part est le prix de celle qu’elle vient d’avoir, de me servir de pupitre [escrivaninha] pour écrire à ma belle Dévote, à qui j’ai trouvé plaisant d’envoyer une Lettre écrite du lit et presque d’entre les bras d’une fille, interrompue même pour une infidélité complète, et dans laquelle je lui rends un compte exact de ma situation et de ma conduite. Emilie, qui a lu l’Epître, en a ri comme une folle, et j’espère que vous en rirez aussi.

“C’est après une nuit orageuse, et pendant laquelle je n’ai pas fermé l’oeil; c’est après avoir été sans cesse ou dans l’agitation d’une ardeur dévorante, ou dans l’entier anéantissement de toutes les facultés de mon âme, que je viens chercher auprès de vous, Madame, un calme dont j’ai besoin, et dont pourtant je n’espère pas jouir encore. En effet, la situation où je suis en vous écrivant me fait connaître plus que jamais la puissance irrésistible de l’Amour; j’ai peine à conserver assez d’empire sur moi pour mettre quelque ordre dans mes idées; et déjà je prévois que je ne finirai pas cette Lettre sans être obligé de l’interrompre. Quoi! ne puis−je donc espérer que vous partagerez quelque jour le trouble que j’éprouve en ce moment? J’ose croire cependant que, si vous le connaissiez bien, vous n’y seriez pas entièrement insensible. Croyez−moi, Madame, la froide tranquillité, le sommeil de l’âme, image de la mort, ne mènent point au bonheur; les passions actives peuvent seules y conduire; et malgré les tourments que vous me faites éprouver, je crois pouvoir assurer sans crainte, que, dans ce moment, je suis plus heureux que vous. En vain m’accablez−vous de vos rigueurs désolantes, elles ne m’empêchent point de m’abandonner entièrement à l’Amour et d’oublier, dans le délire qu’il me cause, le désespoir auquel vous me livrez. C’est ainsi que je veux me venger de l’exil auquel vous me condamnez. Jamais je n’eus tant de plaisir en vous écrivant; jamais je ne ressentis, dans cette occupation, une émotion si douce et cependant si vive. Tout semble augmenter mes transports: l’air que je respire est plein de volupté; la table même sur laquelle je vous écris, consacrée pour la première fois à cet usage, devient pour moi l’autel sacré de l’Amour; combien elle va s’embellir à mes yeux! j’aurai tracé sur elle le serment de vous aimer toujours! Pardonnez, je vous en supplie, au désordre de mes sens. Je devrais peut−être m’abandonner moins à des transports que vous ne partagez pas: il faut vous quitter un moment pour dissiper une ivresse qui s’augmente à chaque instant, et qui devient plus forte que moi.

Si je me retrace encore les plaisirs de l’Amour, c’est pour sentir plus vivement le regret d’en être privé. Je ne me vois de ressource que dans votre indulgence, et je sens trop, dans ce moment, combien j’en ai besoin pour espérer de l’obtenir. Cependant, jamais mon amour ne fut plus respectueux, jamais il ne dut moins vous offenser; il est tel, j’ose le dire, que la vertu la plus sévère ne devrait pas le craindre: mais je crains moi−même de vous entretenir plus longtemps de la peine que j’éprouve. Assuré que l’objet qui la cause ne la partage pas, il ne faut pas au moins abuser de ses bontés; et ce serait le faire, que d’employer plus de temps à vous retracer cette douloureuse image.”

“Vous−même, chez qui l’habitude de ce délire dangereux doit en diminuer l’effet, n’êtes−vous pas cependant obligé de convenir qu’il devient souvent plus fort que vous, et n’êtes−vous pas le premier à vous plaindre du trouble involontaire qu’il vous cause? Quel ravage effrayant ne ferait−il donc pas sur un Coeur neuf et sensible, qui ajouterait encore à son empire par la grandeur des sacrifices qu’il serait obligé de lui faire?”

“Je n’ai pas la vanité qu’on reproche à mon sexe; j’ai encore moins cette fausse modestie qui n’est qu’un raffinement de l’orgueil”

“Vous me traitez avec autant de légèreté que si j’étais votre Maîtresse.”

il ne faut pas fâcher les vieilles femmes; ce sont elles qui font la réputation des jeunes.”

“La petite fille a été à confesse; elle a tout dit, comme un enfant; et depuis, elle est tourmentée à un tel point de la peur du diable, qu’elle veut rompre absolument. Elle m’a raconté tous ses petits scrupules, avec une vivacité qui m’apprenait assez combien sa tête était montée. Elle m’a montré sa Lettre de rupture, qui est une vraie capucinade [moralismo oco]. Elle a babillé une heure avec moi, sans me dire un mot qui ait le sens commun. Mais elle ne m’en a pas moins embarrassée”

Tourmentée par le désir de s’occuper de son Amant, et par la crainte de se damner en s’en occupant, ele a imaginé de prier Dieu de le lui faire oublier; et comme elle renouvelle cette prière à chaque instant du jour, elle trouve le moyen d’y penser sans cesse.”

“la vraie façon de vaincre les scrupules est de ne laisser rien à perdre à ceux qui en ont.”

“Il serait honteux que nous ne fissions pas ce que nous voulons de deux enfants. Si nous y trouvons plus de peine que nous ne l’avions cru d’abord, songeons, pour animer notre zèle, vous, qu’il s’agit de la fille de Madame de Volanges, et moi, qu’elle doit devenir la femme de Gercourt.”

“Je ne connais personne si bête en amour, et je me reproche de plus en plus les bontés que nous avons pour lui. Savez−vous que j’ai pensé être compromise par rapport à lui! et que ce soit en pure perte! Oh! je m’en vengerai, je le promets.

Elle est vraiment aimable, cette chère petite! Elle méritait un autre Amant; elle aura au moins une bonne amie, car je m’attache sincèrement à elle. Je lui ai promis de la former et je crois que je lui tiendrai parole. Je me suis souvent aperçue du besoin d’avoir une femme dans ma confidence, et j’aimerais mieux celle−là qu’une autre”

“Nos amusements, nos rires, tout cela, vois−tu, ce ne sont que des jeux d’enfants; il n’en reste rien après qu’ils sont passés. Mais l’Amour, ah! l’Amour! un mot, un regard, seulement de le savoir là, eh bien! c’est le bonheur. Quand je vois Danceny, je ne désire plus rien; quand je ne le vois pas, je ne désire que lui. C’est comme un tourment, et ce tourment−là fait un plaisir inexprimable.”

“Je crois même que quand une fois on a de l’Amour, cela se répand jusque sur l’amitié. Celle que j’ai pour toi n’a pourtant pas changé; c’est toujours comme au Couvent: mais ce que je te dis, je l’éprouve avec Madame de Merteuil. Il me semble que je l’aime plus comme Danceny que comme toi, et quelquefois je voudrais qu’elle fût lui. Cela vient peut−être de ce que ce n’est pas une amitié d’enfant comme la nôtre; ou bien de ce que je les vois si souvent ensemble, ce qui fait que je me trompe. Enfin, ce qu’il y a de vrai, c’est qu’à eux deux, ils me rendent bien heureuse”

“Cessez donc, je vous en conjure, cessez de vouloir troubler un coeur à qui la tranquillité est si nécessaire; ne me forcez pas à regretter de vous avoir connu.”

“Comme vous traitez les femmes que vous avez séduites! avec quel mépris vous en parlez! Je veux croire que quelques−unes le méritent: mais toutes sont−elles donc si méprisables? Ah! sans doute, puisqu’elles ont trahi leurs devoirs pour se livrer à un amour criminel. De ce moment, elles ont tout perdu, jusqu’à l’estime de celui à qui elles ont tout sacrifié. Ce supplice est juste, mais l’idée seule en fait frémir.”

“Je lui ai tant dit que l’Amour honnête était le bien suprême, qu’un sentiment valait mieux que dix intrigues, que j’étais moi−même, dans ce moment, amoureux et timide”

Un Sage a dit que pour dissiper ses craintes il suffisait presque toujours d’en approfondir la cause.”

Les complaintes amoureuses ne sont bonnes à entendre qu’en récitatifs obligés, ou en grandes ariettes. Instruisez−moi donc de ce qui est et de ce que je dois faire; ou bien je déserte, pour éviter l’ennui que je prévois.”

“Après avoir abusé, Monsieur, de la confiance d’une mère et de l’innocence d’un enfant, vous ne serez pas surpris, sans doute, de ne plus être reçu dans une maison où vous n’avez répondu aux preuves de l’amitié la plus sincère, que par l’oubli de tous les procédés. Je préfère de vous prier de ne plus venir chez moi, à donner des ordres à ma porte, qui nous compromettraient tous également, par les remarques que les Valets ne manqueraient pas de faire.” Madame de Volanges

“L’événement qui le lui a fait écrire est mon ouvrage, et c’est, je crois, mon chef−d’oeuvre. Je n’ai pas perdu mon temps depuis votre dernière lettre, et j’ai dit comme l’Architecte Athénien: «Ce qu’il a dit, je le ferai.»” Merteuil

“J’allai le soir même chez Madame de Volanges, et, suivant mon projet, je lui fis confidence que je me croyais sûre qu’il existait entre sa fille et Danceny une liaison dangereuse. Cette femme, si clairvoyante contre vous, était aveuglée au point qu’elle me répondit d’abord qu’à coup sûr je me trompais”

“N’est−il pas plaisant, en effet, de consoler pour et contre, et d’être le seul agent de deux intérêts directement contraires? Me voilà comme la Divinité; recevant les voeux opposés des aveugles mortels, et ne changeant rien à mes décrets immuables. J’ai quitté pourtant ce rôle auguste, pour prendre celui d’Ange consolateur”

“en rentrant chez la mère, je l’ai décidée à éloigner sa fille pour quelque temps, à la mener à la Campagne. Et où? Le coeur ne vous bat pas de joie? Chez votre tante, chez la vieille Rosemonde. Elle doit l’en prévenir aujourd’hui: ainsi vous voilà autorisé à aller retrouver votre Dévote qui n’aura plus à vous objecter le scandale du tête−à−tête”

“Jugez du moment où il faudra réunir les Acteurs. La Campagne offre mille moyens”

Non, Madame, je ne serai point votre ami; je vous aimerai de l’amour le plus tendre, et même le plus ardent, quoique le plus respectueux. Vous pourrez le désespérer, mais non l’anéantir.” Valmont

Elle veut que je sois son ami. Mais moi, qui aime les méthodes nouvelles et difficiles, je ne prétends pas l’en tenir quitte à si bon marché; et assurément je n’aurai pas pris tant de peine auprès d’elle, pour terminer par une séduction ordinaire.”

“sans déraisonnement, point de tendresse; et c’est, je crois, par cette raison que les femmes nous sont si supérieures dans les Lettres d’Amour.”

“si j’ai le talent de perdre les femmes, je n’ai pas moins, quand je veux, celui de les sauver.”

QUADRILÁTERO AMOROSO: “Ce jour−là même, c’est−à−dire hier, Vressac, qui, comme vous pouvez croire, cajole le Vicomte, chassait avec lui, malgré son peu de goût pour la chasse, et comptait bien se consoler la nuit, entre les bras de la femme, de l’ennui que le mari lui causait tout le jour: mais moi, je jugeai qu’il aurait besoin de repos, et je m’occupai des moyens de décider sa Maîtresse à lui laisser le temps d’en prendre.” “Elle me dit que logée entre son mari et son Amant elle avait trouvé plus prudent d’aller chez Vressac, que de le recevoir dans son appartement; et que, puisque je logeais vis−à−vis d’elle, elle croyait plus sûr aussi de venir chez moi; qu’elle s’y rendrait aussitôt que sa Femme de chambre l’aurait laissée seule; que je n’avais qu’à tenir ma porte entrouverte, et l’attendre.”

“pouvais−je souffrir qu’une femme fût perdue pour moi, sans l’être par moi?”

“sans moi, vous seriez heureuse et tranquille. Me pardonnez−vous? dites! ah! dites que vous me pardonnez; dites−moi aussi que vous m’aimez, que vous m’aimerez toujours. J’ai besoin que vous me le répétiez. Ce n’est pas que j’en doute: mais il me semble que plus on en est sûr, et plus il est doux de se l’entendre dire. Vous m’aimez, n’est−ce pas ? oui, vous m’aimez de toute votre âme. Je n’oublie pas que c’est la dernière parole que je vous ai entendue prononcer.”

“je végète depuis si longtemps! il y a plus de six semaines que je ne me suis pas permis une gaieté. Celle−là se présente; puis−je me la refuser? le sujet n’en vaut−il pas la peine? en est−il de plus agréable, dans quelque sens que vous preniez ce mot?” Merteuil

L’amour, la haine, vous n’avez qu’à choisir, tout couche sous le même toit; et vous pouvez, doublant, votre existence, caresser d’une main et frapper de l’autre.”

Il est bien facile de s’entendre avec lui, car il a un regard qui dit tout ce qu’il veut. Je ne sais pas comment il fait: il me disait dans le billet dont je t’ai parlé qu’il n’aurait pas l’air de s’occuper de moi devant Maman: en effet, on dirait toujours qu’il n’y songe pas; et pourtant toutes les fois que je cherche ses yeux, je suis sûre de les rencontrer tout de suite.” Cecile

“Or, vous savez assez que femme qui consent à parler d’amour, finit bientôt par en prendre, ou au moins par se conduire comme si elle en avait.” Valmont

“puis−je deviner les mille caprices qui gouvernent la tête d’une femme, et par qui seuls vous tenez encore à votre sexe?”

são os que mais sabem nadar que morrem afogados.”

Vous savez comme moi que, pour l’effet public, avoir un homme ou recevoir ses soins, est absolument la même chose, à moins que cet homme ne soit un sot; et Prévan ne l’est pas, à beaucoup près.” Você sabe, como eu sei, que, no tocante à alta sociedade, consumar relações com um homem ou receber suas atenções são absolutamente sinônimos, a menos que esse homem seja um completo idiota; e esse Prévan não é nem um pouco bobo.

“Je ne me crois pas plus bête qu’un autre; des moyens de déshonorer une femme, j’en ai trouvé cent, j’en ai trouvé mille: mais quand je me suis occupé de chercher comment elle pourrait s’en sauver, je n’en ai jamais vu la possibilité. Vous−même, ma belle amie, dont la conduite est un chef−d’oeuvre, cent fois j’ai cru vous voir plus de bonheur que de bien joué.” Não me considero mais ingênuo que a média; meios de desonrar uma mulher, ah, conheço-os aos montes, conheço-os aos milhares: mas quando penso num meio de preservar sua reputação, não consigo pensar em nenhum. Você mesma, minha querida, cuja conduta é uma verdadeira obra-prima, por várias vezes vi se safar mais pela sorte que pelo talento da jogada.

“no mundo só há duas coisas: mulheres a ganhar e mulheres a perder; na maioria das vezes, trata-se em verdade duma coisa só.”

Unir o agradável ao mais agradável. O inútil ou desnecessário!

V DE VELOZ AMARGURA #recanto

Vingança começa com “v” de velocidade. E amor com “a” de anestesia, tamanha a lentidão, na comparação.

“Vou comer a novinha, mas não conseguirei devassar a beata!”

“Je considérai quelque temps cette figure angélique; puis, parcourant toute sa personne je m’amusais à deviner les contours et les formes à travers un vêtement léger, mais toujours importun.”

“Peu à peu nos yeux, accoutumés à se rencontrer, se fixèrent plus longtemps; enfin ils ne se quittèrent plus, et j’aperçus dans les siens cette douce langueur, signal heureux de l’amour et du désir; mais ce ne fut qu’un moment; et bientôt revenue à elle−même, elle changea, non sans quelque honte, son maintien et son regard.”

“C’est enfin après vous avoir parlé avec une sincérité que l’intérêt même de cet amour n’a pu affaiblir, que vous me fuyez aujourd’hui comme un séducteur dangereux, dont vous auriez reconnu la perfidie.”

“Il sentit facilement que faire un choix entre elles, c’était se perdre; que la fausse honte de se trouver la première infidèle effaroucherait la préférée; que la vanité blessée des deux autres les rendrait ennemies du nouvel Amant, et qu’elles ne manqueraient pas de déployer contre lui la sévérité des grands príncipes; enfin, que la jalousie ramènerait à coup sûr les soins d’un rival qui pouvait être encore à craindre. Tout fût devenu obstacle; tout devenait facile dans son triple projet; chaque femme était indulgente, parce qu’elle y était intéressée, chaque homme, parce qu’il croyait ne pas l’être.” “Des trois maris, l’un était absent, l’autre partait le lendemain au point du jour, le troisième était à la Ville.”

on a toujours assez vécu, quand on a eu le temps d’acquérir l’amour des femmes et l’estime des hommes.”

“Quand je me lève, je me dis; «Je ne la verrai pas.» Je me couche en disant: «Je ne l’ai point vue.» Partout je trouve le malheur.”

“Quant à la prudence, à la finesse, je ne parle pas de moi: mais quelle femme n’en aurait pas plus que vous? Eh! votre Présidente vous mène comme un enfant.

Croyez−moi, Vicomte, on acquiert rarement les qualités dont on peut se passer. Combattant sans risque, vous devez agir sans précaution. Pour vous autres hommes, les défaites ne sont que des succès de moins. Dans cette partie si inégale, notre fortune est de ne pas perdre, et votre malheur de ne pas gagner. Quand je vous accorderais autant de talents qu’à nous, de combien encore ne devrions−nous pas vous surpasser, par la nécessité où nous sommes d’en faire un continuel usage!”

“Mais qu’une femme infortunée sente la première le poids de sa chaîne, quels risques n’a−t−elle pas à courir, si elle tente de s’y soustraire, si elle ose seulement la soulever? Ce n’est qu’en tremblant qu’elle essaie d’éloigner d’elle l’homme que son coeur repousse avec effort.” “Ses bras s’ouvrent encor, quand son coeur est fermé.” Ces Tyrans détrônés devenus mes esclaves (On ne sait si ce vers, ainsi que celui qui se trouve plus haut, sont des citations d’Ouvrages peu connus; ou s’ils font partie de la prose de Madame de Merteuil. Ce qui le ferait croire, c’est la multitude de fautes de ce genre qui se trouvent dans toutes les Lettres de cette correspondance. Celles du Chevalier Danceny sont les seules qui en soient exemptes: peut−être que, comme il s’occupait quelquefois de Poésie, son oreille plus exercée lui faisait éviter plus facilement ce défaut.)” “née pour venger mon sexe et maîtriser le vôtre, j’avais su me créer des moyens inconnus jusqu’à moi”

PREGADOR DO AMOR: “vraies superstitieuses, ont pour le Prêtre le respect et la foi qui n’est dû qu’à la Divinité.” “autênticos supersticiosos, têm pelo Padre o respeito e a fé que não merece senão a Divindade.”

“Tema principalmente aquelas que, mais vãs que pudicas, não sabem consentir por necessidade com o rompimento da relação.”

“abandonadas sem reserva à fermentação de seus ideais, parem essas cartas tão doces, mas tão perigosas de escrever; e não hesite um segundo em atribuir toda essa fraqueza que delas se apodera ao objeto culpado e causador; não passam de imprudentes, que no Amante atual não pressentem o Inimigo futuro.”

“posso dizer: sou minha obra.”

ESCOLA DA SAGE FEMME, A FAMIGERADA PUTA

“Ce travail sur moi−même avait fixé mon attention sur l’expression des figures et le caractère des physionomies; et j’y gagnai ce coup d’oeil pénétrant, auquel l’expérience m’a pourtant appris à ne pas me fier entièrement; mais qui, en tout, m’a rarement trompée.

Je n’avais pas 15 ans, je possédais déjà les talents auxquels la plus grande partie de nos Politiques doivent leur réputation, et je ne me trouvais encore qu’aux premiers éléments de la science que je voulais acquérir.”

A REFLEXÃO GERA A DEVASSIDÃO: “Vous jugez bien que, comme toutes les jeunes filles, je cherchais à deviner l’amour et ses plaisirs: mais n’ayant jamais été au Couvent, n’ayant point de bonne amie, et surveillée par une mère vigilante, je n’avais que des idées vagues et que je ne pouvais fixer; la nature même, dont assurément je n’ai eu qu’à me louer depuis, ne me donnait encore aucun indice. On eût dit qu’elle travaillait en silence à perfectionner son ouvrage. Ma tête seule fermentait; je ne désirais pas de jouir, je voulais savoir; le désir de m’instruire m’en suggéra les moyens.

“o medo de me trair me impedia de me salvar” Luxembourg Merteuil

“…et j’arrivai vierge entre les bras de M. de Merteuil. J’attendais avec sécurité le moment qui devait m’instruire, et j’eus besoin de réflexion pour montrer de l’embarras et de la crainte. Cette première nuit, dont on se fait pour l’ordinaire une idée si cruelle ou si douce ne me présentait qu’une occasion d’expérience: douleur et plaisir, j’observai tout exactement, et ne voyais dans ces diverses sensations que des faits à recueillir et à méditer.

Ce genre d’étude parvint bientôt à me plaire: mais fidèle à mes principes, et sentant peut−être par instinct, que nul ne devait être plus loin de ma confiance que mon mari, je résolus, par cela seul que j’étais sensible, de me montrer impassible à ses yeux. Cette froideur apparente fut par la suite le fondement inébranlable de son aveugle confiance: j’y joignis, par une seconde réflexion, l’air d’étourderie [distraído] qu’autorisait mon âge; et jamais il ne me jugea plus enfant que dans les moments où je le jouais avec plus d’audace.

CIDADESTÉRIL: “je me laissai d’abord entraîner par le tourbillon du monde [o lugar mais calmo, se bem pensar], et je me livrai tout entière à ses distractions futiles. Mais au bout de quelques mois, M. de Merteuil m’ayant menée à sa triste campagne, la crainte de l’ennui fit revenir le goût de l’étude; et ne m’y trouvant entourée que de gens dont la distance avec moi me mettait à l’abri de tout soupçon, j’en profitai pour donner un champ plus vaste à mes expériences. Ce fut là, surtout, que je m’assurai que l’amour que l’on nous vante comme la cause de nos plaisirs n’en est au plus que le prétexte.“o amor que dizem ser a causa dos nossos prazeres não passa de pretexto.”

“La maladie de M. de Merteuil vint interrompre de si douces occupations; il fallut le suivre à la Ville, où il venait chercher des secours. Il mourut, comme vous savez, peu de temps après; et quoique à tout prendre, je n’eusse pas à me plaindre de lui, je n’en sentis pas moins vivement le prix de la liberté qu’allait me donner mon veuvage, et je me promis bien d’en profiter.

“Ma mère comptait que j’entrerais au Couvent, ou reviendrais vivre avec elle. Je refusai l’un et l’autre parti; et tout ce que j’accordai à la décence fut de retourner dans cette même campagne où il me restait bien encore quelques observations à faire.”

Donner le cul au couvent.

Je les fortifiai par le secours de la lecture: mais ne croyez pas qu’elle fût toute du genre que vous la supposez. J’étudiai nos moeurs dans les Romans; nos opinions dans les Philosophes; je cherchai même dans les Moralistes les plus sévères ce qu’ils exigeaient de nous, et je m’assurai ainsi de ce qu’on pouvait faire, de ce qu’on devait penser et de ce qu’il fallait paraître [A mulher de César parece e é honesta, mas será uma santa ou só pensa em sacanagem? Quanto mais suja for, mais mulher de César será!]. Une fois fixée sur ces trois objets, le dernier seul présentait quelques difficultés dans son exécution; j’espérai les vaincre et j’en méditai les moyens.”

Suruba dentro da caixa craniana.

Uma puta para poucos que era muito conhecida: “Je commençais à m’ennuyer de mes plaisirs rustiques, trop peu variés pour ma tête active; je sentais un besoin de coquetterie qui me raccommoda avec l’amour; non pour le ressentir à la vérité, mais pour l’inspirer et le feindre [simular]. En vain m’avait−on dit et avais−je lu qu’on ne pouvait feindre ce sentiment, je voyais pourtant que, pour y parvenir, il suffisait de joindre à l’esprit d’un Auteur le talent d’un Comédien. Je m’exerçai dans les deux genres, et peut−être avec quelque succès: mais au lieu de rechercher les vains applaudissements du Théâtre, je résolus d’employer à mon bonheur ce que tant d’autres sacrifiaient à la vanité.”

“Cette longue solitude, cette austère retraite avaient jeté sur moi un vernis de pruderie qui effrayait nos plus agréables; ils se tenaient à l’écart, et me laissaient livrée à une foule d’ennuyeux, qui tous prétendaient à ma main. L’embarras n’était pas de les refuser; mais plusieurs de ces refus déplaisaient à ma famille, et je perdais dans ces tracasseries intérieures le temps dont je m’étais promis un si charmant usage. Je fus donc obligée, pour rappeler les uns et éloigner les autres, d’afficher quelques inconséquences, et d’employer à nuire à ma réputation le soin que je comptais mettre à la conserver. Je réussis facilement, comme vous pouvez croire.”

“Ces reconnaissantes Duègnes [matronas] s’établirent mes apologistes; et leur zèle aveugle pour ce qu’elles appelaient leur ouvrage fut porté au point qu’au moindre propos qu’on se permettait sur moi, tout le parti Prude criait au scandale et à l’injure. Le même moyen me valut encore le suffrage de nos femmes à prétentions [prostitutas], qui, persuadées que je renonçais à courir la même carrière qu’elles, me choisirent pour l’objet de leurs éloges, toutes les fois qu’elles voulaient prouver qu’elles ne médisaient pas de tout le monde.”

Uma gorda de respeito.

“Cependant ma conduite précédente avait ramené les Amants; et pour me ménager entre eux et mes fidèles protectrices, je me montrai comme une femme sensible, mais difficile, à qui l’excès de sa délicatesse fournissait des armes contre l’amour.”

les hommes qui ne me plaisaient point furent toujours les seuls dont j’eus l’air d’accepter les hommages. Je les employais utilement à me procurer les honneurs de la résistance, tandis que je me livrais sans crainte à l’Amant préféré.”

j’ai trouvé moins dangereux de me tromper dans le choix, que de le laisser pénétrer. Je gagne encore par là d’ôter les vraisemblances, sur lesquelles seules on peut nous juger.” “descobri ser menos perigoso me equivocar nas escolhas do alvo, que deixar-me por fim ser a alvejada. Dessa forma, disfarço as aparências, único critério fiável do julgamento.”

“a precaução de jamais escrever, jamais deixar uma só pegada”

Requebrada no ritmo

“a estória de Sansão é uma alegoria e tanto dos segredos que erradamente confessamos” “Dalila moderna, sempre tratei de empregar todos os meios para apanhar esse segredo tão caro a cada um. Ah, de quantos Sansões cristãos não conservo eu a cabeleira, segurando uma tesoura ainda afiada? Esses são os fracos do amor. Mais vale dissimular uma cumplicidade, incutir-lhes o sentimento da infidelidade, a fim de inocentar-se perante seu tribunal inquisitório.” “a idéia lisonjeira desfrutada por cada amante na fila: a de ser o único que jamais amei. Ainda quando essa ilusão não era possível, avançava primeiro quando pressentia a hora da ruptura, para evitar o ridículo e a calúnia.”

“eu já te desejava antes de haver-te visto; seduzida por tua reputação, me parecia que faltavas em meu extenso currículo. Tu foste, confesso, meu único passatempo que por um breve instante chegou a possuir um império sobre mim.”

cette fille est ma soeur de lait, et ce lien qui ne nous en paraît pas un, n’est pas sans force pour les gens de cet état”

Qu’est−ce donc que vous voulez dire, que votre amour devient un tourment pour vous, que vous ne pouvez plus vivre ainsi, ni soutenir plus longtemps votre situation? Est−ce que vous allez cesser de m’aimer, parce que cela n’est pas si agréable qu’autrefois? Il me semble que je ne suis pas plus heureuse que vous, bien au contraire; et pourtant je ne vous aime que davantage.” “et vous êtes fâché! Vous m’aviez pourtant bien assuré, avant que je vous l’eusse dit, que cela suffisait pour vous rendre heureux. Vous ne pouvez pas le nier: c’est dans vos Lettres. Quoique je ne les aie plus, je m’en souviens comme quand je les lisais tous les jours. Et parce que nous voilà absents, vous ne pensez plus de même! Mais cette absence ne durera pas toujours, peut−être? Mon Dieu, que je suis malheureuse! et c’est bien vous qui en êtes cause!

comme vous embellissez et faites chérir tous les sentiments honnêtes! Ah! c’est là votre séduction; c’est la plus forte; c’est la seule qui soit, à la fois, puissante et respectable.” Valmont

Ah! pourquoi votre bonheur ne dépend−il pas de moi? comme je me vengerais de vous, en vous rendant heureuse! Mais ce doux empire, la stérile amitié ne le produit pas; il n’est dû qu’à l’amour.” “Ah! por que raios sua felicidade não depende de mim? como eu me vingaria de você, tornando-a feliz! Mas esse doce poder, a estéril amizade não produz; ele só emana do amor.”

“me verrai−je réduit à brûler d’un amour que je sens bien qui ne pourra s’éteindre, sans oser même implorer votre secours! Ah! Madame, de grâce, n’abusez pas de votre empire!”

“Le peu de confiance que vous témoigne votre Maman et ses procédés si durs envers vous autorisent de reste cette petite supercherie. C’est au surplus le seul moyen de continuer à recevoir les Lettres de Danceny, et à lui faire passer les vôtres; tout autre est réellement trop dangereux, et pourrait vous perdre tous deux sans ressource: aussi ma prudente amitié se reprocherait−elle de les employer davantage.”

Ce sont ces petits détails qui donnent la vraisemblance, et la vraisemblance rend les mensonges sans conséquence, en ôtant le désir de les vérifier.” “São os pequenos detalhes que tornam verossímil, e a verossimilhança torna as mentiras sem conseqüência, evitando desconfianças importunas.”

Je hais tout ce qui a l’air de la tromperie; c’est là mon caractère. Mais vos malheurs m’ont touché au point que je tenterai tout pour les adoucir.” “Eu odeio a trapaça, mas você me convenceu a ser um trapaceiro.”

ESCOLA DE PEDÓFILOS VIRA-CASACAS: “Adieu, ma belle pupille: car vous êtes ma pupille. Aimez un peu votre tuteur, et surtout ayez avec lui de la docilité; vous vous en trouverez bien. Je m’occupe de votre bonheur, et soyez sûre que j’y trouverai le mien.”

“si vous avez quelque grand coup à faire, si vous devez tenter quelque entreprise où ce Rival dangereux vous paraisse à craindre, arrivez. (…) Que vous êtes heureux de m’avoir pour amie! Je suis pour vous une Fée bienfaisante. Vous languissez loin de la Beauté qui vous engage; je dis un mot, et vous vous retrouvez auprès d’elle. Vous voulez vous venger d’une femme qui vous nuit; je vous marque l’endroit où vous devez frapper et la livre à votre discrétion. Enfin, pour écarter de la lice un concurrent redoutable, c’est encore moi que vous invoquez, et je vous exauce. En vérité, si vous ne passez pas votre vie à me remercier, c’est que vous êtes un ingrat.” Merteuil

“j’arrêtai par mon sérieux sa gaieté qui me parut trop légère pour un début; il se rabattit sur la

délicate amitié; et ce fut sous ce drapeau banal que nous commençâmes notre attaque réciproque.”

Au dessert, on parla d’une Pièce nouvelle qu’on devait donner le Lundi suivant aux Français. Je témoignai quelques regrets de n’avoir pas ma loge; il m’offrit la sienne que je refusai d’abord, comme cela se pratique: à quoi il répondit assez plaisamment que je ne l’entendais pas, qu’à coup sûr il ne ferait pas le sacrifice de sa loge à quelqu’un qu’il ne connaissait pas, mais qu’il m’avertissait seulement que Madame la Maréchale en disposerait. Elle se prêta à cette plaisanterie, et j’acceptai.”

Plusieurs personnes ne s’étant pas remises au jeu l’après−souper, la conversation fut plus générale et moins intéressante: mais nos yeux parlèrent beaucoup. Je dis nos yeux: je devrais dire les siens; car les miens n’eurent qu’un langage, celui de la surprise. Il dut penser que je m’étonnais et m’occupais excessivement de l’effet prodigieux qu’il faisait sur moi. Je crois que je le laissai fort satisfait; je n’étais pas moins contente.

Il était galant, il devint tendre. Ce n’est pas que les propos ne fussent à peu près les mêmes; la circonstance y forçait: mais son regard, devenu moins vif, était plus caressant; l’inflexion de sa voix plus douce; son sourire n’était plus celui de la finesse, mais du contentement. Enfin dans ses discours, éteignant peu à peu le feu de la saillie, l’esprit fit place à la délicatesse. Je vous le demande, qu’eussiez−vous fait de mieux?”

mais j’étais bien sûre aussi, d’après ma réputation, qu’il ne me traiterait pas avec cette légèreté que, pour peu qu’on ait d’usage, on n’emploie qu’avec les femmes à aventures, ou celles qui n’ont aucune expérience; et je voyais mon succès certain s’il prononçait le mot d’amour, s’il avait la prétention, surtout, de l’obtenir de moi. Qu’il est commode d’avoir affaire à vous autres gens à principes [os homens]!” “et ce refrain perpétuel de sa part, je ne vous demande qu’un mot; et ce silence de la mienne, qui semble ne le laisser attendre que pour le faire désirer davantage; au travers de tout cela, une main cent fois prise, qui se retire toujours et ne se refuse jamais.

#offtopic #bienquàpropos Um grande homem precisa ser rico também em defeitos. Desses meu pai me forneceu uma abundância tão rara quanto oportuna para servir de polpa a um homem só.

Mais voulant frapper le coup décisif, j’appelai les larmes à mon secours. Ce fut exactement le Zaïre, vous pleurez [tragédia de Voltaire]. Cet empire qu’il se crut sur moi, et l’espoir qu’il en conçut de me perdre à son gré, lui tinrent lieu de tout l’amour d’Orosmane.”

Le jour fatal arrivé, ce jour où je devais perdre ma vertu et ma réputation, je donnai mes instructions à ma fidèle Victoire [sua femme de chambre], et elle les exécuta comme vous le verrez bientôt.” “Le jeu dura plus que je n’avais pensé. Le Diable me tentait, et je succombai au désir d’aller consoler l’impatient prisonnier. Je m’acheminais ainsi à ma perte, quand je réfléchis qu’une fois rendue tout à fait, je n’aurais plus sur lui l’empire de le tenir dans le costume de décence nécessaire à mes projets. J’eus la force de résister. Je rebroussai chemin, et revins, non sans humeur, reprendre place à ce jeu éternel. Il finit pourtant, et chacun s’en alla. Pour moi, je sonnai mes femmes, je me déshabillai fort vite, et les renvoyai de même.” “Il n’avait encore que balbutié, quand j’entendis Victoire accourir, et appeler les Gens qu’elle avait gardés chez elle, comme je le lui avais ordonné. Là, prenant mon ton de Reine, et élevant la voix: «Sortez, Monsieur, continuai−je, et ne reparaissez jamais devant moi.» Là−dessus, la foule de mes gens entra.

Le pauvre Prévan perdit la tête, et croyant voir un guet−apens [emboscada] dans ce qui n’était au fond qu’une plaisanterie, il se jeta sur son épée. Mal lui en prit: car mon Valet de chambre, brave et vigoureux, le saisit au corps et le terrassa.”

aussitôt qu’il a été jour chez moi, ma dévote Voisine était déjà au chevet de mon lit, pour savoir la vérité et les détails de cette horrible aventure. J’ai été obligée de me désoler avec elle, pendant une heure, sur la corruption du siècle. Un moment après, j’ai reçu de la Maréchale le billet que je joins ici. Enfin, avant 5 heures, j’ai vu arriver, à mon grand étonnement, M… (Le Commandant du corps dans lequel M. de Prévan servait). Il venait, m’a−t−il dit, me faire ses excuses, de ce qu’un Officier de son corps avait pu me manquer à ce point. Il ne l’avait appris qu’à dîner chez la Maréchale, et avait sur−le−champ envoyé ordre à Prévan de se rendre en prison. J’ai demandé grâce, et il me l’a refusée. Alors j’ai pensé que, comme complice, il fallait m’exécuter de mon côté, et garder au moins de rigides arrêts. J’ai fait fermer ma porte, et dire que j’étais incommodée.” “Mon Dieu, qu’une jeune femme est malheureuse! elle n’a rien fait encore, quand elle s’est mise à l’abri de la médisance; il faut qu’elle en impose même à la calomnie.”

“la femme qui garde une volonté à elle n’aime pas autant qu’elle le dit. Ce n’est pas que je soupçonne votre Maîtresse d’inconstance: mais elle est bien jeune: elle a grand−peur de sa Maman, qui, comme vous le savez, ne cherche qu’à vous nuire; et peut−être serait−il dangereux de rester trop longtemps sans l’occuper de vous.” Valmont

“ne nous voyons plus; partez; et, jusque−là, fuyons surtout ces entretiens particuliers et trop dangereux, où, par une inconcevable puissance, sans jamais parvenir à vous dire ce que je veux, je passe mon temps à écouter ce que je ne devrais pas entendre.” La Presidente de Tourvel

“Ne craignez pas que votre absence altère jamais mes sentiments pour vous; comment parviendrais−je à les vaincre, quand je n’ai plus le courage de les combattre? Vous le voyez, je vous dis tout, je crains moins d’avouer ma faiblesse, que d’y succomber: mais cet empire que j’ai perdu sur mes sentiments, je le conserverai sur mes actions“Je vous devrai la douceur de goûter sans remords un sentiment délicieux. À présent, au contraire, effrayée de mes sentiments, de mes pensées, je crains également de m’occuper de vous et de moi; votre idée même m’épouvante: quand je ne peux la fuir, je la combats; je ne l’éloigne pas, mais je la repousse.” “si, pour vous rendre heureux, il ne fallait que consentir à être malheureuse, vous pouvez m’en croire, je n’hésiterais pas un moment… Mais devenir coupable!… non, mon ami, non, plutôt mourir mille fois.”

“On ne tremble point auprès de l’homme qu’on estime; on n’éloigne pas, surtout, celui qu’on a jugé digne de quelque amitié: c’est l’homme dangereux qu’on redoute et qu’on fuit.” Valmont

“Ce n’est plus l’amant fidèle et malheureux, recevant les conseils et les consolations d’une amie tendre et sensible; c’est l’accusé devant son juge, l’esclave devant son maître. Ces nouveaux titres imposent sans doute de nouveaux devoirs; je m’engage à les remplir tous.”

“Cécile ne m’aime plus. Oui, je vois cette affreuse vérité à travers le voile dont votre amitié l’entoure. Vous avez voulu me préparer à recevoir ce coup mortel. Je vous remercie de vos soins, mais peut−on en imposer à l’amour? Il court au−devant de ce qui l’intéresse; il n’apprend pas son sort, il le devine.” Danceny

“s’il y avait en effet trop de danger, elle sait bien que je ne veux pas qu’elle se risque trop.”

“Une si courte absence a bien changé vos sentiments. Mais pourquoi me tromper? pourquoi me dire que vous m’aimez toujours, que vous m’aimez davantage? Votre Maman, en détruisant votre amour, a−t−elle aussi détruit votre candeur?”

“j’ai toujours pensé que quand il n’y avait plus que des louanges [éloges] à donner à une femme, on pouvait s’en reposer sur elle, et s’occuper d’autre chose.” Valmont

“Oui, j’aime à voir, à considérer cette femme prudente, engagée, sans s’en être aperçue, dans un sentier [senda] qui ne permet plus de retour, et dont la pente rapide et dangereuse l’entraîne malgré elle, et la force à me suivre. Là, effrayée du péril qu’elle court, elle voudrait s’arrêter et ne peut se retenir. Ses soins et son adresse peuvent bien rendre ses pas moins grands; mais il faut qu’ils se succèdent. Quelquefois, n’osant fixer le danger, elle ferme les yeux, et se laissant aller, s’abandonne à mes soins. Plus souvent, une nouvelle crainte ranime ses efforts dans son effroi mortel, elle veut tenter encore de retourner en arrière; elle épuise ses forces pour gravir péniblement un court espace; et bientôt un magique pouvoir la replace plus près de ce danger, que vainement elle avait voulu fuir. Alors n’ayant plus que moi pour guide et pour appui, sans songer à me reprocher davantage une chute inévitable, elle m’implore pour la retarder. Les ferventes prières, les humbles supplications, tout ce que les mortels, dans leur crainte, offrent à la Divinité, c’est moi qui les reçois d’elle; et vous voulez que, sourd à ses voeux, et détruisant moi−même le culte qu’elle me rend, j’emploie à la précipiter la puissance qu’elle invoque pour la soutenir! Ah! laissez−moi du moins le temps d’observer ces touchants combats entre l’amour et la vertu.

Eh quoi! ce même spectacle qui vous fait courir au Théâtre avec empressement, que vous y applaudissez avec fureur, le croyez−vous moins attachant dans la réalité? Ces sentiments d’une âme pure et tendre, qui redoute le bonheur qu’elle désire, et ne cesse pas de se défendre, même alors qu’elle cesse de résister, vous les écoutez avec enthousiasme: ne seraient−ils sans prix que pour celui qui les fait naître? Voilà pourtant, voilà les délicieuses jouissances que cette femme céleste m’offre chaque jour; et vous me reprochez d’en savourer les douceurs! Ah! le temps ne viendra que trop tôt, où, dégradée par sa chute, elle ne sera plus pour moi qu’une femme ordinaire.” “Écartons sa dangereuse idée; que je redevienne moi−même pour traiter un sujet plus gai.”

La jolie mine de la petite personne, sa bouche si fraîche, son air enfantin, sa gaucherie même fortifiaient ces sages réflexions; je résolus d’agir en conséquence, et le succès a couronné l’entreprise.” “maniant avec adresse les armes de votre sexe, vous triomphiez par la finesse; moi, rendant à l’homme ses droits imprescriptibles, je subjuguais par l’autorité.”

“Elle était dans son premier sommeil, et dans celui de son âge; de façon que je suis arrivé jusqu’à son lit, sans qu’elle se soit réveillée. J’ai d’abord été tenté d’aller plus avant, et d’essayer de passer pour un songe” “Sans doute on ne lui a pas bien appris dans son Couvent à combien de périls divers est exposée la timide innocence, et tout ce qu’elle a à garder pour n’être pas surprise: car, portant toute son attention, toutes ses forces à se défendre d’un baiser, qui n’était qu’une fausse attaque, tout le reste était laissé sans défense; le moyen de n’en pas profiter! J’ai donc changé ma marche, et sur le champ j’ai pris poste. Ici nous avons pensé être perdus tous deux: la petite fille, tout effarouchée, a voulu crier de bonne foi; heureusement sa voix s’est éteinte dans les pleurs. Elle s’était jetée aussi au cordon de sa sonnette, mais mon adresse a retenu son bras à temps.“Une main occupée pour la force, l’autre pour l’amour, quel Orateur pourrait prétendre à la grâce em pareille situation?” “Alors ayant guidé ses bras timides autour de mon corps, et la pressant de l’un des miens plus amoureusement, le doux baiser a été reçu en effet; mais bien, mais parfaitement reçu: tellement enfin que l’Amour n’aurait pas pu mieux faire.“Vous me supposez là bien empressé, bien actif, n’est−il pas vrai? point du tout. J’ai pris goût aux lenteurs, vous dis−je. Une fois sûr d’arriver, pourquoi tant presser le voyage?” “et je la trouvais ici dénuée de tout secours étranger. Elle avait pourtant à combattre l’amour, et l’amour soutenu par la pudeur ou la honte, et fortifié surtout par l’humeur que j’avais donnée, et dont on avait beaucoup pris. L’occasion était seule; mais elle était là, toujours offerte, toujours présente, et l’Amour était absent.” “Hé bien! sans autre soin, la tendre amoureuse, oubliant ses serments, a cédé d’abord et fini par consentir: non pas qu’après ce premier moment les reproches et les larmes ne soient revenus de concert; j’ignore s’ils étaient vrais ou feints: mais, comme il arrive toujours, ils ont cessé, dès que je me suis occupé à y donner lieu de nouveau. Enfin, de faiblesse en reproche, et de reproche en faiblesse, nous ne nous sommes séparés que satisfaits l’un de l’autre, et également d’accord pour le rendez−vous de ce soir.” “Et pour la première fois, sa mère, alarmée de ce changement extrême, lui témoignait un intérêt assez tendre! et la Présidente aussi, qui s’empressait autour d’elle! Oh! pour ces soins−là ils ne sont que prêtés

“Un petit moment après, il a voulu m’embrasser; et pendant que je me défendais, comme c’est naturel, il a si bien fait, que je n’aurais pas voulu pour toute chose au monde… mais, lui voulait un baiser auparavant. Il a bien fallu, car comment faire? d’autant que j’avais essayé d’appeler, mais outre que je n’ai pas pu, il a bien su me dire que, s’il venait quelqu’un, il saurait bien rejeter toute la faute sur moi; et, en effet, c’était bien facile, à cause de cette clef. Ensuite il ne s’est pas retiré davantage. Il en a voulu un second; et celui−là, je ne savais pas ce qui en était, mais il m’a toute troublée; et après, c’était encore pis qu’auparavant. Oh! par exemple, c’est bien mal ça. Enfin après…, vous m’exempterez bien de dire le reste; mais je suis malheureuse autant qu’on puisse l’être.”

«Ah! Maman, votre fille est bien malheureuse!»

“J’espérais que l’absence, les distractions détruiraient un amour que je regardais plutôt comme une erreur de l’enfance que comme une véritable passion. Cependant, loin d’avoir rien gagné depuis mon séjour ici, je m’aperçois que cet enfant se livre de plus en plus à une mélancolie dangereuse” Madame de Volanges

“Heureusement j’ai eu la prudence de ne lui faire aucune question, et elle n’a pas osé m’en dire davantage: mais il n’en est pas moins clair que c’est cette malheureuse passion qui la tourmente.” “Non, je ne souffrirai point qu’elle épouse celui−ci pour aimer celui−là, et j’aime mieux compromettre mon autorité que sa vertu. Je crois donc que je vais prendre le parti le plus sage de retirer la parole que j’ai donnée à M. de Gercourt.” “De quel avantage sera−t−il donc pour ma fille d’être née riche, si elle n’en doit pas moins être esclave de la fortune?”

DEPOIS QUE A BARCA JÁ VIROU ENVIAM OS MECÂNICOS: “Je conviens que M. de Gercourt est un parti meilleur, peut−être, que je ne devais l’espérer pour ma fille; j’avoue même que j’ai été extrêmement flattée du choix qu’il a fait d’elle. Mais enfin, Danceny est d’une aussi bonne maison que lui; il ne lui cède en rien pour les qualités personnelles; il a sur M. de Gercourt l’avantage d’aimer et d’être aimé: il n’est pas riche à la vérité; mais ma fille ne l’est−elle pas assez pour eux deux? Ah! pourquoi lui ravir la satisfaction si douce d’enrichir ce qu’elle aime!

Ces mariages qu’on calcule au lieu de les assortir, qu’on appelle de convenance, et où tout se convient en effet, hors les goûts et les caractères, ne sont−ils pas la source la plus féconde de ces éclats scandaleux qui deviennent tous les jours plus fréquents? J’aime mieux différer: au moins j’aurai le temps d’étudier ma fille que je ne connais pas. Je me sens bien le courage de lui causer un chagrin passager, si elle en doit recueillir un bonheur plus solide: mais de risquer de la livrer à un désespoir éternel, cela n’est pas dans mon cour.

“je puis dire que dans le triste Château de ma vieille tante, je n’ai pas éprouvé un moment d’ennui. Au fait, n’y ai−je pas jouissances, privations, espoir, incertitude? Qu’a−t−on de plus sur un plus grand théâtre? des spectateurs? Hé! laissez faire, ils ne manqueront pas.”

“Heureux, ma belle amie, qui a su, comme vous, s’accoutumer à n’y jamais céder. Enfin j’ai différé ma vengeance; j’ai fait ce sacrifice à vos vues sur Gercourt.”

“sans doute elle ignore encore que les flèches de l’Amour, comme la lance d’Achille, portent avec elles le remède aux blessures qu’elles font.”

“comment la tête se détourne et les regards se baissent, tandis que les discours, toujours prononcés d’une voix faible, deviennent rares et entrecoupés. Ces symptômes précieux annoncent, d’une manière non équivoque, le consentement de l’âme: mais rarement a−t−il encore passé jusqu’aux sens; je crois même qu’il est toujours dangereux de tenter alors quelque entreprise trop marquée; parce que cet état d’abandon n’étant jamais sans un plaisir très doux, on ne saurait forcer d’en sortir, sans causer une humeur qui tourne infailliblement au profit de la défense.”

“le premier pas franchi, ces Prudes austères savent−elles s’arrêter? leur amour est une véritable explosion; la résistance y donne plus de force. Ma farouche Dévote courrait après moi, si je cessais de courir après elle.

“Aussi ce sera la première infidélité que je ferai à ma grave conquête; et je vous promets de profiter du premier prétexte pour m’absenter vingt−quatre heures d’auprès d’elle. Ce sera sa punition, de m’avoir tenu si longtemps éloigné de vous. Savez−vous que voilà plus de deux mois que cette aventure m’occupe? oui, deux mois et trois jours; il est vrai que je compte demain, puisqu’elle ne sera véritablement consommée qu’alors. Cela me rappelle que Mademoiselle de B*** a résisté les trois mois complets. Je suis bien aise de voir que la franche coquetterie a plus de défense que l’austère vertu.

“Mais quoi! dans ma crédule sécurité, je dormais tranquillement; je dormais, et la foudre est tombée sur moi. Non, je ne conçois rien à ce départ: il faut renoncer à connaître les femmes.” “À quoi me sert de m’être établi dans son coeur, de l’avoir embrasé de tous les feux de l’amour,

d’avoir porté jusqu’au délire le trouble de ses sens; si tranquille dans sa retraite, elle peut aujourd’hui s’enorgueillir de sa fuite plus que moi de mes victoires?” “Pourquoi courir après celui qui nous fuit, et négliger ceux qui se présentent? Ah! pourquoi?…” “Mais que de travaux encore! que j’en étais près hier, et qu’aujourd’hui je m’en vois éloigné! Comment m’en rapprocher?” “Personne ne sait rien, personne ne désire de rien savoir à peine en aurait−on parlé, si j’avais consenti qu’on parlât d’autre chose. Madame de Rosemonde, chez qui j’ai couru ce matin quand j’ai appris cette nouvelle, m’a répondu avec le froid de son âge que c’était la suite naturelle de l’indisposition que Madame de Tourvel avait eue hier; qu’elle avait craint une maladie, et qu’elle avait préféré d’être chez elle: elle trouve cela tout simple, elle en aurait fait autant, m’a−t−elle dit, comme s’il pouvait y avoir quelque chose de commun entre elles deux! entre elle, qui n’a plus qu’à mourir; et l’autre, qui fait le charme et le tourment de ma vie!” “Oh! je renouerai avec sa fille; je veux la travailler à ma fantaisie: aussi bien, je crois que je resterai ici quelque temps” “au moins, je parle à quelqu’un qui m’entend, et non aux automates près de qui je végète depuis ce matin. En vérité, plus je vais, et plus je suis tenté de croire qu’il n’y a que vous et moi dans le monde, qui valions quelque chose.”

“Que vous dirai−je enfin? j’aime, oui, j’aime éperdument. Hélas! ce mot que j’écris pour la première fois, ce mot si souvent demandé sans être obtenu, je payerais de ma vie la douceur de pouvoir une fois seulement le faire entendre à celui qui l’inspire; et pourtant il faut le refuser sans cesse! Il va douter encore de mes sentiments; il croira avoir à s’en plaindre. Je suis bien malheureuse!” Tourvel

“Pour moi, je l’avoue, je n’ai jamais cru à ces passions entraînantes et irrésistibles, dont il semble qu’on soit convenu de faire l’excuse générale de nos dérèglements.” Merteuil

“J’ai rencontré, comme vous pouvez croire, plusieurs femmes atteintes de ce mal dangereux; j’ai reçu les confidences de quelques−unes. À les entendre, il n’en est point dont l’Amant ne soit un être parfait: mais ces perfections chimériques n’existent que dans leur imagination. Leur tête exaltée ne rêve qu’agréments et vertus; elles en parent à plaisir celui qu’elles préfèrent: c’est la draperie d’un Dieu, portée souvent par un modèle abject: mais quel qu’il soit, à peine l’en ont−elles revêtu, que, dupes de leur propre ouvrage, elles se prosternent pour l’adorer.“C’est alors que les moindres défauts paraissent choquants et insupportables, par le contraste qu’ils forment avec l’idée de perfection qui nous avait séduits. Chacun des deux époux croit cependant que l’autre seul a changé, et que lui vaut toujours ce qu’un moment d’erreur l’avait fait apprécier. Le charme qu’il n’éprouve plus, il s’étonne de ne le plus faire naître; il en est humilié: la vanité blessée aigrit les esprits, augmente les torts, produit l’humeur, enfante la haine; et de frivoles plaisirs sont payés enfin par de longues infortunes.

vous ne chérissez de l’amour que les peines, et non les plaisirs! Rien de mieux, et vous figurerez à merveille dans un Roman. De la passion, de l’infortune, de la vertu par−dessus tout, que de belles choses! Au milieu de ce brillant cortège, on s’ennuie quelquefois à la vérité, mais on le rend bien.” “il faut convenir pourtant que vous avez manqué votre chef−d’oeuvre; c’était de tout dire à votre Maman.”

ESCOLA DA VIDA: “la honte que cause l’amour est comme sa douleur: on ne l’éprouve qu’une fois. On peut encore la feindre après; mais on ne la sent plus. Cependant le plaisir reste, et c’est bien quelque chose. Je crois même avoir démêlé, à travers votre petit bavardage, que vous pourriez le compter pour beaucoup. Allons, un peu de bonne foi. Là, ce trouble qui vous empêchait de faire comme vous disiez, qui vous faisait trouver si difficile de se défendre, qui vous rendait comme fâchée, quand Valmont s’en est allé, était−ce bien la honte qui le causait? ou si c’était le plaisir? et ses façons de dire auxquelles on ne sait comment répondre, cela ne viendrait−il pas de ses façons de faire? Ah! petite fille, vous mentez, et vous mentez à votre amie!

Ce qui pour tout le monde serait un plaisir, et pourrait n’être que cela, devient dans votre situation un véritable bonheur. En effet, placée entre une mère dont il vous importe d’être aimée, et un Amant dont vous désirez de l’être toujours, comment ne voyez−vous pas que le seul moyen d’obtenir ces succès opposés est de vous occuper d’un tiers?” “En l’assurant sans cesse de votre amour, vous ne lui en accorderez pas les dernières preuves. Ces refus, si peu pénibles dans le cas où vous serez, il ne manquera pas de les mettre sur le compte de votre vertu; il s’en plaindra peut−être, mais il vous en aimera davantage, et pour avoir le double mérite, aux yeux de l’un de sacrifier l’amour, à ceux de l’autre, d’y résister, il ne vous en coûtera que d’en goûter les plaisirs. Oh! combien de femmes ont perdu leur réputation, qui l’eussent conservée avec soin, si elles avaient pu la soutenir par de pareils moyens! Ce parti que je vous propose, ne vous paraît−il pas le plus raisonnable, comme le plus doux? Savez−vous ce que vous avez gagné à celui que vous avez pris? c’est que votre Maman a attribué votre redoublement de tristesse à un redoublement d’amour, qu’elle en est outrée, et que pour vous en punir elle n’attend que d’en être plus sûre. Elle vient de m’en écrire; elle tentera tout pour obtenir cet aveu de vous−même. Elle ira, peut−être, me dit−elle, jusqu’à vous proposer Danceny pour époux; et cela pour vous engager à parler. Et si, vous laissant séduire par cette trompeuse tendresse, vous répondiez, selon votre coeur, bientôt renfermée pour longtemps, peut−être pour toujours, vous pleureriez à loisir votre aveugle crédulité.

Pour ce qu’on fait d’un mari, l’un vaut toujours bien l’autre; et le plus incommode est encore moins gênant qu’une mère. Une fois plus contente de vous, votre Maman vous mariera enfin; et alors, plus libre dans vos démarches, vous pourrez, à votre choix, quitter Valmont pour prendre Danceny, ou même les garder tous deux. Car, prenez−y garde, votre Danceny est gentil: mais c’est un de ces hommes qu’on a quand on veut et tant qu’on veut; on peut donc se mettre à l’aise avec lui. Il n’en est pas de même de Valmont: on le garde difficilement; et il est dangereux de le quitter. (…) C’est comme cela qu’on acquiert une consistance dans le monde, et non pas à rougir et à pleurer, comme quand vos Religieuses vous faisaient dîner à genoux.” “et comme il faut savoir réparer ses sottises, ne craignez pas de lui faire quelques avances; aussi bien apprendrez−vous bientôt, que si les hommes nous font les premières, nous sommes presque toujours obligées de faire les secondes.”

Vous écrivez toujours comme un enfant. Je vois bien d’où cela vient; c’est que vous dites tout ce que vous pensez, et rien de ce que vous ne pensez pas. Cela peut passer ainsi de vous à moi, qui devons n’avoir rien de caché l’une pour l’autre: mais avec tout le monde! avec votre Amant surtout! vous auriez toujours l’air d’une petite sotte.”


“Elle dénote, surtout, une faiblesse de caractère presque toujours incurable et qui s’oppose à tout; de sorte que, tandis que nous nous occuperions à former cette petite fille pour l’intrigue, nous n’en ferions qu’une
femme facile. Or, je ne connais rien de si plat que cette facilité de bêtise, qui se rend sans savoir ni comment ni pourquoi, uniquement parce qu’on l’attaque et qu’elle ne sait pas résister.

Ces sortes de femmes ne sont absolument que des machines à plaisir.

Vous me direz qu’il n’y a qu’à n’en faire que cela, et que c’est assez pour nos projets. A la bonne heure! mais n’oublions pas que de ces machines−là, tout le monde parvient bientôt à en connaître les ressorts et les moteurs; ainsi, que pour se servir de celle−ci sans danger, il faut se dépêcher, s’arrêter de bonne heure, et la briser [destruir] ensuite. À la vérité, les moyens ne nous manqueront pas pour nous en défaire, et Gercourt la fera toujours bien enfermer quand nous voudrons. Au fait, quand il ne pourra plus douter de sa déconvenue, quand elle sera bien publique et bien notoire, que nous importe qu’il se venge, pourvu qu’il ne se console pas? Ce que je dis du mari, vous le pensez sans doute de la mère; ainsi cela vaut fait.” “Si pourtant nous voyons par la suite que l’ingénuité se corrige, nous serons toujours à temps de changer de projet. (…) dans aucun cas, nos soins ne seront perdus.”

Je suis fâchée de n’avoir pas eu le temps de prendre copie de ma Lettre, pour vous édifier sur l’austérité de ma morale. Vous verriez comme je méprise les femmes assez dépravées pour avoir un Amant! Il est si commode d’être rigoriste dans ses discours! cela ne nuit jamais qu’aux autres, et ne nous gêne aucunement… Et puis je n’ignore pas que la bonne Dame a eu ses petites faiblesses comme une autre, dans son jeune temps, et je n’étais pas fâchée de l’humilier au moins dans sa conscience; cela me consolait un peu des louanges que je lui donnais contre la mienne.” Merteuil

«Madame la Présidente est allée l’après−midi dans la Bibliothèque, et elle y a pris deux Livres qu’elle a emportés dans son boudoir: mais Mademoiselle Julie assure qu’elle n’a pas lu dedans un quart d’heure dans toute la journée, et qu’elle n’a fait que lire cette Lettre, rêver et être appuyée sur sa main. Comme j’ai imaginé que Monsieur serait bien aise de savoir quels sont ces Livres−là, et que Mademoiselle Julie ne le savait pas, je me suis fait mener aujourd’hui dans la Bibliothèque, sous prétexte de la voir. Il n’y a de vide que pour deux livres: l’un est le second volume des Pensées chrétiennes et l’autre le premier d’un Livre qui a pour titre Clarisse. J’écris bien comme il y a: Monsieur saura peut−être ce que c’est. Hier au soir, Madame n’a pas soupé; elle n’a pris que du thé. Elle a sonné de bonne heure ce matin; elle a demandé ses chevaux tout de suite, et elle a été avant neuf heures aux Feuillants, où elle a entendu la Messe. Elle a voulu se confesser; mais son Confesseur était absent, et il ne reviendra pas de huit à dix jours. J’ai cru qu’il était bon de mander cela à Monsieur. Elle est rentrée ensuite, elle a déjeuné, et puis s’est mise à écrire, et elle y est restée jusqu’à près d’une heure. J’ai trouvé occasion de faire bientôt ce que Monsieur désirait le plus: car c’est moi qui ai porté les Lettres à la poste. Il n’y en avait pas pour Madame de Volanges; mais j’en envoie une à Monsieur, qui était pour M. le Président: il m’a paru que ça devait être la plus intéressante. Il y en avait une aussi pour Madame de Rosemonde; mais j’ai imaginé que Monsieur la verrait toujours bien quand il voudrait, et je l’ai laissée partir. Au reste, Monsieur saura bien tout, puisque Madame la Présidente lui écrit aussi. J’aurai par la suite toutes celles qu’il voudra; car c’est presque toujours Mademoiselle Julie qui les remet aux Gens, et elle m’a assuré que, par amitié pour moi, et puis aussi pour Monsieur, elle ferait volontiers ce que je voudrais. Elle n’a pas même voulu de l’argent que je lui ai offert: mais je pense bien que Monsieur voudra lui faire quelque petit présent; et si c’est sa volonté, et qu’il veuille m’en charger, je saurai aisément ce qui lui fera plaisir.» Azolan le Chasseur, serviteur (espion!) du Vicomte de Valmont

«Quant à ce que Monsieur me reproche d’être souvent sans argent, d’abord c’est que j’aime à me tenir proprement, comme Monsieur peut voir; et puis, il faut bien soutenir l’honneur de l’habit qu’on porte; je sais bien que je devrais peut−être un peu épargner pour la suite; mais je me confie entièrement dans la générosité de Monsieur, qui est si bon Maître. Pour ce qui est d’entrer au service de Madame de Tourvel, en restant à celui de Monsieur, j’espère que Monsieur ne l’exigera pas de moi. C’était bien différent chez Madame la Duchesse»

“Oui, la peine qui m’accable aujourd’hui reviendra demain, après−demain, toute ma vie! Mon Dieu, que je suis jeune encore, et qu’il me reste de temps à souffrir!” Tourvel

“et tandis qu’on souffre ces douleurs insupportables, sentir à chaque instant qu’on peut les faire cesser d’un mot et que ce mot soit un crime! ah! mon amie!…” “j’espérais que l’absence augmenterait mon courage et mes forces: combien je me suis trompée! il semble au contraire qu’elle ait achevé de les détruire. J’avais plus à combattre, il est vrai: mais même en résistant, tout n’était pas privation; au moins je le voyais quelquefois; souvent même, sans oser porter mes regards sur lui, je sentais les siens fixés sur moi: oui, mon amie, je les sentais, il semblait qu’ils réchauffassent mon âme; et sans passer par mes yeux, ils n’en arrivaient pas moins à mon coeur. À présent, dans ma pénible solitude, isolée de tout ce qui m’est cher, tête à tête avec mon infortune, tous les moments de ma triste existence sont marqués par mes larmes, et rien n’en adoucit l’amertume, nulle consolation ne se mêle à mes sacrifices; et ceux que j’ai faits jusqu’à présent n’ont servi qu’à me rendre plus douloureux ceux qui me restent à faire.

Hier encore, je l’ai bien vivement senti. Dans les Lettres qu’on m’a remises, il y en avait une de lui; on était encore à deux pas de moi, que je l’avais reconnue entre les autres. Je me suis levée involontairement: je tremblais, j’avais peine à cacher mon émotion; et cet état n’était pas sans plaisir. Restée seule le moment d’après, cette trompeuse douceur s’est bientôt évanouie, et ne m’a laissé qu’un sacrifice de plus à faire. En effet, pouvais−je ouvrir cette Lettre, que pourtant je brûlais de lire? Par la fatalité qui me poursuit, les consolations qui paraissent se présenter à moi ne font, au contraire, que m’imposer de nouvelles privations; et celles−ci deviennent plus cruelles encore, par l’idée que M. de Valmont les partage.”

“ah! je rougis de mes sentiments, et non de l’objet qui les cause. Quel autre que lui est plus digne de les inspirer! Cependant je ne sais pourquoi ce nom ne se présente point naturellement sous ma plume; et cette fois encore, j’ai eu besoin de réflexion pour le placer. Je reviens à lui.

Vous me mandez qu’il vous a paru vivement affecté de mon départ . Qu’a−t−il donc fait? qu’a−t−il dit? a−t−il parlé de revenir à Paris? Je vous prie de l’en détourner autant que vous pourrez. S’il m’a bien jugée, il ne doit pas m’en vouloir de cette démarche: mais il doit sentir aussi que c’est un parti pris sans retour. Un de mes plus grands tourments est de ne pas savoir ce qu’il pense. J’ai bien encore là sa Lettre…, mais vous êtes sûrement de mon avis, je ne dois pas l’ouvrir.

“Je vois bien que ce que je croyais un si grand malheur n’en est presque pas un; et il faut avouer qu’il y a bien du plaisir; de façon que je ne m’afflige presque plus. Il n’y a que l’idée de M. Danceny qui me tourmente toujours quelquefois. Mais il y a déjà tout plein de moments où je n’y songe pas du tout! aussi c’est que M. de Valmont est bien aimable!” Cecile Facile

“Il ne m’a grondée [censurou] qu’après, et encore bien doucement, et c’était d’une manière… Tout comme vous; ce qui m’a prouvé qu’il avait aussi bien de l’amitié pour moi.” “Ce qui est bien sûr, c’est que je ne pouvais pas me retenir de rire; si bien qu’une fois j’ai ri aux éclats, ce qui nous a fait bien peur; car Maman aurait pu entendre; et si elle était venue voir, qu’est−ce que je serais devenue? C’est bien pour le coup qu’elle m’aurait remise au Couvent!” “nous sommes convenus que dorénavant il viendrait seulement ouvrir la porte, et que nous irions dans sa chambre. Pour là, il n’y a rien à craindre; j’y ai déjà été hier, et actuellement que je vous écris, j’attends encore qu’il vienne. A présent, Madame, j’espère que vous ne me gronderez plus.” “je n’ai de bonheur que quand je peux ne pas penser à lui, ce qui est bien difficile; et dès que j’y pense, je redeviens chagrine tout de suite.”

“La tête m’en tournerait, je crois, sans les heureuses distractions que me donne notre commune Pupille; c’est à elle que je dois d’avoir encore à faire autre chose que des Elégies.”

“Voilà comme une seule idée fausse peut gâter le plus heureux naturel!”

“un simple cabinet, qui sépare la chambre de votre Pupille de celle de sa mère, ne pouvait lui inspirer assez de sécurité, pour la laisser se déployer à l’aise. Je m’étais donc promis de faire innocemment quelque bruit, qui pût lui causer assez de crainte pour la décider à prendre, à l’avenir, un asile plus sûr; elle m’a encore épargné ce soin.”

“celle qui ne respecte pas sa mère ne se respectera pas elle−même”

“Je l’y ai déjà reçue deux fois, et dans ce court intervalle l’écolière est devenue presque aussi savante que le maître. Oui, en vérité, je lui ai tout appris, jusqu’aux complaisances!”

“J’ai déclaré que j’étais perdu de vapeurs; j’ai annoncé aussi un peu de fièvre. Il ne m’en coûte que de parler d’une voix lente et éteinte.”

“Rien n’est plus plaisant que l’ingénuité avec laquelle elle se sert déjà du peu qu’elle sait de cette langue! elle n’imagine pas qu’on puisse parler autrement. Cette enfant est réellement séduisante! Ce contraste de la candeur naïve avec le langage de l’effronterie ne laisse pas de faire de l’effet; et, je ne sais pourquoi, il n’y a plus que les choses bizarres qui me plaisent.”

“vous voyez qu’encore aujourd’hui, je suis obligée d’emprunter la main de ma Femme de chambre. Mon malheureux rhumatisme m’a repris, il, s’est niché cette fois sur le bras droit, et je suis absolument manchote. Voilà ce que c’est, jeune et fraîche comme vous êtes, d’avoir une si vieille amie!” “Si vous m’en croyez, vous ne laisserez pas prendre consistance à ces bruits dangereux, et vous viendrez sur−le−champ les détruire par votre présence.”

“Ce sont les miettes de pain tombantes de la table du riche: celui−ci les dédaigne; mais le pauvre les recueille avidement et s’en nourrit. Or, la pauvre Présidente reçoit à présent toutes ces miettes−là: et plus elle en aura, moins elle sera pressée de se livrer à l’appétit du reste.”

“Madame de Volanges vous hait, et la haine est toujours plus clairvoyante et plus ingénieuse que l’amitié. Toute la vertu de votre vieille tante ne l’engagera pas à médire un seul instant de son cher neveu; car la vertu a aussi ses faiblesses.

C’est de quarante à cinquante ans que le désespoir de voir leur figure se flétrir, la rage de se sentir obligées d’abandonner des prétentions et des plaisirs auxquels elles tiennent encore, rendent presque toutes les femmes bégueules et acariâtres. Il leur faut ce long intervalle pour faire en entier ce grand sacrifice: mais dès qu’il est consommé, toutes se partagent en deux classes.

La plus nombreuse, celle des femmes qui n’ont eu pour elles que leur figure et leur jeunesse, tombe dans une imbécile apathie, et n’en sort plus que pour le jeu et pour quelques pratiques de dévotion; celle−là est toujours ennuyeuse, souvent grondeuse, quelquefois un peu tracassière, mais rarement méchante. On ne peut pas dire non plus que ces femmes soient ou ne soient pas sévères: sans idées et sans existence, elles répètent, sans le comprendre et indifféremment, tout ce qu’elles entendent dire, et restent par elles−mêmes absolument nulles.

L’autre classe, beaucoup plus rare, mais véritablement précieuse, est celle des femmes qui, ayant eu un caractère et n’ayant pas négligé de nourrir leur raison, savent se créer une existence, quand celle de la nature leur manque, et prennent le parti de mettre à leur esprit les parures qu’elles employaient avant pour leur figure. Celles−ci ont pour l’ordinaire le jugement très sain, et l’esprit à la fois solide, gai et gracieux. Elles remplacent les charmes séduisants par l’attachante bonté, et encore par l’enjouement dont le charme augmente en proportion de l’âge: c’est ainsi qu’elles parviennent en quelque sorte à se rapprocher de la jeunesse en s’en faisant aimer. Mais alors, loin d’être, comme vous le dites, rêches et sévères, l’habitude de l’indulgence, leurs longues réflexions sur la faiblesse humaine, et surtout les souvenirs de leur jeunesse, par lesquels seuls elles tiennent encore à la vie, les placeraient plutôt peut−être trop près de la facilité [felicité?].

“Ne me disait−il pas dernièrement que je n’aurais jamais aimé un autre que lui? Oh! pour le coup, j’ai eu besoin de toute ma prudence, pour ne pas le détromper sur−le−champ, en lui disant ce qui en était. Voilà, certes, un plaisant Monsieur, pour avoir un droit exclusif! Je conviens qu’il est bien fait et d’une assez belle figure: mais, à tout prendre, ce n’est, au fait, qu’un Manoeuvre d’amour. Enfin le moment est venu, il faut nous séparer.” “je serais donc bien maladroite, si je ne savais pas gagner un procès, où je n’ai pour adversaires que des mineures encore en bas âge, et leur vieux tuteur! Comme il ne faut pourtant rien négliger dans une affaire si importante, j’aurai effectivement avec moi deux Avocats. Ce voyage ne vous paraît−il pas gai? cependant s’il me fait gagner mon procès et perdre Belleroche, je ne regretterai pas mon temps.” “sous ce voile de l’amitié, je crois lui voir un goût très vif pour moi, et je sens que j’en prends beaucoup pour lui. Ce serait bien dommage que tant d’esprit et de délicatesse allassent se sacrifier et s’abrutir auprès de cette petite imbécile de Volanges! J’espère qu’il se trompe en croyant l’aimer: elle est si loin de le mériter! Ce n’est pas que je sois jalouse d’elle; mais c’est que ce serait un me[u]rt[r]e[il] [homicídio – andricídio!], et je veux en sauver Danceny. Je vous prie donc, Vicomte, de mettre vos soins à ce qu’il ne puisse se rapprocher de sa Cécile (comme il a encore la mauvaise habitude de la nommer). Un premier goût a toujours plus d’empire qu’on ne croit et je ne serais sûre de rien s’il la revoyait à présent; surtout pendant mon absence. À mon retour, je me charge de tout et j’en réponds.”

“C’est une chose inconcevable, ma belle amie, comme aussitôt qu’on s’éloigne, on cesse facilement de s’entendre. Tant que j’étais auprès de vous, nous n’avions jamais qu’un même sentiment, une même façon de voir; et parce que, depuis près de trois mois, je ne vous vois plus, nous ne sommes plus du même avis sur rien. Qui de nous deux a tort? sûrement vous n’hésiteriez pas sur la réponse: mais moi, plus sage, ou plus poli, je ne décide pas. Je vais seulement répondre à votre Lettre, et continuer de vous exposer ma conduite.”

“en sorte qu’après ma fantaisie passée, je la remettrai entre les bras de son Amant, pour ainsi dire, sans qu’elle se soit aperçue de rien. Est−ce donc là une marche si ordinaire?”

“de toutes les femmes que j’ai eues, c’est la seule dont j’ai vraiment plaisir à dire du mal.”

“Comment allez−vous vous charger d’un novice qui ne saura ni vous prendre, ni vous quitter, et avec qui il vous faudra tout faire? Je vous le dis sérieusement, je désapprouve ce choix, et quelque secret qu’il restât, il vous humilierait au moins à mes yeux et dans votre conscience.”

“je serai chargé de la correspondance. Que n’aurai−je pas fait pour ce Danceny? J’aurai été à la fois son ami, son confident, son rival et sa maîtresse! Encore, en ce moment, je lui rends le service de le sauver de vos liens dangereux; oui, sans doute, dangereux, car vous posséder et vous perdre, c’est acheter un moment de bonheur par une éternité de regrets.”

Mon Dieu! que cette femme est aimable et quel charme flatteur elle sait donner à l’amitié! Il semble que ce doux sentiment s’embellisse et se fortifie chez elle de tout ce qu’elle refuse à l’amour. Si vous saviez comme elle vous aime, comme elle se plaît à m’entendre lui parler de vous!… C’est là sans doute ce qui m’attache autant à elle. Quel bonheur de pouvoir vivre uniquement pour vous deux, de passer sans cesse des délices de l’amour aux douceurs de l’amitié, d’y consacrer toute mon existence, d’être en quelque sorte le point de réunion de votre attachement réciproque; et de sentir toujours que, m’occupant du bonheur de l’une, je travaillerais également à celui de l’autre! Aimez, aimez beaucoup, ma charmante amie, cette femme adorable. L’attachement que j’ai pour elle, donnez−y plus de prix encore, en le partageant. Depuis que j’ai goûté le charme de l’amitié, je désire que vous l’éprouviez à votre tour.”

“Si j’en crois ce qu’on m’a dit souvent, les hommes même n’aiment plus tant leurs femmes, quand elles les ont trop aimés avant de l’être.” Valmont (en secret) apud Cecile la Seductrice

“Comment voulez−vous que je m’intéresse à votre procès, si, perte ou gain, j’en dois également payer les frais par l’ennui de votre absence? Oh!” Danceny com sintomas de paixão pela matrona Merteuil

“N’est−ce pas cependant une véritable infidélité, une noire trahison, que de laisser votre ami loin de vous, après l’avoir accoutumé à ne pouvoir plus se passer de votre présence? Vous aurez beau consulter vos Avocats, ils ne vous trouveront pas de justification pour ce mauvais procédé: et puis, ces gens−là ne disent que des raisons, et des raisons ne suffisent pas pour répondre à des sentiments.” “Nos plus jolies femmes, celles qu’on dit les plus aimables, sont encore si loin de vous qu’elles ne pourraient en donner qu’une bien faible idée. Je crois même qu’avec des yeux exercés, plus on a cru d’abord qu’elles vous ressemblaient, plus on y trouve après de différence: elles ont beau faire, beau y mettre tout ce qu’elles savent, il leur manque toujours d’être vous, et c’est positivement là qu’est le charme.” “Et depuis quand le charme de l’amitié distrait−il donc de celui de l’amour?” “La dernière Lettre que j’ai reçue d’elle augmente et assure mon espoir, mais le retarde encore. Cependant ses motifs sont si tendres et si honnêtes que je ne puis l’en blâmer ni m’en plaindre”

“J’ai appris aujourd’hui que depuis quatre jours il y va régulièrement entendre la Messe. Dieu veuille que cela dure!”

“Quittez donc, si vous m’en croyez, ce ton de cajolerie, qui n’est plus que du jargon, dès qu’il n’est pas l’expression de l’amour. Est−ce donc là le style de l’amitié? non, mon ami, chaque sentiment a son langage qui lui convient; et se servir d’un autre, c’est déguiser la pensée que l’on exprime. Je sais bien que nos petites femmes n’entendent rien de ce qu’on peut leur dire, s’il n’est traduit, en quelque sorte, dans ce jargon d’usage; mais je croyais mériter, je l’avoue, que vous me distinguassiez d’elles. Je suis vraiment fâchée, et peut−être plus que je ne devrais l’être, que vous m’ayez si mal jugée.” “et ces femmes, à qui il manque toujours d’être moi, vous trouvez peut−être aussi que cela manque à votre Cécile! voilà pourtant où conduit un langage qui, par l’abus qu’on en fait aujourd’hui, est encore au−dessous du jargon des compliments, et ne devient plus qu’un simple protocole, auquel on ne croit pas davantage qu’au très humble serviteur!” “Mon ami, quand vous m’écrirez, que ce soit pour me dire votre façon de penser et de sentir, et non pour m’envoyer des phrases que je trouverai, sans vous, plus ou moins bien dites dans le premier Roman du jour.” “Mais vous choisissez vos Maîtresses si jeunes, que vous m’avez fait apercevoir pour la première fois que je commence à être vieille!”

“La longue défense est le seul mérite qui reste à celles qui ne résistent pas toujours; et ce que je trouverais impardonnable à toute autre qu’à un enfant comme la petite Volanges, serait de ne pas savoir fuir un danger dont elle a été suffisamment avertie par l’aveu qu’elle a fait de son amour. Vous autres hommes, vous n’avez pas d’idée de ce qu’est la vertu, et de ce qu’il en coûte pour la sacrifier! Mais pour peu qu’une femme raisonne, elle doit savoir qu’indépendamment de la faute qu’elle commet, une faiblesse est pour elle le plus grand des malheurs; et je ne conçois pas qu’aucune s’y laisse jamais prendre, quand elle peut avoir un moment pour y réfléchir.”

“Vous me sauverez des dangers de l’amour; et quoique j’aie bien su sans vous m’en défendre jusqu’à présent, je consens à en avoir de la reconnaissance, et je vous en aimerai mieux et davantage.

Sur ce, mon cher Chevalier, je prie Dieu qu’il vous ait en sa sainte et digne garde.”

“Voici le récit de ce qui s’est passé: vous pouvez être sûre qu’il est fidèle; car je vivrais 80 autres années, que je n’oublierais pas l’impression que m’a faite cette triste scène.” Rosemonde

“J’ai donc été ce matin chez mon neveu; je l’ai trouvé écrivant, et entouré de différents tas de papiers, qui avaient l’air d’être l’objet de son travail. Il s’en occupait au point que j’étais déjà au milieu de sa chambre qu’il n’avait pas encore tourné la tête pour savoir qui entrait. Aussitôt qu’il m’a aperçue, j’ai très bien remarqué qu’en se levant, il s’efforçait de composer sa figure, et peut−être même est−ce là ce qui m’y a fait faire plus d’attention. Il était, à la vérité, sans toilette et sans poudre; mais je l’ai trouvé pâle et défait, et ayant surtout la physionomie altérée. Son regard que nous avons vu si vif et si gai, était triste et abattu; enfin, soit dit entre nous, je n’aurais pas voulu que vous le vissiez ainsi: car il avait l’air très touchant et très propre, à ce que je crois, à inspirer cette tendre pitié qui est un des plus dangereux pièges de l’amour.”

“plus de dissipation serait utile à sa santé.”

“J’ai ajouté que, pour cette fois, je ne lui ferais aucune instance, aimant mes amis pour eux−mêmes; c’est à cette phrase si simple, que serrant mes mains, et parlant avec une véhémence que je ne puis vous rendre: «Oui, ma tante, m’a−t−il dit, aimez, aimez beaucoup un neveu qui vous respecte et vous chérit; et, comme vous dites, aimez−le pour lui−même. Ne vous affligez pas de son bonheur, et ne troublez, par aucun regret, l’éternelle tranquillité dont il espère jouir bientôt. Répétez−moi que vous m’aimez, que vous me pardonnez; oui, vous me pardonnerez; je connais votre bonté: mais comment espérer la même indulgence de ceux que j’ai tant offensés?»” “Mais plus j’y réfléchis, et moins je devine ce qu’il a voulu dire. Quelle est cette affaire, la plus grande de sa vie? à quel sujet me demande−t−il pardon? d’où lui est venu cet attendrissement, involontaire en me parlant? Je me suis déjà fait ces questions mille fois, sans pouvoir y répondre. Je ne vois même rien là qui ait rapport à vous: cependant, comme les yeux de l’amour sont plus clairvoyants que ceux de l’amitié, je n’ai voulu vous laisser rien ignorer de ce qui s’est passé entre mon neveu et moi.”

“si la bonté divine est infinie, l’usage en est pourtant réglé par la justice; et il peut venir un moment où le Dieu de miséricorde se change en un Dieu de vengeance.” Père Anselme

“Le bonheur de M. de Valmont ne pouvait−il arriver jamais que par mon infortune? Oh! mon indulgente amie, pardonnez−moi cette plainte. Je sais qu’il ne m’appartient pas de sonder les décrets de Dieu; mais tandis que je lui demande sans cesse, et toujours vainement, la force de vaincre mon malheureux amour, il la prodigue à celui qui ne la lui demandait pas, et me laisse, sans secours, entièrement livrée à ma faiblesse.

Ne sais−je pas que l’Enfant prodigue, à son retour, obtint plus de grâces de son père que le fils qui ne s’était jamais absenté? Quel compte avons−nous à demander à celui qui ne nous doit rien? Et quand il serait possible que nous eussions quelques droits auprès de lui, quels pourraient être les miens? Me vanterais−je d’une sagesse que déjà je ne dois qu’à Valmont? Il m’a sauvée, et j’oserais me plaindre en souffrant pour lui! Non: mes souffrances me seront chères, si son bonheur en est le prix. Sans doute il fallait qu’il revînt à son tour au Père commun. Le Dieu qui l’a formé devait chérir son ouvrage. Il n’avait point créé cet être charmant, pour n’en faire qu’un réprouvé. C’est à moi de porter la peine de mon audacieuse imprudence; ne devais−je pas sentir que, puisqu’il m’était défendu de l’aimer, je ne devais pas me permettre de le voir?

Ma faute ou mon malheur est de m’être refusée trop longtemps à cette vérité. Vous m’êtes témoin, ma chère et digne amie, que je me suis soumise à ce sacrifice, aussitôt que j’en ai reconnu la nécessité: mais, pour qu’il fût entier, il y manquait que M. de Valmont ne le partageât point. Vous avouerai−je que cette idée est à présent ce qui me tourmente le plus? Insupportable orgueil, qui adoucit les maux que nous éprouvons par ceux que nous faisons souffrir! Ah! je vaincrai ce coeur rebelle, je l’accoutumerai aux humiliations.

C’est surtout pour y parvenir que j’ai enfin consenti à recevoir Jeudi prochain la pénible visite de M. de Valmont. Là, je l’entendrai me dire lui−même que je ne lui suis plus rien, que l’impression faible et passagère que j’avais faite sur lui est entièrement effacée! Je verrai ses regards se porter sur moi, sans émotion, tandis que la crainte de déceler la mienne me fera baisser les yeux. Ces mêmes Lettres qu’il refusa si longtemps à mes demandes réitérées, je les recevrai de son indifférence; il me les remettra comme des objets inutiles, et qui ne l’intéressent plus; et mes mains tremblantes, en recevant ce dépôt honteux, sentiront qu’il leur est remis d’une main ferme et tranquille! Enfin, je le verrai s’éloigner… s’éloigner pour jamais, et mes regards, qui le suivront ne verront pas les siens se retourner sur moi!

VERTU

VERTU

VERTU

Oui, ces Lettres qu’il ne se soucie plus de garder, je les conserverai précieusement. Je m’imposerai la honte de les relire chaque jour, jusqu’à ce que mes larmes en aient effacé les dernières traces; et les siennes, je les brûlerai comme infectées du poison dangereux qui a corrompu mon âme. Oh! qu’est−ce donc que l’amour, s’il nous fait regretter jusqu’aux dangers auxquels il nous expose; si surtout on peut craindre de le ressentir encore, même alors qu’on ne l’inspire plus! Fuyons cette passion funeste, qui ne laisse de choix qu’entre la honte et le malheur, et souvent même les réunit tous deux, et qu’au moins la prudence remplace la vertu.” “Votre précieuse amitié remplira toute mon existence. Rien ne me paraîtra difficile pour seconder les soins que vous voudrez bien vous donner. Je vous devrai ma tranquillité, mon bonheur, ma vertu

Serait−il donc vrai que la vertu augmentât le prix d’une femme, jusque dans le moment même de sa faiblesse? Mais reléguons cette idée puérile avec les contes de bonnes femmes. Ne rencontre−t−on pas presque partout une résistance plus ou moins bien feinte au premier triomphe? et ai−je trouvé nulle part le charme dont je parle? ce n’est pourtant pas non plus celui de l’amour; car enfin, si j’ai eu quelquefois auprès de cette femme étonnante des moments de faiblesse qui ressemblaient à cette passion pusillanime, j’ai toujours su les vaincre et revenir à mes principes.” “Serai−je donc, à mon âge, maîtrisé comme un écolier, par un sentiment involontaire et inconnu? Non: il faut, avant tout, le combattre et l’approfondir.” “je m’étais même accoutumé à appeler prudes celles qui ne faisaient que la moitié du chemin, par opposition à tant d’autres, dont la défense provocante ne couvre jamais qu’imparfaitement les premières avances qu’elles ont faites.” “c’est une victoire complète, achetée par une campagne pénible, et décidée par de [s]avant[es] manoeuvres. Il n’est donc pas surprenant que ce succès, dû à moi seul, m’en devienne plus précieux; et le surcroît de plaisir que j’ai éprouvé dans mon triomphe, et que je ressens encore, n’est que la douce impression du sentiment de la gloire. Je chéris cette façon de voir, qui me sauve l’humiliation de penser que je puisse dépendre en quelque manière de l’esclave même que je serais asservie; que je n’aie pas en moi seul la plénitude de mon bonheur; et que la faculté de m’en faire jouir dans toute son énergie soit réservée à telle ou telle femme, exclusivement à toute autre.” “Ce qu’il faut vous dire encore, et que j’avais appris par une Lettre interceptée suivant l’usage, c’est que la crainte et la petite humiliation d’être quittée avaient un peu dérangé la pruderie de l’austère Dévote” “J’aurais pu en choisir un plus commode: car, dans cette même chambre, il se trouvait une ottomane [poltrona acolchoada]. Mais je remarquai qu’en face d’elle était un portrait du mari; et j’eus peur, je l’avoue, qu’avec une femme si singulière, un seul regard que le hasard dirigerait de ce côté ne détruisît en un moment l’ouvrage de tant de soins. Enfin, nous restâmes seuls et j’entrai en matière.” “«Si tant de charmes, ai−je donc repris, ont fait sur mon coeur une impression si profonde, tant de vertus n’en ont pas moins fait sur mon âme. Séduit, sans doute, par le désir de m’en rapprocher, j’avais osé m’en croire digne. Je ne vous reproche point d’en avoir jugé autrement; mais je me punis de mon erreur.» Comme on gardait le silence de l’embarras, j’ai continué. — «J’ai désiré, Madame, ou de me justifier à vos yeux, ou d’obtenir de vous le pardon des torts que vous me supposez; afin de pouvoir au moins terminer, avec quelque tranquillité, des jours auxquels je n’attache plus de prix, depuis que vous avez refusé de les embellir.»

“- Mon devoir ne me permettait pas…

– Il est donc vrai que c’est moi que vous avez fui?

– Ce départ était nécessaire.

– Et que vous m’éloignez de vous?

– Je le dois.

Je n’ai pas besoin de vous dire que pendant ce court dialogue, la voix de la tendre Prude était oppressée, et que ses yeux ne s’élevaient pas jusqu’à moi.”

“«Ah! cruelle, me suis−je écrié, peut−il exister pour moi un bonheur que vous ne partagiez pas? Où donc le trouver loin de vous? Ah! jamais! jamais!» J’avoue qu’en me livrant à ce point j’avais beaucoup compté sur le secours des larmes: mais soit mauvaise disposition, soit peut−être seulement l’effet de l’attention pénible et continuelle que je mettais à tout, il me fut impossible de pleurer. Par bonheur je me ressouvins que pour subjuguer une femme tout moyen était également bon; et qu’il suffisait de l’étonner par un grand mouvement, pour que l’impression en restât profonde et favorable. Je suppléai donc, par la terreur, à la sensibilité qui se trouvait en défaut; et pour cela, changeant seulement l’inflexion de ma voix, et gardant la même posture: «Oui, continuai−je, j’en fais le serment à vos pieds, vous posséder ou mourir.» En prononçant ces dernières paroles, nos regards se rencontrèrent. Je ne sais ce que la timide personne vit ou crut voir dans les miens, mais elle se leva d’un air effrayé, et s’échappa de mes bras dont je l’avais entourée. Il est vrai que je ne fis rien pour la retenir; car j’avais remarqué plusieurs fois que les scènes de désespoir menées trop vivement tombaient dans le ridicule dès qu’elles devenaient longues, ou ne laissaient que des ressources vraiment tragiques et que j’étais fort éloigné de vouloir prendre. Cependant, tandis qu’elle se dérobait à moi, j’ajoutai d’un ton bas et sinistre, mais de façon qu’elle pût m’entendre: «Hé bien! la mort!»” “comme en amour rien ne se finit que de très près, et que nous étions alors assez loin l’un de l’autre, il fallait avant tout se rapprocher. Ce fut pour y parvenir que je passai le plus tôt possible à une apparente tranquillité, propre à calmer les effets de cet état violent, sans en affaiblir l’impression.” “«Pardon, Madame; peu accoutumé aux orages des passions, je sais mal en réprimer les mouvements. Si j’ai eu tort de m’y livrer, songez au moins que c’est pour la dernière fois. Ah! calmez−vous, calmez−vous, je vous en conjure.» Et pendant ce long discours je me rapprochais insensiblement. − «Si vous voulez que je me calme, répondit la Belle effarouchée, vous−même soyez donc plus tranquille. — Hé bien! oui, je vous le promets»” “<Mais, repris−je aussitôt d’un air égaré, je suis venu, n’est−il pas vrai, pour vous rendre vos Lettres? De grâce, daignez les reprendre. Ce douloureux sacrifice me reste à faire: ne me laissez rien qui puisse affaiblir mon courage.> Et tirant de ma poche le précieux recueil: «Le voilà, dis−je, ce dépôt trompeur des assurances de votre amitié! Il m’attachait à la vie, reprenez−le. Donnez ainsi vous−même le signal qui doit me séparer de vous pour jamais.»” “Là, je la pressai de mes bras, sans qu’elle se défendît aucunement; et jugeant par cet oubli des bienséances combien l’émotion était forte et puissante: «Femme adorable, lui dis−je en risquant l’enthousiasme, vous n’avez pas d’idée de l’amour que vous inspirez; vous ne saurez jamais à quel point vous fûtes adorée, et de combien ce sentiment m’était plus cher que l’existence! Puissent tous vos jours être fortunés et tranquilles; puissent−ils s’embellir de tout le bonheur dont vous m’avez privé! Payez au moins ce voeu sincère par un regret, par une larme; et croyez que le dernier de mes sacrifices ne sera pas le plus pénible à mon crieur. Adieu.»”

“− Il faut vous fuir, il le faut!

− Non! s’écria−t−elle…

A ce dernier mot, elle se précipita ou plutôt tomba évanouie entre mes bras.

Comme je doutais encore d’un si heureux succès, je feignis un grand effroi; mais tout en m’effrayant, je la conduisais, ou la portais vers le lieu précédemment désigné pour le champ de ma gloire; et en effet elle ne revint à elle que soumise et déjà livrée à son heureux vainqueur.

“je crains, à présent, de m’être amolli comme Annibal dans les délices de Capoue.” (*)

(*) explicação wikipedianesca (provérbio francês):

Capoue accueille Hannibal et le soutient contre Rome dans la bataille de Zama. Après la défaite d’Hannibal, Capoue est reprise par Rome en 211 av. J.-C. et punie par la confiscation de son territoire et la privation de la citoyenneté.

Hannibal a été accusé de «s’être endormi dans les délices de Capoue», et l’expression a traversé les âges sous forme de proverbe, signifiant: «perdre un temps précieux, qui pourrait être avantageusement employé, et/ou s’amollir dans la facilité au lieu de se préparer à la lutte». En réalité, Hannibal, qui manquait de matériel de siège [montaria], ne pouvait pas marcher sur Rome.”

CARÍCIA DE EX-NAMORADO: “Je m’attendais bien qu’un si grand événement ne se passerait pas sans les larmes et le désespoir d’usage; et si je remarquai d’abord un peu plus de confusion, et une sorte de recueillement, j’attribuai l’un et l’autre à l’état de Prude: aussi, sans m’occuper de ces légères différences que je croyais purement locales, je suivais simplement la grande route des consolations, bien persuadé que, comme il arrive d’ordinaire, les sensations aideraient le sentiment et qu’une seule action ferait plus que tous les discours, que pourtant je ne négligeais pas. Mais je trouvai une résistance vraiment effrayante, moins encore par son excès que par la forme sous laquelle elle se montrait.

Figurez−vous une femme assise, d’une raideur immobile, et d’une figure invariable; n’ayant l’air ni de penser, ni d’écouter, ni d’entendre; dont les yeux fixes laissent échapper des larmes assez continues, mais qui coulent sans effort. Telle était Madame de Tourvel, pendant mes discours; mais si j’essayais de ramener son attention vers moi par une caresse, par le geste même le plus innocent, à cette apparente apathie succédaient aussitôt la terreur, la suffocation, les convulsions, les sanglots, et quelques cris par intervalles, mais sans un mot articulé.

Ces crises revinrent plusieurs fois, et toujours plus fortes; la dernière même fut si violente que j’en fus entièrement découragé et craignis un moment d’avoir remporté une victoire inutile. Je me rabattis sur les lieux communs d‘usage; et dans le nombre se trouva celui−ci: «Et vous êtes dans le désespoir, parce que vous avez fait mon bonheur?» A ce mot, l’adorable femme se tourna vers moi; et sa figure, quoique encore un peu égarée, avait pourtant déjà repris son expression céleste. «Votre bonheur», me dit−elle. Vous devinez ma réponse. − Vous êtes donc heureux?» Je redoublai les protestations. «Et heureux par moi!» J’ajoutai les louanges et les tendres propos. Tandis que je parlais, tous ses membres s’assouplirent; elle retomba avec mollesse, appuyée sur son fauteuil; et m’abandonnant une main que j’avais osé prendre: «Je sens, dit−elle, que cette idée me console et me soulage.»

SUCCÈS ENFIN!Aussi quand je voulus tenter un second succès, j’éprouvai d’abord quelque résistance, et ce qui s’était passé auparavant me rendait circonspect: mais ayant appelé à mon secours cette même idée de mon bonheur, j’en ressentis bientôt les favorables effets: «Vous avez raison, me dit la tendre personne; je ne puis plus supporter mon existence qu’autant qu’elle servira à vous rendre heureux. Je m’y consacre tout entière: dès ce moment je me donne à vous, et vous n’éprouverez de ma part ni refus, ni regrets.» Ce fut avec cette candeur naïve ou sublime qu’elle me livra sa personne et ses charmes, et qu’elle augmenta mon bonheur en le partageant. L’ivresse fut complète et réciproque; et, pour la première fois, la mienne survécut au plaisir. Je ne sortis de ses bras que pour tomber à ses genoux, pour lui jurer un amour éternel; et, il faut tout avouer, je pensais ce que je disais. Enfin, même après nous être séparés, son idée ne me quittait point, et j’ai eu besoin de me travailler pour m’en distraire.

Ah! pourquoi n’êtes−vous pas ici, pour balancer au moins le charme de l’action par celui de la récompense? Mais je ne perdrai rien pour attendre, n’est−il pas vrai? et j’espère pouvoir regarder, comme convenu entre nous, l’heureux arrangement que je vous ai proposé dans ma dernière Lettre. Vous voyez que je m’exécute, et que, comme je vous l’ai promis, mes affaires seront assez avancées pour pouvoir vous donner une partie de mon temps. Dépêchez−vous donc de renvoyer votre pesant Belleroche et laissez là le doucereux Danceny, pour ne vous occuper que de moi. Mais que faites−vous donc tant à cette campagne que vous ne me répondez seulement pas? Savez−vous que je vous gronderais volontiers? Mais le bonheur porte à l’indulgence. Et puis je n’oublie pas qu’en me replaçant au nombre de vos soupirants je dois me soumettre, de nouveau, à vos petites fantaisies. Souvenez−vous cependant que le nouvel Amant ne veut rien perdre des anciens droits de l’ami.

Adieu, comme autrefois… Oui, adieu, mon Ange! Je t’envoie tous les baisers de l’amour.

P.S: Savez−vous que Prévan, au bout de son mois de prison, a été obligé de quitter son Corps? C’est aujourd’hui la nouvelle de tout Paris. En vérité, le voilà cruellement puni d’un tort qu’il n’a pas eu, et votre succès est complet!

Paris, ce 29 octobre 17**.”

“On est forcé de reconnaître véritablement là un coup de la Providence, qui, en touchant l’un, a aussi sauvé l’autre. Oui, ma chère Belle, Dieu, qui ne voulait que vous éprouver, vous a secourue au moment où vos forces étaient épuisées; et malgré votre petit murmure, vous avez, je crois, quelques actions de grâces à lui rendre. Ce n’est pas que je ne sente fort bien qu’il vous eût été plus agréable que cette résolution vous fût venue la première, et que celle de Valmont n’en eût été que la suite; il semble même, humainement parlant, que les droits de notre sexe en eussent été mieux conservés, et nous ne voulons en perdre aucun!” Rosemonde

En vain: “Inutilement vous aurais−je parlé plus tôt avec cette apparente sévérité: l’amour est un sentiment indépendant, que la prudence peut faire éviter, mais qu’elle ne saurait vaincre; et qui, une fois né, ne meurt que de sa belle mort ou du défaut absolu d’espoir. C’est ce dernier cas, dans lequel vous êtes, qui me rend le courage et le droit de vous dire librement mon avis. Il est cruel d’effrayer un malade désespéré, qui n’est plus susceptible que de consolations et de palliatifs: mais il est sage d’éclairer un convalescent sur les dangers qu’il a courus, pour lui inspirer la prudence dont il a besoin, et la soumission aux conseils qui peuvent encore lui être nécessaires.

“les petites incommodités que vous ressentez à présent, et qui peut−être exigent quelques remèdes, ne sont pourtant rien en comparaison de la maladie effrayante dont voilà la guérison assurée. Ensuite comme votre amie, comme l’amie d’une femme raisonnable et vertueuse, je me permettrai d’ajouter que cette passion, qui vous avait subjuguée, déjà si malheureuse par elle−même, le devenait encore plus par son objet. Si j’en crois ce qu’on m’en dit, mon neveu, que j’avoue aimer peut−être avec faiblesse, et qui réunit en effet beaucoup de qualités louables à beaucoup d’agréments, n’est ni sans danger pour les femmes, ni sans torts vis−à−vis d’elles, et met presque un prix égal à les séduire et à les perdre. Je crois bien que vous l’auriez converti. Jamais personne sans doute n’en fut plus digne: mais tant d’autres s’en sont flattées de même, dont l’espoir a été déçu, que j’aime bien mieux que vous n’en soyez pas réduite à cette ressource.

Considérez à présent, ma chère Belle, qu’au lieu de tant de dangers que vous auriez eu à courir, vous aurez, outre le repos de votre conscience et votre propre tranquillité, la satisfaction d’avoir été la principale cause de l’heureux retour de Valmont.”

Vertu perdue: “venez surtout vous réjouir avec votre tendre mère d’avoir si heureusement tenu la parole que vous lui aviez donnée, de ne rien faire qui ne fût digne d’elle et de vous!” 30 octobre

“vous jugerez facilement combien votre proposition a dû me paraître ridicule. Qui, moi! je sacrifierais un goût, et encore un goût nouveau, pour m’occuper de vous? Et pour m’en occuper comment? en attendant à mon tour, et en esclave soumise, les sublimes faveurs de votre Hautesse. Quand, par exemple, vous voudrez vous distraire un moment de ce charme inconnu que l’adorable, la céleste Madame de Tourvel vous a fait seule éprouver, ou quand vous craindrez de compromettre, auprès de l’attachante Cécile, l’idée supérieure que vous êtes bien aise qu’elle conserve de vous: alors descendant jusqu’à moi, vous y viendrez chercher des plaisirs, moins vifs à la vérité, mais sans conséquence; et vos précieuses bontés, quoique un peu rares, suffiront de reste à mon bonheur!” A sacana Merteuil

“Certes, vous êtes riche en bonne opinion de vous−même: mais apparemment je ne le suis pas en modestie; car j’ai beau me regarder, je ne peux pas me trouver déchue jusque−là. C’est peut−être un tort que j’ai; mais je vous préviens que j’en ai beaucoup d’autres encore.” “J’ai surtout celui de croire que l’écolier, le doucereux Danceny, uniquement occupé de moi, me sacrifiant, sans s’en faire un mérite, une première passion, avant même qu’elle ait été satisfaite, et m’aimant enfin comme on aime à son âge, pourrait, malgré ses vingt ans, travailler plus efficacement que vous à mon bonheur et à mes plaisirs. Je me permettrai même d’ajouter que, s’il me venait en fantaisie de lui donner un adjoint, ce ne serait pas vous, au moins pour le moment.aussi éloignés l’un de l’autre par notre façon de penser, nous ne pouvons nous rapprocher d’aucune manière; et je crains qu’il ne me faille beaucoup de temps, mais beaucoup, avant de changer de sentiment. Quand je serai corrigée, je vous promets de vous avertir. Jusque−là croyez−moi, faites d’autres arrangements, et gardez vos baisers, vous avez tant à les placer mieux!…Adieu, comme autrefois, dites−vous? Mais autrefois, ce me semble, vous faisiez un peu plus de cas de moi; vous ne m’aviez pas destinée tout à fait aux troisièmes Rôles; et surtout vous vouliez bien attendre que j’eusse dit oui, avant d’être sûr de mon consentement. Trouvez donc bon qu’au lieu de vous dire aussi adieu comme autrefois, je vous dise adieu comme à présent.

Votre servante, Monsieur le Vicomte.

Du Château de …, ce 31 octobre 17**.”

“Je n’ai reçu qu’hier, Madame, votre tardive réponse. Elle m’aurait tuée sur−le−champ, si j’avais eu encore mon existence en moi: mais un autre en est possesseur, et cet autre est M. de Valmont. Vous voyez que je ne vous cache rien. Si vous devez ne me plus trouver digne de votre amitié, je crains moins encore de la perdre que de la surprendre. Tout ce que je puis vous dire, c’est que, placée par M. de Valmont entre sa mort ou son bonheur, je me suis décidée pour ce dernier parti. Je ne m’en vante, ni ne m’en accuse: je dis simplement ce qui est.“quand je crains de ne pouvoir plus supporter mes tourments, je me dis: Valmont est heureux; et tout disparaît devant cette idée, ou plutôt elle change tout en plaisirs.” “Comme je n’aurai vécu que pour lui, ce sera en lui que reposera ma mémoire; et s’il est forcé de reconnaître que je l’aimais, je serai suffisamment justifiée.

“Il me semble même que cette marche franche et libre, quand elle est fondée sur une ancienne liaison, est bien préférable à l’insipide cajolerie qui affadit si souvent l’amour.” “je n’imagine pas que vous ayez pu penser sérieusement qu’il existât une femme dans le monde qui me parût préférable à vous” “ne savez−vous pas que ces mots, plus souvent pris au hasard que par réflexion, expriment moins le cas que l’on fait de la personne que la situation dans laquelle on se trouve quand on en parle? Et si, dans le moment même où j’étais si vivement affecté ou par l’une ou par l’autre, je ne vous en désirais pourtant pas moins; si je vous donnais une préférence marquée sur toutes deux, puisque enfin je ne pouvais renouveler notre première liaison qu’au préjudice des deux autres, je ne crois pas qu’il y ait là si grand sujet de reproche.” “Pour la petite Cécile, je crois bien inutile de vous en parler. Vous n’avez pas oublié que c’est à votre demande que je me suis chargé de cette enfant, et je n’attends que votre congé pour m’en défaire. J’ai pu remarquer son ingénuité et sa fraîcheur; j’ai pu même la croire un moment attachante, parce que, plus ou moins, on se complaît toujours un peu dans son ouvrage: mais assurément, elle n’a assez de consistance en aucun genre pour fixer en rien l’attention.” “pourquoi semblez−vous m’annoncer que toute correspondance va être rompue entre nous? Est−ce pour me punir de n’avoir pas deviné ce qui était contre toute vraisemblance? ou me soupçonnez−vous de vous avoir affligée volontairement? Non, je connais trop bien votre coeur, pour croire qu’il pense ainsi du mien. Aussi la peine que m’a faite votre lettre est−elle bien moins relative à moi qu’à vous−même!” “Hé! quelle femme vraiment délicate et sensible n’a pas trouvé l’infortune dans ce même sentiment qui lui promettait tant de bonheur! Les hommes savent−ils apprécier la femme qu’ils possèdent?”

Ne croyez pas, ma chère Enfant, que leur amour soit semblable au nôtre. Ils éprouvent bien la même ivresse; souvent même ils y mettent plus d’emportement: mais ils ne connaissent pas cet empressement inquiet, cette sollicitude délicate, qui produit en nous ces soins tendres et continus, et dont l’unique but est toujours l’objet aimé. L’homme jouit du bonheur qu’il ressent, et la femme de celui qu’elle procure. Cette différence, si essentielle et si peu remarquée, influe pourtant, d’une manière bien sensible, sur la totalité de leur conduite respective. Le plaisir de l’un est de satisfaire des désirs, celui de l’autre est surtout de les faire naître. Plaire n’est pour lui qu’un moyen de succès; tandis que pour elle, c’est le succès lui−même. Et la coquetterie, si souvent reprochée aux femmes, n’est autre chose que l’abus de cette façon de sentir, et par là même en prouve la réalité. Enfin, ce goût exclusif, qui caractérise particulièrement l’amour, n’est dans l’homme qu’une préférence, qui sert, au plus, à augmenter un plaisir, qu’un autre objet affaiblirait peut−être, mais ne détruirait pas; tandis que dans les femmes, c’est un sentiment profond, qui non seulement anéantit tout désir étranger, mais qui, plus fort que la nature, et soustrait à son empire, ne leur laisse éprouver que répugnance et dégoût, là même où semble devoir naître la volupté.”

“Dans les maux sans remèdes, les conseils ne peuvent plus porter que sur le régime. Ce que je vous demande seulement, c’est de vous souvenir que plaindre un malade, ce n’est pas le blâmer. Eh! qui sommes−nous, pour nous blâmer les uns les autres? Laissons le droit de juger à celui−là seul qui lit dans les coeurs; et j’ose même croire qu’à ses yeux paternels une foule de vertus peut racheter une faiblesse.”

TEORIA DA ASSIMETRIA E IMPASSE ETERNO: “N’avez−vous pas encore remarqué que le plaisir, qui est bien en effet l’unique mobile de la réunion des deux sexes, ne suffit pourtant pas pour former une liaison entre eux? et que, s’il est précédé du désir qui rapproche, il n’est pas moins suivi du dégoût qui repousse? C’est une loi de la nature, que l’amour seul peut changer; et de l’amour, en a−t−on quand on veut? Il en faut pourtant toujours: et cela serait vraiment fort embarrassant, si on ne s’était pas aperçu qu’heureusement il suffisait qu’il en existât d’un côté. La difficulté est devenue par là de moitié moindre, et même sans qu’il y ait eu beaucoup à perdre; en effet, l’un jouit du bonheur d’aimer, l’autre de celui de plaire, un peu moins vif à la vérité, mais auquel se joint le plaisir de tromper, ce qui fait équilibre; et tout s’arrange. Mais dites−moi, Vicomte, qui de nous deux se chargera de tromper l’autre?” “je sens à merveille que pour une seule soirée nous nous suffirons de reste; et je ne doute même pas que nous ne sachions assez l’embellir pour ne la voir finir qu’à regret. Mais n’oublions pas que ce regret est nécessaire au bonheur; et quelque douce que soit notre illusion, n’allons pas croire qu’elle puisse être durable.” “ou je me trompe, ou la tendre Dévote doit beaucoup écrire: car que ferait−elle quand elle est seule? elle n’a sûrement pas le bon esprit de se distraire.” “Il en est déjà à se battre les flancs pour m’aimer; c’est au point qu’à présent je mets autant de malice que de prudence dans les caresses dont je le surcharge. Mais, en même temps, vous voyez bien que ce ne serait pas là un sacrifice à vous faire! une infidélité réciproque rendra le charme bien plus piquant.“Mais pourquoi s’occuper encore d’un bonheur qui ne peut revenir? Non, quoi que vous en disiez, c’est un retour impossible. D’abord, j’exigerais des sacrifices que sûrement vous ne pourriez ou ne voudriez pas me faire, et qu’il se peut bien que je ne mérite pas

“j’admirerai, surtout, cette indulgence de la vertu, qui ne connaît nos faiblesses que pour y compatir [consolar], et dont le charme puissant conserve sur les coeurs un empire si doux et si fort, même à côté du charme de l’amour.” “Et comment ne croirais−je pas à un bonheur parfait, quand je l’éprouve en ce moment? Oui, si les hommes sont tels que vous le dites, il faut les fuir, ils sont haïssables; mais qu’alors Valmont est loin de leur ressembler! S’il a comme eux cette violence de passion, que vous nommez emportement, combien n’est−elle pas surpassée en lui par l’excès de sa délicatesse! Ô mon amie! vous me parlez de partager mes peines, jouissez donc de mon bonheur; je le dois à l’amour, et de combien encore l’objet en augmente le prix! Vous aimez votre neveu, dites−vous, peut−être avec faiblesse? ah! si vous le connaissiez comme moi! je l’aime avec idolâtrie, et bien moins encore qu’il ne le mérite. Il a pu sans doute être entraîné dans quelques erreurs, il en convient lui−même; mais qui jamais connut comme lui le véritable amour?” “depuis qu’il peut se livrer sans contrainte aux mouvements de son coeur, il semble deviner tous les désirs du mien. Qui sait si nous n’étions pas nés l’un pour l’autre, si ce bonheur ne m’était pas réservé, d’être nécessaire au sien! Ah! si c’est une illusion, que je meure donc avant qu’elle finisse. Mais non; je veux vivre pour le chérir, pour l’adorer. Pourquoi cesserait−il de m’aimer? Quelle autre femme rendrait−il plus heureuse que moi? Et, je le sens par moi−même, ce bonheur qu’on fait naître, est le plus fort lien, le seul qui attache véritablement. Oui, c’est ce sentiment délicieux qui ennoblit l’amour, qui le purifie en quelque sorte, et le rend vraiment digne d’une âme tendre et généreuse, telle que celle de Valmont.”

“songez donc qu’il n’y a guère que huit jours que je jouis du fruit de trois mois de soins. Je me suis si souvent arrêté davantage à ce qui valait bien moins, et ne m’avait pas tant coûté!…” “D’abord, pour beaucoup de femmes, le plaisir est toujours le plaisir et n’est jamais que cela; et auprès de celles−là, de quelque titre qu’on nous décore, nous ne sommes jamais que des facteurs, de simples commissionnaires, dont l’activité fait tout le mérite, et parmi lesquels, celui qui fait le plus est toujours celui qui fait le mieux.

Dans une autre classe, peut−être la plus nombreuse aujourd’hui, la célébrité de l’Amant, le plaisir de l’avoir enlevé à une rivale, la crainte de se le voir enlever à son tour, occupent les femmes presque tout entières: nous entrons bien, plus ou moins, pour quelque chose dans l’espèce de bonheur dont elles jouissent; mais il tient plus aux circonstances qu’à la personne. Il leur vient par nous, et non de nous.” “j’ai vue une femme sortir du plaisir tout éplorée [desmanchada em lágrimas], et le moment d’après retrouver la volupté dans un mot qui répondait à son âme.” “Mais de ce que l’esprit est occupé, s’ensuit−il que le coeur soit esclave? non, sans doute. Aussi le prix que je ne me défends pas de mettre à cette aventure ne m’empêchera pas d’en courir d’autres, ou même de la sacrifier à de plus agréables.” “Sa mère la ramène à la Ville dans trois jours; et moi, depuis hier, j’ai su assurer mes communications: quelque argent au portier et quelques fleurettes à sa femme en ont fait l’affaire. Concevez−vous que Danceny n’ait pas su trouver ce moyen si simple? et puis, qu’on dise que l’amour rend ingénieux! il abrutit au contraire ceux qu’il domine. Et je ne saurais pas m’en défendre! Ah! soyez tranquille. Déjà je vais, sous peu de jours, affaiblir, en la partageant, l’impression peut−être trop vive que j’ai éprouvée; et si un simple partage ne suffit pas, je les multiplierai.” “Il est actuellement dans la grande inquiétude de savoir s’il sera reçu chez Madame de Volanges; je le calme le plus que je peux, en l’assurant que, de façon ou d’autre, je ferai son bonheur au premier jour: et en attendant, je continue à me charger de la correspondance, qu’il veut reprendre à l’arrivée de sa Cécile. J’ai déjà six Lettres de lui, et j’en aurai bien encore une ou deux avant l’heureux jour. Il faut que ce garçon−là soit bien désoeuvré!” “Ai−je donc jamais cessé d’être constant pour vous? Nos liens ont été dénoués, et non pas rompu; notre prétendue rupture ne fut qu’une erreur de notre imagination: nos sentiments, nos intérêts n’en sont pas moins restés unis. Semblable au voyageur, qui revient détrompé, je reconnaîtrai comme lui que j’avais laissé le bonheur pour courir après l’espérance et je dirai comme d’Harcourt:

Plus je vis d’étrangers, plus j’aimai ma patrie (Du Belloi, Tragédie du Siège de Calais)

Mais eu vejo do estrangeiro, mais saudade me dá da minha pátria!

Ne combattez donc plus l’idée ou plutôt le sentiment qui vous ramène à moi; et après avoir essayé de tous les plaisirs dans nos courses différentes, jouissons du bonheur de sentir qu’aucun d’eux n’est comparable à celui que nous avions éprouvé, et que nous retrouverons plus délicieux encore!

Adieu, ma charmante amie. Je consens à attendre votre retour: mais pressez−le donc, et n’oubliez pas combien je le désire.

Paris, ce 8 novembre 17**.”

“En vérité, Vicomte, vous êtes bien comme les enfants, devant qui il ne faut rien dire, et à qui on ne peut rien montrer qu’ils ne veuillent s’en emparer aussitôt! Une simple idée qui me vient, à laquelle même je vous avertis que je ne veux pas m’arrêter, parce que je vous en parle, vous en abusez pour y ramener mon attention; pour m’y fixer, quand je cherche à m’en distraire; et me faire, en quelque sorte, partager malgré moi vos désirs étourdis! Est−il donc généreux à vous de me laisser supporter seule tout le fardeau de la prudence? Je vous le redis, et me le répète plus souvent encore, l’arrangement que vous me proposez est réellement impossible. Quand vous y mettriez toute la générosité que vous me montrez en ce moment, croyez−vous que je n’aie pas aussi ma délicatesse, et que je veuille accepter des sacrifices qui nuiraient à votre bonheur?

C’est de l’amour, ou il n’en exista jamais: vous le niez bien de cent façons; mais vous le prouvez de mille. Qu’est−ce, par exemple, que ce subterfuge dont vous vous servez vis−à−vis de vous−même (car je vous crois sincère avec moi), qui vous fait rapporter à l’envie d’observer le désir que vous ne pouvez ni cacher ni combattre, de garder cette femme? Ne dirait−on pas que jamais vous n’en avez rendu une autre heureuse, parfaitement heureuse? Ah! si vous en doutez, vous avez bien peu de mémoire! Mais non, ce n’est pas cela. Tout simplement votre coeur abuse votre esprit, et le fait se payer de mauvaises raisons: mais moi, qui ai un grand intérêt à ne pas m’y tromper, je ne suis pas si facile à contenter.” “En effet, ce n’est plus l’adorable, la céleste Madame de Tourvel, mais c’est une femme étonnante, une femme délicate et sensible, et cela, à l’exclusion de toutes les autres; une femme rare enfin, et telle qu’on n’en rencontrerait pas une seconde. (…) Ou ce sont là, Vicomte, des symptômes assurés d’amour, ou il faut renoncer à en trouver aucun.” “Soyez assuré que, pour cette fois, je vous parle sans humeur. Je me suis promis de n’en plus prendre; j’ai trop bien reconnu qu’elle pouvait devenir un piège dangereux. Croyez−moi, ne soyons qu’amis, et restons−en là. Sachez−moi gré seulement de mon courage à me défendre: oui, de mon courage; car il en faut quelquefois, même pour ne pas prendre un parti qu’on sent être mauvais.” La courage de la vertu!

“J’exigerais donc, voyez la cruauté! que cette rare, cette étonnante Madame de Tourvel ne fût plus pour vous qu’une femme ordinaire, une femme telle qu’elle est seulement: car il ne faut pas s’y tromper; ce charme qu’on croit trouver dans les autres, c’est en nous qu’il existe; et c’est l’amour seul qui embellit tant l’objet aimé.

Ce n’est pas tout encore, je serais capricieuse. Ce sacrifice de la petite Cécile, que vous m’offrez de si bonne grâce, je ne m’en soucierais pas du tout. Je vous demanderais au contraire de continuer ce pénible service, jusqu’à nouvel ordre de ma part; soit que j’aimasse à abuser ainsi de mon empire; soit que, plus indulgente ou plus juste, il me suffît de disposer de vos sentiments, sans vouloir contrarier vos plaisirs. Quoi qu’il en soit, je voudrais être obéie; et mes ordres seraient bien rigoureux!

Il est vrai qu’alors je me croirais obligée de vous remercier; que sait−on? peut−être même de vous récompenser. Sûrement, par exemple, j’abrégerais une absence qui me deviendrait insupportable. Je vous reverrais enfin, Vicomte, et je vous reverrais… comment?… Mais vous vous souvenez que ceci n’est plus qu’une conversation, un simple récit d’un projet impossible, et je ne veux pas l’oublier toute seule…“Adieu, Vicomte, écrivez−moi souvent: le détail de vos plaisirs me dédommagera au moins en partie des ennuis que j’éprouve.

Du Château de …, ce 11 novembre 17**.”

“Ah! Dieu, quand je songe qu’à ma dernière Lettre c’était l’excès de mon bonheur qui m’empêchait de la continuer! C’est celui de mon désespoir qui m’accable à présent; qui ne me laisse de force que pour sentir mes douleurs, et m’ôte celle de les exprimer.

Valmont… Valmont ne m’aime plus, il ne m’a jamais aimée. L’amour ne s’en va pas ainsi. Il me trompe, il me trahit, il m’outrage. Tout ce qu’on peut réunir d’infortunes, d’humiliations, je les éprouve, et c’est de lui qu’elles me viennent.” “C’était hier; je devais pour la première fois, depuis mon retour, souper hors de chez moi. Valmont vint me voir à cinq heures; jamais il ne m’avait paru si tendre. Il me fit connaître que mon projet de sortir le contrariait, et vous jugez que j’eus bientôt celui de rester chez moi. Cependant, deux heures après, et tout à coup, son air et son ton changèrent sensiblement. Je ne sais s’il me sera échappé quelque chose qui aura pu lui déplaire; quoi qu’il en soit, peu de temps après, il prétendit se rappeler une affaire qui l’obligeait de me quitter, et il s’en alla” “j’aperçus à quatre pas devant moi, et dans la file à côté de la mienne, la voiture de Valmont. Le coeur me battit aussitôt, mais ce n’était pas de crainte; et la seule idée qui m’occupait était le désir que ma voiture avançât. Au lieu de cela, ce fut la sienne qui fut forcée de reculer, et qui se trouva à côté de la mienne. Je m’avançai sur−le−champ: quel fut mon étonnement de trouver à ses côtés une fille, bien connue pour telle! Je me retirai, comme vous pouvez penser, et c’en était déjà bien assez pour navrer mon coeur: mais ce que vous aurez peine à croire, c’est que cette même fille apparemment instruite par une odieuse confidence, n’a pas quitté la portière de la voiture, ni cessé de me regarder, avec des éclats de rire à faire scène.

voir, voire, la voiture volontiers

“le public, dont l’opinion sépare encore, par un immense intervalle, la femme faible de la femme dépravée.”

“cet événement a pour première cause le charme tout−puissant que j’éprouve auprès de vous. Ce fut lui qui me fit oublier trop longtemps une affaire importante, et qui ne pouvait se remettre. Je vous quittai trop tard, et ne trouvai plus la personne que j’allais chercher. J’espérais la rejoindre à l’Opéra, et ma démarche fut pareillement infructueuse. Émilie que j’y trouvai, que j’ai connue dans un temps où j’étais bien loin de connaître ni vous ni l’amour. Émilie n’avait pas sa voiture, et me demanda de la remettre chez elle à quatre pas de là. Je n’y vis aucune conséquence, et j’y consentis. Mais ce fut alors que je vous rencontrai; et je sentis sur−le−champ que vous seriez portée à me juger coupable.

La crainte de vous déplaire ou de vous affliger est si puissante sur moi, qu’elle dut être et fut en effet bientôt remarquée. J’avoue même qu’elle me fit tenter d’engager cette fille à ne pas se montrer; cette précaution de la délicatesse a tourné contre l’amour. Accoutumée, comme toutes celles de son état, à n’être sûre d’un empire toujours usurpé que par l’abus qu’elles se permettent d’en faire. Émilie se garda bien d’en laisser échapper une occasion si éclatante. Plus elle voyait mon embarras s’accroître, plus elle affectait de se montrer; et sa folle gaieté, dont je rougis que vous ayez pu un moment vous croire l’objet, n’avait de cause que la peine cruelle que je ressentais, qui elle−même venait encore de mon respect et de mon amour.” “Eh! que peut−il y avoir de commun entre une surprise des sens, entre un moment d’oubli de soi−même, que suivent bientôt la honte et le regret, et un sentiment pur, qui ne peut naître que dans une âme délicate et s’y soutenir que par l’estime, et dont enfin le bonheur est le fruit! Ah! ne profanez pas ainsi l’amour. Craignez surtout de vous profaner vous−même, en réunissant sous un même point de vue ce qui jamais ne peut se confondre. Laissez les femmes viles et dégradées redouter une rivalité qu’elles sentent malgré elles pouvoir s’établir, et éprouver les tourments d’une jalousie également cruelle et humiliante” “Ah! Madame, me livrerez−vous aujourd’hui à un désespoir éternel?”

“J’ai déjà réussi. Je viens de recevoir un second billet, toujours bien rigoureux, et qui confirme l’éternelle rupture, comme cela devait être; mais dont le ton n’est pourtant plus le même. Surtout, on ne veut plus me voir ce parti pris y est annoncé quatre fois de la manière la plus irrévocable. J’en ai conclu qu’il n’y avait pas un moment à perdre pour me présenter. J’ai déjà envoyé mon Chasseur, pour s’emparer du Suisse; et dans un moment, j’irai moi−même faire signer mon pardon: car dans les torts de cette espèce, il n’y a qu’une seule formule qui porte absolution générale, et celle−là ne s’expédie qu’en présence.

Oui, tout est oublié, pardonné; disons mieux, tout est réparé. À cet état de douleur et d’angoisse, ont succédé le calme et les délices. Ô joie de mon coeur, comment vous exprimer! Valmont est innocent; on n’est point coupable avec autant d’amour. Ces torts graves, offensants que je lui reprochais avec tant d’amertume, il ne les avait pas et si, sur un seul point, j’ai eu besoin d’indulgence, n’avais−je donc pas aussi mes injustices à réparer?

Je ne vous ferai point le détail des faits ou des raisons qui le justifient; peut−être même l’esprit les apprécierait mal: c’est au coeur seul qu’il appartient de les sentir. Si pourtant vous deviez me soupçonner de faiblesse, j’appellerais votre jugement à l’appui du mien. Pour les hommes, dites−vous vous−même, l’infidélité n’est pas l’inconstance. Ce n’est pas que je ne sente que cette distinction, qu’en vain l’opinion autorise, n’en blesse pas moins la délicatesse: mais de quoi se plaindrait la mienne, quand celle de Valmont en souffre plus encore? Ce même tort que j’oublie, ne croyez pas qu’il se le pardonne ou s’en console; et pourtant, combien n’a−t−il pas réparé cette légère faute par l’excès de son amour et celui de mon bonheur!

“nous menions, votre Pupille et moi, une vie commode et bien réglée. Mais l’habitude amène la négligence: les premiers jours nous n’avions jamais pris assez de précautions pour notre sûreté, nous tremblions encore derrière les verrous. Hier, une incroyable distraction a causé l’accident dont j’ai à vous instruire; et si, pour mon compte, j’en ai été quitte pour la peur, il en coûte plus cher à la petite fille.

Nous ne dormions pas, mais nous étions dans le repos et l’abandon qui suivent la volupté, quand nous avons entendu la porte de la chambre s’ouvrir tout à coup. Aussitôt je saute à mon épée, tant pour ma défense que pour celle de notre commune Pupille; je m’avance et ne vois personne: mais en effet la porte était ouverte. Comme nous avions de la lumière, j’ai été à la recherche, et n’ai trouvé âme qui vive. Alors je me suis rappelé que nous avions oublié nos précautions ordinaires; et sans doute la porte poussée seulement, ou mal fermée, s’était ouverte d’elle−même.

En allant rejoindre ma timide compagne pour la tranquilliser, je ne l’ai plus trouvée dans son lit; elle était tombée, ou s’était sauvée dans sa ruelle: enfin, elle y était étendue sans connaissance, et sans autre mouvement que d’assez fortes convulsions. Jugez de mon embarras! Je parvins pourtant à la remettre dans son lit, et même à la faire revenir; mais elle s’était blessée dans sa chute, et elle ne tarda pas à en ressentir les effets.

Des maux de reins, de violentes coliques, des symptômes moins équivoques encore, m’ont eu bientôt éclairé sur son état: mais, pour le lui apprendre, il a fallu lui dire d’abord celui où elle était auparavant; car elle ne s’en doutait pas. Jamais peut−être, jusqu’à elle, on n’avait conservé tant d’innocence, en faisant si bien tout ce qu’il fallait pour s’en défaire! Oh! celle−là ne perd pas son temps à réfléchir!

Mais elle en perdait beaucoup à se désoler, et je sentais qu’il fallait prendre un parti. Je suis donc convenu avec elle que j’irais sur−le−champ chez le Médecin et le Chirurgien de la maison, et qu’en les prévenant qu’on allait venir les chercher, je leur confierais le tout, sous le secret; qu’elle, de son côté, sonnerait sa Femme de chambre; qu’elle lui ferait ou ne lui ferait pas sa confidence, comme elle voudrait; mais qu’elle enverrait chercher du secours, et défendrait surtout qu’on réveillât Madame de Volanges: attention délicate et naturelle d’une fille qui craint d’inquiéter sa mère.” “s’il ne survient pas d’accident, on ne s’apercevra de rien dans la maison. La Femme de chambre est du secret; le Médecin a donné un nom à la maladie; et cette affaire s’arrangera comme mille autres, à moins que par la suite il ne nous soit utile qu’on en parle.

“Parlez−moi vrai; vous faites−vous illusion à vous−même, ou cherchez−vous à me tromper? la différence entre vos discours et vos actions ne me laisse de choix qu’entre ces deux sentiments: lequel est le véritable? Que voulez−vous donc que je vous dise, quand moi−même je ne sais que penser?” “Celui qui s’en abstient aujourd’hui passe pour romanesque, et ce n’est pas là, je crois, le défaut que je vous reproche.”

CUL SUCRÉ: “je conçois qu’un Sultan peut le ressentir pour sa Sultane favorite, ce qui ne l’empêche pas de lui préférer souvent une simple Odalisque. Ma comparaison me paraît d’autant plus juste que, comme lui, jamais vous n’êtes ni l’Amant ni l’ami d’une femme; mais toujours son tyran ou son esclave. Aussi suis−je bien sûre que vous vous êtes bien humilié, bien avili, pour rentrer en grâce avec ce bel objet! et trop heureux d’y être parvenu, dès que vous croyez le moment arrivé d’obtenir votre pardon, vous me quittez pour ce grand événement.” “Prenez−y garde, Vicomte! si une fois je réponds, ma réponse sera irrévocable; et craindre de la faire en ce moment, c’est peut−être déjà en dire trop. Aussi je n’en veux absolument plus parler.” “Presta atenção, visconde! quando eu te tiver respondido, não volto atrás; se digo que seria uma temeridade responder agora, acho que já digo muito, não?! Calo a boca pra não me comprometer.”

«On s’ennuie de tout, mon Ange, c’est une Loi de la Nature; ce n’est pas ma faute.»

«Si donc je m’ennuie aujourd’hui d’une aventure qui m’a occupé entièrement depuis quatre mortels mois, ce n’est pas ma faute.»

«Si, par exemple, j’ai eu juste autant d’amour que toi de vertu, et c’est sûrement beaucoup dire, il n’est pas étonnant que l’un ait fini en même temps que l’autre. Ce n’est pas ma faute.»

Sua meiguice impiedosa: «Il suit de là que depuis quelque temps je t’ai trompée: mais aussi, ton impitoyable tendresse m’y forçait en quelque sorte! Ce n’est pas ma faute.»

«Aujourd’hui, une femme que j’aime éperdument exige que je te sacrifie. Ce n’est pas ma faute.»

«Je sens bien que voilà une belle occasion de crier au parjure: mais si la Nature n’a accordé aux hommes que la constance, tandis qu’elle donnait aux femmes l’obstination, ce n’est pas ma faute.»

«Crois−moi, choisis un autre Amant, comme j’ai fait une autre Maîtresse. Ce conseil est bon, très bon; si tu le trouves mauvais, ce n’est pas ma faute.»

«Adieu, mon Ange, je t’ai prise avec plaisir, je te quitte sans regret: je te reviendrai peut−être. Ainsi va le monde. Ce n’est pas ma faute.»

“À propos, je vous remercie de vos détails sur la petite Volanges; c’est un article à réserver jusqu’au lendemain du mariage, pour la Gazette de médisance. En attendant, je vous fais mon compliment de condoléances sur la perte de votre postérité. Bonsoir, Vicomte.

Du Château de …, ce 24 novembre 17**.”

“A présent, comme vous pouvez croire, je suis fort empressé d’apprendre la fin de l’histoire de cet homme de votre connaissance, si véhémentement soupçonné de ne savoir pas, au besoin, sacrifier une femme. Ne se sera−t−il pas corrigé? et sa généreuse amie ne lui aura−t−elle pas fait grâce?”

“je chérirai mes tourments s’ils abrègent mon existence. Je vous envoie la Lettre que j’ai reçue hier; je n’y joindrai aucune réflexion, elle les porte avec elle. Ce n’est plus le temps de se plaindre, il n’y a plus qu’à souffrir. Ce n’est pas de pitié que j’ai besoin, c’est de force.”

“Quand les blessures sont mortelles, tout secours devient inhumain. Tout autre sentiment m’est étranger, que celui du désespoir. Rien ne peut plus me convenir que la nuit profonde où je vais ensevelir ma honte. J’y pleurerai mes fautes, si je puis pleurer encore! car, depuis hier, je n’ai pas versé une larme. Mon coeur flétri n’en fournit plus.

Adieu, Madame. Ne me répondez point. J’ai fait le serment sur cette Lettre cruelle de n’en plus recevoir aucune.

Paris, ce 27 novembre 17**.”

“Le Couvent est le véritable asile d’une veuve; et si elle persiste dans une résolution si louable, je joindrai à toutes les obligations que je lui ai déjà celle de la célébrité que va prendre cette aventure.” “Qu’ils se montrent donc, ces Critiques sévères, qui m’accusaient d’un amour romanesque et malheureux; qu’ils fassent des ruptures plus promptes et plus brillantes: mais non, qu’ils fassent mieux; qu’ils se présentent comme consolateurs, la route leur est tracée. Hé bien! qu’ils osent seulement tenter cette carrière que j’ai parcourue en entier; et si l’un d’eux obtient le moindre succès, je lui cède la première place. Mais ils éprouveront tous que, quand j’y mets du soin, l’impression que je laisse est ineffaçable. Ah! sans doute, celle−ci le sera; et je compterais pour rien tous mes autres triomphes, si jamais je devais avoir auprès de cette femme un rival préféré.”

Sa Cécile était malade! Vous jugez que la tête tourne dans un tel malheur. Trois fois par jour il envoyait savoir des nouvelles, et n’en passait aucun sans s’y présenter lui−même; enfin il a demandé, par une belle Epître à la Maman, la permission d’aller la féliciter sur la convalescence d’un objet si cher et Madame de Volanges y a consenti: si bien que j’ai trouvé le jeune homme établi comme par le passé, à un peu de familiarité près qu’il n’osait encore se permettre.” “vaudrait−il la peine que votre pupille fût aussi mon élève, si elle ne devait tromper que son mari? Le chef−d’oeuvre est de tromper son Amant et surtout son premier Amant! car pour moi, je n’ai pas à me reprocher d’avoir prononcé le mot d’amour.”

“Oui, Vicomte, vous aimiez beaucoup Madame de Tourvel, et même vous l’aimez encore; vous l’aimez comme un fou: mais parce que je m’amusais à vous en faire honte, vous l’avez bravement sacrifiée. Vous en auriez sacrifié mille, plutôt que de souffrir une plaisanterie. Où nous conduit pourtant la vanité! Le Sage a bien raison, quand il dit qu’elle est l’ennemie du bonheur.”

“Qui m’aurait dit, il y a quelque temps, que bientôt vous auriez ma confiance exclusive, je ne l’aurais pas cru. Mais la vôtre a entraîné la mienne. Je serais tentée de croire que vous y avez mis de l’adresse, peut−être même de la séduction. Cela serait bien mal au moins! Au reste, elle ne serait pas dangereuse à présent; vous avez vraiment bien autre chose à faire! Quand l’Héroïne est en scène on ne s’occupe guère de la Confidente.” “Depuis Alcibiade [o belo amante de Sócrates] jusqu’à vous, ne sait−on pas que les jeunes gens n’ont jamais connu l’amitié que dans leurs chagrins? Le bonheur les rend quelquefois indiscrets, mais jamais confiants. Je dirai bien comme Socrate: J’aime que mes amis viennent à moi quand ils sont malheureux [Marmontel, Conte moral d’Alcibiade]; mais en sa qualité de Philosophe, il se passait bien d’eux quand ils ne venaient pas. En cela, je ne suis pas tout à fait si sage que lui, et j’ai senti votre silence avec toute la faiblesse d’une femme.”

“Je ne compte donc sur vous pour demain au soir, qu’autant que l’amour vous laissera libre et désoccupé, et je vous défends de me faire le moindre sacrifice.

Adieu, Chevalier; je me fais une vraie fête de vous revoir: viendrez−vous?

Du Château de …, ce 29 novembre 17**.”

“Vous qui l’avez vue, comme moi, si peu forte, si timide et si douce, concevez−vous donc que quatre personnes puissent à peine la contenir, et que pour peu qu’on veuille lui représenter quelque chose, elle entre dans des fureurs inexprimables? Pour moi, je crains qu’il n’y ait plus que du délire, et que ce ne soit une vraie aliénation d’esprit.

Ce qui augmente ma crainte à ce sujet, c’est ce qui s’est passé avant hier.” Madame de Volanges

“on lui représenta que sa qualité de femme mariée ne permettait pas de la recevoir sans une permission particulière. Cette raison ni mille autres n’y firent rien; et dès ce moment, elle s’obstina, non seulement à ne pas sortir du Couvent, mais même de sa chambre. Enfin, de guerre lasse à sept heures du soir, on consentit qu’elle y passât la nuit. On renvoya sa voiture et ses gens, et on remit au lendemain à prendre un parti.”

O DEZEMBRO FINAL

“Ô vous, que j’aime! ô toi, que j’adore! ô vous, qui avez commencé mon bonheur! ô toi, qui l’as comblé [satisfez]! Amie sensible, tendre Amante, pourquoi le souvenir de ta douleur vient−il troubler le charme que j’éprouve? Ah! madame, calmez−vous, c’est l’amitié qui vous le demande. Ô mon amie, sois heureuse, c’est la prière de l’amour.” Danceny

TRANSANDO COM O CUPIDO: “je sens dans mon coeur qu’il n’y a eu entre nous deux d’autre séducteur que l’amour. Ne crains donc plus de te livrer aux sentiments que tu inspires, de te laisser pénétrer de tous les feux que tu fais naître. Quoi! pour avoir été éclairés plus tard, nos coeurs en seraient−ils moins purs? non, sans doute. C’est au contraire la séduction, qui, n’agissant jamais que par projets, peut combiner sa marche et ses moyens, et prévoir au loin les événements. Mais l’amour véritable ne permet pas ainsi de méditer et de réfléchir: il nous distrait de nos pensées par nos sentiments; son empire n’est jamais plus fort que quand il est inconnu; et c’est dans l’ombre et le silence qu’il nous entoure de liens qu’il est également impossible d’apercevoir et de rompre.” “et tous deux nous n’avons reconnu l’Amour qu’en sortant de l’ivresse où ce Dieu nous avait plongés.”

“Dès que nous fûmes seules, elle m’apprit tout ce que déjà vous avez su d’elle, et que par cette raison je ne vous répéterai point.” “Ces accidents n’ont plus cessé de la soirée; et le bulletin de ce matin m’apprend que la nuit n’a pas été moins orageuse. Enfin, son état est tel que je m’étonne qu’elle n’y ait pas déjà succombé, et je ne vous cache point qu’il ne me reste que peu d’espoir.”

“s’il faut t’en croire, je n’obtiendrai point de réponse de toi: cette Lettre même sera la dernière; et nous nous priverons d’un commerce qui, selon toi, est dangereux, et dont nous n’avons pas besoin. Sûrement je t’en croirai, si tu persistes: car que peux−tu vouloir, que par cette raison même je ne le veuille aussi? Mais avant de te décider entièrement, ne permettras−tu pas que nous en causions ensemble?

Sur l’article des dangers, tu dois juger seule: je ne puis rien calculer, et je m’en tiens à te prier de veiller à ta sûreté, car je ne puis être tranquille quand tu seras inquiète. Pour cet objet, ce n’est pas nous deux qui ne sommes qu’un, c’est toi qui es nous deux.” “si nous différons d’avis, ce ne peut être que faute de nous expliquer ou de nous entendre.”

“C’est alors qu’une Lettre est si précieuse; si on ne la lit pas, du moins on la regarde… Ah! sans doute, on peut regarder une Lettre sans la lire, comme il me semble que la nuit j’aurais encore quelque plaisir à toucher ton portrait…”

SUMMUM VULGATA: “Adieu, ma charmante amie; l’heure approche enfin ou je pourrai te voir: je te quitte bien vite, pour t’aller retrouver plus tôt.

Paris, ce 3 décembre 17**.”

“Vous êtes à Paris depuis 4 jours; et chaque jour vous avez vu Danceny, et vous n’avez vu que lui seul. Aujourd’hui même votre porte était encore fermée; et il n’a manqué à votre Suisse, pour m’empêcher d’arriver jusqu’à vous, qu’une assurance égale à la vôtre. Cependant je ne devais pas douter, me mandiez−vous, d’être le premier informé de votre arrivée; de cette arrivée dont vous ne pouviez pas encore me dire le jour, tandis que vous m’écriviez la veille de votre départ. Nierez−vous ces faits, ou tenterez−vous de vous en excuser?” “Faites−moi donc savoir si ce sera chez vous, ou là−bas que se feront nos expiations nombreuses et réciproques. Surtout, plus de Danceny. Votre mauvaise tête s’était remplie de son idée; et je peux n’être pas jaloux de ce délire de votre imagination: mais songez que, de ce moment, ce qui n’était qu’une fantaisie deviendrait une préférence marquée. Je ne me crois pas fait pour cette humiliation, et je ne m’attends pas à la recevoir de vous.” “songez bien que plus il vous est facile de me faire oublier l’offense que vous m’avez faite, plus un refus de votre part, un simple délai, la graverait dans mon coeur en traits ineffaçables.”

“Mais ne vit−on pas chez l’Étranger comme ici? et à tout prendre, pourvu que la Cour de France vous laissât tranquille à celle où vous vous fixeriez, ce ne serait pour vous que changer le lieu de vos triomphes.” “Et voilà que vous m’écrivez la Lettre la plus maritale quil soit possible de voir! Vous ne m’y parlez que de torts de mon côté, et de grâces du vôtre! Mais comment donc peut−on manquer à celui à qui on ne doit rien? je ne saurais le concevoir!“Tout ce que je peux donc répondre à votre menaçante Lettre, c’est qu’elle n’a eu ni le don de me plaire, ni le pouvoir de m’intimider (…) Au vrai, vous accepter tel que vous vous montrez aujourd’hui, ce serait vous faire une infidélité réelle. Ce ne serait pas là renouer avec mon ancien Amant; ce serait en prendre un nouveau, et qui ne vaut pas l’autre à beaucoup près.”

“De longs discours n’étaient pas nécessaires pour établir que chacun de nous ayant en main tout ce qu’il faut pour perdre l’autre, nous avons un égal intérêt à nous ménager mutuellement: aussi, ce n’est pas de cela dont il s’agit. Mais encore entre le parti violent de se perdre, et celui, sans doute meilleur, de rester unis comme nous l’avons été, de le devenir davantage encore en reprenant notre première liaison, entre ces deux partis, dis−je, il y en a mille autres à prendre. Il n’était donc pas ridicule de vous dire, et il ne l’est pas de vous répéter que, de ce jour même, je serai ou votre Amant ou votre ennemi.”

“- vous voyez que la réponse que je vous demande n’exige ni longues ni belles phrases. Deux mots suffisent.

– Hé bien! la guerre.”

à votre âge, quelle femme n’adore−t−on pas, au moins les huit premiers jours! Le lieu de la scène doit encore ajouter à vos plaisirs. Une petite maison délicieuse, et qu’on n’a prise que pour vous, doit embellir la volupté, des charmes de la liberté, et de ceux du mystère. Tout est convenu; on vous attend: et vous brûlez de vous y rendre! voilà ce que nous savons tous deux, quoique vous ne m’en ayez rien dit.” “Placé entre la coquetterie et l’amour, entre le plaisir et le bonheur, quel va être votre choix? Si je parlais au Danceny d’il y a trois mois, seulement à celui d’il y a huit jours, bien sûr de son coeur, je le serais de ses démarches: mais le Danceny d’aujourd’hui, arraché par les femmes, courant les aventures, et devenu, suivant l’usage, un peu scélérat, préférera−t−il une jeune fille bien timide, qui n’a pour elle que sa beauté, son innocence et son amour, aux agréments d’une femme parfaitement usagée!”

“Ce que j’ajoute encore, c’est que je regrette Madame de Tourvel; c’est que je suis au désespoir d’être séparé d’elle; c’est que je paierais de la moitié de ma vie le bonheur de lui consacrer l’autre. Ah! croyez−moi, on n’est heureux que par l’amour.”

Vous me disiez tant que c’était moi qui aimais le moins! je savais bien le contraire, et en voilà bien la preuve. Si vous étiez venu pour me voir, vous m’auriez vue en effet: car moi, je ne suis pas comme vous; je ne songe qu’à ce qui peut nous réunir. Vous mériteriez bien que je ne vous dise rien de tout ce que j’ai fait pour ça, et qui m’a donné tant de peine: mais je vous aime trop, et j’ai tant d’envie de vous voir que je ne peux m’empêcher de vous le dire. Et puis, je verrai bien après si vous m’aimez réellement.

J’ai si bien fait que le Portier est dans nos intérêts, et qu’il m’a promis que toutes les fois que vous viendriez, il vous laisserait toujours entrer comme s’il ne vous voyait pas: et nous pouvons bien nous fier à lui, car c’est un bien honnête homme. Il ne s’agit donc plus que d’empêcher qu’on ne vous voie dans la maison; et ça, c’est bien aisé, en n’y venant que le soir, et quand il n’y aura plus rien à craindre du tout. Par exemple, depuis que Maman sort tous les jours, elle se couche tous les soirs à onze heures; ainsi nous aurions bien du temps.

comment résisterais−je à un désir de ma Cécile? Ah! c’est bien elle, elle seule que j’aime, que j’aimerai toujours! son ingénuité, sa tendresse ont un charme pour moi, dont j’ai pu avoir la faiblesse de me laisser distraire, mais que rien n’effacera jamais. Engagé dans une autre aventure, pour ainsi dire sans m’en être aperçu, souvent le souvenir de Cécile est venu me troubler jusque dans les plus doux plaisirs; et peut−être mon coeur ne lui a−t−il jamais rendu d’hommage plus vrai que dans le moment même où je lui étais infidèle. Cependant, mon ami, ménageons sa délicatesse et cachons−lui mes torts; non pour la surprendre, mais pour ne pas l’affliger. Le bonheur de Cécile est le voeu le plus ardent que je forme; jamais je ne me pardonnerais une faute qui lui aurait coûté une larme.

“souvent sa délicatesse effrayait son amour: plus sage que moi, elle fortifiera dans mon âme ces craintes utiles, que je cherchais témérairement à étouffer dans la sienne. Je lui devrai d’être meilleur, comme à vous d’être plus heureux. Ô mes amis, partagez ma reconnaissance. L’idée de vous devoir mon bonheur en augmente le prix.”

“Vous n’attendiez pas cela de lui, n’est−il pas vrai? Allons, je me rends justice, un pareil rival méritait bien que je lui fusse sacrifié. Sérieusement, il est plein de bonnes qualités! Mais surtout, que d’amour, de constance, de délicatesse! Ah! si jamais vous êtes aimée de lui comme l’est sa Cécile, vous n’aurez point de rivales à craindre: il vous l’a prouvé cette nuit. Peut−être à force de coquetterie, une autre femme pourra vous l’enlever un moment; un jeune homme ne sait guère se refuser à des agaceries provocantes: mais un seul mot de l’objet aimé suffit, comme vous voyez, pour dissiper cette illusion; ainsi il ne vous manque plus que d’être cet objet−là pour être parfaitement heureuse.”

[VI]COM[TE] COMO LE VENT

“La Lettre que la jeune personne lui a écrite, c’est bien moi qui l’ai dictée; mais c’était seulement pour gagner du temps, parce que nous avions à l’employer mieux, celle que j’y ai jointe, oh! ce n’était rien, presque rien; quelques réflexions de l’amitié pour guider le choix du nouvel Amant: mais en honneur, elles étaient inutiles; il faut dire la vérité, il n’a pas balancé un moment.

Et puis, dans sa candeur, il doit aller chez vous aujourd’hui vous raconter tout; et sûrement ce récit−là vous fera grand plaisir! il vous dira: Lisez dans mon cour; il me le mande: et vous voyez bien que cela raccommode tout. J’espère qu’en y lisant ce qu’il voudra, vous y lirez peut−être aussi que les Amants si jeunes ont leurs dangers; et encore, qu’il vaut mieux m’avoir pour ami que pour ennemi.

Adieu, Marquise ; jusqu’à la première occasion.

Paris, ce 6 décembre 17**.”

“Je vous écris de la chambre de notre malheureuse amie, dont l’état est à peu près toujours le même. Il doit y avoir cet après−midi une consultation de quatre Médecins. Malheureusement, c’est, comme vous le savez, plus souvent une preuve de danger qu’un moyen de secours.” Madame de Volanges

“Je crois cependant que c’est à M. de Valmont que notre malheureuse amie a voulu écrire d’abord; mais qu’elle a cédé sans s’en apercevoir au désordre de ses idées. Quoi qu’il en soit, j’ai jugé que cette Lettre ne devait être rendue à personne. Je vous l’envoie, parce que vous y verrez mieux que je ne pourrais vous le dire quelles sont les pensées qui occupent la tête de notre malade. Tant qu’elle restera aussi vivement affectée, je n’aurai guère d’espérance. Le corps se rétablit difficilement, quand l’esprit est si peu tranquille.”

TRÈS LONGUE LETTRE POUR UN FOU

“J’étais innocente et tranquille: c’est pour t’avoir vu que j’ai perdu le repos; c’est en t’écoutant que je suis devenue criminelle. Auteur de mes fautes, quel droit as−tu de les punir?”

“Et toi, que j’ai outragé; toi, dont l’estime ajoute à mon supplice; toi, qui seul enfin aurais le droit de te venger, que fais−tu loin de moi? Viens punir une femme infidèle. Que je souffre enfin des tourments mérités. Déjà je me serais soumise à ta vengeance: mais le courage m’a manqué pour t’apprendre ta honte. Ce n’était point dissimulation, c’était respect. Que cette Lettre au moins t’apprenne mon repentir. Le Ciel a pris ta cause: il te venge d’une injure que tu as ignorée. C’est lui qui a lié ma langue et retenu mes paroles; il a craint que tu ne me remisses une faute qu’il voulait punir. Il m’a soustraite à ton indulgence qui aurait blessé sa justice.

VALMONT, LE DIABLE BIPOLAIRE: “Mais qu’il est différent de lui−même! Ses yeux n’expriment plus que la haine et le mépris. Sa bouche ne profère que l’insulte et le reproche. Ses bras ne m’entourent que pour me déchirer. Qui me sauvera de sa barbare fureur?” “oui, c’est toi, c’est bien toi! Quelle illusion funeste m’avait fait te méconnaître? combien j’ai souffert dans ton absence! Ne nous séparons plus, ne nous séparons jamais! Laisse−moi respirer. Sens mon coeur, comme il palpite! Oh! ce n’est plus de crainte, c’est la douce émotion de l’amour. Pourquoi te refuser à mes tendres caresses? Tourne vers moi tes doux regards! Quels sont ces liens que tu cherches à rompre? pour qui prépares−tu cet appareil de mort? qui peut altérer ainsi tes traits? que fais−tu? Laisse−moi: je frémis! Dieu! c’est ce monstre encore! Mes amies, ne m’abandonnez pas. Vous qui m’invitiez à le fuir, aidez−moi à le combattre

…A LUCYDEZ QUE O VENTO CELESTE LEVOU E O DI’AMANTE

“Crains−tu qu’un sentiment doux ne pénètre jusqu’à mon âme? Tu redoubles mes tourments; tu me forces de te haïr. Oh! que la haine est douloureuse! comme elle corrode le coeur qui la distille! Pourquoi me persécutez−vous? que pouvez−vous encore avoir à me dire? ne m’avez−vous pas mise dans l’impossibilité de vous écouter, comme de vous répondre? N’attendez plus rien de moi. Adieu, Monsieur.

Paris, ce 5 décembre 17**.”

* * *

“Je suis instruit, Monsieur, de vos procédés envers moi. Je sais aussi que, non content de m’avoir indignement joué, vous ne craignez pas de vous en vanter, de vous en applaudir. J’ai vu la preuve de votre trahison écrite de votre main. J’avoue que mon coeur en a été navré, et que j’ai ressenti quelque honte d’avoir autant aidé moi−même à l’odieux abus que vous avez fait de mon aveugle confiance

“M. votre neveu… Mon Dieu! faut−il que j’afflige tant une si respectable dame! M. votre neveu a eu le malheur de succomber dans un combat singulier qu’il a eu ce matin avec M. le Chevalier Danceny. J’ignore entièrement le sujet de la querelle; mais il paraît par le billet que j’ai trouvé encore dans la poche de M. le Vicomte, et que j’ai l’honneur de vous envoyer; il paraît, dis−je, qu’il n’était pas l’agresseur. Et il faut que ce soit lui que le Ciel ait permis qui succombât!”

“«Je vous ordonne d’avoir pour Monsieur [Danceny, son assassin!] tous les égards qu’on doit à un brave et galant homme.» Il lui a de plus fait remettre, devant moi, des papiers fort volumineux, que je ne connais pas, mais auxquels je sais bien qu’il attachait beaucoup d’importance. Ensuite il a voulu qu’on les laissât seuls ensemble pendant un moment.”

O PASTOR RANCOROSO: “Bon Dieu! quand j’ai reçu dans mes bras à sa naissance ce précieux appui d’une maison si illustre, aurais−je pu prévoir que ce serait dans mes bras qu’il expirerait, et que j’aurais à pleurer sa mort? Une mort si précoce et si malheureuse! Mes larmes coulent malgré moi; je vous demande pardon, Madame, d’oser ainsi mêler mes douleurs aux vôtres: mais dans tous les états, on a un coeur et de la sensibilité; et je serais bien ingrat, si je ne pleurais pas toute ma vie un Seigneur qui avait tant de bontés pour moi, et qui m’honorait de tant de confiance.”

En pardonnant à son ennemi, à son meurtrier, mon neveu a pu satisfaire à sa générosité naturelle; mais moi, je dois venger à la fois sa mort, l’humanité et la religion. On ne saurait trop exciter la sévérité des Lois contre ce reste de barbarie, qui infecte encore nos moeurs; et je ne crois pas que ce puisse être dans ce cas que le pardon des injures nous soit prescrit. J’attends donc que vous suiviez cette affaire avec tout le zèle et toute l’activité dont je vous connais capable, et que vous devez à la mémoire de mon neveu.”

«Quoi! que dites vous? M. de Valmont est mort?» J’espérais lui faire croire qu’elle s’était trompée, et je l’assurai d’abord qu’elle avait mal entendu: mais loin de se laisser persuader ainsi, elle exigea du Médecin qu’il recommençât ce cruel récit; et sur ce que je voulus essayer encore de la dissuader, elle m’appela et me dit à voix basse: «Pourquoi vouloir me tromper? n’était−il pas déjà mort pour moi!» Il a donc fallu céder.”

“tant d’avantages réunis ont donc été perdus par une seule imprudence! Ô Providence! sans doute il faut adorer tes décrets; mais combien ils sont incompréhensibles!”

“je sais trop combien les méchancetés, même les moins vraisemblables, prennent aisément consistance” “On ajoute que Danceny, dans sa première indignation, a livré ces Lettres à qui a voulu les voir, et qu’à présent, elles courent Paris. On en cite particulièrement deux (Lettres LXXXI et LXXXV de ce Recueil): l’une où elle fait l’histoire entière de sa vie et de ses principes, et qu’on dit le comble de l’horreur; l’autre qui justifie entièrement M. de Prévan, dont vous vous rappelez l’histoire, par la preuve qui s’y trouve qu’il n’a fait au contraire que céder aux avances les plus marquées de Madame de Merteuil et que le rendez−vous était convenu avec elle.” “Je ne comprends pas non plus quel intérêt aurait eu Madame de Merteuil, que l’on suppose d’accord avec M. de Prévan, à faire une scène qui ne pouvait jamais être que désagréable par son éclat, et qui pouvait devenir très dangereuse pour elle, puisqu’elle se faisait par là un ennemi irréconciliable, d’un homme qui se trouvait maître d’une partie de son secret, et qui avait alors beaucoup de partisans. Cependant, il est à remarquer que, depuis cette aventure, il ne s’est pas élevé une seule voix en faveur de Prévan, et que, même de sa part, il n’y a eu aucune réclamation.

Ces réflexions me porteraient à le soupçonner l’auteur des bruits qui courent aujourd’hui, et à regarder ces noirceurs comme l’ouvrage de la haine et de la vengeance d’un homme qui, se voyant perdu, espère par ce moyen répandre au moins des doutes, et causer peut−être une diversion utile.”

“Dans mon impatience de vérifier ces faits, j’ai envoyé ce matin chez M. Danceny; il n’est pas non plus à Paris. Ses Gens ont dit à mon Valet de chambre qu’il était parti cette nuit, sur un avis qu’il avait reçu hier, et que le lieu de son séjour était un secret. Apparemment il craint les suites de son affaire. Ce n’est donc que par vous, ma chère et digne amie, que je puis avoir les détails qui m’intéressent, et qui peuvent devenir si nécessaires à Madame de Merteuil. Je vous renouvelle ma prière de me les faire parvenir le plus tôt possible.

“N’en croyez pas mes discours mais lisez, si vous en avez le courage, la correspondance que je dépose entre vos mains (C’est de cette correspondance, de celle remise pareillement à la mort de Madame de Tourvel, et des Lettres confiées aussi à Madame de Rosemonde par Madame de Volanges qu’on a formé le présent Recueil, dont les originaux subsistent entre les mains des héritiers de Madame de Rosemonde.). La quantité de Lettres qui s’y trouvent en original paraît rendre authentiques celles dont il n’existe que des copies. Au reste, j’ai reçu ces papiers, tels que j’ai l’honneur de vous les adresser, de M. de Valmont lui−même. Je n’y ai rien ajouté, et je n’en ai distrait que deux Lettres que je me suis permis de publier.

L’une était nécessaire à la vengeance commune de M. de Valmont et de moi, à laquelle nous avions droit tous deux, et dont il m’avait expressément chargé. J’ai cru de plus que c’était rendre service à la société que de démasquer une femme aussi réellement dangereuse que l’est Madame de Merteuil, et qui, comme vous pourrez le voir, est la seule, la véritable cause de tout ce qui s’est passé entre M. de Valmont et moi.

Un sentiment de justice m’a porté aussi à publier la seconde pour la justification de M. de Prévan, que je connais à peine, mais qui n’avait aucunement mérité le traitement rigoureux qu’il vient d’éprouver, ni la sévérité des jugements du public, plus redoutable encore, et sous laquelle il gémit depuis ce temps, sans avoir rien pour s’en défendre.”

“La Lettre de ma fille disait seulement qu’elle avait craint que je ne m’opposasse à la vocation qu’elle avait de se faire Religieuse, et qu’elle n’avait pas osé m’en parler: le reste n’était que des excuses sur ce qu’elle avait pris, sans ma permission, ce parti, que je ne désapprouverais sûrement pas, ajoutait−elle, si je connaissais ses motifs, que pourtant elle me priait de ne pas lui demander.

La Supérieure me mandait qu’ayant vu arriver une jeune personne seule, elle avait d’abord refusé de la recevoir; mais que l’ayant interrogée, et ayant appris qui elle était, elle avait cru me rendre service, em commençant par donner asile à ma fille, pour ne pas l’exposer à de nouvelles courses, auxquelles elle paraissait déterminée. La Supérieure, en m’offrant comme de raison de me remettre ma fille, si je la redemandais, m’invite, suivant son état, à ne pas m’opposer à une vocation qu’elle appelle si décidée elle me disait encore n’avoir pas pu m’informer plus tôt de cet événement, par la peine qu’elle avait eue à me faire écrire par ma file, dont le projet était que tout le monde ignorât où elle s’était retirée. C’est une cruelle chose

que la déraison des enfants!” “Quelque respect que j’aie pour la vocation religieuse, je ne verrais pas sans peine, et même sans crainte, ma fille embrasser cet état.”

“on rougit d’être femme, quand on en voit une capable de semblables excès.”

“Si vous permettez à mon âge une réflexion qu’on ne fait guère au vôtre, c’est que, si on était éclairé sur son véritable bonheur, on ne le chercherait jamais hors des bornes prescrites par les Lois et la Religion.” “Celui qui nous inspire nos sentiments sait mieux que notre vaine sagesse ce qui convient à chacun”

“Ma fille a montré avoir quelque goût pour le Chevalier Danceny, et j’ai été informée qu’elle a été jusqu’à recevoir des Lettres de lui, et même jusqu’à lui répondre; mais je croyais être parvenue à empêcher que cette erreur d’un enfant n’eût aucune suite dangereuse: aujourd’hui que je crains tout, je conçois qu’il serait possible que ma surveillance eût été trompée, et je redoute que ma fille, séduite, n’ait mis le comble à ses égarements.

Je me rappelle encore plusieurs circonstances qui peuvent fortifier cette crainte. Je vous ai mandé que ma fille s’était trouvée mal à la nouvelle du malheur arrivé à M. de Valmont; peut−être cette sensibilité avait−elle seulement pour objet l’idée des risques que M. Danceny avait courus dans ce combat. Quand depuis elle a tant pleuré en apprenant tout ce qu’on disait de Madame de Merteuil, peut−être ce que j’ai cru la douleur et l’amitié n’était que l’effet de la jalousie, ou du regret de trouver son Amant infidèle. Sa dernière démarche peut encore, ce me semble, s’expliquer par le même motif. Souvent on se croit appelée à Dieu, par cela seul qu’on se sent révoltée contre les hommes. Enfin, en supposant que ces faits soient vrais, et que vous en soyez instruite, vous aurez pu, sans doute, les trouver suffisants pour autoriser le conseil rigoureux que vous me donnez.

Cependant, s’il était ainsi, en blâmant ma fille, je croirais pourtant lui devoir encore de tenter tous les moyens de lui sauver les tourments et les dangers d’une vocation illusoire et passagère.” “Voilà, ma chère et digne amie, le seul espoir qui me reste; hâtez−vous de le confirmer, si cela vous est possible. Vous jugez combien je désire que vous me répondiez, et quel coup affreux me porterait votre silence”

(Cette Lettre est restée sans réponse)” TOMA!

“Elle aperçut une place vide sur l’une des banquettes, et elle alla s’y asseoir; mais aussitôt toutes les femmes qui y étaient déjà se levèrent comme de concert, et l’y laissèrent absolument seule. Ce mouvement marqué d’indignation générale fut applaudi de tous les hommes, et fit redoubler les murmures, qui, dit−on, allèrent jusqu’aux huées [vaias].”

“On assure que celle−ci a conservé l’air de ne rien voir et de ne rien entendre, et qu’elle n’a pas changé de figure! mais je crois ce fait exagéré. Quoi qu’il en soit, cette situation, vraiment ignominieuse pour elle, a duré jusqu’au moment où on a annoncé sa voiture; et à son départ, les huées scandaleuses ont encore redoublé. Il est affreux de se trouver parente de cette femme.” “qu’on sait depuis hier au soir, que la petite vérole [varíola: dermatose purulenta] s’est déclarée, confluente et d’un très mauvais caractère. En vérité, ce serait, je crois, un bonheur pour elle d’en mourir. On dit encore que toute cette aventure lui fera peut−être beaucoup de tort pour son procès, qui est près d’être jugé, et dans lequel on prétend qu’elle avait besoin de beaucoup de faveur.”

“je pars pour Malte: j’irai y faire avec plaisir, et y garder religieusement, des voeux qui me sépareront dun monde dont, si jeune encore, j’ai déjà eu tant à me plaindre; j’irai enfin chercher à perdre, sous un ciel étranger, l’idée de tant d’horreurs accumulées, et dont le souvenir ne pourrait qu’attrister et flétrir mon âme.”

“J’avais bien raison de dire que ce serait peut−être un bonheur pour elle de mourir de sa petite vérole. Elle en est revenue, il est vrai, mais affreusement défigurée; et elle y a particulièrement perdu un oeil. Vous jugez bien que je ne l’ai pas revue: mais on m’a dit qu’elle était vraiment hideuse.” “le peu de sa fortune qui n’était pas compromis dans ce procès est absorbé, et au−delà, par les frais.” “On croit qu’elle a pris la route de la Hollande.”

ma fille est donc bien coupable?… Vous pardonnerez sans doute à une mère de ne céder que difficilement à cette affreuse certitude.”

Qui pourrait ne pas frémir en songeant aux malheurs que peut causer une seule liaison dangereuse! et quelles peines ne s’éviterait−on point en y réfléchissant davantage! Quelle femme ne fuirait pas au premier propos d’un séducteur? Quelle mère pourrait, sans trembler, voir une autre personne qu’elle parler à sa fille? Mais ces réflexions tardives n’arrivent jamais qu’après l’événement; et l’une des plus importantes vérités, comme aussi peut−être des plus généralement reconnues, reste étouffée et sans usage dans le tourbillon de nos moeurs inconséquentes.”

L’ENCYCLOPÉDIE – AD

Ad

* ADAD ou ADOD, s. m. (Myth.) divinité des Assyriens, que les uns prennent pour le soleil, d’autres pour cet Adad qui fut étouffé par Azael qui lui succéda, & qui fut adoré ainsi qu’Adad par les Syriens, & surtout à Damas, au rapport de Josephe. Antiq. Judaïq.

ADAM. “Ce n’est pas précisément comme nom propre, mais comme nom appellatif, que nous plaçons dans ce Dictionnaire le nom d’Adam, qui désigne tout homme en général, & répond au grec A’NTRWPO; qui répond au Grec PURRO\, & au Latin rufus [rubro; vermelho], à cause de la couleur roussâtre de la terre, dont, selon les Interpretes, Adam avoit été tiré.”

Il faut nécessairement en revenir à ce double état de félicité & de misère, de foiblesse & de grandeur, pour concevoir comment l’homme, même dans l’état présent, est un composé si étrange de vices & de vertus, si vivement porté vers le souverain bien, si souvent entraîné vers le mal, & suet à tant de maux qui paroissent à la raison seule les châtimens d’un crime commis anciennement. Les Payens même avoient entrevû les ombres de cette vérité, & elle est la base fondamentale de leur métempsycose, & la clé unique de tout le système du Christianisme.”

S. Augustin est le premier qui les ait développés à fond, & prouvé solidement l’un & l’autre dans ses écrits contre les Manichéens & les Pélagiens; persuadé que pour combattre avec succès ces deux Sectes opposées, il ne pouvoit trop insister sur l’extrème différence de ces deux états, relevant contre les Manichéens le pouvoir du libre arbitre dans l’homme innocent, & après sa chûte, la force toute-puissante de la grace pour combattre les maximes des Pélagiens”

On demande, 1°, combien de tems Adam & Eve demeurerent dans le jardin de délices. Quelques-uns les y laissent plusieurs années, d’autres quelques jours, d’autres seulement quelques heures. Dom Calmet pense qu’ils y pûrent demeurer 10 ou 12 jours, & qu’ils en sortirent vierges.

2°. Plusieurs auteurs Juifs ont prétendu que l’homme & la femme avoient été créés ensemble & collés par les épaules ayant quatre piés, quatre mains & deux têtes semblables en tout, hors le sexe, & que Dieu, leur ayant envoyé un profond sommeil, les sépara & en forma deux personnes: idée qui a beaucoup de rapport aux Androgynes de Platon. Voyez Androgyne. Eugubin [Agostino Steuco, italiano do séc. XVI, dono de antiquário e contra-reformista], in Cosmopoeia, veut qu’ils aient été unis, non par le dos, mais par les côtés; ensorte que Dieu, selon l’Écriture, tira la femme du côté d’Adam: mais cette opinion ne s’accorde pas avec le texte de Moyse, dans lequel on trouveroit encore moins de traces de la vision extravagante de la fameuse Antoinette Bourignon [misticista do séc. XVII], qui prétendoit q’Adam avoit été créé hermaphrodite, & qu’avant sa chûte il avoit engendré seul le corps de Jesus-Christ.

JOÃO E O PÉ-DE-ADÃO: “3°. On n’a pas moins débité de fables sur la beauté & la taille d’Adam. On a avancé qu’il étoit le plus bel homme qui ait jamais été, & que Dieu, pour le former, se revêtit d’un corps humain parfaitement beau. D’autres ont dit qu’il étoit le plus grand géant qui eût jamais été, & ont prétendu prouver cette opinion par ces paroles de la Vulgate, Josué, ch. XIV: Nomen Hebron ante vocabatur Cariath-Arbé, Adam maximus ibi inter Enachim situs est; mais dans le passage le mot Adam n’est pas le nom propre du premier homme, mais un nom appellatif qui a rapport à arbé; ensorte que le sens de ce passage est: cet homme (Arbé) étoit le plus grand ou le père des Enachims. Sur ce fondement, & d’autres semblables, les Rabbins ont enseigné que le premier homme étoit d’une taille si prodigieuse, qu’il s’étendoit d’un bout du monde jusqu’à l’autre, & qu’il passa des isles Atlantiques dans notre continent sans avoir au milieu de l’Océan de l’eau plus haut que la ceinture: mais que depuis son péché Dieu appesantit sa main sur lui, & le réduisit à la mesure de 100 aunes [medida francesa antiga =~ 73m]. D’autres lui laissent la hauteur de 900 coudées, c’est-à-dire, de plus de 1.300 piés [circa 400m], & disent que ce fut à la prière des Anges effrayés de la première hauteur d’Adam, que Dieu le réduisit à celle-ci.”

Ísis e o Pé-d’Aquiles

C’est sans fondement qu’on lui attribue l’invention des lettres hébraïques, le Pseaume XCI & quelques ouvrages supposés par les Gnostiques & d’autres Novateurs.”

ADAMITES ou ADAMIENS. “ils prirent le nom d’Adamites, parce qu’ils prétendoient avoir été rétablis dans l’état de nature innocente, être tels qu’Adam au moment de sa création, & par conséquent devoir imiter sa nudité. Ils détestoient le mariage, soûtenant que l’union conjugale n’auroit jamais eu lieu sur la terre sans le péché, & regardoient la joüissance des femmes en commun comme un privilége de leur prétendu rétablissement dans la Justice originelle. Quelqu’incompatibles que fussent ces dogmes infames avec une vie chaste, quelques-uns d’eux ne laissoient pas que de se vanter d’être continens, & assûroient que si quelqu’un des leurs tomboit dans le péché de la chair, ils le chassoient de leur assemblée, comme Adam & Eve avoient été chassés du Paradis terrestre pour avoir mangé du fruit défendu; qu’ils se regardoient comme Adam & Eve, & leur Temple comme le Paradis. Ce Temple après tout n’étoit qu’un soûterrain, une caverne obscure, ou un poële dans lequel ils entroient tout nuds, hommes & femmes [mangá Berserk!]; & là tout leur étoit permis, jusqu’à l’adultère & à l’inceste, dès que l’ancien ou le chef de leur société avoit prononcé ces paroles de la Genese 1:22: Crescite & multiplicamini. Théodoret ajoûte que, pour commettre de pareilles actions, ils n’avoient pas même d’égard à l’honnêteté publique, & imitoient l’impudence des Cyniques du paganisme. Tertullien assûre qu’ils nioient avec Valentin l’unité de Dieu, la nécessité de la prière, & jaitoient le martyre de folie & d’extravagance. Saint Clément d’Alexandrie dit qu’ils se vantoient d’avoir des livres secrets de Zoroastre, ce qui a fait conjecturer à M. de Tillemont qu’ils étoient adonnés à la magie. Epiph. hoers. 52. Théodoret, liv. I. hicar. fabular. Tertull. contr. Prax. c. 3. & in Scorpiac. c. 15. Clem. Alex. Strom. lib. 1. Tillemont, ome Il. page 280.

Tels furent les anciens Adamites. Leur secte obscure & détestée ne subsista pas apparemment longtems, puisque Saint Epiphane doute qu’il y en eût encore, lorsqu’il écrivoit: mais elle fut renouvellée dans le XIIe siècle par un certain Tandème connu encore sous le nom de Tanchelin, qui sema ses erreurs à Anvers sous le regne de l’Empereur Henri V. Les principales étoient qu’il n’y avoit point de distinction entre les Prêtres & les laïcs, & que la fornication & l’adultere étoient des actions saintes & méritoires. Accompagné de 3000 scélérats armés, il accrédita cette doctrine par son éloquence & par ses exemples; sa secte lui survécut peu, & fut éteinte par le zele de Saint Norbert.

D’autres Adamites reparurent encore dans le XIVe siecle sous le nom de Turlupins & de pauvres Frères, dans le Dauphiné & la Savoie. Ils soûtenoient que l’homme arrivé à un certain état de perfection, étoit affranchi de la loi des passions, & que bien loin que la liberté de l’homme sage consistât à n’être pas soûmis à leur empire, elle consistoit au contraire à secouer [romper] le joug des Lois divines. Ils alloient tous nuds, & commettoient en plein jour les actions les plus brutales. Le Roi Charles V secondé par le zele de Jacques de Mora, Dominicain & Inquisiteur à Bourges, en fit périr plusieurs par les flammes [que interessante contraste…]; on brûla aussi quelques-uns de leurs livres à Paris dans la Place du marché aux pourceaux, hors la rue Saint Honoré.”

Picard trompoit les peuples par ses prestiges, & se qualifioit fils de Dieu: il prétendoit que comme un nouvel Adam il avoit été envoyé dans le monde pour y rétablir la loi de nature, qu’il faisoit surtout consister dans la nudité de toutes les parties du corps, & dans la communauté des femmes. Il ordonnoit à ses disciples d’aller nuds par les rues & les places publiques, moins réservé à cet égard que les anciens Adamites, qui ne se permettoient cette licence que dans leurs assemblées. Quelques Anabaptistes tenterent en Hollande d’augmenter le nombre des sectateurs de Picard: mais la séverité du Gouvernement les eut bientôt dissipés. Cette secte a aussi trouvé des partisans en Pologne & en Angleterre: ils s’assemblent la nuit; & l’on prétend qu’une des maximes fondamentales de leur société est contenue dans ce vers,

Jura, perjura, secretum prodere noli.

Quelques Savans sont dans l’opinion que l’origine des Adamites remonte beaucoup plus haut que l’établissement du Christianisme: ils se fondent sur ce que Maacha mère d’Asa, Roi de Juda, étoit grande Prêtresse de Priape, & que dans les sacrifices nocturnes que les femmes faisoient à cette idole obscène, elles paroissoient toutes nues. Le motif des Adamites n’étoit pas le même que celui des adorateurs de Priape; & l’on a vû par leur Théologie qu’ils n’avoient pris du Paganisme que l’esprit de débauche, & non le culte de Priape. Voyez Priape. (G)”

* ADARGATIS ou ADERGATIS ou ATERGATIS, (Myth.) divinité des Syriens, femme du dieu Adad. Selden prétend qu’Adargatis vient de Dagon par corruption. C’est presqu’ici le cas de l’épigramme: Mais il faut avouer aussi qu’en venant de-là jusqu’ici elle a bien changé sur la roue. On la prend pour la Derecto des Babyloniens & la Venus des Grecs.”

* ADONAÏ, s. m. (Théol.) est, parmi les Hébreux, un des noms de Dieu, & signifie Seigneur. Les Massoretes ont mis sous le nom que l’on lit aujourd’hui Jehova, les points qui conviennent aux consonnes du mot Adonaï, parce qu’il étoit défendu chez les Juifs de prononcer le nom propre de Dieu, & qu’il n’y avoit que le Grand-Prêtre qui eût ce privilége, lorsqu’il entroit dans le Sanctuaire. Les Grecs ont aussi mis le mot Adonaï à tous les endroits où se trouve le nom de Dieu. Le mot Adonaï est dérivé d’une racine qui signifie base & fondement, & convient à Dieu, en ce qu’il est le soûtien de toutes les créatures, & qu’il les gouverne. Les Grecs l’ont traduit par XURIO, & les Latins par Dominus. Il s’est dit aussi quelquefois des hommes, comme dans ce verser du Pseaume 104. Constituit eum Dominum doms suoe, en parlant des honneurs auxquels Pharaon éleva Joseph, où le texte hébreu porte: Adonaï. Genebrard, le Clerc, Cappel, de nomine Dei Tetragramm. (G)”

* ADONÉE, (Myth.) nom que les Arabes donnoient au Soleil & à Bacchus, qu’ils adoroient. Ils offroient au premier tous les jours de l’encens & des parfums.”

ADOPTIENS, s. m. pl. (Théolog.) hérétiques du huitieme siecle, qui prétendoient que Jesus-Christ, en tant qu’Homme, n’étoit pas fils propre ou fils naturel de Dieu, mais seulement son fils adoptif.”

* ADRAMELECH, s. m. (Myth.) faux Dieu des Sépharraïmites, peuples que les Rois d’Assyrie envoyerent dans la Terre-sainte après que Salmanazar eut détruit le Royaume d’Israël. Les adorateurs d’Adramelech faisoient brûler leurs enfans en son honneur. On dit qu’il étoit représenté sous la forme d’un mulet [mula], d’autres disent sous celle d’un paon [pavão].”

* ADRASTÉE ou ADRASTIE, s. f. (Myth.) Divinité autrement appellée Nemesis, fille de Jupiter & de la Nécessité, ou, selon Hésiode, de la Nuit: c’étoit la vangeresse des crimes. Elle examinoit les coupables du haut de la sphere de la lune où les Egyptiens l’avoient reléguée.”

ADULTÈRE. “Les anciens Romains n’avoient point de loi formelle contre l’adultere; l’accusation & la peine en étoient arbitraires. L’Empereur Auguste fut le premier qui en fit une, qu’il eut le malheur de voir exécuter dans la personne de ses propres enfans: ce fut la loi Julia, qui portoit peine de mort contre les coupables: mais, quoiqu’en vertu de cette loi, l’accusation du crime d’adultere fût publique & permise à tout le monde, il est certain néanmoins que l’adultere a toûjours été consideré plûtôt comme un crime domestique & privé, que comme un crime public; ensorte qu’on permettoit rarement aux étrangers d’en poursuivre la vengeance, surtout si le mariage étoit paisible, & que le mari ne se plaignît point.

A présent, dans la plûpart des contrées de l’Europe, l’adultere n’est point réputé crime public; il n’y a que le mari seul qui puisse accuser sa femme: le Ministère public même ne le pourroit pas, à moins qu’il n’y eùt un grand scandale”

Lycurgue punissoit un homme convaincu d’adultere comme un parricide; les Locriens lui crevoient les yeux; & la plûpart des peuples orientaux punissent ce crime très-séverement.” “En Espagne on punissoit le coupable par le retranchement des parties qui avoient été l’instrument du crime.” “En Pologne, avant que le Christianisme y fût établi, on punissoit l’adultere & la fornication d’une façon bien singuliere. On conduisoit le criminel dans la place publique; là on l’attachoit avec un crochet [gancho] par les testicules, lui laissant un rasoir [lâmina] à sa portée; de sorte qu’il falloit de toute nécessité qu’il se mutilât lui-même pour se dégager; à moins qu’il n’aimât mieux périr dans cet état.”

Les lois concernant l’adultere sont à présent bien mitigées. Toute la peine qu’on inflige à la femme convaincue d’adultere, c’est de la priver de sa dot & de toutes ses conventions matrimoniales, & de la reléguer dans un monastere. On ne la fouette [chicoteia] même pas, de peur que si le mari se trouvoit disposé à la reprendre, cet affront public ne l’en détournât.”

Il y eut un tems où les Lacédemoniens, loin de punir l’adultere, le permettoient, ou au moins le toléroient, à ce que nous dit Plutarque.

L’adultere rend le mariage illicite entre les deux coupables, & forme ce que les Theologiens appellent impedimentum criminis.”

URUPÊS – Contos e Preciosidades Antropológicas de Monteiro Lobato

GLOSSÁRIO (30 termos)

alqueire: mais de 2 e menos de 10 hectares (variação da medida conforme a região do país)

anequim: tosquia de ovelha;

espécie de tubarão = CAÇÃO, TINTUREIRA.

avenca: árvore

bacorejar: prever, pressentir

berne: larva de mosca

bicharoco: bicho pequeno; animal repelente; homenzarrão ou homem feioso.

bilha: vaso de gargalo curto e estreito; bujão; rabo, bunda (extremamente informal).

bocas do caeté legítimo / caquera / unha-de-vaca: o mesmo que solo fértil

bromatologia: ciência dos alimentos

capoeira, capoeirão: grande terreno não-cultivado (mata virgem – vide ao longo dos fragmentos de contos abaixo significados matizados)

carapina: carpinteiro

escolha: café bem reles

factótum: braço direito, faz-tudo

faroleiro: que trabalha num farol; ou quem fala demais.

filante: que corre em forma de fio;

vinho engrossado;

policial (gíria);

parasita = BURLISTA.

frágua: forja do ferreiro; fogueira; calor intenso; amargura; lugar calamitoso; pedregulho; corruptela de flagra.

grumete: soldado da marinha; abrasileirização de gourmet (à época groumet, criado numa adega ou então apreciador vinícola).

homessa!: interjeição: ora essa!, essa agora!

joão-grande: gaivota

marosca: trapaça

mata-bicho: gole de pinga; café da manhã; gorjeta.

mata-pau: Clúsia, espécie de figueira tropical. Ler o conto IX para definição completa.

melão-de-são-caetano: “1. Planta trepadeira (Momordica charantia) da família das cucurbitáceas, de folhas simples e alternas, com flores solitárias masculinas e femininas, fruto oblongo de casca rugosa, nativa de regiões tropicais e subtropicais. = CAETANO, CARAMELO, ERVA-DE-SÃO-CAETANO, MELOEIRO-DE-SÃO-CAETANO; 2. Fruto dessa planta, de sabor muito amargo.” Priberam.pt

ogre: ogro, bicho-papão

onzeneiro: agiota [criador de onzes em cima de dezes?]

paca: espécie mamífera parecida com a capivara que pode chegar a 70cm, de carne reputada deliciosa

picaço (antes do pintor e do carro): cavalo preto de cara e patas brancas; trem de ferro; carrapato-de-cachorro.

(*) “rodilha: rodela de pano torcido que o(a)s carregadores de águas de poços distantes da aldeia usam entre a cabeça e o pote ou a lata.”

toutiço: nuca

urupê (segundo sentido): cogumelo também conhecido como orelha-de-pau

(*) Proveniente do glossário presente na própria obra.

PREFÁCIOS (INCLUI ENTREVISTA COM M.L.)

“Escrever <há> ou <êsse>, ou <ôutro>, ou <freqüência>, só porque uns ignaríssimos <alhos> gramaticais resolveram assim, é ser covarde, bobo. Que é a língua dum país? É a mais bela obra coletiva desse país. Ouça este pedacinho da Carolina Michaëlis [*]: <A língua é a mais genial, original e nacional obra d’arte que uma nação cria e desenvolve. Neste desenvolve está a evolução da língua. Uma língua está sempre se desenvolvendo no sentido da simplificação, e a reforma ortográfica foi apenas um simples apressar o passo desse desenvolvimento. Mas a criação de acentos novos, como o grave e o trema, bem como a inútil acentuação de quase todas as palavras, não é desenvolvimento para frente e sim complicação, involução e, portanto, coisa que só merece pau, pau e mais pau>. Pois não vê que a maior das línguas modernas, a mais rica em número de palavras, a mais falada de todas, a de mais opulenta literatura – a língua inglesa – não tem um só acento? E isto teve sua parte na vitória dos povos de língua inglesa no mundo, do mesmo modo que a excessiva acentuação da língua francesa foi parte de vulto na decadência e queda final da França.”

[*] Michaelis – A Saudade Portuguesa (1914)

“ENTREVISTADOR: Mas a acentuação já está imposta por lei.

MONTEIRO LOBATO: Não há lei humana que dirija uma língua, porque língua é um fenômeno natural, como a oferta e a procura, como o crescimento das crianças, como a senilidade, etc. Se uma lei institui a obrigatoriedade dos acentos, essa lei vai fazer companhia às leis idiotas que tentam regular preços e mais coisas. Leis assim nascem mortas e é um dever cívico ignorá-las, sejam lá quais forem os paspalhões que as assinem. A lei fica aí e nós, os donos da língua, o povo, vamos fazendo o que a lei natural da simplificação manda. Trema!… Acento grave!… <Ôutro> com acento circunflexo, como se houvesse meio de alguém enganar-se na pronúncia dessa palavra!… Imbecilidade pura, meu caro. E a reação contra o grotesco acentismo já começou. Os jornais não o aceitam e os escritores mais decentes idem. A aceitação do acento está ficando como a marca, a característica do carneirismo [regras ou máximas morais que uma coletividade passa de súbito a praticar, sem reflexão], do servilismo a tudo quanto cheira a oficial. Eu, de mim, solenemente o declaro, não sou <mé> [ovelha], e portanto não admito esses acentos em coisa nenhuma que eu escreva, nem leio nada que os traga. Se alguém me escreve uma carta cheia de acentos, encosto-a. Não leio. E se vem alguma com trema, devolvo-a, nobremente enojado…

NOTA DO EDITOR: Até a 36ª edição, a ortografia de Monteiro Lobato foi respeitada. A partir da 37ª edição, optou-se por seguir o Vocabulário Ortográfico da Língua Portuguesa. [!]”

MONTEIRO LOBATO E A ACADEMIA

Em 1925, Monteiro Lobato inscreveu-se candidato a uma vaga da Academia Brasileira e obteve 14 votos. Mais tarde, inscreveu-se de novo mas arrependeu-se e, em carta ao presidente Carlos de Laet, retirou a sua apresentação. E nunca mais pensou em Academia.

Em 1944, um grupo de acadêmicos tomou a iniciativa de meter Monteiro Lobato lá dentro, pelo processo novo da indicação espontânea, processo que se havia inaugurado com a indicação, por dez acadêmicos, do sr. Getúlio Vargas. E Múcio Leão, presidente da Academia Brasileira, enviou a Monteiro Lobato a seguinte comunicação:

<RIO DE JANEIRO, 9 de outubro de 1944.

Ilustre amigo dr. Monteiro Lobato:

Tenho o prazer de comunicar-lhe que, em documento apresentado à Presidência da Academia Brasileira de Letras, em data de 7 do corrente e subscrito pelos srs. Olegário Mariano, Menotti del Picchia, Viriato Correia, Manuel Bandeira, Alceu Amoroso Lima, Cassiano Ricardo, Múcio Leão, Oliveira Viana, Barbosa Lima Sobrinho e Clementino Fraga, foi o nome de v. exa. indicado para a substituição do nosso saudoso e querido companheiro Alcides Maia. De acordo com o Regimento em vigor, cabe-me trazer a v. exa. esta comunicação.

Ainda de acordo com o Regimento, a inscrição de v. exa. se tornará efetiva, nos termos do art. 18, parágrafo primeiro, mediante carta que v. exa. dentro de dez dias, terá a bondade de enviar a esta presidência, dizendo que aceita a indicação e que deseja portanto concorrer à vaga.

Queira receber os protestos de minha grande estima e sincera consideração.

(assin.) Múcio Leão

Presidente da Academia Brasileira de Letras>

A resposta de Monteiro Lobato poderá constituir uma surpresa para muita gente, mas não para os que com ele privam e sabem da sua extraordinária coerência e fidelidade a si mesmo. É a seguinte:

<S. PAULO, 11 de outubro de 1944.

Sr. Múcio Leão

D.D. Presidente da Academia Brasileira:

Acuso o recebimento da carta de 9 do corrente, na qual me comunica que em documento apresentado à Academia Brasileira, subscrito por dez acadêmicos, foi meu nome indicado para a substituição de Alcides Maia; e que nos termos do Regimento devo declarar que aceito a indicação e desejo concorrer à vaga.

Esse gesto de dez acadêmicos do mais alto valor intelectual comoveu-me intensamente e a eles me escravizou. Vale-me por aclamação – honra com que jamais sonhei e está acima de qualquer merecimento que por acaso me atribuam. Mas o Regimento impõe a declaração de meu desejo de concorrer à vaga, e isso me embaraça. Já concorri às eleições acadêmicas no bom tempo em que alguma vaidade subsistia dentro de mim. O perpassar dos anos curou-me e hoje só desejo o esquecimento de minha insignificante pessoa. Submeter-me,

pois, ao Regimento seria infidelidade para comigo mesmo – duplicidade a que não me atrevo.

De forma nenhuma esta recusa significa desapreço à Academia, pequenino demais que sou para menosprezar tão alta instituição. No ânimo dos dez signatários não paire a menor suspeita de que qualquer motivo subalterno me leva a este passo. Insisto no ponto para que ninguém veja duplo sentido nas razões de meu gesto… Não é modéstia, pois não sou modesto; não é menosprezo, pois na Academia tenho grandes amigos e nela vejo a fina flor da nossa intelectualidade. É apenas coerência; lealdade para comigo mesmo e para com os próprios signatários; reconhecimento público de que rebelde nasci e rebelde pretendo morrer. Pouco social que sou, a simples idéia de me ter feito acadêmico por agência minha me desassossegaria, me perturbaria o doce nirvanismo ledo e cego em que caí e me é o clima favorável à idade.

Do fundo do coração agradeço a generosa iniciativa; e em especial agradeço a Cassiano Ricardo e Menotti [quando esse sobrenome ainda valia como artista] o sincero empenho demonstrado em me darem tamanha prova de estima. Faço-me escravo de ambos. E a tudo atendendo, considero-me eleito – mas numa nova situação de academicismo: o acadêmico de fora, sentadinho na porta do Petit Trianon com os olhos reverentes pousados no busto do fundador da casa e o nome dos dez signatários gravados indelevelmente em meu imo. Fico-me na soleira do vestíbulo. Mal-comportado que sou, reconheço o meu lugar. O bom

comportamento acadêmico lá de dentro me dá aflição…

Peço, senhor presidente, que transmita aos dez signatários os protestos da minha mais profunda gratidão e aceite um afetuoso abraço deste seu

Admirador e amigo

MONTEIRO LOBATO>”

* * *

CONTOS DA COLETÂNEA

I. OS FAROLEIROS (CAVALLERIA RUSTICANA)

“<Toda a gente> é um monstro com orelhas d’asno e miolos de macaco, incapaz duma idéia sensata sobre o que quer que seja.”

“Se percebo, sebo!”

“- Assina o meu drama um nome maior que o de Shakespeare…

– ???

– …a Vida, meu caro, a grande mestra dos shakespeares maiores e menores.”

“Eduardo começou do princípio.

– O farol é um romance. Um romance iniciado na antiguidade com as fogueiras armadas nos promontórios para norteio das embarcações de remo e continuado séculos em fora até nossos possantes holofotes elétricos. Enquanto subsistir no mundo o homem, o romance <Farol> não conhecerá epílogo. Monótono como as calmarias, embrecham-se [incrustam-se] nele, a espaços, capítulos de tragédia e loucura – pungentes gravuras de Doré[*] quebrando a monotonia de um diário de bordo. O caso dos Albatrozes foi um deles.” “Terá poesia de longe; de perto é alucinante.”

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[*] Ilustrou Rabelais, Taine, Dante, Bürger (Münchhausen), Cervantes (Don Quixote, mais acima), Maxwell (Sindbad), Gautier, Victor Hugo, Tennyson, La Fontaine (Chapeuzinho Vermelho logo acima – e outros fabulistas), a própria Bíblia, Coleridge, Byron e Perrault, para citar alguns!

“Uma leitura de Kipling despertara-me a curiosidade de conhecer um farol por dentro.”

“sem os faroleiros a manobrarem a <óptica>, esses comedores de carvão haviam de rachar à toinha aí pelos bancos de areia. Basta cair a cerração e já se põem tontos, a urrar de medo pela boca das sereias, que é mesmo um cortar a alma à gente. Porque então nem farol nem caracol. É a cegueira. Navegam com a Morte no leme. Fora disso, salva-os o foguinho lá de cima.”

“E na sua pinturesca linguagem de marítimo, que às vezes se tornava prodigiosamente técnica, narrou-me toda a história daquelas paragens malditas.”

“um já assim rachado de telha aos três por dois rebenta como bomba no fogo. Eu jogo que ele não vara o mês. Não vê seus modos?”

“Quero que o senhor me resolva um caso. Estão dois homens numa casa; de repente um enlouquece e rompe, como cação esfomeado, para cima do outro. Deve o outro deixar-se matar como carneiro ou tem o direito de atolar a faca na garganta do bicho?”

“Vi-me náufrago, retido para sempre num navio de pedra, grudado como desconforme craca na pedranceira da ilhota. E pela primeira vez na vida senti profundas saudades dessa coisa sórdida, a mais reles de quantas inventou a civilização – o <café>, com o seu tumulto, a sua poeira, o seu bafio a tabaco e a sua freguesia habitual de vagabundíssimos <agentes de negócios>…

Correram dias. Minto. No vazio daquele dessaborido viver no ermo o tempo não corria – arrastava-se com a lentidão da lesma por sobre chão liso e sem fim. Gerebita tornara-se enfadonho. Não mais narrava pinturescos incidentes da sua vida de marujo. Aferrado à idéia fixa da loucura do Cabrea, só cuidava de demonstrar-me os seus progressos. Fora desse tema sinistro, sua ocupação era seguir de olhos os navios que repontavam ao largo, até vê-los sumirem-se na curva do horizonte.”

“Como se casa bem com o mar o barco de vela! E que sórdido baratão craquento é ao pé dele o navio a vapor!”

“- Progresso amigo, tu és cômodo, és delicioso, mas feio… Que fizeste da coisa linda que é a vela enfunada? Do barco à antiga, onde ressoavam canções de maruja, e todo se enleava de cordame, e trazia gajeiro na gávea [marinheiro na plataforma superior, para observar à distância e gritar <Terra à vista!>], e lendas de serpentes marinhas na boca dos marinheiros, e a Nossa Senhora dos Navegantes em todas as almas, e o medo das sereias em todas as imaginações?

Desfez-se a poesia do reino encantado de Anfitrite ao ronco do Lusitânias, hotéis flutuantes com garçons em vez de <lobos-do-mar>, incaracterísticos, cosmopolitas, sem donaire, sem capitães de suíças, pitorescos no falar como 600 milhões de caravelas. O fumo da hulha sujou a aquarela maravilhosa que desde Hanon¹ e Ulisses vinha o veleiro pintando sobre a tela oceânica…

– Se paras o caso dos loucos e te metes por intermezzos líricos para uso de meninas olheirudas, vou dormir. Volta ao farol, romanticão de má morte.

– Eu devia castigar o teu prosaísmo sonegando-te o epílogo do meu drama, ó filho do <café> e do carvão!

– Conta, conta…”

¹ Ao que tudo indica, um célebre pianista francês

“Não te conto os pormenores do epílogo. Obtive luz e o que vi não te conto. Impossível pintar o hediondo aspecto de Cabrea com a carótida estraçalhada a dente, caído num lago de sangue. Ao seu lado Gerebita, com a cara e o peito vermelhos, a mão sangrenta, estatelava-se no chão, sem sentidos. Os meus transes diante daqueles corpos martirizados, àquela hora da noite – daquela terrível noite negra como esta e sacudida por um vento do inferno!…”

Verga – Cavalleria Rusticana [a ópera de Godfather III]

II. O ENGRAÇADO ARREPENDIDO (A GARGALHADA DO COLECTOR¹)

¹ Agente da receita ou, quiçá, absorvente (arcaico).

“o animal que ri, vulgo homem”

“Francisco Teixeira de Souza Pontes (…) Sabia de cor a Enciclopédia do Riso e da Galhofa², de Fuão Pechincha², o autor mais dessaborido que Deus botou no mundo”

² 1863

³ Pseudônimo de Eduardo Laemmert

“A gama inteira das vozes do cachorro, da acuação aos caititus [porcos-do-mato – ???] ao uivo à lua, e o mais, rosnado ou latido, assumia em sua boca perfectibilidade capaz de iludir aos próprios cães – e à lua.”

“Pontes ria parodiando o riso normal e espontâneo da criatura humana, única que ri além da raposa bêbada; e estacava de golpe, sem transição, caindo num sério de irresistível cômico.”

“Bastava sua presença. Mal o avistavam, já as caras refloriam; se fazia um gesto, espirravam risos; se abria a boca, espigaitavam-se uns, outros afrouxavam os coses, terceiros desabotoavam os coletes. E se entreabria o bico, Nossa Senhora!, eram cascalhadas, eram rinchavelhos [gargalhadas convulsas], eram guinchos, engasgos, fungações e asfixias tremendas.”

“– Quá, quá, quá – a companhia inteira, desmandibulada, chorava no espasmo supremo dos risos incoercíveis.”

“recibo sem selo”

Tudo cansa.”

A IRREVERSIBILIDADE DE TIRIRICA: “O estrondoso êxito do que a toda a gente se afigurou uma faceta nova da sua veia cômica verteu mais sombra na alma do engraçado arrependido. (…) Palhaço, então, eternamente palhaço à força? Mas a vida de um homem feito tem exigências sisudas, impõe gravidade e até casmurrice dispensáveis nos anos verdes. O cargo mais modesto da administração, uma simples vereança, requer na cara a imobilidade da idiotia que não ri. Não se concebe vereador risonho. Falta ao dito de Rabelais uma exclusão: o riso é próprio à espécie humana, fora o vereador.”

“E a caixeirada, os fregueses, os sapos de balcão e até passantes que pararam na calçada para <aproveitar o espírito>, desbocaram-se em quás de matraca até lhes doerem os diafragmas.”

“Urgia, entretanto, mudar de tecla, e Pontes volveu as vistas para o Estado, patrão cômodo e único possível nas circunstâncias, porque abstrato, porque não sabe rir nem conhece de perto as células que o compõem. Esse patrão, só ele, o tomaria a sério – o caminho da salvação, pois, embicava por ali. Estudou a possibilidade da agência do correio, dos tabelionatos, das coletorias e do resto. Bem ponderados os prós e contras, os trunfos e naipes, fixou a escolha na coletoria federal, cujo ocupante, major Bentes, por avelhantado e cardíaco, era de crer não durasse muito. Seu aneurisma andava na berra pública, com rebentamento esperado para qualquer hora. (…) Seu aneurisma, na opinião dos médicos que matavam pela alopatia, era coisa grave, de estourar ao menor esforço; mas o precavido velho não tinha pressa de ir-se para melhor, deixando uma vida onde os fados lhe conchegavam tão fofo ninho, e lá engambelava a doença com um regime ultrametódico. Se o mataria um esforço violento, sossegassem, ele não faria tal esforço.”

AGORA ESSE CHICO FOI LONGE DEMAIS: “Leu no Chernoviz¹ o capítulo dos aneurismas, decorou-o; andou em indagações de tudo quanto se dizia ou se escreveu a respeito; chegou a entender da matéria mais que o doutor Iodureto [nome duma substância usada na medicina], médico da terra, o qual, seja dito aqui à puridade, não entendia de coisa nenhuma desta vida.

O pomo da ciência, assim comido, induziu-o à tentação de matar o homem, forçando-o a estourar. Um esforço o mataria? Pois bem, Souza Pontes o levaria a esse esforço! – A gargalhada é um esforço, filosofava satànicamente de si para si. A gargalhada, portanto, mata. Ora, eu sei fazer rir…”

¹ Pedro Chernoviz, médico do II Império que escrevia tratados extremamente acessíveis, tais quais o Diccionário de Medicina Popular e das Ciências Acessórias para Uso das Famílias e História Natural para Meninos e Meninas.

“Também notaria nele o nervoso dos modos quem o observasse com argúcia – mas a argúcia não era virtude sobeja entre os seus conterrâneos, além de que estados d’alma do Pontes eram coisa de somenos, porque o Pontes…

– Ora o Pontes…”

“– Isso é velho, Pontes, já num almanaque Laemmert de 1850 me lembro de o ter lido.”

“Cada homem tem predileção por um certo gênero de humorismo ou chalaça. Este morre por pilhérias fesceninas de frades bojudos. Aquele péla-se pelo chiste bonacheirão da chacota germânica. Aquel’outro dá a vida pela pimenta gaulesa. O brasileiro adora a chalaça onde se põe a nu a burrice tamancuda de galegos e ilhéus. Mas o major? Por que não ria à inglesa, nem à alemã, nem à francesa, nem à brasileira? Qual o seu gênero? Um trabalho sistemático de observação, com a metódica exclusão dos gêneros já provados ineficientes, levou Pontes a descobrir a fraqueza do rijo adversário: o major lambia as unhas por casos de ingleses e frades. Era preciso, porém, que viessem juntos. Separados, negavam fogo. Esquisitices do velho. Em surgindo bifes vermelhos, de capacete de cortiça, roupa enxadrezada, sapatões formidolosos e cachimbo, juntamente com frades redondos, namorados da pipa e da polpa feminina, lá abria o major a boca e interrompia o serviço da mastigação, como criança a quem acenam com cocada. E quando o lance cômico chegava, ele ria com gosto, abertamente, embora sem exagero capaz de lhe destruir o equilíbrio sangüíneo.”

“Pescado fino era com ele, inda mais cozido pela Gertrudes. E naquele bródio [festinha, banquete], primara a Gertrudes num tempero que excedia as raias da culinária e se guindava ao mais puro lirismo. Que peixe! Vatel¹ o assinaria com a pena da impotência molhada na tinta da inveja, disse o escrevente, sujeito lido em Brillat-Savarin² e outros praxistas do paladar.”

¹ François Vatel, mordomo e cozinheiro real para os Bourbon, suposto inventor do chantilly.

² Jurista, porém mais célebre pela sua obra A Fisiologia do Gosto.

“Se o aneurisma lhe resiste ao embate, então é que o aneurisma era uma potoca, a aorta uma ficção, o Chernoviz um palavrório, a medicina uma miséria, o doutor Iodureto uma cavalgadura e ele, Pontes, o mais chapado sensaborão ainda aquecido pelo sol – indigno, portanto, de viver.”

PIADA BRASTEMP ANACRÔNICA: “– Dois barbadinhos e um lorde! A patifaria deve ser marca X. P. T. O [de primeira].”

Se eu fosse um publicitário dos anos 2000: “O XP não dá PT” “Quem tem XP não dá PT” (segmento RPGista)

“O major Antonio Pereira da Silva Bentes desferiu a primeira gargalhada da sua vida, franca, estrondosa, de ouvir-se no fim da rua, gargalhada igual à de Teufelsdrock diante de João Paulo Richter. Primeira e última, entretanto, porque no meio dela os convivas, atônitos, viram-no cair de borco sobre o prato, ao tempo que uma onda de sangue avermelhava a toalha. O assassino ergueu-se alucinado; aproveitando a confusão, esgueirou-se para a rua, qual outro Caim. Escondeu-se em casa, trancou-se no quarto, bateu dentes a noite inteira, suou gelado. Os menores rumores retransiam-no de pavor. Polícia?”

“<Como não me avisaste a tempo, conforme o combinado, só pelas folhas vim a saber da morte do Bentes. Fui ao ministro mas era tarde, já estava lavrada a nomeação do sucessor. A tua leviandade fez-te perder a melhor ocasião da vida. Guarda para teu governo este latim: tarde venientibus ossa, quem chega tarde só encontra os ossos – e sê mais esperto para o futuro.>

Um mês depois, descobriram-no pendente duma trave, com a língua de fora, rígido. Enforcara-se numa perna de ceroula¹. Quando a notícia deu volta pela cidade, toda a gente achou graça no caso. O galego do armazém comentou para os caixeiros:

– Vejam que criatura! Até morrendo fez chalaça. Enforcar-se na ceroula! Esta só mesmo do Pontes…”

¹ Infelizmente eis um caso em que o humor caducou por causa das mudanças de moda: teria de ser “re-traduzida”, a piada, como “enforcou-se na própria cueca” ou então numa meia-calça…

III. A COLCHA DE RETALHOS

“Como a vida no mato asselvaja estas veadinhas! Note-se que os Alvoradas não são caipiras. Quando comprou a situação dos Periquitos, o velho vinha da cidade; lembro-me até que entrava em sua casa um jornal. Mas a vida lhes correu áspera na luta contra as terras ensapezadas e secas, que encurtam a renda por mais que dê de si o homem. Foram rareando as idas à cidade e ao cabo de todo se suprimiram. Depois que lhes nasceu a menina, rebento floral em anos outoniços, e que a geada queimou o café novo – uma tamina [insignificância, coisa desprezível], três mil pés – o velho, amuado, nunca mais espichou o nariz fora do sítio.

Se o marido deu assim em urumbeva [bicho-do-mato, rústico], a mulher, essa enraizou de peão para o resto da vida. Costumava dizer:

– Mulher na roça vai à vila três vezes – uma a batizar, outra a casar, terceira a enterrar.

Com tais casmurrices na cabeça dos velhos, era natural que a pobrezinha da Pingo d’Água (tinha esse apelido a Maria das Dores) se tolhesse na desenvoltura ao extremo de ganhar medo às gentes. Fôra uma vez à vila com vinte dias, a batizar. E já lá ia nos quatorze anos sem nunca mais ter-se arredado dali.

Ler? Escrever? Patacoadas, falta de serviço, dizia a mãe.

Que lhe valeu a ela ler e escrever que nem uma professora, se des’que casou nunca mais teve jeito de abrir um livro?

Na roça, como na roça.

Deixei a menina às voltas com a rodilha [glossário acima] e embrenhei-me por um atalho conducente à morada.

Que descalabro!…”

“Doce da roça mel é.”

“Se ainda teimo neste sapezal amaldiçoado é por via da menina; senão, largava tudo e ia viver no mato, como bicho.”

“- É para ver. E isto aqui tem coisa. É uma colcha de retalhos que venho fazendo há quatorze anos, des’que Pingo nasceu. Dos vestidinhos dela vou guardando cada retalho que sobeja e um dia os coso. Veja que galantaria de serviço…

Estendeu-me ante os olhos um pano variegado, de quadrinhos maiores e menores, todos de chita, cada qual de um padrão.

– Esta colcha é o meu presente de noivado. O último retalho há de ser do vestido de casamento, não é, Pingo?

Pingo d’Água não respondeu. Metida na cozinha, percebi que nos espiava por uma fresta.”

“Transcorreram dois anos sem que eu tornasse aos Periquitos. Nesse intervalo Sinh’Ana faleceu. Era fatal a dor que respondia na cacunda. E não mais me aflorava à memória a imagem daqueles humildes urupês, quando me chegou aos ouvidos o zunzum corrente no bairro, uma coisa apenas crível: o filho de um sitiante vizinho, rapaz de todo pancada, furtara Pingo d’Água aos Periquitos.

– Como isso? Uma menina tão acanhada!…

– É para ver! Desconfiem das sonsas… Fugiu, e lá rodou com ele para a cidade – não para casar, nem para enterrar. Foi ser <moça>, a pombinha…

O incidente ficou a azoinar-me o bestunto. À noite perdi o sono, revivendo cenas da minha última visita ao sítio, e nasceu-me a idéia de lá tornar. Para? Confesso: mera curiosidade, para ouvir os comentários da triste velhinha.”

“Ficou um vestido muito assentadinho no corpo, e galante, mas pelas minhas contas foi o culpado do Labreguinho engraçar-se da coitada. Hoje sei disso.”

IV. A VINGANÇA DA PEROBA [ÁRVORE CORTADA] (CHÓÓÓ! PAN!¹)

¹ Barulho do monjolo – e por que não? –, uma bela sinfonia para o homem do campo.

“Pertencia Nunes à classe dos que decaem por força de muita cachaça na cabeça e muita saia em casa. Filho homem só tinha o José Benedito, d’apelido Pernambi, um passarico desta alturinha, apesar de bem entrado nos sete anos. O resto era uma récula de <famílias mulheres> Maria Benedita, Maria da Conceição, Maria da Graça, Maria da Glória, um rosário de oito mariquinhas de saia comprida. Tanta mulher em casa amargava o ânimo do Nunes, que nos dias de cachaça ameaçava afogá-las na lagoa como se fossem uma ninhada de gatos.

O seu consolo era mimar Pernambi, que aquele ao menos logo estaria no eito, a ajudá-lo no cabo da enxada, enquanto o mulherio inútil mamparrearia por ali a espiolhar-se ao sol. Pegava, então, do menino e dava-lhe pinga. A princípio com caretas que muito divertiam o pai, o engrimanço pegou lesto no vício. Bebia e fumava muito sorna [indolente], com ares palermas de quem não é deste mundo. Também usava faca de ponta à cinta.

Homem que não bebe, não pita, não tem faca de ponta, não é homem, dizia o Nunes. E cônscio de que já era homem o piquirinha batia nas irmãs, cuspilhava de esguicho, dizia nomes à mãe, além de muitas outras coisas próprias de homem.”

“Comedido na pinga, Pedro Porunga casara com mulher sensata, que lhe dera seis <famílias>, tudo homem. Era natural que prosperasse, com tanta gente no eito. Plantava cada setembro três alqueires de milho; tinha dois monjolos, moenda, sua mandioquinha, sua cana, além duma égua e duas porcas de cria. Caçava com espingarda de dois canos, <imitação Laporte>, boa de chumbo como não havia outra. Morava em casa nova, bem coberta de sapé de boa lua, aparado à linha, com mestria, no beiral; os esteios e portais eram de madeira lavrada; e as paredes, rebocadas à mão por dentro, coisa muito fina.

Já o Nunes – pobre do Nunes! – não punha na terra nem um alqueire de semente. Teve égua, mas barganhou-a por um capadete e uma espingarda velha. Comido o porquinho, sobrou do negócio o caco da pica-pau, dum cano só e manhosa de tardar fogo.

Sua casa, de esteios com casca e portas de embaúba rachada, muito encardida de picumã [teia-de-aranha enegrecida e engrossada pelo tempo], prenunciava tapera próxima.”

“Calor de pinguço não dura…”

“Uma resolução de tal vulto, porém, não se toma assim do pé pr’a mão”

“Esta troada era o argumento decisivo de Nunes nas relações familiares. Quando ali roncava o <bééé>, mulher, filhas, Pernambi, Brinquinho [o cachorro cheio de carrapatos], todos se escoavam em silêncio. Sabiam por dolorosa experiência pessoal que o ponto acima era o porretinho de sapuva [madeira boa para machucar].”

“Só restava resolver o problema da madeira. Nas suas terras não havia senão pau de foice. Pau de machado, capaz de monjolo, só a peroba da divisa, velha árvore morta que era o marco entre os dois sítios, tacitamente respeitada de lá e cá. Deitá-la-ia por terra sem dar contas ao outro lado – como lhe fizeram à paca.”

“- O dia está ganho, compadre, largue disso e vamos molhar a garganta.

A molhadela da garganta excedeu a quanta bebedeira tinham na memória. Nunes, Maneta e Pernambi confraternizaram num bolo acachaçado, comemorativo do triunfo, até que uma soneira letárgica os derreou pelo chão.”

“Em cada eito de mato, dizia o meu velho, há um pau vingativo que pune a malfeitoria dos homens. Vivi no mato toda a vida, lidei toda casta de árvore, desdobrei desde embaúva e embiruçu até bálsamo, que é raro por aqui. Dormi no estaleiro quantas noites! Homem, fui um bicho-do-mato. E de tanto lidar com paus, fiquei na suposição de que as árvores têm alma, como a gente. (…) Não vê como gemem certos paus ao caírem? E outros como choram tanta lágrima vermelha, que escorre e vira resina?”

PAUMONIÇÃO: “o pau de feitiço. O desgraçado que acerta meter o machado no cerne desse pau pode encomendar a alma p’r’o diabo, que está perdido. Ou estrepado ou de cabeça rachada por um galho seco que despenca de cima, ou mais tarde por artes da obra feita com a madeira, de todo jeito não escapa. Não ‘dianta se precatar: a desgraça peala mesmo, mais hoje, mais amanhã, a criatura marcada. Isto dizia o velho – e eu por mim tenho visto muita coisa. Na derrubada do Figueirão, alembra-se? morreu o filho do Chico Pires. Estava cortando um guamirim quando, de repente, soltou um grito. Acode que acode, o moço estava com o peito varado até as costas. Como foi? Como não foi? Ninguém entendeu aquilo.”

“O cocho despejou a aguaceira – chóó! A munheca bateu firme no pilão – pan!”

“Amarelaram as folhas do milharal, as espigas penderam, maduras. Começou a quebra. Muito impaciente, Nunes debulhou o primeiro jacá recolhido e atochou o pilão. Ai! Não há felicidade completa no mundo. O engenho provou mal. Não rendia a canjica. Desproporcionada ao cocho, a haste não dava o jogo da regra.”

“sova de consertar negro ladrão”

“excomungado do inferno!”

“A cara dos Porungas, anuviada desde o incidente da peroba, refloriu dali por diante nos saudáveis risos escarninhos do despique. As nuvens foram escurentar os céus do Varjão. Era um nunca se acabar de troças e pilhérias de toda ordem. Inventavam traços cômicos, exageravam as trapalhices do mundéu. Enfeitavam-no como se faz ao mastro de São João. Sobre as linhas gerais debuxadas pelo velho, os Porunguinhas iam atando cada qual o seu buquê, de modo a tornar o pobre monjolo uma coisa prodigiosamente cômica. A palavra Ronqueira entrou a girar nas vizinhanças como termo comparativo de tudo quanto é risível ou sem pé nem cabeça.”

“Para acalmar a bílis, Nunes dobrou as doses de cachaça.

(…)

Sempre rentando o pai, somíssimo, Pernambi parecia um velhinho idiota. Não tirava da boca o pito e cada vez batia mais forte no mulherio miúdo.

Brinquinho desnorteara. Sentado nas patas traseiras olhava, inclinando a cabeça, ora para um, ora para outro, sem saber o que pensar da sua gente.”

“Feitiço de pau ou não, o caso foi que o inocente pagou o crime do pecador, como é da justiça bíblica.” “No meio das filhas em grita, o corpinho magro de Pernambi de borco no pilão. Para fora, pendentes, duas pernas franzinas – e o monjolo impassível, a subir e a descer, chóó-pan, pilando uma pasta vermelha de farinha, miolos e pelanca…” “Cavacos saltavam para longe, róseos cavacos da peroba assassina. E lascas. E achas… § Longo tempo durou o duelo trágico da demência contra a matéria bruta. Por fim, quando o monjolo maldito era já um monte escavado de peças em desmantelo, o mísero caboclo tombou por terra, arquejante, abraçado ao corpo inerte do filho. Instintivamente, sua mão trêmula apalpava o fundo do pilão em procura da cabecinha que faltava.”

V. UM SUPLÍCIO MODERNO [A SOLIDÃO DO MARATONISTA-CARTEIRO]

“A humanidade é sempre a mesma cruel chacinadora de si própria, numerem-se os séculos anterior ou posteriormente ao Cristo. Mudam de forma as coisas; a essência nunca muda. Como prova denuncia-se aqui um avatar moderno das antigas torturas: o estafetamento. Este suplício vale o torniquete, a fogueira, o garrote, a polé, o touro de bronze, a empalação, o bacalhau, o tronco, a roda hidráulica de surrar. A diferença é que estas engenharias matavam com certa rapidez, ao passo que o estafetamento prolonga por anos a agonia do paciente.”

“O ingênuo vê no caso honraria e negócio. É honra penetrar na falange gorda dos carrapatos orçamentívoros que pacientemente devoram o país; é negócio lambiscar ao termo de cada mês um ordenado fixo, tendo arrumadinha, no futuro, a cama fofa da aposentadoria.

Note-se aqui a diferença entre os ominosos tempos medievos e os sobreexcelentes da democracia de hoje. O absolutismo agarrava às brutas a vítima e, sem tir-te [aviso] nem habeas-corpos, trucidava-a; a democracia opera com manhas de Tartufo, arma arapucas, mete dentro rodelas de laranja e espera aleivosamente [traiçoeiramente] que, sponte sua [de livre e espontânea vontade], caia no laço o passarinho. Quer vítimas ao acaso, não escolhe. Chama-se a isto – arte pela arte…

Nomeado que é o homem, não percebe a princípio a sua desgraça. Só ao cabo de um mês ou dois é que entra a desconfiar; desconfiança que por graus se vai fazendo certeza, certeza horrível de que o empalaram no lombilho duro do pior matungo das redondezas, com, pela frente, cinco, seis, sete léguas de tortura a engolir por dia, de mala postal à garupa. [não é por ser uma tortura sedentária que o burocrata ‘não-carteiro’ sofre menos – aliás, periga estar em piores lençóis justamente por isso… não respira o ar fresco da República dos automotores e fuligem… Bem, de toda forma o princípio da repetição acéfala segue inalterado. Sempre um próximo memorando…]”

“Para o comum dos mortais, uma légua é uma légua; é a medida duma distância que principia aqui e acaba lá. Quem viaja, feito o percurso, chega e é feliz.

As léguas do estafeta, porém, mal acabam voltam da capo¹, como nas músicas.”

¹ Abreviação de capotasto, termo importado das óperas italianas, provavelmente um ancestral do microfone, que ampliava o alcance sonoro de alguns instrumentos, mas cujo nome é estranho a todos nós seres nascidos no alvorecer do século XXI… Podemos dizer, numa alegoria mais atemporal: as léguas do estafeta, assim que cumpridas, renascem das cinzas, isto é, reverberam.

“Teia de Penélope, rochedo de Sísifo, há de permeio entre o ir e o vir a má digestão do jantar requentado e a noite mal dormida; e assim um mês, um ano, dois, três, cinco, enquanto lhes restarem, a ele nádegas, e ao sendeiro lombo.” Substituíram os pangarés quadrúpedes pelos pangarés bípedes de carteira B (office-boys)…

“Mal apeia, derreado, com o coranchim em fogo, ao termo dos trinta e seis mil metros da caminheira, come lá o mau feijão, dorme lá a má soneca e a aurora do dia seguinte estira-lhe à frente, à guisa de <Bom dia!>, os mesmos trinta e seis mil metros da véspera, agora espichados ao contrário…”

UM DIA COMUM NA VIDA DE ULISSES: Mal se levanta para um intervalo, o cu ardendo, ao termo das 4h contínuas da labuta diurna, come lá o macarrão com salada e o repolho gaseificadores, ouve seus dois álbuns de música que consegue no intervalo legalmente instituído em sua conta Spotify Premium (conservado a duras penas no cartão quase estourado), já tem de, antes da ginástica laboral (assine aqui), reiniciar na mesma jornada odisséica vespertina, sem tirar nem pôr… E amanhã o mesmo expediente, o mesmo metrô, o mesmo sistema, os mesmos lengalengas de repartição…

“Dá-lhe o Estado – o mesmo que custeia enxundiosas taturanas burocráticas a contos por mês, e baitacas parlamentares a 200 mil réis por dia – dá-lhe o generoso Estado… cem mil réis mensais. Quer dizer <um real> por nove braças de tormento. Com um vintém paga-lhe trezentos e trinta metros de suplício. Vem a sair a sessenta réis o quilômetro de martírio. Dor mais barata é impossível.

O estafeta entra a definhar de canseira e fome. Vão-se-lhe as carnes, as bochechas encovam, as pernas viram parênteses dentro dos quais mora a barriga do desventurado rocim.”

“Pelos fins de maio, à entrada do frio, é entanguido como um súdito de Nicolau exilado nas Sibérias que devora as léguas infernais.” “O patrão-governo pressupõe que ele é de ferro e suas nádegas são de aço; que o tempo é um permanente céu com <brisas fagueiras> ocupadas em soprar sobre os caminhantes os olores da <balsamina em flor>.” “quando há crises financeiras e lhe lembram economias, corta seus cinco, seus dez mil réis no pingue ordenado, para que haja sobras permitidoras d’ir à Europa um genro em comissão de estudos sobre <a influência zigomática do periélio solar no regime zaratústrico das democracias latinas>.”

“Depois de demorada viagem, o papelório chega a um gabinete onde impa [despacha empertigado] em secretária de imbuia [marcenaria de luxo], fumegando o seu charuto, um sujeito de boas carnes e ótimas cores. Este vence dois contos de réis por mês [dez vezes mais que o carteiro]; é filho d’algo; é cunhado, sogro ou genro d’algo; entra às onze e sai às três, com folga de permeio para uma <batida> no frege da esquina.

O canastrão corre os olhos mortiços de lombeira [modorra] por sobre o papel e grunhe:

– Estes estafetas, que malandros!”

estafetadopeloestressesendoexploradoacadadiaestaferradonãoestaránafestaoestafetataissãoasfasesinfetasdoserviçofétido

“O primeiro ato do vencedor foi correr a vassoura do Olho da Rua em tudo quanto era olhodarruável em matéria de funcionalismo público. Entre os varridos estava a gente do correio, inclusive o estafeta”

“Além do topete tinha Biriba o sestro [vício] do <sim senhor> alçado às funções de vírgula, ponto-e-vírgula, dois-pontos e ponto final de todas as parvoiçadas emitidas pelo parceiro; e às vezes, pelo hábito, quando o freguês parando de falar entrava a comer, continuava ele escandindo a <sim senhores> a mastigação do bolinho filado.”

“Que lhe daria o chefe?

No antegozo da pepineira [farra] iminente, viveu a rebolar-se em cama de rosas até que rebentou sua nomeação para o cargo de estafeta.

Sem queda para aquilo, quis relutar, pedir mais; na conferência que teve com o chefe, entretanto, as objeções que lhe vinham à boca transmutavam-se no habitual <sim senhor>, de modo a convencer o coronel de que era aquilo o seu ideal.”

“Iniciou Biriba o serviço: seis léguas diárias a fazer hoje e a desfazer amanhã, sem outra folga além do último dia dos meses ímpares.”

VI. (O) MEU CONTO DE MAUPASSANT

“Conversavam no trem dois sujeitos. Aproximei-me e ouvi:

(…)

– Por que Maupassant e não Kipling, por exemplo?

– Porque a vida é amor e morte, e a arte de Maupassant é nove em dez um enquadramento engenhoso do amor e da morte. Mudam-se os cenários, variam os atores, mas a substância persiste – o amor, sob a única face impressionante, a que culmina numa posse violenta de fauno incendido de luxúria, e a morte, o estertor da vida em transe, o quinto ato, o epílogo fisiológico. A morte e o amor, meu caro, são os dois únicos momentos em que a jogralice da vida arranca a máscara e freme num delírio trágico.

– (…)

– Não te rias. (…) Só há grandeza, em suma, e <seriedade>, quando cessa de agir o pobre jogral que é o homem feito, guiado e dirigido por morais, religiões, códigos, modas e mais postiços de sua invenção – e entra em cena a natureza bruta.

– A propósito de quê tanta filosofia, com este calor de janeiro?…”

– CONTAS + CONTOS

“Meu caro, aquele pobre Oscar Fingall O’Flahertie Wills Wilde disse muita coisa, quando disse que a vida sabe melhor imitar a arte do que a arte sabe imitar a vida.”

VII. “POLLICE VERSO”

“Hão de duvidar os naturalistas estremes que o homem dissesse dissecar. Um coronel indígena falar assim com este rigor de glótica é coisa inadmissível aos que avaliam o gênero inteiro pela meia dúzia de pafurícios [neologismo lobatiano] agaloados do seu conhecimento. Pois disse. Este coronel Gama abria exceção à regra; tinha suas luzes, lia seu jornal, devorara em moço o Rocambole [du Terrail], as Memórias de um Médico [Dumas] e acompanhava debates da Câmara com grande admiração pelo Rui Barbosa, o Barbosa Lima, o Nilo e outros. Vinha-lhe daí um certo apuro na linguagem, destoante do achavascado [rústico] ambiente glóssico da fazenda, onde morava.”

“Era às escondidas que <depenava> moscas, brinquedo muito curioso, consistente em arrancar-lhes todas as pernas e asas para gozar o sofrimento dos corpinhos inertes. Aos grilos cortava as saltadeiras, e ria-se de ver os mutilados caminharem como qualquer bichinho de somenos.”

“Entrou nesse período para um colégio, e deste pulou para o Rio, matriculado em medicina. O emprego que lá deu aos seis anos do curso soube-o ele, os amigos e as amigas. Os pais sempre viveram empulhados, crentes de que o filho era uma águia a plumar-se, futuro Torres Homem de Itaoca [a cidade oficial do Jeca], onde, vendida a fazenda, então moravam. Nesta cidade tinham em mente encarreirar o menino, para desbanque dos quatro esculápios [Esculápio: Deus da Medicina] locais, uns onagros [ou ônagros, jumentos selvagens], dizia o coronel, cuja veterinária rebaixava os itaoquenses à categoria de cavalos.

Pelas férias o doutorando aparecia por lá, cada vez <mais outro>, desempenado, com tiques de carioca, <ss> sibilantes, roupas caras e uns palavreados técnicos de embasbacar.

“Não se lhe descreve aqui a cara, porque retratos por meio de palavras têm a propriedade de fazer imaginar feições às vezes opostas às descritas.”

“No queixo trazia barba de médico francês, coisa que muito avulta a ciência do proprietário. Doentes há que entre um doutor barbudo e um glabro, ambos desconhecidos, pegam sem tir-te no peludo, convictos de que pegam no melhor.”

<Isto aqui, contava em carta aos colegas do Rio, é um puro degredo. Clínica escassa e mal pagante, sem margem para grandes lances, e inda assim repartida por quatro curandeiros que se dizem médicos, perfeitas vacas de Hipócrates, estragadores de pepineira com suas consultinhas de cinco mil réis. O cirurgião da terra é um Doyen [o mais respeitado de um campo do saber, gíria; geralmente idoso, guru; possivelmente originado do grande pintor francês do século XVIII] de sessenta anos, emérito extrator de bichos-de-pé e cortador de verrugas com fio de linha. Dá iodureto [iodeto, ligação do iodo e metais] a todo o mundo e tem a imbecilidade de arrotar ceticismo, dizendo que o que cura é a Natureza. Estes rábulas é que estragam o negócio>

“Negócio, pepineira, grandes lances – está aqui a psicologia do novo médico. Queria pano verde para as boladas gordas.”

<Não há cá mulheres, nem gente com quem uma pessoa palestre. Uma pocilga! As boas pândegas do nosso tempo, hein?>

Yvonne voltara à pátria, deixando cá a meia dúzia de amantes que depenara a morrerem de saudades dos seus encantos. Antes de ir-se, deu a cada parvo uma estrelinha do céu, para que, a tantas, se encontrassem nela os amorosos olhares. Os seis idiotas todas as noites ferravam os olhos, um no <Taureau> (ela distribuíra as constelações em francês), outro na <Écrevisse>, outro na <Chevelure de Bérenice>, o quarto, no <Bélier>, o quinto em <Aritarés>, e o derradeiro na <Épi de la Vièrge>. A garota morria de rir no colo dum apache monmartrino, contando-lhe a história cômica dos seis parvos brasileiros e das seis constelações respectivas. Liam juntos as seis cartas recebidas a cada vapor, nas quais os protestos amorosos em temperatura de ebulição faziam perdoar a ingramaticalidade do francês antártico. E respondiam de colaboração, em carta circular, onde só variava o nome da estrela e o endereço. Esta circular era o que havia de terno. Queixava-se a rapariga de saudades, <essa palavra tão poética que fôra aprender no Brasil, o belo país das palmeiras, do céu azul, e dos michês>. Acoimava-os de ingratos, já em novos amores, ao passo que a pobrezinha, solitária e triste <comme la juriti>, consagrava os dias a rememorar o doce passado. Eis explicada a razão pela qual, nas noites límpidas, ficava Inacinho à janela, pensativo, de olhos postos na <Chevelure de Bérenice>.”

“– Uma bestinha! – dizia um. – Eu fico pasmado mas é de saírem da Faculdade cavalgaduras daquele porte! É médico no diploma, na barbicha e no anel do dedo. Fora d’aí, que cavalo!

– E que topete! – acrescentava outro. – Presumido e pomadista como não há segundo. Não diz humores ou sífilis; é mal luético. Eu o que queria era pilhá-lo numa conferência, para escachar…”

<Sem auscultação estetoscópica nada posso dizer. Voltarei mais tarde.>

– É uma pericardite aguda agravada por uma flegmasia hepático-renal. O doente arregalou o olho. Nunca imaginara que dentro de si morassem doenças tão bonitas, embora incompreensíveis.

– E é grave doutor? – perguntou a mulher, assustada.

– É e não é! – respondeu o sacerdote.”

“Ora, o major tinha trezentas apólices… Dependia pois da sua artimanha malabarizar aquele fígado, aquele coração, aquelas palavras gregas e, num prestidigitar manhoso, reduzir tudo a uns tantos contos de réis bem sonantes.”

“Fez os cálculos: trinta visitas, trinta injeções e tal e tal: três contos. Uma miséria! Se morresse, já o caso mudava de figura, poderia exigir vinte ou trinta. Era costume dos tempos fazerem-se os médicos herdeiros dos clientes. Serviços pagos em caso de cura aí com centenas de mil réis, em caso de morte reputavam-se em contos (milhões de réis).

Têm as idéias para escondê-las a caixa craniana, o couro cabeludo, a grenha: isso por cima; pela frente têm a mentira do olhar e a hipocrisia da boca. Assim entrincheiradas, elas, já de si imateriais, ficam inexpugnáveis à argúcia alheia. E vai nisso a pouca de felicidade existente neste mundo sublunar. Fosse possível ler nos cérebros claros como se lê no papel e a humanidade crispar-se-ia de horror ante si própria…”

“Primeira hipótese:

Cura do major = três contos.

Três contos = Itaoca, pasmaceira, etc…

Segunda hipótese:

Morte do major = trinta contos.

Trinta contos = Paris, Yvonne, <Bois>…”

“ilusões, farofas que a idade cura…”

“<Vou diariamente à Sorbonne ouvir as lições do grande Doyen e opero em três hospitais. Voltarei não sei quando. Fico por cá durante os 35 contos, ou mais, se o pai entender de auxiliar-me neste aperfeiçoamento de estudos.>

A Sorbonne é o apartamento em Montmartre onde compartilha com o apache da Yvonne o dia da rapariga. Os três hospitais são os três cabarés mais à mão. Não obstante, o pai cismou naquilo cheio d’orgulho, embora pesaroso: não estar viva a Joaquininha para ver em que altura pairava o Nico – o Nico do sanhaço estripado… Em Paris! Na Sorbonne!… Discípulo querido do Doyen, o grande, o imenso Doyen!…”

VIII. BUCÓLICA

“Que ar! A gente das cidades, afeita a sorver um indecoroso gás feito de pó em suspensão num misto de mau azoto e pior oxigênio, ignora o prazer sadio que é sentir os pulmões borbulhantes deste fluido vital em estado de virgindade.”

IX. O MATA-PAU

“- Que raio de árvore é esta? – pergunta ele ao capataz, pasmado mais uma vez.

E tem razão de parar, admirar e perguntar, porque é duvidoso existir naquelas sertanias exemplar mais truculento da árvore assassina.

Eu, de mim, confesso, fiz as três coisas. O camarada respondeu à terceira:

– Não vê que é um mata-pau.

– E que vem a ser o mata-pau?

– Não vê que é uma árvore que mata outra. Começa, quer ver como? – disse ele escabichando as frondes com o olhar agudo em procura dum exemplar típico. Está ali um!

– Onde? – perguntei, tonto.

– Aquele fiapinho de planta, ali no gancho daquele cedro – continuou o cicerone, apontando com dedo e beiço uma parasita mesquinha grudada na forquilha de um galho, com dois filamentos escorridos para o solo.

– Começa assinzinho, meia dúzia de folhas piquiras; bota p’ra baixo esse fio de barbante na tenção de pegar a terra. E vai indo, sempre naquilo, nem p’ra mais nem p’ra menos, até que o fio alcança o chão. E vai então o fio vira-raiz e pega a beber a sustância da terra. A parasita cria fôlego e cresce que nem embaúva. O barbantinho engrossa todo dia, passa a cordel, passa a corda, passa a pau de caibro e acaba virando tronco de árvore e matando a mãe, como este guampudo aqui – concluiu, dando com o cabo do relho no meu mata-pau.

– Com efeito! – exclamei admirado. – E a árvore deixa?

– Que é que há de fazer? Não desconfia de nada, a boba. Quando vê no seu galho uma isca de quatro folhinhas, imagina que é parasita e não se precata. O fio, pensa que é cipó. Só quando o malvado ganha alento e garra de engrossar, é que a árvore sente a dor dos apertos na casca. Mas é tarde. O poderoso daí por diante é o mata-pau. A árvore morre e deixa dentro dele a lenha podre.

Era aquilo mesmo! O lenho gordo e viçoso da planta facinorosa envolvia um tronco morto, a desfazer-se em carcoma. Viam-se por ele arriba, intervalados, os terríveis cíngulos [cinto, fôrca] estranguladores; inúteis agora, desempenhada já a missão constritora, jaziam frouxos e atrofiados.

Imaginação envenenada pela literatura, pensei logo nas serpentes de Laocoonte, na víbora aquecida no seio do homem da fábula, nas filhas do rei Lear, em todas as figuras clássicas da ingratidão. Pensei e calei, tanto o meu companheiro era criatura simples, pura dos vícios mentais que os livros inoculam.”

“O melhor dela evaporou-se, a frescura, o correntio, a ingenuidade de um caso narrado por quem nunca aprendeu a colocação dos pronomes e por isso mesmo narra melhor que quantos por aí sorvem literaturas inteiras, e gramáticas, na ânsia de adquirir o estilo. Grandes folhetinistas andam por este mundo de Deus perdidos na gente do campo, ingramaticalíssima, porém pitoresca no dizer como ninguém.”

Elesbão trazia d’olho uma menina das redondezas, filha do balaieiro João Poca, a Rosinha, bilro sapiroquento [pau pequeno cheio de inflamações, se fosse possível traduzir literalmente!] de treze anos, feiosa como um rastolho [pêra].”

“Laranjeira azeda não dá laranja-lima.”

“Rosa só o era no nome. No corpo, simples botão inverniço, desses que melam aos frios extemporâneos de maio.

Olhos cozidos e nariz arrebitado, tal qual a mãe. Feia, mas da feiúra que o tempo às vezes conserta. Talvez se fiasse nisso o noivo.”

“Por esse tempo navegava Rosa na casa dos trinta anos. Como a não estragaram filhos, nem se estragou ela em grosseiros trabalhos de roça, valia muito mais do que em menina. O tempo curou-lhe a sapiroca, e deu-lhe carnes a boa vida. De tal forma consertou que todo o mundo gabava o arranjo.”

Suas relações com o Ruço [filho adotivo], maternais até ali, principiaram a mudar de rumo, como quer que espigasse em homem o menino. Por fim degeneraram em namoro – medroso no começo, descarado ao cabo. A má casta das Pocas, desmentida no decurso da primavera, reafirmava-se em plena sazão calmosa. O verão das Pocas! Que forno…

Tudo transpira. Transpirou nas redondezas a feia maromba daqueles amores. Boas línguas, e más, boquejavam o quase incesto.

Quem de nada nunca suspeitou foi o honradíssimo Elesbão; e como na porta dos seus ouvidos paravam os rumores do mundo, a vida das três criaturas corria-lhes na toada mansa a que se dá o nome de felicidade.

Foi quando caiu de cama o pai de Elesbão, doente de velhice. Mandou chamar o filho e falou-lhe com voz de quem está com o pé na cova:

– Meu filho, abra os olhos com a Poca…

– Por que fala assim, meu pai?

O velho ouvira o zunzum da má vida; vacilava, entretanto, em abrir os olhos ao empulhado. Correu a mão trêmula pela cabeça do filho, afagou-a e morreu sem mais palavra. Sempre fora amigo de reticências, o bom velho.

Elesbão regressou ao sítio com aquele aviso a verrumar-lhe os miolos. Passou dias de cara amarrada, acastelando hipóteses.” “Não se sabe se houve concerto entre os amásios. Mas Elesbão morreu. E como!” “Descobriram-lhe o cadáver pela manhã, bem rente ao mata-pau. A justiça, coitadinha, apalpou daqui e dali, numa cegueira… Desconfiou do Ruço – mas cadê provas? Era o Ruço mais fino que o delegado, o promotor, o juiz – mais até que o vigário da vila, um padre gozador da fama de enxergar através das paredes…”

“Viviam como filho e mãe, dizia ela; como marido e mulher, resmungava o povo.

O sítio, porém, entrou logo a desmedrar. Comiam do plantado, sem lembrança de meter na terra novas sementes.

O moço ambicionava vender as benfeitorias para mergulhar no Oeste, e como Rosa relutasse deu de maltratá-la.

Estes amores serôdios são como a vide: mais judiam deles, mais reviçam. Às brutalidades do Ruço respondia a viúva com redobros de carinho. Seu peito maduro, onde o estio no fim anunciava o inverno próximo, chamejava em fogo bravo, desses que roncam nas retranças dos taquaruçuzais. E isso vingava Elesbão, esse amor sem jeito, sem conta, sem medida, duas vezes criminoso sobre sacrílego e, o que era pior, aborrecido pelo facínora, já farto.

– Coroca! Sapicuá de defunto! Cangalha velha!

Não havia insulto com o pião do veneno plantado na nota da velhice que lhe não desfechasse, o monstro.

Rosa depereceu a galope. Adeus, gordura! Boniteza outoniça, adeus! Saias a ruflar tesas de goma, pericote luzidio recendente a lima, quando mais?

– O Ruço dá cabo dela, como deu cabo do marido – e é bem-feito.

Voz do povo…”

“Foi feliz, Rosa. Enlouqueceu no momento preciso em que seu viver ia tornar-se puro inferno.”

“Não é só no mato que há mata-paus!…”

X. BOCATORTA

Vargas, com ojeriza velha ao mísero Bocatorta, não perdia ensanchas de lhe atribuir malefícios e de estumar o patrão a corrê-lo das terras que aquilo, Nossa Senhora! até enguiçava uma fazenda…

Interessado, o moço indagou da estranha criatura.

– Bocatorta é a maior curiosidade da fazenda, respondeu o major. Filho duma escrava de meu pai, nasceu, o mísero, disforme e horripilante como não há memória de outro. Um monstro, de tão feio. Há anos que vive sozinho, escondido no mato, donde raro sai e sempre de noite. O povo diz dele horrores – que come crianças, que é bruxo, que tem parte com o demo. Todas as desgraças acontecidas no arraial correm-lhe por conta. Para mim, é um pobre-diabo cujo crime único é ser feio demais. Como perdeu a medida, está a pagar o crime que não cometeu…”

“- Você exagera, Vargas. Nem o diabo é tão feio assim, criatura de Deus!”

“Bocatorta representara papel saliente em sua imaginação. Pequenita, amedrontavam-na as mucamas com a cuca, e a cuca era o horrendo negro. Mais tarde, com ouvir às crioulinhas todos os horrores correntes à conta dos seus bruxedos, ganhou inexplicável pavor ao notâmbulo. Houve tempo no colégio em que, noites e noites a fio, o mesmo pesadelo a atropelou. Bocatorta a tentar beijá-la, e ela, em transes, a fugir. Gritava por socorro, mas a voz lhe morria na garganta. Despertava arquejante, lavada em suores frios. Curou-a o tempo, mas a obsessão vincara fundos vestígios em su’alma.”

“A maturação do espírito em Cristina desbotara a vivacidade nevrótica dos terrores infantis. Inda assim vacilava.

Renascia o medo antigo, como renasce a encarquilhada rosa de Jericó ao contato de uma gota d’água. Mas vexada de aparecer aos olhos do noivo tão infantilmente medrosa, deliberou que iria; desde esse instante, porém, uma imperceptível sombra anuviou-lhe o rosto.

Ao jantar foram o assunto as novidades do arraial – eternas novidades de aldeias, o Fulano que morreu, a Sicrana que casou. Casara um boticário e morrera uma menina de 14 anos, muito chegada à gente do major. Particularmente condoída, Don’Ana não a tirava da idéia.”

DANA SCULLY DE CALÇAS…: “Corriam no arraial rumores macabros. No dia seguinte ao enterramento o coveiro topou a sepultura remexida, como se fôra violada durante a noite; e viu na terra fresca pegadas misteriosas de uma <coisa> que não seria bicho nem gente deste mundo. Já duma feita sucedera caso idêntico por ocasião da morte da Sinhazinha Esteves; mas todos duvidaram da integridade dos miolos do pobre coveiro sarapantado. Esses incréus não mofavam agora do visionário, porque o padre e outras pessoas de boa cabeça, chamadas a testemunhar o fato, confirmavam-no.

Imbuído do ceticismo fácil dos moços da cidade, Eduardo meteu a riso a coisa muita fortidão de espírito.

– A gente da roça duma folha d’embaúva pendurada no barranco faz logo, pelo menos, um lobisomem e três mulas-sem-cabeça. Esse caso do cemitério: um cão vagabundo entrou lá e arranhou a terra. Aí está todo o grande mistério!

…E O NECESSÁRIO SPOOKY MULDER: “Mas o major, esse não piou sim nem não. A experiência da vida ensinara-lhe a não afirmar com despotismo, nem negar com <oras> – Há muita coisa estranha neste mundo… – disse, traduzindo involuntariamente a safada réplica de Hamlet ao cabeça forte do Horácio.”

“Donaire, elegância, distinção… pintam lá vocábulos esbeiçados pelo uso esse punhado de quês particularíssimos cuja soma a palavra <linda> totaliza?

Lábios de pitanga, a magnólia da pele acesa em rosas nas faces, olhos sombrios como a noite, dentes de pérola… as velhas tintas de uso em retratos femininos desde a Sulamita não pintam melhor que o <linda!> dito sem mais enfeites além do ponto de admiração.

Vê-la mordiscando o hastil duma flor de catingueiro colhida à beira do caminho, ora risonha, ora séria, a cor das faces mordida pelo vento frio, madeixas louras a brincarem-lhe nas têmporas, vê-la assim formosa no quadro agreste duma tarde de junho, era compreender a expressão dos roceiros: Linda que nem uma santa.

Olhos, sobretudo, tinha-os Cristina de alta beleza. Naquela tarde, porém, as sombras de sua alma coavam neles penumbras de estranha melancolia. Melancolia e inquietação. O amoroso enlevo de Eduardo esfriava amiúde ante suas repentinas fugas. Ele a percebia distante, ou pelo menos introspectiva em excesso, reticência que o amor não vê de boa cara. E à medida que caminhavam recrescia aquela esquisitice. Um como intáctil morcego diabólico riscava-lhe a alma de voejos pressagos. Nem o estimulante das brisas ásperas, nem a ternura do noivo, nem o <cheiro de natureza> exsolvido da terra, eram de molde a esgarçar a misteriosa bruma de lá dentro.

Eduardo interpelou-a:

– Que tens hoje, Cristina? Tão sombria…

E ela, num sorriso triste:

– Nada!… Por quê?

Nada… É sempre nada quando o que quer que é lucila avisos informes na escuridão do subconsciente, como sutilíssimos ziguezagues de sismógrafo em prenúncio de remota comoção telúrica. Mas essas nadas são tudo!…”

“Bocatorta excedeu a toda pintura. A hediondez personificara-se nele, avultando, sobretudo, na monstruosa deformação da boca. Não tinha beiços, e as gengivas largas, violáceas, com raros cotos de dentes bestiais fincados às tontas, mostravam-se cruas, como enorme chaga viva. E torta, posta de viés na cara, num esgar diabólico, resumindo o que o feio pode compor de horripilante. Embora se lhe estampasse na boca o quanto fosse preciso para fazer daquela criatura a culminância da ascosidade, a natureza malvada fôra além, dando-lhe pernas cambaias e uns pés deformados que nem remotamente lembravam a forma do pé humano. E olhos vivíssimos, que pulavam das órbitas empapuçadas, veiados de sangue na esclerótica amarela. E pele grumosa, escamada de escaras cinzentas. Tudo nele quebrava o equilíbrio normal do corpo humano, como se a teratologia [ramo da Medicina que estuda de aberrações, “monstrologia”] caprichasse em criar a sua obra-prima.”

TERATOLOGIA DO DEMASIADO HUMANO

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“No dia seguinte amanheceu febril, com ardores no peito e tremuras amiudadas. Tinha as faces vermelhas e a respiração opressa.

O rebuliço foi grande na casa.

Eduardo, mordido de remorsos, compulsava com mão nervosa um velho Chernoviz, tentando atinar com a doença de Cristina; mas perdia-se sem bússola no báratro das moléstias. Nesse em meio, Don’Ana esgotava o arsenal da medicina anódina dos símplices caseiros.

O mal, entretanto, recalcitrava às chasadas e sudoríferos. Chamou-se o boticário da vila. Veio a galope o Eusébio Macário e diagnosticou pneumonia.

Quem já não assistiu a uma dessas subitâneas desgraças que de golpe se abatem, qual negro avejão de presa, sobre uma família feliz, e estraçoam tudo quanto nela representa a alegria, e esperança, o futuro?

Noites em claro, o rumor dos passos abafados… E o doente a piorar… O médico da casa apreensivo, cheio de vincos na testa… Dias e dias de duelo mudo contra a moléstia incoercível… A desesperança, afinal, o irremediável antolhado iminente; a morte pressentida de ronda ao quarto…

Ao oitavo dia Cristina foi desenganada; no décimo o sino do arraial anunciou o seu prematuro fim.”

XI. O COMPRADOR DE FAZENDAS

“As capoeiras substitutas das matas nativas revelavam pela indiscrição das tabocas a mais safada das terras secas. Em tal solo a mandioca bracejava a medo varetinhas nodosas; a cana-caiana assumia aspecto de caninha, e esta virava um taquariço magrela dos que passam incólumes entre os cilindros moedores.”

Zico, o filho mais velho, saíra-lhes um pulha, amigo de erguer-se às dez, ensebar a pastinha [circular à toa] até às onze e consumir o resto do dia em namoricos mal-azarados.

Afora este malandro tinham a Zilda, então nos dezessete, menina galante, porém sentimental mais do que manda a razão e pede o sossego da casa. Era um ler Escrich [espanhol, séc. XIX], a moça, e um cismar amores de Espanha!…

Em tal situação só havia uma aberta: vender a fazenda maldita para respirar a salvo de credores. Coisa difícil, entretanto, em quadra de café a cinco mil réis, botar unhas num tolo das dimensões requeridas. Iludidos por anúncios manhosos alguns pretendentes já haviam abicado ao Espigão; mas franziam o nariz, indo-se a arrenegar da pernada sem abrir oferta.

– De graça é caro! – cochichavam de si para consigo.

O redemoinho capilar do Moreira, a cabo de coçadelas, sugeriu-lhe um engenhoso plano mistificatório: entreverar de caetés, cambarás, unhas-de-vaca e outros padrões de terra boa, transplantados das vizinhanças, a fímbria das capoeiras e uma ou outra entrada acessível aos visitantes.

Fê-lo, o maluco, e mais: meteu em certa grota um pau-d’alho [trepadeira de cheiro forte] trazido da terra roxa, e adubou os cafeeiros margeantes ao caminho suficiente para encobrir a mazela do resto.

Onde um raio de sol denunciava com mais viveza um vício da terra, ali o alucinado velho botava a peneirinha…”

“Como lhes é suspeita a informação dos proprietários, costumam os pretendentes interrogar à socapa os encontradiços. Ali, se isso acontecia – e acontecia sempre, porque era Moreira em pessoa o maquinista do acaso – havia diálogos desta ordem:

– Geia por aqui?

– Coisinha, e isso mesmo só em ano brabo.

– O feijão dá bem?

– Nossa Senhora! Inda este ano plantei 5 quartas e malhei 50 alqueires. E que feijão!

– Berneia o gado?

– Qual o quê! Lá um ou outro carocinho de vez em quando. Para criar, não existe terra melhor. Nem erva nem feijão-bravo [planta que mata o gado]. O patrão é porque não tem força. Tivesse ele os meios e isto virava um fazendão.”

“É preciso, filha! As vezes uma coisa de nada engambela um homem e facilita um negócio. Manteiga é graxa e a graxa engraxa!”

“Na roça, o ruge e o casamento saem do mesmo oratório.”

“- O canastrão? Pff! Raça tardia, meu caro senhor, muito agreste. Eu sou pelo Poland Chine. Também não é mau, não, o Large Black. Mas o Poland! Que precocidade! Que raça!

Moreira, chucro na matéria, só conhecedor das pelhancas famintas, sem nome nem raça, que lhe grunhiam nos pastos, abria insensivelmente a boca.

– Como em matéria de pecuária bovina – continuou Trancoso – tenho para mim que, de Barreto a Prado, andam todos erradíssimos. Pois não! Er-ra-dís-si-mos! Nem seleção, nem cruzamento. Quero a adoção i-me-di-a-ta das mais finas raças inglesas, o Polled Angus, o Red Lincoln. Não temos pastos? Façamo-los. Plantemos alfafa. Penemos. Ensilemos.”

“- Impossível, meu caro, não monto em seguida às refeições; dá-me cefalalgia.

Zilda corou. Zilda corava sempre que não entendia uma palavra.

– À tarde sairemos, não tenho pressa. Prefiro agora um passeiozinho pedestre pelo pomar, a bem do quilo.

Enquanto os dois homens em pausados passos para lá se dirigiam, Zilda e Zico correram ao dicionário.

– Não é com s – disse o rapaz.

– Veja com C – alvitrou a menina.

Com algum trabalho encontraram a palavra cefalalgia.

– Dor de cabeça! Ora! Uma coisa tão simples…”

“- Este cri-cri de grilos, como é encantador! Eu adoro as noites estreladas, o bucólico viver campesino, tão sadio e feliz…

– Mas é muito triste!… – aventurou Zilda.

– Acha? Gosta mais do canto estridente da cigarra, modulando cavatinas em plena luz? – disse ele, amelaçando a voz. – É que no seu coraçãozinho há qualquer nuvem a sombreá-lo…”

“- O senhor é um poeta! – exclamou Zilda a um regorjeio dos mais sucados.

– Quem o não é debaixo das estrelas do céu, ao lado duma estrela da terra?

– Pobre de mim! – suspirou a menina, palpitante.

Também do peito de Trancoso subiu um suspiro. Seus olhos alçaram-se a uma nuvem que fazia no céu as vezes da Via Láctea, e sua boca murmurou em solilóquio um rabo-d’arraia desses que derrubam meninas.

– O amor!… A Via Láctea da vida!… O aroma das rosas, a gaze da aurora! Amar, ouvir estrelas… Amai, pois só quem ama entende o que elas dizem.

Era zurrapa de contrabando; não obstante, ao paladar inexperto da menina soube a fino moscatel. Zilda sentiu subir à cabeça um vapor. Quis retribuir. Deu busca aos ramilhetes retóricos da memória em procura da flor mais bela. Só achou um bogari humílimo:

– Lindo pensamento para um cartão-postal!

Ficaram no bogari; o café com bolinhos de frigideira veio interromper o idílio nascente. Que noite aquela! Dir-se-ia que o anjo da bonança distendera suas asas de ouro por sobre a casa triste. Via Zilda realizar-se todo o Escrich deglutido. Dona Isaura gozava-se da possibilidade de casá-la rica. Moreira sonhava quitações de dívidas, com sobras fartas a tilintar-lhe no bolso.”

“Só Trancoso dormiu o sono das pedras, sem sonhos nem pesadelos. Que bom é ser rico!”

“Eu nunca vi Moreira que não fosse palerma e sarambé. É do sangue. Você não tem culpa.

Amuaram um bocado; mas a ânsia de arquitetar castelos com a imprevista dinheirama varreu para longe a nuvem. Zico aproveitou a aura para insistir nos 3 contos do estabelecimento – e obteve-os. Dona Isaura desistiu da tal casinha. Lembrava agora outra maior, em rua de procissão – a casa do Eusébio Leite.

– Mas essa é de 12 contos, advertiu o marido.

– Mas é outra coisa que não aquele casebre! Muito mais bem repartida. Só não gosto da alcova pegada à copa; escura…

– Abre-se uma clarabóia.

– Também o quintal precisa de reforma; em vez do cercado das galinhas…

Até noite alta, enquanto não vinha o sono, foram remendando a casa, pintando-a, transformando-a na mais deliciosa vivenda da cidade. Estava o casal nos últimos retoques, dorme-não-dorme, quando Zico bateu à porta.

– Três contos não bastam, papai, são precisos 5. Há a armação, de que não me lembrei, e os direitos, e o aluguel da casa, e mais coisinhas…

Entre dois bocejos, o pai concedeu-lhe generosamente 6.

E Zilda? Essa vogava em alto-mar dum romance de fadas. Deixemo-la vogar.”

“- Vejam vocês! – disse Moreira, resumindo a opinião geral. – Moço, riquíssimo, direitão, instruído como um doutor e no entanto amável, gentil, incapaz de torcer o focinho como os pulhas que cá têm vindo. O que é ser gente!

À velha agradara sobretudo a sem-cerimônia do jovem capitalista. Levar ovos e carás! Que mimo!

Todos concordaram, louvando-o cada um a seu modo.

E assim, mesmo ausente, o gentil ricaço encheu a casa durante a semana inteira.

Mas a semana transcorreu sem que viesse a ambicionada resposta. E mais outra. E outra ainda.

Escreveu-lhe Moreira, já apreensivo e nada. Lembrou-se dum parente morador na mesma cidade e endereçou-lhe carta pedindo que obtivesse do capitalista a solução definitiva. Quanto ao preço, abatia alguma coisa. Dava a fazenda por 55, por 50 e até por 40, com criação e mobília.

O amigo respondeu sem demora. Ao rasgar do envelope, os 4 corações da Espiga pulsaram violentamente: aquele papel encerrava o destino de todos quatro.

Dizia a carta: <Moreira. Ou muito me engano ou estás iludido. Não há por aqui nenhum Trancoso Carvalhais capitalista. Há o Trancosinho, filho de Nhá Veva, vulgo Sacatrapo. É um espertalhão que vive de barganhas e sabe iludir aos que o não conhecem. Ultimamente tem corrido o Estado de Minas, de fazenda em fazenda, sob vários pretextos. Finge-se às vezes comprador, passa uma semana em casa do fazendeiro, a caceteá-lo com passeios pelas roças e exames de divisas; come e bebe do bom, namora as criadas, ou a filha, ou o que encontra – é um vassoura de marca! – e no melhor da festa some-se. Tem feito isto um cento de vezes, mudando sempre de zona. Gosta de variar de tempero, o patife. Como aqui Trancoso só há este, deixo de apresentar ao pulha a tua proposta. Ora o Sacatrapo a comprar fazenda! Tinha graça…”

“Todas as passagens trágicas dos romances lidos desfilaram-lhe na memória; reviu-se na vítima de todos eles. E dias a fio pensou no suicídio.

Por fim, habituou-se a essa idéia e continuou a viver.

Teve azo de verificar que isso de morrer de amores, só em Escrich.

Acaba-se aqui a história – para a platéia; para as torrinhas segue ainda por meio palmo. As platéias costumam impar umas tantas finuras de bom gosto e tom muito de rir; entram no teatro depois de começada a peça e saem mal as ameaça o epílogo.” “Nos romances e contos, pedem esmiuçamento completo do enredo; e se o autor, levado por fórmulas de escola, lhes arruma para cima, no melhor da festa, com a caudinha reticenciada a que chama <nota impressionista>, franzem o nariz. Querem saber – e fazem muito bem – se Fulano morreu, se a menina casou e foi feliz, se o homem afinal vendeu a fazenda, a quem e por quanto.

Sã, humana e respeitabilíssima curiosidade!

– Vendeu a fazenda o pobre Moreira?

Pesa-me confessá-lo: não! E não a vendeu por artes do mais inconcebível qüiproquó de quantos tem armado neste mundo o diabo – sim, porque afora o diabo, quem é capaz de intrincar os fios da meada com laços e nós cegos, justamente quando vai a feliz remate o crochê?

O acaso deu a Trancoso uma sorte de 50 contos na loteria. Não se riam. Por que motivo não havia Trancoso de ser o escolhido, se a sorte é cega e ele tinha no bolso um bilhete? Ganhou os 50 contos, dinheiro que para um pé-atrás daquela marca era significativo de grande riqueza.

De posse do bolo, após semanas de tonteira, deliberou afazendar-se. Queria tapar a boca ao mundo realizando uma coisa jamais passada pela sua cabeça: comprar fazenda. Correu em revista quantas visitara durante os anos de malandragem, propendendo, afinal, para a Espiga. Ia nisso, sobretudo, a lembrança da menina, dos bolinhos da velha e a idéia de meter na administração ao sogro, de jeito a folgar-se uma vida vadia de regalos, embalado pelo amor de Zilda e os requintes culinários da sogra. Escreveu, pois ao Moreira anunciando-lhe a volta, a fim de fechar-se o negócio.

Ai, ai, ai! Quando tal carta penetrou na Espiga houve rugidos de cólera, entremeio a bufos de vingança.

– É agora! – berrou o velho. – O ladrão gostou da pândega e quer repetir a dose. Mas desta feita curo-lhe a balda, ora se curo! – concluiu, esfregando as mãos no antegozo da vingança.

No murcho coração da pálida Zilda, entretanto, bateu um raio de esperança. A noite de su’alma alvorejou ao luar de um <Quem sabe?>. Não se atreveu, todavia, a arrostar a cólera do pai e do irmão, concertados ambos num tremendo ajuste de contas. Confiou no milagre. Acendeu outra velinha a Santo Antônio…

O grande dia chegou. Trancoso rompeu à tarde pela fazenda, caracolando o rosilho. Desceu Moreira a esperá-lo embaixo da escada, de mãos às costas.

Antes de sofrear as rédeas, já o amável pretendente abria-se em exclamações.

– Ora viva, caro Moreira! Chegou enfim o grande dia. Desta vez, compro-lhe a fazenda.

Moreira tremia. Esperou que o biltre apeasse e mal Trancoso, lançando as rédeas, dirigiu-se-lhe de braços abertos, todo risos, o velho saca de sob o paletó um rabo de tatu e rompe-lhe para cima com ímpeto de queixada.

– Queres fazenda, grandíssimo tranca? Toma, toma fazenda, ladrão! – e lepte, lepte, finca-lhe rijas rabadas coléricas.

O pobre rapaz, tonteando pelo imprevisto da agressão, corre ao cavalo e monta às cegas, de passo que Zico lhe sacode no lombo nova série de lambadas de agravadíssimo ex-quase-cunhado.

Dona Isaura atiça-lhe os cães:

– Pega, Brinquinho! Ferra, Joli!

O mal-azarado comprador de fazendas, acuado como raposa em terreiro, dá de esporas e foge à toda, sob uma chuva de insultos e pedras. Ao cruzar a porteira inda teve ouvidos para distinguir na grita os desaforos esganiçados da velha:

– Comedor de bolinhos! Papa-manteiga! Toma! Em outra não hás de cair, ladrão de ovo e cará!…

E Zilda?

Atrás da vidraça, com os olhos pisados do muito chorar, a triste menina viu desaparecer para sempre, envolto em uma nuvem de pó, o cavaleiro gentil dos seus dourados sonhos.

Moreira, o caipora, perdia assim naquele dia o único negócio bom que durante a vida inteira lhe deparara a Fortuna: o duplo descarte – da filha e da Espiga…

XII. O ESTIGMA

“Saímos e percorremos toda a fazenda, o chiqueirão dos canastrões, o cercado das aves de raça, o tanque dos Pekins; vimos as cabras Toggenburg, o gado Jersey, a máquina de café, todas essas coisas comuns a todas as fazendas e que no entanto examinamos sempre com real prazer.

Fausto era fazendeiro amador. Tudo ali demonstrava logo dispêndio de dinheiro sem a preocupação da renda proporcional; trazia-a no pé de quem não necessita da propriedade para viver.”

“- Aquele nosso horror à coleira matrimonial! Como esbanjávamos diatribes contra o amor sacramento, benzido pelo padre, gatafunhado pelo escrivão… Lembras-te?

– E estamos a pagar a língua. É sempre assim na vida: a libérrima teoria por cima e a trama férrea das injunções por baixo. O casamento!… Não o defino hoje com o petulante entono de solteiro. Só digo que não há casamento – há casamentos. Cada caso é um especial.

– Tendo aliás de comum – disse eu – um mesmo traço: restrição da personalidade.

– Sim. É mister que o homem ceda cinqüenta por cento e a mulher outros tantos para que haja o equilíbrio razoável a que chamamos felicidade conjugal.

– <Felicidade conjugal>, dizes bem, restringindo com o adjetivo a amplidão do substantivo.”

Laura… É como um raio de sol matutino que folga e ri na face noruega da minha vida…”

“Envelhecera Fausto quarenta anos naqueles vinte de desencontro, e o tempo murchara-lhe a expansibilidade folgazã. Enquanto palestrávamos, uma a uma subiam-me à tona da memória as cenas e pessoas do Paraíso, a fascinante Laurita à frente. Perguntei por ela em primeiro.

– Morta! – foi a resposta seca e torva.

Como nas horas claras do verão nuvem erradia tapando às súbitas o sol põe na paisagem manchas mormacentas de sombras, assim aquela palavra nos velou a ambos a alegria do encontro.

– E tua mulher? Os filhos?

– Também morta, a mulher. Os filhos, por aí, casados uns, o último ainda comigo. Meu caro Bruno, o dinheiro não é tudo na vida, e principalmente não é pára-raios que nos ponha a salvo de coriscos a cabeça. Moro na rua tal; aparece lá à noite que te contarei a minha história – e gaba-te, pois serás a única pessoa a quem revelarei o inferno que me saiu o Paraíso…”

O <má> na mulher diz tudo; dispensa maior gasto de expressões. Quando ouvires de uma mulher que é má, não peças mais: foge a sete pés. Se eu fôra refazer o Inferno, acabaria com tantos círculos que lá pôs o Dante, e em lugar meteria de guarda aos precitos uma dúzia de megeras. Haviam de ver que paraíso eram, em comparação, os círculos…

Confesso que não casei por amor. Estava bacharel e pobre. Vi pela frente o marasmo da magistratura e a vitória rápida do casamento rico. Optei pela vitória rápida, descurioso de sondar para onde me levaria a áurea vereda. O dote, grande, valia, ou pareceu-me valer, o sacrifício. Errei. Com a experiência de hoje, agarrava a mais reles das promotorias. O viver que levamos não o desejo como castigo ao pior celerado.

– A face noruega!…

– Era exata a comparação, gélido como nos corria o viver conjugal no período em que, iludidos, contemporizávamos, tentando um equilíbrio impossível. Depois tornou-se-nos infernal. Laura, à proporção que desabrochava, reunia em si quanta formosura de corpo, alma e espírito um poeta concebe em sonhos para meter em poemas. Conluiava-se nela a beleza do Diabo, própria da idade, com a beleza de Deus, permanente – e o pobre do teu Fausto, um exilado em fria Sibéria matrimonial, coração virgem de amor, não teve mão de si, sucumbiu. No peito que supunha calcinado viçou o perigosíssimo amor dos trinta anos.”

“Ao cabo, ou porque me traísse o fogo interno ou porque o ciúme desse à minha mulher uma visão de lince, tudo leu ela dentro de mim, como se o coração me pulsasse num peito de cristal. Conheci, então, um lúgubre pedaço de alma humana: a caverna onde moram os dragões do ciúme e do ódio. O que escabujou minha mulher contra os <amásios>!

A caninana envolvia no mesmo insulto a inocência ignorante e a nobreza dum sentimento puríssimo, recalcado no fundo do meu ser.

Intimou-me a expulsá-la incontinenti.

Resisti.

Afastaria Laura, mas não com a bruteza exigida e de modo a me trair perante ela e todo o mundo. Era a primeira vez que eu depois de casado resistia, e tal firmeza encheu de assombro a <senhora>. Tenho cá na visão o riso de desafio que nesse momento lhe crispou a boca, e tenho n’alma as cicatrizes das áscuas que espirraram aqueles olhos [brasa ou lustre vítreo da ira neste órgão sensível à luz e aos sentimentos!].

Apanhei a luva.

Estas guerras conjugais portas adentro!… Não há aí luta civil que se lhe compare em crueza. Na frente de estranhos, de Laura e dos filhos, continha-se. Maltratava a pobre menina, mas sem revelar a verdadeira causa da perseguição.

A sós comigo, porém, que inferno!

Durou pouco isso. Escrevi a parentes, e dava os primeiros passos para a arrumação de Laura, quando…”

“Emboscava-se nele com um livro, ou com a costura, e dess’arte sossegava um momento da inferneira doméstica.

Um dia em que saí à caça, menos pela caçada do que para retemperar-me da guerra caseira na paz das matas, ao montar a cavalo vi-a dirigir-se para lá com o cestinho de costura.

Demorei-me mais do que o usual, e em vez de paca trouxe uma longa meditação desanimadora, feita de papo acima, inda me lembro, sob a fronte de enorme guabirobeira.

Ao pisar no terreiro, vi as crianças a me esperarem na escada, assustadinhas.

– Papai não viu Laura?”

“Corremos todos. Estava lá o cestinho de costura, mais adiante… o corpo frio da menina.

Morta, à bala!

A blusa entreaberta mostrava no entresseio uma ferida: um pequeno furo negro donde fluía para as costelas fina estria de sangue. Ao lado da mão direita inerte, o meu revólver.

Suicidara-se…

Não te digo o meu desespero. Esqueci mundo, conveniências, tudo, e beijei-a longamente entre arquejos e sacões de angústia.

Trouxeram-na a braços. Em casa, minha mulher, então grávida, recusou-se a ver o cadáver com pretexto do estado, e Laura desceu à cova sem que ela por um só momento deixasse a clausura. Note você isto: <Minha mulher não viu o cadáver da menina>. Dias depois, humanizou-se. Deixou a cela, voltando à vida do costume, muito mudada de gênio, entretanto. Cessara a exaltação ciumosa do ódio, sobrevindo em lugar um mutismo sombrio. Pouquíssimas palavras lhe ouvi daí por diante.

A mim, o suicídio de Laura, sobre sacudir-me o organismo como o pior dos terremotos, preocupava-me como insolúvel enigma.

Não compreendia aquilo.

Suas últimas palavras em casa, seus últimos atos, nada induzia o horrível desenlace. Por que se mataria Laura?

Como conseguira o revólver, guardado sempre no meu quarto, em lugar só de mim e de minha mulher sabido?

Uma inspeção nos seus guardados não me esclareceu melhor; nenhuma carta ou escrito judicioso.

Mistério!

Mas correram os meses e um belo dia minha mulher deu à luz um menino.

Que tragédia! Dói-me a cabeça o recordá-la.

A velha Lucrécia, auxiliar da parteira, foi quem veio à sala com a notícia do bom sucesso.

– Desta vez foi um meninão!, disse ela. Mas nasceu marcado…

– Marcado?

– Tem uma marca no peito, uma cobrinha coral de cabeça preta.

Impressionado com a esquisitice, dirigi-me para o quarto. Acerquei-me da criança e desfiz as faixas o necessário para examinar-lhe o peitinho. E vi… vi um estigma que reproduzia com exatidão o ferimento de Laurinha: um núcleo negro, imitante ao furo da bala, e a <cobrinha>, uma estria enviesada pelas costelas abaixo.

Um raio de luz inundou-me o espírito. Compreendi tudo. O feto em formação nas entranhas da mãe fora a única testemunha do crime e, mal nascido, denunciava-o com esmagadora evidência.

– Ela já viu isto? – perguntei à parteira.

– Não! Nem é bom que veja antes de sarada.

Não me contive. Escancarei as janelas, derramei ondas de sol no aposento, despi a criança e ergui-a ante os olhos da mãe; dizendo com frieza de juiz:

– Olha, mulher, quem te denuncia!

A parturiente ergueu-se de golpe, recuou da testa as madeixas soltas e cravou os olhos no estigma. Esbugalhou-os como louca, à medida que lhe alcançava a significação.

Depois ergueu-se de golpe, e pela primeira vez aqueles olhos duros se turvaram ante a fixidez inexorável dos meus.

Em seguida moleou o corpo, descaindo para os travesseiros, vencida.

Sobreveio-lhe uma crise à noite. Acudiram médicos. Era febre puerperal sob forma gravíssima. Minha mulher recusou obstinadamente qualquer medicação e morreu sem uma palavra, fora as inconscientes escapas nos momentos de delírio…

Mal concluíra Fausto a confidência daqueles horrores, abriu-se a porta e entrou na sala um rapazinho imberbe.

– Meu filho – disse ele – , mostra ao Bruno a tua cobrinha.

O moço desabotoou o colete; entreabriu a camisa. Pude então ver o estigma. Era perfeita ilusão: lá estava a imagem do orifício aberto pelo projétil e o do fio de sangue escorrido. Veja você, concluiu o meu triste amigo, os caprichos da Natureza…

– Caprichos de Nêmesis… – ia eu dizendo, mas o olhar do pai cortou-me a palavra: o moço ignorava o crime de que fôra ele próprio eloqüente delator.”

XIII. VELHA PRAGA [NÃO-FICÇÃO: O PRIMEIRO ESCRITO DE MONTEIRO LOBATO, UMA QUEIXA-CRIME ENVIADA A’O ESTADO DE S. PAULO, 2a versão: A MULTITUDE DE HOMENS MAUS E PODEROSOS SEMPRE NOS GERA, A NÓS OS ESCRITORES, MESSIAS URBANÓIDES. OBRIGADO VÂNIA, OBRIGADO JUSSARA, OBRIGADO, JESUS-JUDAS, OBRIGADO CEARIBARÁ, OBRIGADO TANTOS OUTROS JÁ ESQUECIDOS PORQUE POR MIM MUITO – E JUSTAMENTE – MAL-TRATADOS, MAS ESSA LISTA SÓ CONTINUARÁ, PARA MEU IMENSO REGOZIJO…]

“Andam todos em nossa terra por tal forma estonteados com as proezas infernais dos belacíssimos <vons> alemães, que não sobram olhos para enxergar males caseiros.

Venha, pois, uma voz do sertão dizer às gentes da cidade que se lá fora o jogo da guerra lavra implacável, fogo não menos destruidor devasta nossas matas, com furor não menos germânico.”

“A serra da Mantiqueira ardeu como ardem aldeias na Europa, e é hoje um cinzeiro imenso, entremeado aqui e acolá de manchas de verdura – as restingas úmidas, as grotas frias, as nesgas salvas a tempo pela cautela dos aceiros. Tudo o mais é crepe negro.”

“Preocupa à nossa gente civilizada o conhecer em quanto fica na Europa por dia, em francos e cêntimos, um soldado em guerra; mas ninguém cuida de calcular os prejuízos de toda sorte advindos de uma assombrosa queima destas. As velhas camadas de húmus destruídas; os sais preciosos que, breve, as enxurradas deitarão fora, rio abaixo, via oceano; o rejuvenescimento florestal do solo paralisado e retrogradado; a destruição das aves silvestres e o possível advento de pragas insetiformes; a alteração para o pior do clima com a agravação crescente das secas; os vêdos [tapume, sebe] e aramados perdidos; o gado morto ou depreciado pela falta de pastos; as cento e uma particularidades que dizem respeito a esta ou aquela zona e, dentro delas, a esta ou aquela <situação> agrícola.”

“neste tortíssimo 1914 que, benza-o Deus, parece aparentado de perto como o célebre ano 1000 de macabra memória.”

OS 4 ESTÁGIOS DA EROSÃO E DESERTIFICAÇÃO (NÃO ENSINAM NAS ESCOLAS): “Em quatro anos, a mais ubertosa região se despe dos jequitibás magníficos e das perobeiras milenárias – seu orgulho e grandeza, para, em achincalhe crescente, cair em capoeira, passar desta à humildade da vassourinha e, descendo sempre, encruar definitivamente na desdita do sapezeiro – sua tortura e vergonha.”

“Este funesto parasita da terra é o CABOCLO, espécie de homem baldio, seminômade, inadaptável à civilização, mas que vive à beira dela na penumbra das zonas fronteiriças. À medida que o progresso vem chegando com a via férrea, o italiano, o arado, a valorização da propriedade, vai ele refugindo em silêncio, com o seu cachorro, o seu pilão, a pica-pau [espingarda rústica] e o isqueiro, de modo a sempre conservar-se fronteiriço, mudo e sorna.”

“não se liga à terra, como o campônio europeu <agrega-se>, tal qual o <sarcopte> [parasita], pelo tempo necessário à completa sucção da seiva convizinha; feito o quê, salta para diante com a mesma bagagem com que ali chegou.

Vem de um sapezeiro para criar outro. Coexistem em íntima simbiose; sapé e caboclo são vidas associadas. Este inventou aquele e lhe dilata os domínios; em troca, o sapé lhe cobre a choça e lhe fornece fachos para queimar a colméia das pobres abelhas.

Chegam silenciosamente, ele e a <sarcopta> fêmea, esta com um filhote no útero, outro ao peito, outro de sete anos à ourela da saia – este já de pitinho na boca e faca à cinta.

Completam o rancho um cachorro sarnento – Brinquinho – a foice, a enxada, a pica-pau, o pilãozinho de sal, a panela de barro, um santo encardido, três galinhas pevas [de extração baixa, diferente da garnisé] e um galo índio. Com estes simples ingredientes, o fazedor de sapezeiros perpetua a espécie e a obra de esterilização iniciada com os remotíssimos avós.

Acampam.

Em três dias uma choça, que por eufemismo chamam casa, brota da terra como um urupê. Tiram tudo do lugar, os esteios, os caibros, as ripas, os barrotes, o cipó que os liga, o barro das paredes e a palha do teto. Tão íntima é a comunhão dessas palhoças com a terra local, que dariam idéia de coisa nascida do chão por obra espontânea da natureza – se a natureza fosse capaz de criar coisas tão feias.

Barreada a casa, pendurado o santo, está lavrada a sentença de morte daquela paragem.

Começam as requisições. Com a pica-pau, o caboclo limpa a floresta das aves incautas. Pólvora e chumbo adquire-os vendendo palmitos no povoado vizinho. É este um traço curioso da vida do caboclo e explica o seu largo dispêndio de pólvora; quando o palmito escasseia, rareiam os tiros, só a caça grande merecendo sua carga de chumbo; se o palmital se extingue, exultam as pacas: está encerrada a estação venatória.

“Quem foi o incendiário? Donde partiu o fogo?

Indaga-se, descobre-se o Nero: é um urumbeva qualquer, de barba rala, amoitado num

litro de terra litigiosa.

E agora? Que fazer? Processá-lo?

Não há recurso legal contra ele. A única pena possível, barata, fácil e já estabelecida como praxe, é <tocá-lo>.

Curioso este preceito: <ao caboclo, toca-se. Toca-se, como se toca um cachorro importuno, ou uma galinha que vareja pela sala. E tão afeito anda ele a isso, que é comum ouvi-lo dizer: <Se eu fizer tal coisa, o senhor não me toca?>

Justiça sumária – que não pune, entretanto, dado o nomadismo do paciente.

Enquanto a mata arde, o caboclo regala-se.

– Eta fogo bonito!

No vazio de sua vida semi-selvagem, em que os incidentes são um jacu abatido, uma paca fisgada n’água ou o filho novimensal, a queimada é o grande espetáculo do ano, supremo regalo dos olhos e dos ouvidos.”

“O caboclo é uma quantidade negativa. Tala 50 alqueires de terra para extrair deles o com que passar fome e frio durante o ano. Calcula as sementeiras pelo máximo da sua resistência às privações. Nem mais, nem menos. <Dando para passar fome>, sem virem a morrer disso, ele, a mulher e o cachorro – está tudo muito bem; assim fez o pai, o avô; assim fará a prole empanzinada que naquele momento brinca nua no terreiro.”

XIV. URUPÊS [Introdução ao mítico Jeca Tatu!]

“Morreu Peri, incomparável idealização dum homem natural como o sonhava Rousseau, protótipo de tantas perfeições humanas, que no romance, ombro a ombro com altos tipos civilizados, a todos sobreleva em beleza d’alma e corpo.

Contrapôs-lhe a cruel etiologia dos sertanistas modernos um selvagem real, feio e brutesco, anguloso e desinteressante, tão incapaz muscularmente, de arrancar uma palmeira, como incapaz, moralmente, de amar Ceci.

Por felicidade nossa – e de D. Antônio de Mariz – não os viu Alencar; sonhou-os qual Rousseau. Do contrário, lá teríamos o filho de Araré a moquear [comer, em algum dos dois sentidos, contra a vontade da moça] a linda menina num bom brasileiro de pau-brasil, em vez de acompanhá-la em adoração pelas selvas, como o Ariel benfazejo do Paquequer.”

“Todo o clã plumitivo deu de forjar seu indiozinho refegado de Peri e Atala. Em sonetos, contos e novelas, hoje esquecidos, consumiram-se tabas inteiras de aimorés sanhudos, com virtudes romanas por dentro e penas de tucano por fora.

Vindo o público a bocejar de farto, já cético ante o crescente desmantelo do ideal, cessou no mercado literário a procura de bugres homéricos, inúbias [trombetas], tacapes, bonés, piagas [pajés] e virgens bronzeadas. Armas e heróis desandaram cabisbaixos, rumo ao porão onde se guardam os móveis fora de uso, saudoso museu de extintas pilhas elétricas que a seu tempo galvanizaram nervos. E lá acamam poeira cochichando reminiscências com a barba de D. João de Castro [capitão-geral das Índias, séc. XVI], com os frankisks de Herculano [santo italiano da ordem dos franciscanos], com os frades de Garrett [romancista português obcecado por personagens fradescos] e que-tais [em suma: velharias fora de moda que todos empilhavam no porão]…

Não morreu, todavia.

Evoluiu.”

“os prosaicos demolidores de ídolos – gente má e sem poesia. Irão os malvados esgaravatar o ícone com as curetas da ciência. E que feias se hão de entrever as caipirinhas cor de jambo de Fagundes Varela! E que chambões e sornas os Peris de calça, camisa e faca à cinta!

Isso, para o futuro. Hoje ainda há perigo em bulir no vespeiro: o caboclo é o <Ai Jesus!> [a comoção, o fraco] nacional.

É de ver o orgulho[so] entono com que respeitáveis figurões batem no peito exclamando com altivez: Sou raça de caboclo!

“a verdade nua manda dizer que entre as raças de variado matiz, formadoras da nacionalidade e metidas entre o estrangeiro recente e o aborígine de tabuinha no beiço, uma existe a vegetar de cócoras, incapaz de evolução, impenetrável ao progresso. Feia e sorna, nada a põe de pé.

Quando Pedro I lança aos ecos o seu grito histórico e o país desperta estrovinhado à crise duma mudança de dono, o caboclo ergue-se, espia e acocora-se de novo.”

“Vem Floriano; estouram as granadas de Custódio; Gumercindo bate às portas de Roma; Incitátus [Hermes da Fonseca] derranca [fode com] o país.

O caboclo continua de cócoras, a modorrar…

Nada o esperta. Nenhuma ferrotoada o põe de pé. Social, como individualmente, em todos os atos da vida, Jeca, antes de agir, acocora-se. Jeca Tatu é um piraquara do Paraíba, maravilhoso epítome de carne onde se resumem todas as características da espécie.”

A POSIÇÃO DA CAGADA

“De pé ou sentado, as idéias se lhe entravam, a língua emperra e não há de dizer coisa com coisa.” “Pobre Jeca Tatu! Como és bonito no romance e feio na realidade!”

“Sua casa de sapé e lama faz sorrir aos bichos que moram em toca e gargalhar ao joão-de-barro.

Pura biboca de bosquímano. Mobília, nenhuma. A cama é uma espipada esteira de peri posta sobre o chão batido.

Às vezes se dá ao luxo de um banquinho de três pernas – para os hóspedes. Três pernas permitem equilíbrio; inútil, portanto, meter a quarta, o que ainda o obrigaria a nivelar o chão. Para que assentos, se a natureza os dotou de sólidos, rachados calcanhares sobre os quais se sentam?

Nenhum talher. Não é a munheca um talher completo – colher, garfo e faca a um tempo?”

“Servem de gaveta os buracos da parede.

Seus remotos avós não gozaram maiores comodidades.

Seus netos não meterão quarta perna ao banco. Para quê?

Vive-se bem sem isso.

Se pelotas de barro caem, abrindo seteiras na parede, Jeca não se move a repô-las. Ficam pelo resto da vida os buracos abertos, a entremostrarem nesgas de céu.

Quando a palha do teto, apodrecida, greta em fendas por onde pinga a chuva, Jeca, em vez de remendar a tortura, limita-se, cada vez que chove, a aparar numa gamelinha a água gotejante…

Remendo… Para quê? se uma casa dura dez anos e faltam <apenas> nove para que ele abandone aquela? Esta filosofia economiza reparos.”

“Um pedaço de pau dispensaria o milagre; mas entre pendurar o santo e tomar da foice, subir ao morro, cortar a madeira, atorá-la, baldeá-la e especar a parede, o sacerdote da Grande Lei do Menor Esforço não vacila. É coerente.

Um terreirinho descalvado rodeia a casa. O mato o beira. Nem árvores frutíferas, nem horta, nem flores – nada revelador de permanência.”

“- Não paga a pena.

Todo o inconsciente filosofar do caboclo grulha nessa palavra atravessada de fatalismo e modorra. Nada paga a pena.”

“Bem ponderado, a causa principal da lombeira do caboclo reside nas benemerências sem conta da mandioca. Talvez que sem ela se pusesse de pé e andasse. Mas enquanto dispuser de um pão cujo preparo se resume no plantar, colher e lançar sobre brasas, Jeca não mudará de vida. O vigor das raças humanas está na razão direta da hostilidade ambiente. Se a poder de estacas e diques o holandês extraiu de um brejo salgado a Holanda, essa jóia do esforço, é que ali nada o favorecia. Se a Inglaterra brotou das ilhas nevoentas da Caledônia, é que lá não medrava a mandioca.

Medrasse, e talvez os víssemos hoje, os ingleses, tolhiços, de pé no chão, amarelentos, mariscando de peneira no Tâmisa. Há bens que vêm para males. A mandioca ilustra este avesso de provérbio.

“O fato mais importante de sua vida é, sem dúvida, votar no governo. Tira nesse dia da arca a roupa preta do casamento, sarjão funadinho de traça e todo vincado de dobras; entala os pés num alentado sapatão de bezerro; ata ao pescoço um colarinho de bico e, sem gravata, ringindo e mancando, vai pegar o diploma de eleitor às mãos do chefe Coisada, que lho retém para maior garantia da fidelidade partidária.

Vota. Não sabe em quem, mas vota. Esfrega a pena no livro eleitoral, arabescando o aranhol de gatafunhos [rabiscos] a que chama <sua graça>.

Se há tumulto, chuchurreia de pé firme, com heroísmo, as porretadas oposicionistas, e ao cabo segue para a casa do chefe, de galo cívico na testa e colarinho sungado para trás, a fim de novamente lhe depor nas mãos o <dipeloma>.

Grato e sorridente, o morubixaba galardoa-lhe o heroísmo, flagrantemente documentado pelo latejar do couro cabeludo, com um aperto de munheca e a promessa, para logo, duma inspetoria de quarteirão.

Representa este freguês o tipo clássico do sitiante já com um pé fora da classe. Exceção, díscolo [insubordinado] que é, não vem ao caso. Aqui tratamos da regra e a regra é Jeca Tatu.”

“são as noções práticas da vida, que recebeu do pai e sem mudança transmitirá aos filhos.”

“Eu, para escapar do <reculutamento>, sou inté capaz de cortar um dedo, como o meu tio Lourenço…”

“O veículo usual das drogas é sempre a pinga – meio honesto de render homenagem à deusa Cachaça, divindade que entre eles ainda não encontrou heréticos.”

MEDICINA E SANITARISMO JECA: “O ritual bizantino dentro de cujas maranhas os filhos do Jeca vêm ao mundo, e do qual não há fugir sob pena de gravíssimas conseqüências futuras, daria um in-fólio d’alto fôlego ao Sílvio Romero bastante operoso que se propusesse a compendiá-lo.” “Todos os volumes do Larousse não bastariam para catalogar-lhe as crendices, e como não há linhas divisórias entre estas e a religião, confundem-se ambas em maranhada teia, não havendo distinguir onde pára uma e começa outra.

A idéia de Deus e dos santos torna-se jeco-cêntrica. São os santos os graúdos lá de cima, os coronéis celestes, debruçados no azul para espreitar-lhes a vidinha e intervir nela ajudando-os ou castigando-os, como os metediços deuses de Homero. Uma torcedura de pé, um estrepe, o feijão entornado, o pote que rachou, o bicho que arruinou – tudo diabruras da côrte celeste, para castigo de más intenções ou atos.

Daí o fatalismo. Se tudo movem cordéis lá de cima, para que lutar, reagir? Deus quis. A maior catástrofe é recebida com esta exclamação, muito parenta do <Allah Kébir> do beduíno.”

DIO-NÍSI-OGRO TATU

“A arte rústica do campônio europeu é opulenta a ponto de constituir preciosa fonte de sugestões para os artistas de escol. Em nenhum país o povo vive sem a ela recorrer para um ingênuo embelezamento da vida. Já não se fala no camponês italiano ou teutônico, filho de alfobres mimosos, propícios a todas as florações estéticas. Mas o russo, o hirsuto mujique a meio atolado em barbárie crassa. Os vestuários nacionais da Ucrânia nos quais a cor viva e o sarapantado da ornamentação indicam a ingenuidade do primitivo, os isbás da Lituânia, sua cerâmica, os bordados, os móveis, os utensílios de cozinha, tudo revela no mais rude dos campônios o sentimento da arte.

No samoieda, no pele-vermelha, no abexim, no papua, um arabesco ingênuo costuma ornar-lhes as armas – como lhes ornam a vida canções repassadas de ritmos sugestivos.

Que nada é isso, sabido como já o homem pré-histórico, companheiro do urso das cavernas, entalhava perfis de mamutes em chifres de rena.

Egresso à regra, não denuncia o nosso caboclo o mais remoto traço de um sentimento nascido com o troglodita.

Esmenilhemos o seu casebre: que é que ali denota a existência do mais vago senso estético? Uma chumbada no cabo de relho e uns zigue-zagues a canivete ou fogo pelo roliço do porretinho de guatambu. É tudo.

Às vezes surge numa família um gênio musical cuja fama esvoaça pelas redondezas. Ei-lo na viola: concentra-se, tosse, cuspilha o pigarro, fere as cordas e <tempera>. E fica nisso, no tempero.

Dirão: e a modinha? A modinha, como as demais manifestações de arte popular existentes no país, é obra do mulato, em cujas veias o sangue recente do europeu, rico de atavismos estéticos, borbulha d’envolta com o sangue selvagem, alegre e são do negro.

O caboclo é soturno.

Não canta senão rezas lúgubres.

Não dança senão o cateretê aladainhado.

Não esculpe o cabo da faca, como o cabila.

Não compõe sua canção, como o felá do Egito.

No meio da natureza brasílica, tão rica de formas e cores, onde os ipês floridos derramam feitiços no ambiente e a infolhescência dos cedros, às primeiras chuvas de setembro, abre a dança dos tangarás; onde há abelhas de sol, esmeraldas vivas, cigarras, sabiás, luz, cor, perfume, vida dionisíaca em escachôo permanente, o caboclo é o sombrio urupê de pau podre a modorrar silencioso no recesso das grotas.

Só ele não fala, não canta, não ri, não ama.

Só ele, no meio de tanta vida, não vive…”

* * *

ANEXO – QUEM FOI ESSE TAL MONTEIRO?

“Antes de Lobato, os livros do Brasil eram impressos em Portugal. Com ele, inicia-se o movimento editorial brasileiro. Em 1931 volta dos Estados Unidos da América do Norte, pregando a redenção do Brasil pela exploração do ferro e do petróleo.

Começa a luta que o deixará pobre, doente e desgostoso. Havia interesse oficial em se dizer que no Brasil não havia petróleo. Foi perseguido, preso e criticado porque teimava em dizer que no Brasil havia petróleo e que era preciso explorá-lo para dar ao seu povo um padrão de vida à altura de suas necessidades.”

A SONHADA CONCUBINA DO PRINCIPEZINHO DE ROUSSEAU

“Já em 1921 dedicou-se à literatura infantil. Retorna a ela, desgostoso dos adultos que o perseguem injustamente. Em 1943, funda a Editora Brasiliense para publicar suas obras completas, reformulando inclusive diversos livros infantis.

Com <Narizinho Arrebitado>, lança o Sítio do Pica-Pau Amarelo e seus célebres personagens. Por intermédio de Emília, diz tudo o que pensa; na figura do Visconde de Sabugosa, critica o sábio que só acredita nos livros já escritos; Dona Benta é o personagem adulto que aceita a imaginação criadora das crianças, admitindo as novidades que vão modificando o mundo; Tia Nastácia é o adulto sem cultura, que vê no que é desconhecido o mal, o pecado. Narizinho e Pedrinho são as crianças de ontem, hoje e amanhã, abertas a tudo, querendo ser felizes, confrontando suas experiências com o que os mais velhos dizem, mas sempre acreditando no futuro.”

LOVE’S LABOUR’S LOST, GRAMMAR’S LABORS MUCH LOST!

LONGAVILLE

I am resolved; ‘tis but a three years’ fast:

The mind shall banquet, though the body pine:

Fat paunches have lean pates, and dainty bits

Make rich the ribs, but bankrupt quite the wits.”

DUMAIN

(…)

To love, to wealth, to pomp, I pine and die;

With all these living in philosophy.”

BIRON

(…) I have already sworn,

That is, to live and study here three years.

But there are other strict observances;

As, not to see a woman in that term,

Which I hope well is not enrolled there;

And one day in a week to touch no food

And but one meal on every day beside,

The which I hope is not enrolled there;

And then, to sleep but three hours in the night,

And not be seen to wink of all the day–

When I was wont to think no harm all night

And make a dark night too of half the day–

Which I hope well is not enrolled there:

O, these are barren tasks, too hard to keep,

Not to see ladies, study, fast, not sleep!”

São árduas tarefas: não ver mulher, estudar, jejuar, não dormir!”

What is the end of study? let me know.”

Aprender o que por outros meios não se aprende.

I will swear to study so,

To know the thing I am forbid to know:

As thus,–to study where I well may dine,

When I to feast expressly am forbid;

Or study where to meet some mistress fine,

When mistresses from common sense are hid;

Or, having sworn too hard a keeping oath,

Study to break it and not break my troth.

If study’s gain be thus and this be so,

Study knows that which yet it doth not know:

Swear me to this, and I will ne’er say no.”

Juro estudá-lo,

Aprender aquilo que estou impedido de saber no momento:

Como seja,– investigar onde jantarei,

Quando banquetes estiverem suspensos;

Ou estudar onde encontrar belas jovens,

Quando o senso comum mas esconder;

Ou, tendo me comprometido com algo tão severo,

Estudar como quebrar e não quebrar meu juramento.

Se o lucro do estudo for dessa monta,

O estudo obtém o que ele ainda não tem:

Me obrigue a jurar a isso, e jamais recusarei.”

So, ere you find where light in darkness lies,

Your light grows dark by losing of your eyes.”

Até você achar onde tem luz na escuridão,

Você já perdeu a luz dos olhos da visão.”

Quando obtiverdes as luzes, obtereis também a miopia!

Sempre na escuridão, é a nossa clara norma.

O estudo é como o sol: útil, desde que não incisivo

Todo padrinho pode batizar

Dar nome às coisas… não é nada de mais!

Esses paraninfos telúricos das luzes divinas

Que dão um nome para cada estrela fixa

Não tiram mais proveito de suas noites brancas

Do que aqueles que andam de olhos fechados por aí.”

Como está bem-paramentado,

aquele que argumenta contra a razão!

Bem procedeu, a fim de mal proceder!

Ele mata a praga, mas também mata a plantação!

Por que advir o verão

Por que há de vir o verão

Antes que os pássaros

Emendem sua canção?

Por que celebrar partos

quando eles não são fatos

mas ainda fetos?

Por que celebrar o nascimento

do que ainda pode morrer

antes de nascer?

Cada coisa em sua estação

Agora é hora da diversão!

Primeiro vem o gozo

Depois o trabalho de parto!

Muita pena se economiza

Quando muita pena se economiza!

Deixe-me ler o contrato!

Juro que mesmo que um enfado

Assinarei no ato!

MAD IN CHINA & ALEXANDRIA

Quem estuda demais em bibliotecas

Morre quando ela é incendiada

Quanto mais apreço pelos livros

Menos apreço pelos livros

although I seem so loath,

I am the last that will last keep his oath.

But is there no quick recreation granted?”

How low soever the matter, I hope in God for high words.”

COSTARD

O assunto tem a ver comigo, senhor, e com Jaquenetta.

Seus pormenores? Eu estou neles.

BIRON

De que modo?

COSTARD

Ó, senhor, da forma e da menira que seguem:

Fui visto com ele na casa-real, sentado com

ela daquela forma, e flagrado seguindo-a rumo

ao parque; o que, se juntar os cacos, é em maneira e forma,

como se segue. Então, senhor, sobre a maneira,–foi a

maneira como um homem fala com uma mulher: sobre a forma,–

de alguma forma.”

FERDINAND

[] <Acontece que>–

COSTARD

Deve acontecer: mas se ele diz que acontece, ele, pra falar a verdade, está narrando inverdades.

FERDINAND

Quieto!”

mas, agora, ao lugar onde; se trata do rumo norte-nordeste e leste, do lado ocidental do teu tão bem-ornado jaridm: lá eu vi esse cisne baixo e vil, que parece pato, essa sardinha de tua côrte,–”

A dupla mais divertida desta comédia:

DON ADRIANO DE ARMADO

I love not to be crossed.

MOTH

[Aside] He speaks the mere contrary; crosses love not him.”

You are a gentle man and a gamester, gay mister, sir.

DON ADRIANO DE ARMADO

I will hereupon confess I am in love: and as it is base for a soldier to love, so am I in love with a base wench. If drawing my sword against the humour of affection would deliver me from the reprobate thought of it, I would take Desire prisoner, and ransom him to any French courtier for a new-devised courtesy. I think scorn to sigh: methinks I should outswear Cupid. Comfort, me, boy: what great men have been in love?

MOTH

Hercules, master.

DON ADRIANO DE ARMADO

Most sweet Hercules! More authority, dear boy, name more; and, sweet my child, let them be men of good repute and carriage.

MOTH

Samson, master: he was a man of good carriage, great carriage, for he carried the town-gates on his back like a porter: and he was in love.”

DON ADRIANO DE ARMADO

Green indeed is the colour of lovers; but to have a love of that colour, methinks Samson had small reason for it. He surely affected her for her wit.”

– Canta, garoto; meu espírito pesa de amor.

– Isso é para ser visto, já que amas uma puta leviana.”

O porrete de Hércules não é páreo para a cega seta do Cupido

(…) sua desgraça é ser tratado como garoto,

mas sua glória é subjugar o homem”

Love is a familiar; Love is a devil:

there is no evil angel but Love. Yet was Samson so

tempted, and he had an excellent strength; yet was

Solomon so seduced, and he had a very good wit.”

O amor é um parente, é um ente diabólico:

não há anjo caído senão o Cupido. Sansão ficou tão

tentado, mesmo sendo um varão poderoso, hiperbólico;

e Salomão hipnotizado, apesar de ser um sábio.

Devise, wit;

write, pen; for I am for whole volumes in folio.”

Arquiteta, cabeça;

constrói, caneta; porque eu sinto que estou para compor tijolos!”

I am less proud to hear you tell my worth

Than you much willing to be counted wise

In spending your wit in the praise of mine.”

Todo orgulho é de se desejar, e assim é o seu para mim.”

Você é muito espertinha pra continuar espertinha muito tempo.”

BIRON

What time o’ day?

ROSALINE

The hour that fools should ask.”

LONGAVILLE

Pray you, sir, whose daughter?

BOYET

Her mother’s, I have heard.

LONGAVILLE

God’s blessing on your beard!”

– De quem é ela filha?

– De sua mãe, eu ouvi dizer.

– Deus te abençoe, sem querer!

BOYET

Deceive me not now, Navarre is infected.

PRINCESS

With what?

BOYET

With that which we lovers entitle affected”

I only have made a mouth of his eye,

By adding a tongue which I know will not lie.”

These are complements, these are humours; these

betray nice wenches, that would be betrayed without

these; and make them men of note–do you note

me?–that most are affected to these.”

Esses são complementos, esses são humores; esses

enganam mulherzinhas da breca, que seriam a-traídas sem

essas coisas; e fazem dos autores homens de nota—

você me nota? —os que mais são afetados por elas.

SEM SAÍDA NOS JOGOS DA CONQUISTA

Meu caro,

Você mais prejudica sua reputação,

sendo galanteador barato

de baratas donas (ou donas baratas?)

As difíceis estarão fora de seu horizonte!

A man, if I live; and this, by, in, and without, upon

the instant”

Serei homem, se viver; e isso, por, em, e sem, direto

ao instante

Você é o triplo de si mesmo multiplicado por zero.

Guiar o amor é chumbo!

Mas o chumbo que sai duma arma continua lento?

No enigma, no riddle, no l’envoy; no salve in the

mail, sir: O, sir, plantain, a plain plantain! no

l’envoy, no l’envoy; no salve, sir, but a plantain!”

Nada de alívio em sua carta, senhor, apenas

cascas de banana em que escorregar.

O pombo-correio nem sempre salva vidas.

The fox, the ape, and the humble-bee,

Were still at odds, being but three.

There’s the moral.”

HOMEM, O MELHOR ANIMAL

A raposa, o mico e a abelhinha,

Continuava ser um problema, estarem em 3.

Essa é a moral.

Era preciso ser de tudo junto um animal!

Vender bem é como comer e pescar

ADRIANO DE ARMADO

Come hither, come hither. How did this argument begin?

MOTH

By saying that a costard was broken in a shin [canela].”

Remuneração: muito melhor que uma oração!

de graças

BIRON

And I, forsooth, in love! I, that have been love’s whip; / E eu amando! Eu que fui o chicote do amo!

A very beadle to a humorous sigh; / Um funcionário dos suspiros afetados;

A critic, nay, a night-watch constable; / Um crítico, não, um vigilante constante;

A domineering pedant o’er the boy; / um tirano sobre o moleque;

Than whom no mortal so magnificent! / mais que qualquer mortal não importa o qual!

This whimpled, whining, purblind, wayward boy; / Esse moleque volúvel, choroso, lerdo, pródigo;

This senior-junior, giant-dwarf, Dan Cupid; / Esse velhaco júnior, gigante-anão, Mestre Cupido;

Regent of love-rhymes, lord of folded arms, / Regente das rimas amorosas, senhor dos braços cruzados,

The anointed sovereign of sighs and groans, / O soberano dedicado aos suspiros e gemidos,

Liege of all loiterers and malcontents, / Lorde de todos os vadios e descontentes,

Dread prince of plackets, king of codpieces, / Príncipe pavoroso do insondável, rei d’onde jorra o gozo

Sole imperator and great general / Imperador absoluto e grande general

Of trotting ‘paritors:–O my little heart:– / de fazer barafundas e bagunças:–Ah, meu coraçãozinho:–

And I to be a corporal of his field, / E eu ser uma cobaia sua agora,

And wear his colours like a tumbler’s hoop! / Vestir as cores de um bamboleador de circo!

What, I! I love! I sue! I seek a wife! / O quê, eu! Eu fazer a côrte! Eu procurar uma mulher!

A woman, that is like a German clock, / Uma mulher, sabes como é, é um relógio alemão,

Still a-repairing, ever out of frame, / Sempre necessitando reparos, sempre fora de compasso

And never going aright, being a watch, / E sempre desajustada, sendo um relógio,

But being watch’d that it may still go right! / Mas sendo observada para ver se ainda serve pr’algo!

Nay, to be perjured, which is worst of all; / Ná! Ser vítima de perjúrio, juro de pé junto, é o pior de tudo;

And, among three, to love the worst of all; / E, dentre três opções, amar a pior que há;

A wightly wanton with a velvet brow, / Criatura caprichosa com sobrancelhas de veludo,

With two pitch-balls stuck in her face for eyes; / Com duas agulhas no lugar do buraco dos olhos;

Ay, and by heaven, one that will do the deed / Ai! e, por deus, conseguirão o que querem (me flechar!)

Though Argus were her eunuch and her guard: / Como se Argo fosse seu eunuco e guarda principal:

And I to sigh for her! to watch for her! / E eu a suspirar por ela! Querendo contemplá-la!

To pray for her! Go to; it is a plague / Rezar por ela! Me deixar levar para a doença infecciosa

That Cupid will impose for my neglect / Que o Cupido me impôs dado meu descuido

Of his almighty dreadful little might. / Em reconhecer sua todo-poderosa valentiazinha

Well, I will love, write, sigh, pray, sue and groan: / Pois bem, vou amar, suspirar, rezar, cortejar e gemer

Some men must love my lady and some Joan¹. / Alguns amam mulher desta feita, outros princesas.”

¹ Nome de princesa francesa da época.

and he it was that might rightly say,

Veni, vidi, vici; which to annothanize in the

vulgar,–O base and obscure vulgar!–videlicet, He

came, saw, and overcame: he came, one; saw two;

overcame, three. Who came? the king: why did he

come? to see: why did he see? to overcome: to

whom came he? to the beggar: what saw he? the

beggar: who overcame he? the beggar. The

conclusion is victory: on whose side? the king’s.

The captive is enriched: on whose side? the

beggar’s. The catastrophe is a nuptial: on whose

side? the king’s: no, on both in one, or one in

both. I am the king; for so stands the comparison:

thou the beggar; for so witnesseth thy lowliness.

Shall I command thy love? I may: shall I enforce

thy love? I could: shall I entreat thy love? I

will. What shalt thou exchange for rags [trapos]? robes [vestidos ornados];

for tittles [migalhas]? titles; for thyself? me. Thus,

expecting thy reply, I profane my lips on thy foot,

my eyes on thy picture. and my heart on thy every

part. Thine, in the dearest design of industry,

DON ADRIANO DE ARMADO.

he hath not eat paper, as it were; he hath not drunk ink: his intellect is not replenished; he is only an animal, only sensible in the duller parts”

DULL

You two are book-men: can you tell me by your wit

What was a month old at Cain’s birth, that’s not five

weeks old as yet?

HOLOFERNES

Dictynna, goodman Dull; Dictynna, goodman Dull. [Oh, Diana!]

DULL

What is Dictynna?

SIR NATHANIEL

A title to Phoebe, to Luna, to the moon.

HOLOFERNES

The moon was a month old when Adam was no more,

And raught not to five weeks when he came to

five-score.

The allusion holds in the exchange.”

JAQUENETTA

God give you good morrow, master Parson [pastor, pessoa].

HOLOFERNES

Master Parson, quasi pers-on [uma-pessoa; um-persa, um-igual]. An if one should be

pierced, which is the one?”

Venetia, Venetia,

Chi non ti vede non ti pretia.

[Veneza, Veneza,

Quem não te conhece não te cobiça.]

Old Mantuan, old Mantuan! who understandeth thee

not, loves thee not. Ut, re, sol, la, mi, fa.

Quem não te entende não te ama, man-tu-amo! Virgiliano…

Se saber é poder, saber amar deve bastar!

Resiste ao relâmpago e trovão do deus

Curva tudo!

Ovidius Naso was the man: and why, indeed, Naso,

but for smelling out the odouriferous flowers of

fancy, the jerks of invention? Imitari is nothing:

so doth the hound his master, the ape his keeper,

the tired horse his rider.”

By heaven, I do love: and it hath taught me to rhyme

and to be melancholy; and here is part of my rhyme,

and here my melancholy. Well, she hath one o’ my

sonnets already”

Nor shines the silver moon one half so bright

Through the transparent bosom of the deep,

As doth thy face through tears of mine give light”

Did not the heavenly rhetoric of thine eye,

Gainst whom the world cannot hold argument,

Persuade my heart to this false perjury?

Vows for thee broke deserve not punishment.

A woman I forswore; but I will prove,

Thou being a goddess, I forswore not thee:

My vow was earthly, thou a heavenly love;

Thy grace being gain’d cures all disgrace in me.

Vows are but breath, and breath a vapour is:

Then thou, fair sun, which on my earth dost shine,

Exhalest this vapour-vow; in thee it is:

If broken then, it is no fault of mine:

If by me broke, what fool is not so wise

To lose an oath to win a paradise?”

A retórica de céu azul dos teus olhos

Contra a qual não se ousa argumentar

Me persuade ao perjúrio perjurável?

Promessas quebradas por ti não são puníveis.

Com mulher eu me meti; mas posso provar

Não peço mão de humana quando quero a de uma deusa!

Minha promessa era mundana, não fala do paradisíaco

Se eu tiver sua graça estarei livre da desgraça!

Promessas são alentos, alentos são vapores:

Olá, você, sol que abrilhanta minha existência,

Promete você mesmo algo de verdade, e lá vai:

Se perjuro não é tenho culpa no cartório.

Se perjuro, que tolo foi jamais tão sábio

Ser um perjuro e ir pro céu?

Eu sou um moinho… Por que rodo?… Não, porque vento!

DUMAIN

As fair as day.

BIRON

Ay, as some days; but then no sun must shine.”

Claro, claro como a luz solar!

A de algumas manhãs; por que antes que saibas pode trovejar!

A febre do sangue não será esquecida neste reino.

sais mineirais

açucar’s vegetais

je sais la réponse

nesta mina estou

a-ferrado!

Do not call it sin in me,

That I am forsworn for thee;

Thou for whom Jove would swear

Juno but an Ethiope were;

And deny himself for Jove,

Turning mortal for thy love.”

O, would the king, Biron, and Longaville,

Were lovers too! Ill, to example ill,

Would from my forehead wipe a perjured note;

For none offend where all alike do dote.”

Ah, bem que o rei, Biron e Vidalonga,

Poderiam amar também! O sujo falando do cagado,

Isso aliviaria minha cabeça pecaminosa do chumbo;

Porque ninguém ofende em fossa pública!

I heard your guilty rhymes, observed your fashion,

Saw sighs reek from you, noted well your passion:

Ay me! says one; O Jove! the other cries;

One, her hairs were gold, crystal the other’s eyes”

Andei observando, essas rimas perigosas,

Ouvi suspiros bronquíticos, vi o ribombar das veias ao coração:

Ai de mim! diz um; Ah, Zeus! o outro grita;

Um: suas madeixas eram d’ouro, cristais os olhos da outra!

Seus olhos não me deixam descansar!

Seque essas lágrimas, está com cara de bruxa que acaba de acordar!

Fazer sonetos, hein, que coisa linda, senhores românticos?

Eu não faço e eu meto—

a mão na cara dos amantes!

Do pico o Cupido

acertou verdadeiros

morteiros

lânguidos

fatais

ais! ais! ais!

quente corre

vosso sangue

preta segue

sua visão

da situação

presente!

Vendo vocês

Hércules fraqueja

Salomão pede gorjeta

Nestor faz tricô, cabisbaixo!

Timão apenas ri!

Cadê a gravidade?

Suas preocupações voaram!

Quem confia em homens inconstantes é o primeiro a ser traído!

Vocês são uns patetas!

Comigo somos trapalhões!

Heróicas tartarugas-ninja do amor!

Vamos pintar a faixa:

O CAMPEÃO VOLTOU!

Desde o começo dos tempos

quando Adão comeu maçã

a maré sobe e baixa

o jovem desrespeita os mais velhos

fazemos coisas erradas

e daí, somos carne e osso,

não é por isso que nascemos?

Que águia já se apaixonou, me diga? Ela que não serve

nem pra namoro à distância!

Minha amada é gorda como a lua cheia

Bela uma vez por mês

Me hipnotiza me faz uivar

Minha amada é velha como a velha no hospício

ou no asilo

Todos querem paparicar

Mimar de cuidados

Afinal que mimosa não é!

Minha amada é a coisa mais baixinha

Mas altos chegam sua dignidade e seu, ré, ré,

sentimento

Não preciso comprar sapatos caros

Nem brincar de Cinderelo

O problema são as acusações

de Pedofilia

Minha amada é preta, mas o sol alumia

Como todas

Do carvão você precisa, que coisa é essa de

ser racista? Estamos no século da escravidão!

Venha e me acorrente

No porão do galeão, com suas danças sensuais!

Devils soonest tempt, resembling spirits of light.

O, if in black my lady’s brows be deck’d,

It mourns that painting and usurping hair

Should ravish doters with a false aspect;

And therefore is she born to make black fair.

Her favour turns the fashion of the days,

For native blood is counted painting now;

And therefore red, that would avoid dispraise,

Paints itself black, to imitate her brow.”

Dark needs no candles now, for dark is light.”

Your mistresses dare never come in rain,

For fear their colours should be wash’d away.”

Say, can you fast? your stomachs are too young;

And abstinence engenders maladies.

And where that you have vow’d to study, lords,

In that each of you have forsworn his book,

Can you still dream and pore and thereon look?

For when would you, my lord, or you, or you,

Have found the ground of study’s excellence

Without the beauty of a woman’s face?”

Elas são o nosso chão!

Elas são nossa comida!

Elas tiram nossas noites de sono

por belas razões!

Then when ourselves we see in ladies’ eyes,

Do we not likewise see our learning there?

O, we have made a vow to study, lords,

And in that vow we have forsworn our books.

For when would you, my liege, or you, or you,

In leaden contemplation have found out

Such fiery numbers as the prompting eyes

Of beauty’s tutors have enrich’d you with?”

A lover’s eyes will gaze an eagle blind;

A lover’s ear will hear the lowest sound,

When the suspicious head of theft is stopp’d:

Love’s feeling is more soft and sensible

Than are the tender horns of cockl’d snails

Love’s tongue proves dainty Bacchus gross in taste:

For valour, is not Love a Hercules,

Still climbing trees in the Hesperides?

Subtle as Sphinx; as sweet and musical

As bright Apollo’s lute, strung with his hair:

And when Love speaks, the voice of all the gods

Makes heaven drowsy with the harmony.”

Never durst poet touch a pen to write

Until his ink were temper’d with Love’s sighs;

O, then his lines would ravish savage ears

And plant in tyrants mild humility.

From women’s eyes this doctrine I derive:

They sparkle still the right Promethean fire;

They are the books, the arts, the academes,

That show, contain and nourish all the world:

Else none at all in ought proves excellent.

Then fools you were these women to forswear”

Que não ouse o poeta pegar na pena pra escrever

Antes de ser picado pela abelha do amor

Sua pena terá o bico vermelho alucinante, flamejante

Suas linhas farão o bruto chorar;

e o tirano se humilhar!

É dos olhos das mulheres que eu saco esta doutrina:

O fogo prometéico empalidece só de vê-las passar,

É certo, tudo de divino obscurece,

Não são elas os livros, as artes, as academias prediletas

que exibem, embalam e alimentam o mundo?

Do contrário, nada valeria a pena nessa vastidão.

É, tolos vocês são, recusar mulher!

É a lei do Amor e da Caridade que prevalece, oras!

Você é um homem ou um guei?

Faz logo o que seu pai fez!

Galo magrão não bica grão!

HOLOFERNES

He draweth out the thread of his verbosity finer than the staple of his argument. I abhor such fanatical phantasimes [fantasistas, maneiristas], such insociable and point-devise [perfectionistas] companions; such rackers [atormentadores] of orthography, as to speak dout¹, fine, when he should say doubt²; det³, when he should pronounce debt4,–d, e, b, t, not d, e, t: he clepeth [nomeia] a calf5, cauf6; half7, hauf8; neighbour9 vocatur11 nebor10; neigh12 abbreviated ne13. This is abhominable14,–which he would call abbominable15: it insinuateth me of insanie16: anne intelligis, domine17? to make frantic, lunatic.”

¹ Apagar o fogo (verbo); cético (substantivo/adjetivo).

² Dúvida.

³ Separar, no Inglês arcaico; hoje, seria (um)a (das) abreviatura(s) de uma droga psicodélica, de efeito curto e intenso, a dimetiltriptamina, ainda DMT, o que enriquece ainda mais os jogos de linguagem de W.S., involuntariamente.

4 Débito, dívida.

5 Bezerro.

6 Jeito caipira de dizer cesto antigamente.

7 Metade.

8 Aqui, a etimologia me aponta apenas uma grafia diferente da mesma palavra half.

9 Vizinho

10 Aqui, me parece que Shakespeare, acompanhando a afetação e exageração dos personagens, começa a misturar significados anglos e latinos. Podemos encontrar nebot como referência a sobrinho. Parente//vizinho.

11 Vocatur é o mesmo que “é”, resumindo; conjugação do verbo chamar mas que neste contexto tem o mesmo papel do ser: chama vizinho de parente, etc.

12 Relincho.

13 “Não” em Latim.

14 Abominável.

15 Indistinguível do precedente.

16 Forma antiga para insanidade ou insânia.

17 Um trocadilho com a expressão Anno Domini (Ano do Senhor, idade da razão, era moderna, etc.) em que o que o interlocutor quer dizer é: Esse homem não bate bem, e ele nos deixa loucos também, percebe?

DON ADRIANO DE ARMADO

Men of peace, well encountered.

HOLOFERNES

Most military sir, salutation.”

MOTH

[Aside to COSTARD] They have been at a great feast of languages, and stolen the scraps.

COSTARD

O, they have lived long on the alms-basket of words. I marvel thy master hath not eaten thee for a word; for thou art not so long by the head as honorificabilitudinitatibus: thou art easier swallowed than a flap-dragon.”

MOTH

Yes, yes; he teaches boys the hornbook [abecedário]. What is a, b, spelt backward, with the horn on his head?

HOLOFERNES

Ba, pueritia [puerilidade], with a horn added.

MOTH

Ba, most silly sheep with a horn. You hear his learning.

HOLOFERNES

Quis, quis [veja, veja! (interjeição)], thou consonant?

MOTH

The third of the five vowels, if you repeat them; or the fifth, if I.

[Moth é francês, a pronúncia do “u” é quase a do “i” latino. I, o pronome, também é uma consoante, bem diversa, se pronunciada por um anglo!]

HOLOFERNES

I will repeat them,–a, e, i,–

MOTH

The sheep: the other two concludes it,–o, u.”

O, an the heavens were so pleased that thou wert but my bastard, what a joyful father wouldst thou make me”

Excrementos por exatidões! Que troca! Sem incrementos! Sem ressentimentos?

Prefiro dormitórios e colchões!

in the posteriors of this day, which the rude multitude call the afternoon.”

HOLOFERNES

Via, goodman Dull! thou hast spoken no word all this while.

DULL

Nor understood none neither, sir.”

You can’t snuff the light!

PRINCESS

But, Katharine, what was sent to you from fair Dumain?

KATHARINE

Madam, this glove.

PRINCESS

Did he not send you twain?

KATHARINE

Yes, madam, and moreover

Some thousand verses of a faithful lover,

A huge translation of hypocrisy,

Vilely compiled, profound simplicity.”

MARIA

Folly in fools bears not so strong a note

As foolery in the wise, when wit doth dote;

Since all the power thereof it doth apply

To prove, by wit, worth in simplicity.”

An angel is not evil; I should have fear’d her

had she been a devil.”

PRINCESS

And will they so? the gallants shall be task’d;

For, ladies, we shall every one be mask’d;

And not a man of them shall have the grace,

Despite of suit, to see a lady’s face.

Hold, Rosaline, this favour thou shalt wear,

And then the king will court thee for his dear;

Hold, take thou this, my sweet, and give me thine,

So shall Biron take me for Rosaline.

And change your favours too; so shall your loves

Woo contrary, deceived by these removes.”

The effect of my intent is to cross theirs:

They do it but in mocking merriment;

And mock for mock is only my intent.”

Vamos jogar o jogo deles:

que é exatamente ser nós mesmas!

Ask them how many inches is in one mile: if they have measured many, the measure then of one is easily told.”

ROSALINE

My face is but a moon, and clouded too.

FERDINAND

Blessed are clouds, to do as such clouds do!

Vouchsafe, bright moon, and these thy stars, to shine,

Those clouds removed, upon our watery eyne.”

FERDINAND

Will you not dance? How come you thus estranged?

ROSALINE

You took the moon at full, but now she’s changed.

FERDINAND

Yet still she is the moon, and I the man.

The music plays; vouchsafe some motion to it.

ROSALINE

Our ears vouchsafe it.

FERDINAND

But your legs should do it.

ROSALINE

Since you are strangers and come here by chance,

We’ll not be nice: take hands. We will not dance.

FERDINAND

Why take we hands, then?

ROSALINE

Only to part friends:

Curtsy, sweet hearts; and so the measure ends.

FERDINAND

More measure of this measure; be not nice.

ROSALINE

We can afford no more at such a price.

FERDINAND

Prize you yourselves: what buys your company?

ROSALINE

Your absence only.

FERDINAND

That can never be.

ROSALINE

Then cannot we be bought: and so, adieu;

Twice to your visor, and half once to you.

FERDINAND

If you deny to dance, let’s hold more chat.

ROSALINE

In private, then.

FERDINAND

I am best pleased with that.

They converse apart

BIRON

Dama da mão branca, uma doce palavra contigo.

PRINCESA

Mel, e leite, e açúcar; são 3.”

– Uma palavra em segredo!

– Mas que não seja doce!

– Biliosa então será!”

BOYET

The tongues of mocking wenches are as keen

As is the razor’s edge invisible,

Cutting a smaller hair than may be seen,

Above the sense of sense; so sensible

Seemeth their conference; their conceits have wings

Fleeter than arrows, bullets, wind, thought, swifter things.”

FERDINAND

Rebuke me not for that which you provoke:

The virtue of your eye must break my oath.”

BIRON

By Jove, I always took three threes for nine.

COSTARD

O Lord, sir, it were pity you should get your living

by reckoning, sir.”

That sport best pleases that doth least know how”

Judas I am,–

DUMAIN

A Judas!

HOLOFERNES

Not Iscariot, sir.

Judas I am, ycliped Maccabaeus.

DUMAIN

Judas Maccabaeus clipt is plain Judas.

BIRON

A kissing traitor. How art thou proved Judas?

HOLOFERNES

Judas I am,–

DUMAIN

The more shame for you, Judas.”

DUMAIN

He’s a god or a painter; for he makes faces.”

BIRON

Honest plain words best pierce the ear of grief;

And by these badges understand the king.

For your fair sakes have we neglected time,

Play’d foul play with our oaths: your beauty, ladies,

Hath much deform’d us, fashioning our humours

Even to the opposed end of our intents:

And what in us hath seem’d ridiculous,–

As love is full of unbefitting strains,

All wanton as a child, skipping and vain,

Form’d by the eye and therefore, like the eye,

Full of strange shapes, of habits and of forms,

Varying in subjects as the eye doth roll

To every varied object in his glance:

Which parti-coated presence of loose love

Put on by us, if, in your heavenly eyes,

Have misbecomed our oaths and gravities,

Those heavenly eyes, that look into these faults,

Suggested us to make. Therefore, ladies,

Our love being yours, the error that love makes

Is likewise yours: we to ourselves prove false,

By being once false for ever to be true

To those that make us both,–fair ladies, you:

And even that falsehood, in itself a sin,

Thus purifies itself and turns to grace.

FERDINAND

Now, at the latest minute of the hour,

Grant us your loves.

PRINCESS

A time, methinks, too short

To make a world-without-end bargain in.

No, no, my lord, your grace is perjured much,

Full of dear guiltiness; and therefore this:

If for my love, as there is no such cause,

You will do aught, this shall you do for me:

Your oath I will not trust; but go with speed

To some forlorn and naked hermitage,

Remote from all the pleasures of the world;

There stay until the 12 celestial signs

Have brought about the annual reckoning.

If this austere insociable life

Change not your offer made in heat of blood;

If frosts and fasts, hard lodging and thin weeds

Nip not the gaudy blossoms of your love,

But that it bear this trial and last love;

Then, at the expiration of the year,

Come challenge me, challenge me by these deserts,

And, by this virgin palm now kissing thine

I will be thine; and till that instant shut

My woeful self up in a mourning house,

Raining the tears of lamentation

For the remembrance of my father’s death.

If this thou do deny, let our hands part,

Neither entitled in the other’s heart.”

ROSALINE

Oft have I heard of you, my Lord Biron,

Before I saw you; and the world’s large tongue

Proclaims you for a man replete with mocks,

Full of comparisons and wounding flouts,

Which you on all estates will execute

That lie within the mercy of your wit.

To weed this wormwood from your fruitful brain,

And therewithal to win me, if you please,

Without the which I am not to be won,

You shall this twelvemonth term from day to day

Visit the speechless sick and still converse

With groaning wretches; and your task shall be,

With all the fierce endeavor of your wit

To enforce the pained impotent to smile.”

A jest’s prosperity lies in the ear of him that hears it, never in the tongue of him that makes it” O sucesso da piada nunca está na língua de quem conta, mas no ouvido de quem ouve

(song)

The cuckoo then, on every tree,

Mocks married men; for thus sings he, Cuckoo;

Cuckoo, cuckoo: O word of fear,

Unpleasing to a married ear!

When shepherds pipe on oaten straws

And merry larks are ploughmen’s clocks,

When turtles tread, and rooks, and daws,

And maidens bleach their summer smocks

The cuckoo then, on every tree,

Mocks married men; for thus sings he, Cuckoo;

Cuckoo, cuckoo: O word of fear,

Unpleasing to a married ear!”

The words of Mercury are harsh after the songs of Apollo.”

4 ESTAÇÕES

No inverno eu sou feliz;

Na primavera eu (desa)brocho.

No verão eu suo;

No outono eu sou seu.

FIORIN, A PRAGMÁTICA & O LOUCO BRASIL DOS ANOS 90

Certa ocasião, perguntaram a Sérgio Buarque de Holanda se o Chico Buarque era filho dele e ele respondeu:

– Não, o Chico não é meu filho, eu é que sou pai dele.”

A Pragmática é a ciência do uso e da prática lingüísticas.

Papa(i)s da Pragmática: John Austin & Paul Grice

Você tem fogo, Prometeu?

Você tem promessa, candidato?

ENUNCIAÇÕES

a) dêiticas: eu, tu, aqui, lá, este, agora, ontem

Um dêitico só pode ser entendido dentro da situação de comunicação e, quando aparece, num texto escrito, a situação enunciativa deve ser explicitada.”

b) performativas: juro que, peço desculpas

c) conectivas: mas, porque

d) negativas: não gosto, adoro! (pseudo-paradoxo); ruim não, péssimo! (enfático)…

e) adverbiais: sinceramente, infelizmente, francamente

INFERÊNCIAS

A frase é um fato lingüístico caracterizado por uma estrutura sintática e uma significação calculada com base na significação das palavras que a compõem, enquanto o enunciado é uma frase a que se acrescem as informações retiradas da situação em que é produzida. A mesma frase pode estar vinculada a diferentes enunciados.”

INSTRUÇÕES

Nos anos 1970, a Pragmática era considerada por muitos a <lata de lixo da Linguística>” BENZADEUS

PRAGMÁTICA VS. SEMÂNTICA OU PRAGMÁTICA & SEMÂNTICA

um enunciado será performativo quando puder transformar-se em outro enunciado que tenha um verbo performativo na primeira pessoa do singular do presente do indicativo da voz ativa. Os enunciados que não contêm um verbo performativo na pessoa, no tempo, no modo e na voz indicados serão chamados performativos implícitos”

Vai me perdoar, mas você está demitido – é para o seu bem!!!

Austin: “quando se diz algo, realizam-se 3 atos: o ato locucionário (ou locucional), o ato ilocucionário (ou ilocucional) e o ato perlocucionário (ou perlocucional).”

ato locucionário: dizer (1)

a. iloc.: realização (interna) (2)

a. perloc.: realização (efeito, impacto sobre o interlocutor/ouvinte) (3)

(1) Digo isto; (2) isto é uma advertência (dou sinais suficientes para que você perceba); (3) você entendeu (captou) a advertência, seja lá como foi que reagiu.

Lembrar da “marcação” funcionalista: o ato ilocucional está marcado (sensível na língua, ato de comunicação), o ato perlocucional não.

a t o d e s c r i a t i v o

Searle: reformulação: ato ilocucional + conteúdo proposicional

atos de fala indiretos

súcubente de seaman de naranja

suckumbent for leather

– E esse cigarro aí, cumpadi…

– É um Camel com 0.8mg de alcatrão, conhece?

teoria interacionista

Na sociedade brasileira da primeira metade do séc. XX, como se lê nos manuais de etiqueta, não se agradecia aos criados, aos garçons, etc. Hoje, agradece-se a eles por qualquer serviço que nos prestam. (…) Por outro lado, fórmulas religiosas de agradecimento, como Que Deus lhe dê em dobro ou Que Deus lhe abençoe só subsistem nas áreas menos modernas do país.”

Austin mostrou que dizer é fazer; os interacionistas, na fórmula de Orecchioni, mostram que dizer é fazer fazer. Isso significa que os atos de linguagem têm um efeito muito grande nas relações interpessoais, o que abriu um novo campo para a Linguística, o estudo da polidez lingüística.” Infelizmente já tiramos o chapéu para o próximo cabide humano que nos “força” a falar e gesticular: como sinaleiros de trânsito que alternam do vermelho para o verde.

O mero caráter da ode “c” e a e lhe a “dá”.

OLHO NO LINCEEEEE

ÉÉÉ

do camisa 10 foi foi foi

ERATÓSTENES

OLÊ OLÊ OLÁ

A LINGUAGEM AOS 60 VAI VIRÁ

Essas regras de polidez articulam-se sobre a teoria das faces, desenvolvida por Brown e Levinson, na seqüência dos trabalhos de Goffman. Face é o amor-próprio do sujeito.”

Eu pequei contra o Espírito Santo Comteano

O Campeão Absoluto Nietzsche-ano

EcceHomodoAno2.018

atualização antivirótica

Acorda.

No aeroporto de Viracopos

Todo re-virado

no Jirinoraiya

dará, faz-se

AO DEUS DAR-A-FACE

aqui se face aqui se apaga

À qui? Ao cu de praxe

É que se mete a vara

O conselheiro teclava em seu ordenador pedindo ameaças gentis.

Faça uma ordem de pizza agora!

Sua exigência foi atendida com sucesso.

Dando conselhos a esmo.

Deposite sua proibição na caixinha de recepções januárias.

não se critica um trabalho, sem fazer uma série de preliminares que mostram que ele está bom.” Aos mal-educados basta argumentar “eu não nasci inclinado para essas falas rituais”. Isso salva a falta de educação: eu sou assim, não escolhi ser assim, os padrões impostos pela sociedade ferem minha espontaneidade que me é cara, amem-me!

tenta-se evitar o excesso de atos valorizadores da face, pois o falante poderia parecer hipócrita ou bajulador, bem como a falta de minimização de atos ameaçadores da face, pois o falante poderia parecer grosseiro.”

UMA CONVERSA MUDERNA

– Ou, você tem que mudar esse seu jeito!…

– Eu tô logada, véi!

quem diz a verdade só chama a-tensão

divulga fatos

Paulo o espalhafatoso

testemunha de Jeovaia

testículo de Jeová

DATAÇÃO DE CARBONO-14 DO TEXTO ELEVADA, QUANDO NÃO SE INCORRIA EM RISCO DE SER APEDREJADO PELOS “HOMENS DE BEM” AO ILUSTRAR CONTEÚDOS IMPLÍCITOS DESTA FORMA: “Quando se sabe que o PT é um partido que denuncia sistematicamente a corrupção nos diversos escalões do governo e se diz Certos deputados do PT são corruptos, o que se está significando é que o PT é um partido como qualquer outro e, portanto, não se pode considerar ao abrigo da corrupção.” “P.ex., é uma informação banal no Brasil dizer que o PT não ocupa a Presidência da República nem ministérios.”

versão pura 10ntada e recatada

O replicante 10rd

NEOLOGISMAR É A ULTRATRANSMITIDA MISSÃO: “Grice não usa o termo implicação, porque a noção de implicatura é mais ampla do que a de implicação, já que esta só pode ser provocada por uma expressão lingüística, enquanto aquela pode ser suscitada por expressões lingüísticas e pelo contexto ou pelos conhecimentos prévios do falante.”

LOGO SE ESTARÁ SUSPEITANDO DA PRÓPRIA SOMBRA CAÇANDO SUBENTENDIDOS A CADA VÍRGULA HONESTA (O SEGUNDO GRAU DO PARENTESCO DA SENHORA DESCONFIANÇA): “Em Ele é aluno de Letras, mas sabe escrever, há uma implicatura desencadeada pela conexão entre as duas orações com a conjunção mas: os alunos de Letras não sabem escrever. É uma implicatura convencional. No enunciado A defesa da tese de Mário correu bem, não o reprovaram, há uma implicatura de que a tese não presta. É uma implicatura conversacional, pois não advém da significação de nenhuma palavra da frase, mas dos conhecimentos prévios do interlocutor. No caso, sabe-se que dificilmente uma tese é reprovada, portanto a menção ao fato de que ele não foi reprovado significa que o falante está dizendo, implicitamente, que a tese não é boa.”

MENTE POLUÍDA (VIRGENS DA ACADEMIA): “Quando se diz André vai encontrar uma mulher à noite, a implicatura é que a mulher com quem vai encontrar-se não é sua mãe, sua irmã, sua esposa, etc., mas que esse encontro é de natureza sexual.”

princípio da cooperação

penso nos esquizos que não sabem conversar (T. & M.)

máximas conversacionais multivetoriais

what about nonsense¿

Samuel boquete

uniconversascórniocórneasfecheosolhosclimatempo

O que comprova a existência da máxima da qualidade é a impossibilidade de produzir enunciados como Comprei um revólver, mas não acredito que o tenha comprado.”

Quando no conto <A negrinha>, de Monteiro Lobato, o narrador diz A excelente Dona Inácia era mestra na arte de judiar de crianças, não se pode inferir a implicatura de que ele acredite que Dona Inácia era excelente, pois a ironia obriga a entender o contrário do que foi dito.”

Quando um falante diz A mulher de João o está traindo e o interlocutor percebe que João está ouvindo a conversa e diz Onde você comprou esta camisa?, a resposta não é incoerente, mas apresenta a implicatura Mudemos de assunto.”

Gosto de dois tipos de homens: os que têm bigode e os que não têm.”

Mae West

Quando dois amigos estão discutindo se vão a um jogo de futebol ou a um restaurante e um deles diz O Morumbi é muito desconfortável, infere-se que ele está dizendo que não quer ir ao jogo.”

O discurso poético cultiva a ambivalência, o discurso eufêmico infringe a máxima da quantidade, o discurso irônico viola a máxima da qualidade.”

Não se pode ser irônico o tempo todo, ou se pode?

Pode-se ser poeta a noite toda.

Principalmente dormindo.

eu-feminado à flor da pele

Quando se toma o exemplo clássico Pedro parou de fumar, nota-se que há um conteúdo explícito, Pedro não fuma atualmente, e dois conteúdos implícitos, Pedro fumava antes e Que isso sirva de exemplo para você.”

Quando alguém diz Minha mulher gastou neste ano 100 mil reais, o verdadeiro objeto do dizer não é Sou casado (pressuposto), mas Gastou neste ano 100 mil reais (posto).”

Enquanto a Linguística que tem por objeto o sistema ou o conhecimento dirá que a célebre frase de Chomsky As verdes idéias incolores dormem furiosamente é agramatical, a Pragmática afirmará que, num contexto em que se discorre sobre as idéias dos ecologistas (verdes idéias) que perderam o apelo que tinham (incolores), mas que continuam a atuar ativamente no substrato da sociedade (dormem furiosamente), ela pode perfeitamente ser usada, pois a Pragmática explica o uso real.”

APROFUNDAMENTO

Austin – Quando dizer é fazer. Palavra e ação, 1990.

Ducrot – Princípios de semântica lingüística: dizer e não dizer, 1977. (considerada uma obra clássica da pré-Pragmática)

Grice – Lógica e conversação (capítulo, disponível em diferentes coletâneas)

Ottoni – Visão performativa da linguagem, 1998. (revisão de Austin e seu legado)

Searle – Os actos de fala: um ensaio de filosofia da linguagem, 1991.

A CASA DE JACÓ [traduzido do Alemão]

“(*) Esse conto é um dos mais populares nas creches, conhecido em Inglês como <The House that Jack Built> (A casa que José construiu), presente no folclore de inúmeros povos. Na Alemanha, circula esse lenga-lenga, variação condensada: as pêras se recusando a cair de determinado pé, o proprietário mandou chamar, sucessivamente, um menino, um cachorro, um graveto, o fogo, a água, um bezerro, um matador e um carrasco para fazerem o serviço. Todos se recusando, o proprietário decide chamar o demônio. O demônio se prepara para levar o carrasco, que se prepara para enforcar o matador. O matador se voluntaria para matar o bezerro, que agora está resolvido a sorver a água. A água pretende apagar o fogo, o fogo queimar o graveto, o graveto espancar o cachorro, o cachorro morder o menino, o menino sacudir a árvore; quando cada um resolve fazer o seu, as pêras consentem em cair.”

“Era uma vez um homem, o homem era bom, o homem se chamava Jacó. O homem Jacó falou: <Eu preciso de uma casa. Eu preciso de uma boa casa. É, eu preciso de uma nova e boa casa.> O homem Jacó construiu uma casa. A nova casa era grande. A nova casa era, também, bonita. Então disse Jacó: <Eu tenho uma nova e boa casa. Minha casa é também bonita. Mas minha linda casa está vazia. Eu preciso de milho.> Jacó compra milho. Ele (Jacó) compra muito milho. O milho estava na casa, que Jacó havia construído. Jacó disse: <Isso é ótimo! Tenho muito milho, um ótimo milho, na minha casa!>

              Era uma vez um rato, o rato era pequeno, mas o rato estava faminto, muito faminto. O pequeno rato disse: <Estou faminto, ah, estou tão faminto! Jacó tem milho em sua nova casa. Eu irei para lá. Eu comerei milho!>.

              O rato foi à casa de Jacó. O rato encontrou o milho. <Bom!>, disse o rato. <Aqui temos milho do bom. Aqui posso comer, então comerei muito. Ah, está uma delícia, muito, muito bom!>.

              O rato estava muito faminto, e comeu muito milho.

              Jacó tinha um gato. O gato era enorme. O gato também estava faminto. O gato disse: <Estou tão faminto, onde tem um ratinho? Comerei um ratinho!>.

              O gato viu o ratinho, aquele que comeu milho na casa de Jacó, e disse: <Ah! ali está um belo dum ratinho. Comerei o rato.> O gato capturou o rato, e o rato disse: <Oh, querido gato, eu sou tão pequenino, deixe-me viver, deixe-me viver!>.

              <Não!>, disse o gato. <Não! você comeu o milho da casa de Jacó, você deve morrer, ratinho, você deve morrer!>

              <Ai!>, disse o ratinho. <Eu estava tão faminto, querido gato! Eu nem comi muito milho. Eu não quero morrer!>

              <Você deve morrer!>, disse o gato. E o gato mau comeu o ratinho.

              Jacó tinha um jardim. O jardim era belo. O gato disse: <Vou ao jardim!> O gato foi ao jardim e se estirou ao sol quente. <Ah!>, disse o gato. <O sol está tão bom e quente!>

              Mas aí veio um cão, um grande cão. Era o cão de Jacó. <Ah!>, disse o cão, <ali está um gato. O gato descansa no sol quente. Isso é bom! Vou infernizar o gato!>.

              O cachorro veio silenciosamente e disse: <Gato, gato, cá estou eu! Vou te infernizar, querido gato!>.

              O gato trepou numa árvore, e o cão ficou ao pé d’árvore a latir. Ele latia tão alto que o pobre gato se amedrontou.

              <Ai!>, disse o pobre gato, <o cão é tão grande! o cão late tão alto! Eu tenho medo, eu tenho muito medo!>.

              Aí veio a vaca de Jacó. A vaca tinha longos cornos. A vaca viu o cão no jardim. A vaca viu o gato também. A vaca disse: <Ah! ali está o cão malvado. O cão aterroriza o gato. O gato comeu o rato. O rato comeu o milho, o milho que tinha na nova casa de Jacó.>

              Então continuou a vaca: <Irei ao jardim. Aterrorizarei o cão malvado, ele que aterrorizou o gato, eu irei aterrorizá-lo!>.

              A vaca veio ao jardim e correu atrás do pobre cachorro, e o gato pulou da árvore para dentro da casa, da nova e bela casa, que Jacó construiu.

              Aí veio uma donzela. Era uma moça bonita, muito bonita, mas a moça estava triste, muito triste, e chorava muito, muito mesmo.

              <Oh!>, disse a donzela. <Eu estou triste, muito triste. Eu preciso chorar, chorar muito! Não tenho pai. Não tenho mãe. Não tenho irmão. Não tenho irmã nem amigo. Ai! Eu estou triste!>

              A donzela disse: <Onde está minha vaca, minha bela vaca marrom? Preciso ordenhar a vaca. Jacó quer leite!>.

              A donzela veio ao jardim. A donzela viu a vaca.

              <Ah!>, disse, <cá está minha bela vaca marrom. Minha vaca infernizou o cachorro. O cachorro infernizou o gato. O gato comeu o rato. O rato comeu o milho de Jacó. Jacó comprou o milho. O milho estava na casa, na nova e bela casa, que Jacó construiu>.

               A donzela veio até a vaca. A vaca ficou parada. O cão saltou para dentro de casa, da nova casa de Jacó.

                A triste senhorita disse: <Boa vaca, tenho que ordenhá-la. Jacó quer leite, o bom e delicioso leite. Você deve ficar quietinha, boa vaca.>

                A vaca ficou parada. A donzela ordenhou a vaca. Lá vinha um homem jovem. O homem era jovem e belo, mas o homem era pobre, muito pobre. Ele veio ao jardim e viu a senhorita.

                <Ah!>, disse o pobre e jovem homem, <eis uma bela mulher. Mas a moça está triste, ela precisa chorar, chorar muito. Ela não tem pai nem mãe, irmão nem irmã, amigo nem casa. Ela tem de ordenhar a vaca com longos cornos, a vaca má, que infernizou o cão. O cão infernizou o gato, mas o gato comeu o rato. O gato comeu o milho, o bom milho, que Jacó comprou e estava em sua nova casa>.

                Então veio o pobre homem e disse à donzela: <Bela senhorita, você está triste, você chora, porque você tem de ordenhar a vaca. Você não tem pai nem mãe, irmão ou irmã, amigo ou casa. Venha comigo. Eu sou pobre, mas amo-a. Quer ser minha mulher, minha querida?>.

              <Oh, sim!>, disse a senhorita, e ela já não estava triste nem chorava, pois amava um bom homem.

                O homem disse: <Venha, minha querida, vamos ao padre. O padre é bom, muito bom. O padre tem um livro, um livrinho. Ele (o livro) é um livro de orações, e o padre irá nos casar o quanto antes. Venha, minha querida, venha.>

                A senhorita disse: <Sim,> e foi com o pobre homem ver o padre.

                O padre estava em sua casa. A casa era pequena, bem pequena. O padre estava na cama. O padre dormia. O padre tinha um galo. O galo estava no jardim, e o galo cantou alto, bem alto. O galo cantava todas as manhãs, e toda manhã despertava o padre com seu canto alto.

                O galo cantou alto esta manhã, e o padre despertou. E despertou cedo, bem cedinho.

                O padre pegou seu livrinho, seu livro de orações, e foi à igreja (a casa de deus). A igreja era bela e pequena. Na igreja estavam o homem jovem e belo e a bela moça.

                Disse o homem jovem ao padre: <Bom padre, abra seu livro de orações. Cá está esta bela jovem, e aqui estou eu. Nós queremos ser marido e mulher. Case-nos, ó bom padre, case-nos.>

                <Bom>, disse o padre, <eu os casarei!>, e o bom padre abriu seu pequeno livro de orações e casou o pobre e jovem homem e a bela senhorita. Eles eram marido e mulher.

                Em seguida falou o padre: <Ah, que bom, muito bom mesmo, que meu galo cantou tão alto e me despertou tão cedo!>

                <Pois é>, respondeu o jovem homem, <que bom mesmo. O senhor despertou, e o senhor veio à igreja, e me casou com a triste rapariga. A moça chorava e ordenhava a vaca marrom. A vaca marrom infernizava o cachorro mau. O cachorro mau infernizava o gato. O gato comeu o ratinho. O rato comeu o bom milho, o milho que Jacó comprou. O milho estava na casa, na nova e bela casa, que Jacó havia construído.>

                O jovem marido e a bela senhora foram para casa. O padre também foi para sua casa e disse: <Final feliz, todos felizes!>.