LA(LES) FEMME(S) DE TRENTE ANS OU DA FRIGIDEZ E DA AUTO-REALIZAÇÃO NA MESMA ÁRVORE GENEALÓGICA – Balzac

“– L’on te croit ma femme, dit-il à l’oreille de la jeune personne en se redressant et marchant avec une lenteur qui la désespéra.

Il semblait avoir de la coquetterie pour sa fille et jouissait peut-être plus qu’elle des oeillades que les curieux lançaient sur ses petits pieds chaussés de brodequins en prunelle puce, sur une taille délicieuse dessinée par une robe à guimpe, et sur le cou frais qu’une collerette brodée ne cachait pas entièrement.”

Ce dimanche était le treizième de l’année 1813. Le surlendemain, Napoléon partait pour cette fatale campagne pendant laquelle il allait perdre successivement Bessières et Duroc, gagner les mémorables batailles de Lutzen et de Bautzen, se voir trahi par l’Autriche, la Saxe, la Bavière, par Bernadotte, et disputer la terrible bataille de Leipsick. La magnifique parade commandée par l’empereur devait être la dernière de celles qui excitèrent si longtemps l’admiration des Parisiens et des étrangers. La vieille garde allait exécuter pour la dernière fois les savantes manoeuvres dont la pompe et la précision étonnèrent quelquefois jusqu’à ce géant lui-même, qui s’apprêtait alors à son duel avec l’Europe. Un sentiment triste amenait aux Tuileries une brillante et curieuse population. Chacun semblait deviner l’avenir, et pressentait peut-être que plus d’une fois l’imagination aurait à retracer le tableau de cette scène, quand ces temps héroïques de la France contracteraient, comme aujourd’hui, des teintes presque fabuleuses.”

Son amour pour cette belle créature lui faisait autant admirer le présent que craindre l’avenir. Il semblait se dire : – Elle est heureuse aujourd’hui, le sera-telle toujours? Car les vieillards sont assez enclins à doter de leurs chagrins l’avenir des jeunes gens.

“– Restons, mon père. D’ici je puis encore apercevoir l’empereur. S’il périssait pendant la campagne, je ne l’aurais jamais vu.”

Le cordon de sentinelles, établi pour laisser un passage libre à l’empereur et à son état-major, avait beaucoup de peine à ne pas être débordé par cette foule empressée et bourdonnant comme un essaim.”

La France allait faire ses adieux à Napoléon, à la veille d’une campagne dont les dangers étaient prévus par le moindre citoyen. Il s’agissait, cette fois, pour l’Empire Français, d’être ou de ne pas être.” “Entre la plupart des assistants et des militaires, il se disait des adieux peut-être éternels ; mais tous les coeurs, même les plus hostiles à l’empereur, adressaient au ciel des voeux ardents pour la gloire de la patrie. Les hommes les plus fatigués de la lutte commencée entre l’Europe et la France avaient tous déposé leurs haines en passant sous l’arc de triomphe, comprenant qu’au jour du danger Napoléon était toute la France. L’horloge du château sonna une demi-heure. En ce moment les bourdonnements de la foule cessèrent, et le silence devint si profond, que l’on eût entendu la parole d’un enfant.”

Des cris de: Vive l’empereur! furent poussés par la multitude enthousiasmée. Enfin tout frissonna, tout remua, tout s’ébranla. Napoléon était monté à cheval. Ce mouvement avait imprimé la vie à ces masses silencieuses, avait donné une voix aux instruments, un élan aux aigles et aux drapeaux, une émotion à toutes les figures. Les murs des hautes galeries de ce vieux palais semblaient crier aussi: Vive l’empereur! Ce ne fut pas quelque chose d’humain, ce fut une magie, un simulacre de la puissance divine, ou mieux une fugitive image de ce règne si fugitif. L’homme entouré de tant d’amour, d’enthousiasme, de dévouement, de voeux, pour qui le soleil avait chassé les nuages du ciel, resta sur son cheval, à trois pas en avant du petit escadron doré qui le suivait, ayant le grand-maréchal à sa gauche, le maréchal de service à sa droite. Au sein de tant d’émotions excitées par lui, aucun trait de son visage ne parut s’émouvoir.”

Le colonel Victor d’Aiglemont à peine âgé de trente ans, était grand, bien fait, svelte; et ses heureuses proportions ne ressortaient jamais mieux que quand il employait sa force à gouverner un cheval dont le dos élégant et souple paraissait plier sous lui.”

Je pense, Julie, que vous avez des secrets pour moi. – Tu aimes, reprit vivement le vieillard en s’apercevant que sa fille venait de rougir. Ah! j’espérais te voir fidèle à ton vieux père jusqu’à sa mort, j’espérais te conserver près de moi heureuse et brillante! t’admirer comme tu étais encore naguère. En ignorant ton sort, j’aurais pu croire à un avenir tranquille pour toi ; mais maintenant il est impossible que j’emporte une espérance de bonheur pour ta vie, car tu aimes encore plus le colonel que tu n’aimes le cousin. Je n’en puis plus douter.

Julie, j’aimerais mieux te savoir amoureuse d’un vieillard que de te voir aimant le colonel. Ah! si tu pouvais te placer à dix ans d’ici dans la vie, tu rendrais justice à mon expérience. Je connais Victor: sa gaieté est une gaieté sans esprit, une gaieté de caserne, il est sans talent et dépensier. C’est un de ces hommes que le ciel a créés pour prendre et digérer quatre repas par jour, dormir, aimer la première venue et se battre. Il n’entend pas la vie. Son bon coeur, car il a bon coeur, l’entraînera peut-être à donner

sa bourse à un malheureux, à un camarade ; mais il est insouciant, mais il n’est pas doué de cette délicatesse de coeur qui nous rend esclaves du bonheur d’une femme ; mais il est ignorant, égoïste… Il y a beaucoup de mais.”

Mais, ma pauvre Julie, tu es encore trop jeune, trop faible, trop délicate pour supporter les chagrins et les tracas du mariage. D’Aiglemont a été gâté par ses parents, de même que tu l’as été par ta mère et par moi. Comment espérer que vous pourrez vous entendre tous deux avec des volontés différentes dont les tyrannies seront inconciliables? (…) Je connais les militaires, ma Julie; j’ai vécu aux armées. Il est rare que le coeur de ces gens-là puisse triompher des habitudes produites ou par les malheurs au sein desquels ils vivent, ou par les hasards de leur vie aventurière.

Épouse Victor, ma Julie. Un jour tu déploreras amèrement sa nullité, son défaut d’ordre, son égoïsme, son indélicatesse, son ineptie en amour, et mille autres chagrins qui te viendront par lui. Alors, souviens-toi que, sous ces arbres, la voix prophétique de ton vieux père a retenti vainement à tes oreilles!”

* * *

Un an après…

À travers le tendre feuillage des îles, au fond du tableau, Tours semble, comme Venise, sortir du sein des eaux.”

En plus d’un endroit il existe trois étages de maisons, creusées dans le roc et réunies par de dangereux escaliers taillés à même la pierre. Au sommet d’un toit, une jeune fille en jupon rouge court à son jardin. La fumée d’une cheminée s’élève entre les sarments et le pampre naissant d’une vigne. Des closiers labourent des champs perpendiculaires.”

Cette partie de la France, la seule que les armées étrangères ne devaient point troubler, était en ce moment la seule qui fût tranquille, et l’on eût dit qu’elle défiait l’Invasion.”

Julie d’Aiglemont ne ressemblait déjà plus à la jeune fille qui courait naguère avec joie et bonheur à la revue des Tuileries. Son visage, toujours délicat, était privé des couleurs roses qui jadis lui donnaient un si riche éclat. Les touffes noires de quelques cheveux défrisés par l’humidité de la nuit faisaient ressortir la blancheur mate de sa tête, dont la vivacité semblait engourdie. Cependant ses yeux brillaient d’un feu surnaturel; mais au-dessous de leurs paupières, quelques teintes violettes se dessinaient sur les joues fatiguées. Elle examina d’un oeil indifférent les campagnes du Cher, la Loire et ses îles, Tours et les longs rochers de Vouvray; puis, sans vouloir regarder la ravissante vallée de la Cise, elle se rejeta promptement dans le fond de la calèche, et dit d’une voix qui en plein air paraissait d’une extrême faiblesse: – Oui, c’est

admirable. Elle avait comme on le voit pour son malheur triomphé de son père.

Julie, n’aimerais-tu pas à vivre ici?

Oh! là ou ailleurs, dit-elle avec insouciance.

Souffres-tu? lui demanda le colonel d’Aiglemont.

Pas du tout, répondit la jeune femme avec une vivacité momentanée. Elle contempla son mari en souriant et ajouta : – J’ai envie de dormir.”

Elle eut un air aussi stupide que peut l’être celui d’un paysan breton écoutant le prône de son curé.”

Il y a beaucoup d’hommes dont le coeur est puissamment ému par la seule apparence de la souffrance chez une femme: pour eux la douleur semble être une promesse de constance ou d’amour.”

Chargé par l’empereur de porter des ordres au maréchal Soult, qui avait à défendre la France de l’invasion faite par les Anglais dans le Béarn, le colonel d’Aiglemont profitait de sa mission pour soustraire sa femme aux dangers qui menaçaient alors Paris, et la conduisait à Tours chez une vieille parente à lui.”

Ma Julie n’est ni coquette ni jalouse, elle a une douceur d’ange…”

il était bien difficile à une femme amie de Duclos et du maréchal de Richelieu de ne pas chercher à deviner le secret de ce jeune ménage.”

Après avoir échangé quelques mots avec cette tante, à laquelle elle avait écrit naguère une lettre de nouvelle mariée, elle resta silencieuse comme si elle eût écouté la musique d’un opéra.”

Ma chère petite, nous connaissons la douleur des veuves, répondit la tante.

Aussi, malgré l’envie qu’avait la vieille dame de promener orgueilleusement sa jolie nièce, finit-elle par renoncer à vouloir la mener dans le monde. La comtesse avait trouvé un prétexte à sa solitude et à sa tristesse dans le chagrin que lui avait causé la mort de son père, de qui elle portait encore le deuil. Au bout de huit jours, la douairière admira la douceur angélique, les grâces modestes, l’esprit indulgent de Julie, et s’intéressa, dès lors, prodigieusement à la mystérieuse mélancolie qui rongeait ce jeune coeur. (…) Un mois suffit pour établir entre elles une éternelle amitié.”

Elle devina que ni le souvenir paternel ni l’absence de Victor n’étaient la cause de la mélancolie profonde qui jetait un voile sur la vie de sa nièce; puis elle eut tant de mauvais soupçons, qu’il lui fut difficile de s’arrêter à la véritable cause du mal, car nous ne rencontrons peut-être le vrai que par hasard. Un jour, enfin, Julie fit briller aux yeux de sa tante étonnée un oubli complet du mariage, une folie de jeune fille étourdie, une candeur d’esprit, un enfantillage digne du premier âge, tout cet esprit délicat, et parfois si profond, qui distingue les jeunes personnes en France. Madame de Listomère résolut alors de sonder les mystères de cette âme dont le naturel extrême équivalait à une impénétrable dissimulation.”

La tante, bien convaincue que sa nièce n’aimait pas son neveu, fut stupéfaite en découvrant qu’elle n’aimait personne. Elle trembla d’avoir à reconnaître en Julie un coeur désenchanté, une jeune femme à qui l’expérience d’un jour, d’une nuit peut-être, avait suffi pour apprécier la nullité de Victor.”

Elle se proposait alors de convertir Julie aux doctrines monarchiques du siècle de Louis XV; mais, quelques heures plus tard, elle apprit, ou plutôt elle devina la situation assez commune dans le monde à laquelle la comtesse devait sa mélancolie.”

Confusão nesta edição entre os títulos de “comtesse” e “marquise”, que parecem se referir alternadamente à jovem “sobrinha” recém-casada com o coronel da era bonapartista e a “tia”, não de sangue, tia do coronel, a velha que a acolhe no campo devido à guerra estourando na capital. Erro de revisão ou de redação de Balzac?

Tu vas te marier, Louisa. Cette pensée me fait frémir. Pauvre petite, marie-toi; puis, dans quelques mois, un de tes plus poignants regrets viendra du souvenir de ce que nous étions naguère, quand un soir, à Écouen, parvenues toutes deux sous les plus grands chênes de la montagne, nous contemplâmes la belle vallée que nous avions à nos pieds, et que nous y admirâmes les rayons du soleil couchant dont les reflets nous enveloppaient. Nous nous assîmes sur un quartier de roche, et tombâmes dans un ravissement auquel succéda la plus douce mélancolie. Tu trouvas la première que ce soleil lointain nous parlait d’avenir. Nous étions bien curieuses et bien folles alors! Te souviens-tu de toutes nos extravagances? Nous nous embrassâmes comme deux amants, disions-nous. Nous nous jurâmes que la première mariée de nous deux raconterait fidèlement à l’autre ces secrets d’hyménée, ces joies que nos âmes enfantines nous peignaient si délicieuses. Cette soirée fera ton désespoir, Louisa. Dans ce temps, tu étais jeune, belle, insouciante, sinon heureuse; un mari te rendra, en peu de jours, ce que je suis déjà, laide, souffrante et vieille. Te dire combien j’étais fière, vaine et joyeuse d’épouser le colonel Victor d’Aiglemont, ce serait une folie! Et même comment te le dirai-je? je ne me souviens plus de moi-même. En peu d’instants mon enfance est devenue comme un songe. La contenance pendant la journée solennelle qui consacrait un lien dont l’étendue m’était cachée n’a pas été exempte de reproches. Mon père a plus d’une fois tâché de réprimer ma gaieté, car je témoignais des joies qu’on trouvait inconvenantes, et mes discours révélaient de la malice, justement parce qu’ils étaient sans malice. Je faisais mille enfantillages avec ce voile nuptial, avec cette robe et ces fleurs. Restée seule, le soir, dans la chambre où j’avais été conduite avec apparat, je méditai quelque espièglerie [faceirice] pour intriguer Victor ; et, en attendant qu’il vînt, j’avais des palpitations de coeur semblables à celles qui me saisissaient autrefois en ces jours solennels du 31 décembre, quand, sans être aperçue, je me glissais dans le salon où les étrennes [embrulhos de Natal] étaient entassées. Lorsque mon mari entra, qu’il me chercha, le rire étouffé que je fis entendre sous les mousselines qui m’enveloppaient a été le dernier éclat de cette gaieté douce qui anima les jeux de notre enfance…

depuis Ève jusqu’à nous, le mariage a paru chose si excellente – Vous n’avez plus de mère?”

Parfois ne pensez-vous point que l’amour légitime est plus dur à porter que ne le serait une passion criminelle?”

Enfin, mon ange, vous adorez Victor, n’est-ce pas? mais vous aimeriez mieux être sa soeur que sa femme, et le mariage enfin ne vous réussit point.

Hé! bien, oui, ma tante. Mais pourquoi sourire?”

“– Enfim, meu anjo, você adora o Victor, não é? mas você amaria ainda mais ser sua irmã que sua mulher, e o casamento, portanto, em nada lhe apraz!

É… é isso mesmo, minha tia! Mas por que a gargalhada?”

Sous le règne de notre bien-aimé Louis XV, une jeune femme qui se serait trouvée dans la situation où vous êtes aurait bientôt puni son mari de se conduire en vrai lansquenet. L’égoïste ! Les militaires de ce tyran impérial sont tous de vilains ignorants. Ils prennent la brutalité pour de la galanterie, ils ne connaissent pas plus les femmes qu’ils ne savent aimer; ils croient que d’aller à la mort le lendemain les dispense d’avoir, la veille, des égards et des attentions pour nous. Autrefois, l’on savait aussi bien aimer que mourir à propos. Ma nièce, je vous le formerai. Je mettrai fin au triste désaccord, assez naturel, qui vous conduirait à vous haïr l’un et l’autre, à souhaiter un divorce, si toutefois vous n’étiez pas morte avant d’en venir au désespoir.” “Sob o reinado de nosso adorado Luís XV, uma jovem na sua situação cedo saberia punir seu marido por agir como um militarzinho destemperado¹. O egoísta! Os militares desse tirano imperial são todos uns vilães ignorantes. Confundem brutalidade com charme, são incapazes de compreender as mulheres, não sabem mais amá-las; eles crêem piamente que por terem, em média, uma vida curta, devotada ao campo de batalha, isso lhes dá licença de, antes de partirem deste mundo, ser prestativos e atenciosos. Antigamente, sabia-se tanto morrer pelo seu país quanto amar dignamente. Ah, sobrinha, eu tomarei os cuidados de formá-la! Porei fim a esse triste desacordo, tão natural, afinal, que condu-la, e ao seu marido, ao mútuo ódio e desprezo; se não ao divórcio, à morte precoce, de tanta tristeza, ou quem sabe à loucura, principalmente da fêmea, a sofredora-mor.”

¹ Escolha difícil de tradução. Lansquenet se refere, de modo geral, a três significados diferentes: 1. soldado alemão, de onde veio a palavra; 2. soldado de infantaria francês; 3. tornou-se, ainda, um jogo de azar (de cartas). O termo adquiriu ar pejorativo na França, conotando “brutalidade”, “falta de espírito”. Poderíamos dizer que um lansquenet é um mero tratante. É conhecida a rivalidade histórica entre a França e a Alemanha. Um lansquenet da época de Napoleão, para quem vive na era pós-napoleônica, sintetiza tudo de repulsivo que havia na classe militar do tempo imperial; arrogantes como o mestre das guerras Napoleão Bonaparte, seu venerado chefe militar, esta(s) geração(ões) de soldados se transformou(aram) em homens absolutamente faltos de caráter e incapazes de constituir uma família feliz nos tempos de paz. Ou seja, a tia admoesta a sobrinha: antigamente, quando havia os valores aristocratas, as mulheres saberiam maltratar um mau marido, devolver o tratamento na mesma moeda. E os maus maridos eram escassos. Hoje, que os valores estão degenerados, falta às esposas o vigor, e quase todos os maridos militares são uns pulhas insensíveis.

“– Soyez ma mère! La tante ne pleura pas, car la Révolution a laissé aux femmes de

l’ancienne monarchie peu de larmes dans les yeux.” Seja minha mãe! A tia não chorou, porque a Revolução deixou às mulheres da antiga monarquia poucas, quase nada de lágrimas nos olhos.”

Ne serait-ce pas lui donner à penser qu’il est dangereux? Et d’ailleurs pouvez-vous empêcher un homme d’aller et venir où bon lui semble? Demain nous ne mangerons plus dans cette salle; quand il ne nous y verra plus, le jeune gentilhomme discontinuera de vous aimer par la fenêtre. Voilà, ma chère enfant, comment se comporte une femme qui a l’usage du monde.

Victor, qui avait quitté l’empereur, annonçait à sa femme la chute du régime impérial, la prise de Paris, et l’enthousiasme qui éclatait en faveur des Bourbons sur tous les points de la France; mais ne sachant comment pénétrer jusqu’à Tours, il la priait de venir en toute hâte à Orléans où il espérait se trouver avec des passeports pour elle. Ce valet de chambre, ancien militaire, devait accompagner Julie de Tours à Orléans, route que Victor croyait libre encore.

Madame, vous n’avez pas un instant à perdre, dit le valet de chambre, les Prussiens, les Autrichiens et les Anglais vont faire leur jonction à Blois ou à Orléans…”

Comme la plupart des jeunes femmes réellement innocentes et sans expérience, elle voyait une faute dans un amour involontairement inspiré à un homme. Elle ressentait une terreur instinctive, que lui donnait peut-être la conscience de sa faiblesse devant une si audacieuse agression. Une des plus fortes armes de l’homme est ce pouvoir terrible d’occuper de lui-même une femme dont l’imagination naturellement mobile s’effraie ou s’offense d’une poursuite.

Cependant, au milieu des fêtes qui marquèrent le retour des Bourbons, un malheur bien profond, et qui devait influer sur sa vie, assaillit la pauvre Julie : elle perdit la comtesse de Listomère-Landon. La vieille dame mourut de joie et d’une goutte remontée au coeur, en revoyant à Tours le duc d’Angoulême. Ainsi, la personne à laquelle son âge donnait le droit d’éclairer Victor, la seule qui, par d’adroits conseils, pouvait rendre l’accord de la femme et du mari plus parfait, cette personne était morte.”

Ne se rencontre-t-il pas beaucoup d’hommes dont la nullité profonde est un secret pour la plupart des gens qui les connaissent? Un haut rang, une illustre naissance, d’importantes fonctions, un certain vernis de politesse, une grande réserve dans la conduite, ou les prestiges de la fortune sont, pour eux, comme des gardes qui empêchent les critiques de pénétrer jusqu’à leur intime existence. Ces gens ressemblent aux rois dont la véritable taille, le caractère et les moeurs ne peuvent jamais être ni bien connus ni justement appréciés, parce qu’ils sont vus de trop loin ou de trop près. Ces personnages à mérite factice interrogent au lieu de parler, ont l’art de mettre les autres en scène pour éviter de poser devant eux; puis, avec une heureuse adresse, ils tirent chacun par le fil de ses passions ou de ses intérêts, et se jouent ainsi des hommes qui leur sont réellement supérieurs, en font des marionnettes et les croient petits pour les avoir rabaissés jusqu’à eux. Ils obtiennent alors le triomphe naturel d’une pensée mesquine, mais fixe, sur la mobilité des grandes pensées. Aussi pour juger ces têtes vides, et peser leurs valeurs négatives, l’observateur doit-il posséder un esprit plus subtil que supérieur, plus de patience que de portée dans la vue, plus de finesse et de tact que d’élévation et grandeur dans les idées. Néanmoins, quelque habileté que déploient ces usurpateurs en détendant leurs côtés faibles, il leur est bien difficile de tromper leurs femmes, leurs mères, leurs enfants ou l’ami de la maison; mais ces personnes leur gardent presque toujours le secret sur une chose qui touche, en quelque sorte, à l’honneur commun; et souvent même elles les aident à en imposer au monde. (…) Songez maintenant au rôle que doit jouer une femme d’esprit et de sentiment en présence d’un mari de ce genre, n’apercevez-vous pas des existences pleines de douleurs et de dévouement dont rien ici-bas ne saurait récompenser certains coeurs pleins d’amour et de délicatesse?”

Tant que Napoléon resta debout, le comte d’Aiglemont, colonel comme tant d’autres, bon officier d’ordonnance, excellant à remplir une mission dangereuse, mais incapable d’un commandement de quelque importance n’excita nulle envie, passa pour un des braves que favorisait l’empereur, et fut ce que les militaires nomment vulgairement un bon enfant. La Restauration, qui lui rendit le titre de marquis, ne le trouva pas ingrat: il suivit les Bourbons à Gand.” itálicos: mistério dos títulos esclarecidos; conde ‘ilegítimo’ cassado pela nobreza, devolveram-lhe um biscoito, bom consolo, à meia-altura.

son instinct si délicatement féminin lui disait qu’il est bien plus beau d’obéir à un homme de talent que de conduire un sot, et qu’une jeune épouse, obligée de penser et d’agir en homme, n’est ni femme ni homme, abdique toutes les grâces de son sexe en en perdant les malheurs, et n’acquiert aucun des privilèges que nos lois ont remis aux plus forts. Son existence cachait une bien amère dérision. N’était-elle pas obligée d’honorer une idole creuse, de protéger son protecteur, pauvre être qui, pour salaire d’un dévouement continu, lui jetait l’amour égoïste des maris, ne voyait en elle que la femme, ne daignait ou ne savait pas, injure toute aussi profonde, s’inquiéter de ses plaisirs, ni d’où venaient sa tristesse et son dépérissement?”

La marquise, chargée de tous les malheurs de cette triste existence, devait sourire encore à son maître imbécile, parer de fleurs une maison de deuil, et afficher le bonheur sur un visage pâli par de secrets supplices. Cette responsabilité d’honneur, cette abnégation magnifique donnèrent insensiblement à la jeune marquise une dignité de femme, une conscience de vertu qui lui servirent de sauvegarde contre les dangers du monde. (…) elle attendit avec résignation la fin de ses peines en espérant mourir jeune.” “souffrance élégante d’ailleurs, maladie presque voluptueuse en apparence, et qui pouvait passer aux yeux des gens superficiels pour une fantaisie de petite maîtresse. Les médecins avaient condamné la marquise à rester couchée sur un divan, où elle s’étiolait au milieu des fleurs qui l’entouraient, en se fanant comme elle. Sa faiblesse lui interdisait la marche et le grand air; elle ne sortait qu’en voiture fermée. Sans cesse environnée de toutes les merveilles de notre luxe et de notre industrie modernes, elle ressemblait moins à une malade qu’à une reine indolente. Quelques amis, amoureux peut-être de son malheur et de sa faiblesse, sûrs de toujours la trouver chez elle, et spéculant sans doute aussi sur sa bonne santé future, venaient lui apporter les nouvelles et l’instruire de ces mille petits événements qui rendent à Paris l’existence si variée. Sa mélancolie, quoique grave et profonde, était donc la mélancolie de l’opulence. La marquise d’Aiglemont ressemblait à une belle fleur dont la racine est rongée par un insecte noir.”

Son mari n’aimait pas la musique. Enfin, elle se trouvait presque toujours gênée dans les salons où sa beauté lui attirait des hommages intéressés. Sa situation y excitait une sorte de compassion cruelle, une curiosité triste. Elle était atteinte d’une inflammation assez ordinairement mortelle, que les femmes se confient à l’oreille, et à laquelle notre néologie n’a pas encore su trouver de nom. Malgré le silence au sein duquel sa vie s’écoulait, la cause de sa souffrance n’était un secret pour personne. Toujours jeune fille, en dépit du mariage, les moindres regards la rendaient honteuse. Aussi, pour éviter de rougir, n’apparaissait-elle jamais que riante, gaie; elle affectait une fausse joie, se disait toujours bien portante, ou prévenait les questions sur sa santé par de pudiques mensonges. Cependant, en 1817, un événement contribua beaucoup à modifier l’état déplorable dans lequel Julie avait été plongée jusqu’alors. Elle eut une fille, et voulut la nourrir. Pendant deux années, les vives distractions et les inquiets plaisirs que donnent les soins maternels lui firent une vie moins malheureuse. Elle se sépara nécessairement de son mari. Les médecins lui pronostiquèrent une meilleure santé ; mais la marquise ne crut point à ces présages hypothétiques. Comme toutes les personnes pour lesquelles la vie n’a plus de douceur, peut-être voyait-elle dans la mort un heureux dénouement.”

Quoiqu’elle fût certaine de conserver un grand empire sur Victor et d’avoir obtenu son estime pour toujours, elle craignait l’influence des passions sur un homme si nul et si vaniteusement irréfléchi.”

Les prévoyantes paroles de son père retentissaient derechef à son oreille”

Dans le tableau que sa mémoire lui traçait du passé, la candide figure d’Arthur s’y dessinait chaque jour plus pure et plus belle, mais rapidement; car elle n’osait s’arrêter à ce souvenir. Le silencieux et timide amour du jeune Anglais était le seul événement qui, depuis le mariage, eût laissé quelques doux vestiges dans ce coeur sombre et solitaire.”

dores latentes e lactantes

À qui se serait-elle plainte? de qui pouvait-elle être entendue? Puis, elle avait cette extrême délicatesse de la femme, cette ravissante pudeur de sentiment qui consiste à taire une plainte inutile, à ne pas prendre un avantage quand le triomphe doit humilier le vainqueur et le vaincu. Julie essayait de donner sa capacité, ses propres vertus à monsieur d’Aiglemont, et se vantait de goûter le bonheur qui lui manquait. Toute sa finesse de femme était employée en pure perte à des ménagements ignorés de celui-là même dont ils perpétuaient le despotisme. Par moments, elle était ivre de malheur, sans idée, sans frein ; mais, heureusement, une piété vraie la ramenait toujours à une espérance suprême: elle se réfugiait dans la vie future, admirable croyance qui lui faisait accepter de nouveau sa tâche douloureuse. Ces combats si terribles, ces déchirements intérieurs étaient sans gloire, ces longues mélancolies étaient inconnues; nulle créature ne recueillait ses regards ternes, ses larmes amères jetées au hasard et dans la solitude.”

Quand deux époux se connaissent parfaitement et ont pris une longue habitude d’eux-mêmes, lorsqu’une femme sait interpréter les moindres gestes d’un homme et peut pénétrer les sentiments ou les choses qu’il lui cache, alors des lumières soudaines éclatent souvent après des réflexions ou des remarques précédentes, dues au hasard, ou primitivement faites avec insouciance. Une femme se réveille souvent tout à coup sur le bord ou au fond d’un abîme. Ainsi la marquise, heureuse d’être seule depuis quelques jours, devina le secret de sa solitude. Inconstant ou lassé, généreux ou plein de pitié pour elle, son mari ne lui appartenait plus. En ce moment, elle ne pensa plus à elle, ni à ses souffrances, ni à ses sacrifices; elle ne fut plus que mère, et vit la fortune, l’avenir, le bonheur de sa fille; sa fille, le seul être d’où lui vînt quelque félicité; son Hélène, seul bien qui l’attachât à la vie.”

Jusqu’alors, sûre d’être aimée par Victor, autant qu’il pouvait aimer, elle s’était dévouée à un bonheur qu’elle ne partageait pas; mais, aujourd’hui, n’ayant plus la satisfaction de savoir que ses larmes faisaient la joie de son mari, seule dans le monde, il ne lui restait plus que le choix des malheurs. Au milieu du découragement qui, dans le calme et le silence de la nuit, détendit toutes ses forces; au moment où, quittant son

divan et son feu presque éteint, elle allait, à la lueur d’une lampe, contempler sa fille d’un oeil sec, monsieur d’Aiglemont rentra plein de gaieté. Julie lui fit admirer le sommeil d’Hélène; mais il accueillit l’enthousiasme de sa femme par une phrase banale.

À cet âge, dit-il, tous les enfants sont gentils.”

Elle n’eut plus aucun remords de lui imposer une vie difficile. D’un seul bond, elle s’élança dans les froids calculs de l’indifférence. Pour sauver sa fille, elle devina tout à coup les perfidies, les mensonges des créatures qui n’aiment pas, les tromperies de la coquetterie, et ces ruses atroces qui font haïr si profondément la femme chez qui les hommes supposent alors des corruptions innées. À l’insu de Julie, sa vanité féminine, son intérêt et un vague désir de vengeance s’accordèrent avec son amour maternel pour la faire entrer dans une voie où de nouvelles douleurs l’attendaient. Mais elle avait l’âme trop belle, l’esprit trop délicat, et surtout trop de franchise pour être longtemps complice de ces fraudes. Habituée à lire en elle-même, au premier pas dans le vice, car ceci était du vice, le cri de sa conscience devait étouffer celui des passions et de l’égoïsme. En effet, chez une jeune femme dont le coeur est encore pur, et où l’amour est resté vierge, le sentiment de la maternité même est soumis à la voix de la pudeur. La pudeur n’est-elle pas toute la femme? Mais Julie ne voulut apercevoir aucun danger, aucune faute dans sa nouvelle vie. Elle vint chez madame de Sérizy. Sa rivale comptait voir une femme pâle, languissante; la marquise avait mis du rouge, et se présenta dans tout l’éclat d’une parure qui rehaussait encore sa beauté.”

Lorsque Julie se leva pour aller au piano chanter la romance de Desdémone, les hommes accoururent de tous les salons pour entendre cette célèbre voix, muette depuis si longtemps, et il se fit un profond silence. La marquise éprouva de vives émotions en voyant les têtes pressées aux portes et tous les regards attachés sur elle. Elle chercha son mari, lui lança une oeillade pleine de coquetterie, et vit avec plaisir qu’en ce moment son amour-propre était extraordinairement flatté. Heureuse de ce triomphe, elle ravit l’assemblée dans la première partie d’al piu salice. Jamais ni la Malibran, ni la Pasta n’avaient fait entendre des chants si parfaits de sentiment et d’intonation; mais, au moment de la reprise, elle regarda dans les groupes, et aperçut Arthur dont le regard fixe ne la quittait pas. Elle tressaillit vivement, et sa voix s’altéra.” “Elle lut sur le visage presque féminin du jeune anglais les pensées profondes, les mélancolies douces, les résignations douloureuses dont elle-même était la victime. Elle se reconnut en lui.”

La malade et son médecin marchaient du même pas sans être étonnés d’un accord qui paraissait avoir existé dès le premier jour où ils marchèrent ensemble, ils obéissaient à une même volonté, s’arrêtaient, impressionnés par les mêmes sensations, leurs regards, leurs paroles correspondaient à des pensées mutuelles.”

Oh! Mon Dieu, combien j’aime ce pays, répéta Julie avec un enthousiasme croissant et naïf. Vous l’avez habité longtemps ? reprit-elle après une pause.

À ces mots, lord Grenville tressaillit.

C’est là, répondit-il avec mélancolie en montrant un bouquet de noyers sur la route, là que prisonnier je vous vis pour la première fois…

Les femmes ont un inimitable talent pour exprimer leurs sentiments sans employer de trop vives paroles; leur éloquence est surtout dans l’accent, dans le geste, l’attitude et les regards. Lord Grenville se cacha la tête dans ses mains, car des larmes roulaient dans ses yeux. Ce remerciement était le premier que Julie lui fît depuis leur départ de Paris. Pendant une année entière, il avait soigné la marquise avec le dévouement le plus entier. Secondé par d’Aiglemont, il l’avait conduite aux eaux d’Aix, puis sur les bords de la mer à La Rochelle. Épiant à tout moment les changements que ses savantes et simples prescriptions produisaient sur la constitution délabrée de Julie, il l’avait cultivée comme une fleur rare peut l’être par un horticulteur passionné. La marquise avait paru recevoir les soins intelligents d’Arthur avec tout l’égoïsme d’une Parisienne habituée aux hommages, ou avec l’insouciance d’une courtisane qui ne sait ni le coût des choses ni la valeur des hommes, et les prise au degré d’utilité dont ils lui sont. L’influence exercée sur l’âme par les lieux est une chose digne de remarque. Si la mélancolie nous gagne infailliblement lorsque nous sommes au bord des eaux, une autre loi de notre nature impressible fait que, sur les montagnes, nos sentiments s’épurent: la passion y gagne en profondeur ce qu’elle paraît perdre en vivacité. L’aspect du vaste bassin de la Loire, l’élévation de la jolie colline où les deux amants s’étaient assis, causaient peut-être le calme délicieux dans lequel ils savourèrent d’abord le bonheur qu’on goûte à deviner l’étendue d’une passion cachée sous des paroles insignifiantes en apparence. Au moment où Julie achevait la phrase qui avait si vivement ému lord Grenville, une brise caressante agita la cime des arbres, répandit la fraîcheur des eaux dans l’air, quelques nuages couvrirent le soleil, et des ombres molles laissèrent voir toutes les beautés de cette jolie nature. Julie détourna la tête pour dérober au jeune lord la vue des larmes qu’elle réussit à retenir et à sécher, car l’attendrissement d’Arthur l’avait promptement gagnée. Elle n’osa lever les yeux sur lui dans la crainte qu’il ne lût trop de joie dans ce regard. Son instinct de femme lui faisait sentir qu’à cette heure dangereuse elle devait ensevelir son amour au fond de son coeur. Cependant le silence pouvait être également redoutable. En s’apercevant que lord Grenville était hors d’état de prononcer une parole, Julie reprit d’une voix douce : – Vous êtes touché de ce que je vous ai dit, milord. Peut-être cette vive expansion est-elle la manière que prend une âme gracieuse et bonne comme l’est la vôtre pour revenir sur un faux jugement. Vous m’aurez crue ingrate en me trouvant froide et réservée, ou moqueuse et insensible pendant ce voyage qui heureusement va bientôt se terminer. Je n’aurais pas été digne de recevoir vos soins, si je n’avais su les apprécier. Milord, je n’ai rien oublié. Hélas! je n’oublierai rien, ni la sollicitude qui vous faisait veiller sur moi comme une mère veille sur son enfant, ni surtout la noble confiance de nos entretiens fraternels, la délicatesse de vos procédés; séductions contre lesquelles nous sommes toutes sans armes. Milord, il est hors de mon pouvoir de vous récompenser…

À ce mot, Julie s’éloigna vivement, et lord Grenville ne fit aucun mouvement pour l’arrêter, la marquise alla sur une roche à une faible distance, et y resta immobile; leurs émotions furent un secret pour eux-mêmes; sans doute ils pleurèrent en silence ; les chants des oiseaux, si gais, si prodigues d’expressions tendres au coucher du soleil, durent augmenter la violente commotion qui les avait forcés de se séparer: la nature se chargeait de leur exprimer un amour dont ils n’osaient parler.”

L’oiseau n’oisais pas parler

J’ai plusieurs fois calculé trop habilement les moyens de tuer cet homme pour pouvoir y toujours résister, si je restais près de vous.”

Les lois du monde, reprit-elle, exigent que je lui rende l’existence heureuse, j’y obéirai; je serai sa servante; mon dévouement pour lui sera sans bornes, mais d’aujourd’hui je suis veuve. Je ne veux être une prostituée ni à mes yeux ni à ceux du monde; si je ne suis point à monsieur d’Aiglemont, je ne serai jamais à un autre. Vous n’aurez de moi que ce que vous m’avez arraché. Voilà l’arrêt que j’ai porté sur moi-même, dit-elle en regardant Arthur avec fierté. Il est irrévocable, milord. Maintenant, apprenez que si vous cédiez à une pensée criminelle, la veuve de monsieur d’Aiglemont entrerait dans un cloître, soit en Italie, soit en Espagne. Le malheur a voulu que nous ayons parlé de notre amour. Ces aveux étaient inévitables peut-être; mais que ce soit pour la dernière fois que nos coeurs aient si fortement vibré. Demain, vous feindrez de recevoir une lettre qui vous appelle en Angleterre, et nous nous quitterons pour ne plus nous revoir.”

“– Voici, certes, le plus beau site que nous ayons vu, dit-elle. Je ne l’oublierai jamais. Voyez donc, Victor, quels lointains, quelle étendue et quelle variété. Ce pays me fait concevoir l’amour.

Riant d’un rire presque convulsif, mais riant de manière à tromper son mari, elle sauta gaiement dans les chemins creux, et disparut.”

La noble et délicate conduite que lord Grenville tenait pendant ce voyage avait détruit les soupçons du marquis, et depuis quelque temps il laissait sa femme libre, en se confiant à la foi punique du lord-docteur.”

Telle femme incapable de se rappeler les événements les plus graves, se souviendra pendant toute sa vie des choses qui importent à ses sentiments. Aussi, Julie eut-elle une parfaite souvenance de détails même frivoles. Elle reconnut avec bonheur les plus légers accidents de son premier voyage, et jusqu’à des pensées qui lui étaient venues à certains endroits de la route. Victor, redevenu passionnément amoureux de sa femme depuis qu’elle avait recouvré la fraîcheur de la jeunesse et toute sa beauté, se serra près d’elle à la façon des amants. Lorsqu’il essaya de la prendre dans ses bras, elle se dégagea doucement, et trouva je ne sais quel prétexte pour éviter cette innocente caresse. Puis, bientôt, elle eut horreur du contact de Victor de qui elle sentait et partageait la chaleur, par la manière dont ils étaient assis. Elle voulut se mettre seule sur le devant de la voiture; mais son mari lui fit la grâce de la laisser au fond. Elle le remercia de cette attention par un soupir auquel il se méprit, et cet ancien séducteur de garnison, interprétant à son avantage la mélancolie de sa femme, la mit à la fin du jour dans l’obligation de lui parler avec une fermeté qui lui imposa.”

Mais qui donc oserait blâmer les femmes? Quand elles ont imposé silence au sentiment exclusif qui ne leur permet pas d’appartenir à deux hommes, ne sont-elles pas comme des prêtres sans croyance?”

* * *

Deux ans se passèrent, pendant lesquels monsieur et madame d’Aiglemont menèrent la vie des gens du monde, allant chacun de leur côté, se rencontrant dans les salons plus souvent que chez eux; élégant divorce par lequel se terminent beaucoup de mariages dans le grand monde.”

Madame de Wimphen était cette Louisa à laquelle jadis madame d’Aiglemont voulait conseiller le célibat. Les deux femmes se jetèrent un regard d’intelligence qui prouvait que Julie avait trouvé dans son amie une confidente de ses peines, confidente précieuse et charitable, car madame de Wimphen était très heureuse en mariage ; et, dans la situation opposée où elles étaient, peut-être le bonheur de l’une faisait-il une garantie de son dévouement au malheur de l’autre. En pareil cas, la dissemblance des

destinées est presque toujours un puissant lien d’amitié.”

Je suis une femme très vertueuse selon les lois: je lui rends sa maison agréable, je ferme les yeux sur ses intrigues, je ne prends rien sur sa fortune, il peut en gaspiller les revenus à son gré, j’ai soin seulement d’en conserver le capital. À ce prix, j’ai la paix. Il ne s’explique pas, ou ne veut pas s’expliquer mon existence.”

Croirais-tu, ma chère, que je lis les journaux anglais, dans le seul espoir de voir son nom imprimé.”

Ceci est un secret, répondit la marquise en laissant échapper un geste de naïveté presque enfantine. Écoute. Je prends de l’opium. L’histoire de la duchesse de…, à Londres, m’en a donné l’idée. Tu sais, Mathurin en a fait un roman. Mes gouttes de laudanum sont très faibles. Je dors. Je n’ai guère que sept heures de veille, et je les donne à ma fille…

Un mari, nous pouvons l’abandonner même quand il nous aime. Un homme est un être fort, il a des consolations. Nous pouvons mépriser les lois du monde. Mais un enfant sans mère!

Vous épousez une jolie femme, elle enlaidit; vous épousez une jeune fille pleine de santé, elle devient malingre; vous la croyez passionnée, elle est froide; ou bien, froide en apparence, elle est réellement si passionnée qu’elle vous tue ou vous déshonore. Tantôt la créature la plus douce est quinteuse, et jamais les quinteuses ne deviennent douces; tantôt, l’enfant que vous avez eue niaise et faible, déploie contre vous une volonté de fer, un esprit de démon. Je suis las du mariage.”

À propos, veux-tu venir à Saint-Thomas-d’Aquin avec moi voir l’enterrement de lord Grenville?”

Il lui était si difficile de supporter le moindre bruit que toute voix humaine, même celle de son enfant, l’affectait désagréablement. Les gens du pays s’occupèrent beaucoup de ces singularités; puis, quand toutes les suppositions possibles furent faites, ni les petites villes environnantes, ni les paysans ne songèrent plus à cette femme malade.

La marquise, laissée à elle-même, put donc rester parfaitement silencieuse au milieu du silence qu’elle avait établi autour d’elle, et n’eut aucune occasion de quitter la chambre tendue de tapisseries où mourut sa grand-mère, et où elle était venue pour y mourir doucement, sans témoins, sans importunités, sans subir les fausses démonstrations des égoïsmes fardés d’affection qui, dans les villes, donnent aux mourants une double agonie. Cette femme avait 26 ans. À cet âge, une âme encore pleine de poétiques illusions aime à savourer la mort, quand elle lui semble bienfaisante. Mais la mort a de la coquetterie pour les jeunes gens; pour eux, elle s’avance et se retire, se montre et se cache; sa lenteur les désenchante d’elle, et l’incertitude que leur cause son lendemain finit par les rejeter dans le monde où ils rencontreront la douleur, qui, plus impitoyable que ne l’est la mort, les frappera sans se laisser attendre. Or, cette femme qui se refusait à vivre allait éprouver l’amertume de ces retardements au fond de sa solitude, et y faire, dans une agonie morale que la mort ne terminerait pas, un terrible apprentissage d’égoïsme qui devait lui déflorer le coeur et le façonner au monde.

La marquise souffrait véritablement pour la première et pour la seule fois de sa vie peut-être. En effet, ne serait-ce pas une erreur de croire que les sentiments se reproduisent? Une fois éclos, n’existent-ils pas toujours au fond du coeur? Ils s’y apaisent et s’y réveillent au gré des accidents de la vie ; mais ils y restent, et leur séjour modifie nécessairement l’âme. Ainsi, tout sentiment n’aurait qu’un grand jour, le jour plus ou moins long de sa première tempête. Ainsi, la douleur, le plus constant de nos sentiments, ne serait vive qu’à sa première irruption; et ses autres atteintes iraient en s’affaiblissant, soit par notre accoutumance à ses crises, soit par une loi de notre nature qui, pour se maintenir vivante, oppose à cette force destructive une force égale mais inerte, prise dans les calculs de l’égoïsme. La perte des parents est un chagrin auquel la nature a préparé les hommes; le mal physique est passager, n’embrasse pas l’âme; et s’il persiste, ce n’est plus un mal, c’est la mort. Qu’une jeune femme perde un nouveau-né, l’amour conjugal lui a bientôt donné un successeur. Cette affliction est passagère aussi. Enfin, ces peines et beaucoup d’autres semblables sont, en quelque sorte, des coups, des blessures; mais aucune n’affecte la vitalité dans son essence, et il faut qu’elles se succèdent étrangement pour tuer le sentiment qui nous porte à chercher le bonheur. La grande, la vraie douleur serait donc un mal assez meurtrier pour étreindre à la fois le passé, le présent et l’avenir, ne laisser aucune partie de la vie dans son intégrité, dénaturer à jamais la pensée, s’inscrire inaltérablement sur les lèvres et sur le front, briser ou détendre les ressorts du plaisir, en mettant dans l’âme un principe de dégoût pour toute chose de ce monde. Encore, pour être immense, pour ainsi peser sur l’âme et sur le corps, ce mal devrait arriver en un moment de la vie où toutes les forces de l’âme et du corps sont jeunes, et foudroyer un coeur bien vivant.”

O TRISTE CREPÚSCULO DA DOR DE VIVER

Os novos sofrimentos são apenas lembranças dos dias concretamente pungentes. Vivo apenas na nostalgia de euforias e lutos já para mim perdidos, em perpétuo déjà vu à l’écran. Ainda que seja uma tela que dá para a alma, não passa de uma tela, de um sofrimento mediado no tempo e no espaço, indireto. Reflexo do reflexo do reflexo da coisa em si, paredes de espelhos infinitos sem quinas nem esquinas nem inclinações, perfeitamente paralelos e reluzentes. Mas é um corredor particular, cerrado ao público.

et nul être ne peut sortir de cette maladie sans quelque poétique changement : ou il prend la route du ciel, ou, s’il demeure ici-bas, il rentre dans le monde pour mentir au monde, pour y jouer un rôle; il connaît dès lors la coulisse où l’on se retire pour calculer, pleurer, plaisanter. Après cette crise solennelle, il n’existe plus de mystères dans la vie sociale qui dès lors est irrévocablement jugée. Chez les jeunes femmes qui ont l’âge de la marquise, cette première, cette plus poignante de toutes les douleurs, est toujours causée par le même fait. La femme et surtout la jeune femme, aussi grande par l’âme qu’elle l’est par la beauté, ne manque jamais à mettre sa vie là où la nature, le sentiment et la société la poussent à la jeter tout entière. Si cette vie vient à lui faillir et si elle reste sur terre, elle y expérimente les plus cruelles souffrances, par la raison qui rend le premier amour le plus beau de tous les sentiments. Pourquoi ce malheur n’a-t-il jamais eu ni peintre ni poète? Mais peut-il se peindre, peut-il se chanter? Non, la nature des douleurs qu’il engendre se refuse à l’analyse et aux couleurs de l’art. D’ailleurs, ces souffrances ne sont jamais confiées: pour en consoler une femme, il faut savoir les deviner; car, toujours amèrement embrassées et religieusement ressenties, elles demeurent dans l’âme comme une avalanche qui, en tombant dans une vallée, y dégrade tout avant de s’y faire une place.”

Un homme aimé, jeune et généreux, de qui elle n’avait jamais exaucé les désirs afin d’obéir aux lois du monde, était mort pour lui sauver ce que la société nomme l’honneur d’une femme.”

Non, cette pauvre affligée ne pouvait pleurer à son aise que dans un désert, y dévorer sa souffrance ou être dévorée par elle, mourir ou tuer quelque chose en elle, sa conscience peut-être.”

Il y avait en elle une femme qui raisonnait et une femme qui sentait, une femme qui souffrait et une femme qui ne voulait plus souffrir. Elle se reportait aux joies de son enfance, écoulée sans qu’elle en eût senti le bonheur, et dont les limpides images revenaient en foule comme pour lui accuser les déceptions d’un mariage convenable aux yeux du monde, horrible en réalité. À quoi lui avaient servi les belles pudeurs de sa jeunesse, ses plaisirs réprimés et les sacrifices faits au monde?”

Sa beauté même lui était insupportable, comme une chose inutile. Elle entrevoyait avec horreur que désormais elle ne pouvait plus être une créature complète.”

Neuf neuves

Après l’enfance de la créature vient l’enfance du coeur. Or, son amant avait emporté dans la tombe cette seconde enfance. Jeune encore par ses désirs, elle n’avait plus cette entière jeunesse d’âme qui donne à tout dans la vie sa valeur et sa saveur.”

Puis, en soulevant toutes les questions, en remuant tous les ressorts des différentes existences que nous donnent les natures sociale, morale et physique, elle relâchait si bien les forces de l’âme, qu’au milieu des réflexions les plus contradictoires elle ne pouvait rien saisir. Aussi parfois, quand le brouillard tombait, ouvrait-elle sa fenêtre, en y restant sans pensée, occupée à respirer machinalement l’odeur humide et terreuse épandue dans les airs, debout, immobile, idiote en apparence, car les bourdonnements [murmúrios] de sa douleur la rendaient également sourde aux harmonies de la nature et aux charmes de la pensée.”

La marquise avait perdu sa mère en bas âge, et son éducation fut naturellement influencée par le relâchement qui, pendant la révolution, dénoua les liens religieux en France. La piété est une vertu de femme que les femmes seules se transmettent bien, et la marquise était un enfant du dix-huitième siècle dont les croyances philosophiques furent celles de son père. Elle ne suivait aucune pratique religieuse. Pour elle, un prêtre était un fonctionnaire public dont l’utilité lui paraissait contestable. Dans la situation où elle trouvait, la voix de la religion ne pouvait qu’envenimer ses maux; puis, elle ne croyait guère aux curés de village, ni à leurs lumières, elle résolut donc de mettre le sien à sa place, sans aigreur, et de s’en débarrasser à la manière des riches, par un bienfait. Le curé vint, et son aspect ne changea pas les idées de la marquise. Elle vit un gros petit homme à ventre saillant, à figure rougeaude, mais vieille et ridée, qui affectait de sourire et qui souriait mal; son crâne chauve et transversalement sillonné de rides nombreuses retombait en quart de cercle sur son visage et le rapetissait; quelques cheveux blancs garnissaient le bas de la tête au-dessus de la nuque et revenaient en avant vers les oreilles. Néanmoins, la physionomie de ce prêtre avait été celle d’un homme naturellement gai. Ses grosses lèvres, son nez légèrement retroussé, son menton, qui disparaissait dans un double pli de rides, témoignaient d’un heureux caractère. La marquise n’aperçut d’abord que ces traits principaux; mais, à la première parole que lui dit le prêtre, elle fut frappée par la douceur de cette voix; elle le regarda plus attentivement, et remarqua sous ses sourcils grisonnants des yeux qui avaient pleuré; puis le contour de sa joue, vue de profil, donnait à sa tête une si auguste expression de douleur, que la marquise trouva un homme dans ce curé.”

Nous périssons moins par les effets d’un regret certain que par ceux des espérances trompées. J’ai connu de plus intolérables, de plus terribles douleurs qui n’ont pas donné la mort.”

Puis elle éprouva cette espèce de satisfaction qui réjouit le prisonnier quand, après avoir reconnu la profondeur de sa solitude et la pesanteur de ses chaînes, il rencontre un voisin qui frappe à la muraille en lui faisant rendre un son par lequel s’expriment des pensées communes.”

Le mariage, institution sur laquelle s’appuie aujourd’hui la société, nous en fait sentir à nous seules tout le poids: pour l’homme la liberté, pour la femme des devoirs. Nous vous devons toute notre vie, vous ne nous devez de la vôtre que de rares instants. Enfin l’homme fait un choix là où nous nous soumettons aveuglément. Oh! monsieur, à vous je puis tout dire. Hé bien, le mariage, tel qu’il se pratique aujourd’hui, me semble être une prostitution légale. De là sont nées mes souffrances. Mais moi seule parmi les malheureuses créatures si fatalement accouplées je dois garder le silence! moi seule suis l’auteur du mal, j’ai voulu mon mariage.”

Monsieur, rien de rien ou rien pour rien est une des plus justes lois de la nature et morale et physique.” “Il existe deux maternités, monsieur. J’ignorais jadis de telles distinctions; aujourd’hui je les sais. Je ne suis mère qu’à moitié, mieux vaudrait ne pas l’être du tout. Hélène n’est pas de lui! Oh! ne frémissez pas! Saint-Lange est un abîme où se sont engloutis bien des sentiments faux, d’où se sont lancées de sinistres lueurs, où se sont écroulés les frêles édifices des lois antinaturelles. J’ai un enfant, cela suffit; je suis mère, ainsi le veut la loi. (…) S’il ne tient pas à toutes les fibres du corps comme à toutes les tendresses du coeur; s’il ne rappelle pas de délicieuses amours, les temps, les lieux où ces deux êtres furent heureux, et leur langage plein de musiques humaines, et leurs suaves idées, cet enfant est une création manquée. Oui, pour eux, il doit être une ravissante miniature où se retrouvent les poèmes de leur double vie secrète; il doit leur offrir une source d’émotions fécondes, être à la fois tout leur passé, tout leur avenir. Ma pauvre petite Hélène est l’enfant de son père, l’enfant du devoir et du hasard”

l’amour m’a fait rêver une maternité plus grande, plus complète. J’ai caressé dans un songe évanoui l’enfant que les désirs ont conçu avant qu’il ne fût engendré, enfin cette délicieuse fleur née dans l’âme avant de naître au jour.”

Pour moi le jour est plein de ténèbres, la pensée est un glaive, mon coeur est une plaie, mon enfant est une négation. Oui, quand Hélène me parle, je lui voudrais une autre voix; quand elle me regarde, je lui voudrais d’autres yeux. Elle est là pour m’attester tout ce qui devrait être et tout ce qui n’est pas. Elle m’est insupportable! Je lui souris, je tâche de la dédommager des sentiments que je lui vole. Je souffre! oh! monsieur, je souffre trop pour pouvoir vivre. Et je passerai pour être une femme vertueuse! Et je n’ai pas commis de fautes! Et l’on m’honorera! J’ai combattu l’amour involontaire auquel je ne devais pas céder; mais, si j’ai gardé ma foi physique, ai-je conservé mon coeur? Ceci, dit-elle en appuyant la main droite sur son sein, n’a jamais été qu’à une seule créature. (…) Parfois je tremble de trouver en elle un tribunal où je serai condamnée sans être entendue. Fasse le ciel que la haine ne se mette pas un jour entre nous! Grand Dieu! ouvrez-moi plutôt la tombe, laissez-moi finir à Saint-Lange! Je veux aller dans le monde où je retrouverai mon autre âme, où je serai tout à fait mère! oh ! pardon, monsieur, je suis folle. Ces paroles m’étouffaient, je les ai dites. Ah! vous pleurez aussi! vous ne me mépriserez pas. – Hélène ! Hélène ! ma fille, viens! s’écria-t-elle avec une sorte de désespoir en entendant son enfant qui revenait de sa promenade.”

Le sourire est l’apanage, la langue, l’expression de la maternité. La marquise ne pouvait pas sourire. Elle rougit en regardant le prêtre: elle avait espéré se montrer mère, mais ni elle ni son enfant n’avaient su mentir. En effet, les baisers d’une femme sincère ont un miel divin qui semble mettre dans cette caresse une âme, un feu subtil par lequel le coeur est pénétré. Les baisers dénués de cette onction savoureuse sont âpres et secs. Le prêtre avait senti cette différence: il put sonder l’abîme qui se trouve entre la maternité de la chair et la maternité du coeur.”

Mon corps a été lâche quand mon âme était forte, et quand ma main ne tremblait plus, mon âme vacillait! J’ignore le secret de ces combats et de ces alternatives. Je suis sans doute bien tristement femme, sans persistance dans mes vouloirs, forte seulement pour aimer. Je me méprise! Le soir, quand mes gens dormaient, j’allais à la pièce d’eau courageusement; arrivée au bord, ma frêle nature avait horreur de la destruction. Je vous confesse mes faiblesses. Lorsque je me retrouvais au lit, j’avais honte de moi, je redevenais courageuse. Dans un de ces moments j’ai pris du laudanum; mais j’ai souffert et ne suis pas morte. J’avais cru boire tout ce que contenait le flacon et je m’étais arrêtée à moitié.”

Quel sera le sort d’Hélène? le mien sans doute. Quels moyens ont les mères d’assurer à leurs filles que l’homme auquel elles les livrent sera un époux selon leur coeur? Vous honnissez de pauvres créatures qui se vendent pour quelques écus à un homme qui passe, la faim et le besoin absolvent ces unions éphémères; tandis que la société tolère, encourage l’union immédiate bien autrement horrible d’une jeune fille candide et d’un homme qu’elle n’a pas vu trois mois durant; elle est vendue pour toute sa vie. Il est vrai que le prix est élevé! Si en ne lui permettant aucune compensation à ses douleurs vous l’honoriez; mais non, le monde calomnie les plus vertueuses d’entre nous! Telle est notre destinée, vue sous ses deux faces: une prostitution publique et la honte, une prostitution secrète et le malheur. Quant aux pauvres filles sans dot, elles deviennent folles, elles meurent; pour elles aucune pitié ! La beauté, les vertus ne sont pas des valeurs dans votre bazar humain et vous nommez Société ce repaire d’égoïsme. Mais exhérédez les femmes! au moins accomplirezvous ainsi une loi de nature en choisissant vos compagnes en les épousant au gré des voeux du coeur.”

Le philosophisme et l’intérêt personnel ont attaqué votre coeur; vous êtes sourde à la voix de la religion comme le sont les enfants de ce siècle sans croyance! Les plaisirs du monde n’engendrent que des souffrances. Vous allez changer de douleurs voilà tout.

Je ferai mentir votre prophétie, dit-elle en souriant avec amertume, je serai fidèle à celui qui mourut pour moi.

La douleur, répondit-il, n’est viable que dans les âmes préparées par la religion.”

* * *

Quatre ans après…

les jouissances de Paris, à cette vie rapide, à ce tourbillon de pensées et de plaisirs que l’on calomnie assez souvent, mais auquel il est si doux de s’abandonner. Habitué depuis trois ans à saluer les capitales européennes, et à les déserter au gré des caprices de sa destinée diplomatique, Charles de Vandenesse avait cependant peu de chose à regretter en quittant Paris. Les femmes ne produisaient plus aucune impression sur lui, soit qu’il regardât une passion vraie comme tenant trop de place dans la vie d’un homme politique, soit que les mesquines occupations d’une galanterie superficielle lui parussent trop vides pour une âme forte. Nous avons tous de grandes prétentions à la force d’âme. En France, nul homme, fût-il médiocre, ne consent à passer pour simplement spirituel. Ainsi, Charles, quoique jeune (à peine avait-il trente ans), s’était déjà philosophiquement accoutumé à voir des idées, des résultats, des moyens, là où les hommes de son âge aperçoivent des sentiments, des plaisirs et des illusions. Il refoulait la chaleur et l’exaltation naturelle aux jeunes gens dans les profondeurs de son âme que la nature avait créée généreuse. Il travaillait à se faire froid, calculateur; à mettre en manières, en formes aimables, en artifices de séduction, les richesses morales qu’il tenait du hasard; véritable tâche d’ambitieux; rôle triste, entrepris dans le but d’atteindre à ce que nous nommons aujourd’hui une belle position. Il jetait un dernier coup d’oeil sur les salons où l’on dansait. Avant de quitter le bal, il voulait sans doute en emporter l’image, comme un spectateur ne sort pas de sa loge à l’opéra sans regarder le tableau final. Mais aussi, par une fantaisie facile à comprendre, monsieur de Vandenesse étudiait l’action tout française, l’éclat et les riantes figures de cette fête parisienne, en les rapprochant par la pensée des physionomies nouvelles, des scènes pittoresques qui l’attendaient à Naples, où il se proposait de passer quelques jours avant de se rendre à son poste. Il semblait comparer la France si changeante et sitôt étudiée à un pays dont les moeurs et les sites ne lui étaient connus que par des ouï-dires contradictoires, ou par des livres, mal faits pour la plupart. Quelques réflexions assez poétiques, mais devenues aujourd’hui très vulgaires, lui passèrent alors par la tête, et répondirent, à son insu peut-être, aux voeux secrets de son coeur, plus exigeant que blasé, plus inoccupé que flétri.

Voici, se disait-il, les femmes les plus élégantes, les plus riches, les plus titrées de Paris. Ici sont les célébrités du jour, renommées de tribune, renommées aristocratiques et littéraires: là, des artistes; là, des hommes de pouvoir. Et cependant je ne vois que de petites intrigues, des amours mort-nés, des sourires qui ne disent rien, des dédains sans cause, des regards sans flamme, beaucoup d’esprit, mais prodigué sans but. Tous ces visages blancs et roses cherchent moins le plaisir que des distractions. Nulle émotion n’est vraie. Si vous voulez seulement des plumes bien posées, des gazes fraîches, de jolies toilettes, des femmes frêles; si pour vous la vie n’est qu’une surface à effleurer, voici votre monde. Contentez-vous de ces phrases insignifiantes, de ces ravissantes grimaces, et ne demandez pas un sentiment dans les coeurs. Pour moi, j’ai horreur de ces plates intrigues qui finiront par des mariages, des sous-préfectures, des recettes générales, ou, s’il s’agit d’amour, par des arrangements secrets, tant l’on a honte d’un semblant de passion. Je ne vois pas un seul de ces visages éloquents qui vous annonce une âme abandonnée à une idée comme à un remords. Ici, le regret ou le malheur se cachent honteusement sous des plaisanteries. Je n’aperçois aucune de ces femmes avec lesquelles j’aimerais à lutter, et qui vous entraînent dans un abîme. Où trouver de l’énergie à Paris? Un poignard est une curiosité que l’on y suspend à un clou doré, que l’on pare d’une jolie gaine. Femmes, idées, sentiments, tout se ressemble. Il n’y existe plus de passions, parce que les individualités ont disparu. Les rangs, les esprits, les fortunes ont été nivelés, et nous avons tous pris l’habit noir comme pour nous mettre en deuil de la France morte. Nous n’aimons pas nos égaux. Entre deux amants, il faut des différences à effacer, des distances à combler. Ce charme de l’amour s’est évanoui en 1789! Notre ennui, nos moeurs fades sont le résultat du système politique. Au moins, en Italie, tout y est tranché. Les femmes y sont encore des animaux malfaisants, des sirènes dangereuses, sans raison, sans logique autre que celle de leurs goûts, de leurs appétits, et desquelles il faut se défier comme on se défie des tigres…”

Le mérite d’une rêverie est tout entier dans son vague, n’est-elle pas une sorte de vapeur intellectuelle?”

Une femme de qui vous vous êtes, certes, entretenu plus d’une fois pour la louer ou pour en médire, une femme qui vit dans la solitude, un vrai mystère.

Si vous avez jamais été clémente dans votre vie, de grâce, dites-moi son nom?

La marquise d’Aiglemont.

Je vais aller prendre des leçons près d’elle: elle a su faire d’un mari bien médiocre un pair de France, d’un homme nul une capacité politique. Mais, dites-moi, croyez-vous que lord Grenville soit mort pour elle, comme quelques femmes l’ont prétendu?

Peut-être.

C’est quelque chose, à Paris, qu’une constance de quatre ans.”

Quatro anos sem trair o marido em plena Paris é um feito e tanto.”

Charles resta pendant un moment immobile, le dos légèrement appuyé sur le chambranle de la porte, et tout occupé à examiner une femme devenue célèbre sans que personne pût rendre compte des motifs sur lesquels se fondait sa renommée. Le monde offre beaucoup de ces anomalies curieuses. La réputation de madame d’Aiglemont n’était pas, certes, plus extraordinaire que celle de certains hommes toujours en travail d’une oeuvre inconnue: statisticiens tenus pour profonds sur la foi de calculs qu’ils se gardent bien de publier; politiques qui vivent sur un article de journal; auteurs ou artistes dont l’oeuvre reste toujours en portefeuille; gens savants avec ceux qui ne connaissent rien à la science, comme Sganarelle est latiniste avec ceux qui ne savent pas le latin; hommes auxquels on accorde une capacité convenue sur un point, soit la direction des arts, soit une mission importante. Cet admirable mot: c’est une spécialité, semble avoir été créé pour ces espèces d’acéphales politiques ou littéraires. Charles demeura plus longtemps en contemplation qu’il ne le voulait, et fut mécontent d’être si fortement préoccupé par une femme; mais aussi la présence de cette femme réfutait les pensées qu’un instant auparavant le jeune diplomate avait conçues à l’aspect du bal.”

MULHER CENTRÍPETA

centopéia

fugaz

tout homme supérieur se sentait-il curieusement attiré vers cette femme douce et silencieuse. Si l’esprit cherchait à deviner les mystères de la perpétuelle réaction qui se faisait en elle du présent vers le passé, du monde à sa solitude, l’âme n’était pas moins intéressée à s’initier aux secrets d’un coeur en quelque sorte orgueilleux de ses souffrances. En elle, rien d’ailleurs ne démentait les idées qu’elle inspirait tout d’abord. Comme presque toutes les femmes qui ont de très longs cheveux, elle était pâle et parfaitement blanche.”

ces sortes de cous sont les plus gracieux, et donnent aux têtes de femmes de vagues affinités avec les magnétiques ondulations du serpent. S’il n’existait pas un seul des mille indices par lesquels les caractères les plus dissimulés se révèlent à l’observateur, il lui suffirait d’examiner attentivement les gestes de la tête et les torsions du cou, si variées, si expressives, pour juger une femme. Chez madame d’Aiglemont, la mise était en harmonie avec la pensée qui dominait sa personne.”

À un certain âge seulement, certaines femmes choisies savent seules donner un langage à leur attitude. Est-ce le chagrin, est-ce le bonheur qui prête à la femme de trente ans, à la femme heureuse ou malheureuse, le secret de cette contenance éloquente? Ce sera toujours une vivante énigme que chacun interprète au gré de ses désirs, de ses espérances ou de son système.”

l’insouciance de sa pose, ses mouvements pleins de lassitude, tout révélait une femme sans intérêt dans la vie, qui n’a point connu les plaisirs de l’amour (…) une femme inoccupée qui prend le vide pour le néant.”

vocação: vazio:

voto: de silêncio

em branco

paz

silêncio

branco chiado

O que eu não obtive não existe!

Ass: Napoleão,

que nega a Europa.

NA VELOCIDADE DA MEDULA ESPINHAL (OU DE UM METEORO SENTIMENTAL): “Une conversation s’établit alors entre la marquise et le jeune homme, qui, suivant l’usage, abordèrent en un moment une multitude de sujets: la peinture, la musique, la littérature, la politique, les hommes, les événements et les choses. Puis ils arrivèrent par une pente insensible au sujet éternel des causeries françaises et étrangères, à l’amour, aux sentiments et aux femmes.

Nous sommes esclaves.

Vous êtes reines.

Les phrases plus ou moins spirituelles dites par Charles et la marquise pouvaient se réduire à cette simple expression de tous les discours présents et à venir tenus sur cette matière. Ces deux phrases ne voudront-elles pas toujours dire dans un temps donné : – Aimez-moi. – Je vous aimerai.”

Il existe des pensées auxquelles nous obéissons sans les connaître: elles sont en nous à notre insu. Quoique cette réflexion puisse paraître plus paradoxale que vraie, chaque

personne de bonne foi en trouvera mille preuves dans sa vie. En se rendant chez la marquise, Charles obéissait à l’un de ces textes préexistants dont notre expérience et les conquêtes de notre esprit ne sont, plus tard, que les développements sensibles.”

L’une [la jeune femme] cède, l’autre choisit.”

en se donnant, la femme expérimentée semble donner plus qu’elle-même”

Pour qu’une jeune fille soit la maîtresse, elle doit être trop corrompue, et on l’abandonne alors avec horreur; tandis qu’une femme a mille moyens de conserver tout à la fois son pouvoir et sa dignité. L’une, trop soumise, vous offre les tristes sécurités du repos; l’autre perd trop pour ne pas demander à l’amour ses mille métamorphoses. L’une se déshonore toute seule, l’autre tue à votre profit une famille

entière. La jeune fille n’a qu’une coquetterie, et croit avoir tout dit quand elle a quitté son vêtement; mais la femme en a d’innombrables et se cache sous mille voiles; enfin elle caresse toutes les vanités, et la novice n’en flatte qu’une. Il s’émeut d’ailleurs des indécisions, des terreurs, des craintes, des troubles et des orages chez la femme de trente ans, qui ne se rencontrent jamais dans l’amour d’une jeune fille. Arrivée à cet âge, la femme demande à un jeune homme de lui restituer l’estime qu’elle lui a sacrifiée; elle ne vit que pour lui, s’occupe de son avenir, lui veut une belle vie, la lui ordonne glorieuse; elle obéit, elle prie et commande, s’abaisse et s’élève, et sait consoler en mille occasions, où la jeune fille ne sait que gémir. Enfin, outre tous les avantages de sa position, la femme de trente ans peut se faire jeune fille, jouer tous les rôles, être pudique, et s’embellir même d’un malheur. Entre elles deux se trouve l’incommensurable différence du prévu à l’imprévu, de la force à la faiblesse.”

La sainteté des femmes est inconciliable avec les devoirs et les libertés du monde. Émanciper les femmes, c’est les corrompre. En accordant à un étranger le droit d’entrer dans le sanctuaire du ménage, n’est-ce pas se mettre à sa merci? mais qu’une femme l’y attire, n’est-ce pas une faute, ou, pour être exact, le commencement d’une faute? Il faut accepter cette théorie dans toute sa rigueur, ou absoudre les passions. Jusqu’à présent, en France, la Société a su prendre un mezzo termine: elle se moque des malheurs. Comme les Spartiates qui ne punissaient que la maladresse, elle semble admettre le vol. Mais peut-être ce système est-il très sage. Le mépris général constitue le plus affreux de tous les châtiments, en ce qu’il atteint la femme au coeur.” “La plus corrompue d’entre elles exige, même avant tout, une absolution pour le passé, en vendant son avenir, et tâche de faire comprendre à son amant qu’elle échange contre d’irrésistibles félicités, les honneurs que le monde lui refusera.”

Brunne marquise-né

Mais la marquise prit bientôt cet air affectueux, sous lequel les femmes s’abritent contre les interprétations de la vanité.”

Les femmes se tiennent alors aussi longtemps qu’elles le veulent dans cette position équivoque, comme dans un carrefour qui mène également au respect, à l’indifférence, à l’étonnement ou à la passion. À trente ans seulement une femme peut connaître les ressources de cette situation. Elle y sait rire, plaisanter, s’attendrir sans se compromettre. Elle possède alors le tact nécessaire pour attaquer chez un homme toutes les cordes sensibles, et pour étudier les sons qu’elle en tire. Son silence est aussi dangereux que sa parole. Vous ne devinez jamais si, à cet âge, elle est franche ou fausse, si elle se moque ou si elle est de bonne foi dans ses aveux. Après vous avoir donné le droit de lutter avec elle, tout à coup, par un mot, par un regard, par un de ces gestes dont la puissance leur est connue, elles ferment le combat, vous abandonnent, et restent maîtresses de votre secret, libres de vous immoler par une plaisanterie, libres de s’occuper de vous, également protégées par leur faiblesse et par votre force. Quoique la marquise se plaçât, pendant cette première visite, sur ce terrain neutre, elle sut y conserver une haute dignité de femme. Ses douleurs secrètes planèrent toujours sur sa gaieté factice comme un léger nuage qui dérobe imparfaitement le soleil. Vandenesse sortit après avoir éprouvé dans cette conversation des délices inconnus; mais il demeura convaincu que la marquise était de ces femmes dont la conquête coûte trop cher pour qu’on puisse entreprendre de les aimer.”

En France l’amour-propre mène à la passion. Charles revint chez madame d’Aiglemont et crut s’apercevoir qu’elle prenait plaisir à sa conversation. Au lieu de se livrer avec naïveté au bonheur d’aimer, il voulut alors jouer un double rôle. Il essaya de paraître passionné, puis d’analyser froidement la marche de cette intrigue, d’être amant et diplomate; mais il était généreux et jeune, cet examen devait le conduire à un amour sans bornes; car, artificieuse ou naturelle, la marquise était toujours plus forte que lui. Chaque fois qu’il sortait de chez madame d’Aiglemont, Charles persistait dans sa méfiance et soumettait les situations progressives par lesquelles passait son âme à une sévère analyse, qui tuait ses propres émotions.

Or, je ne suis ni son frère ni son confesseur, pourquoi m’a-t-elle confié ses chagrins? Elle m’aime.”

L’amour prend la couleur de chaque siècle. En 1822 il est doctrinaire. Au lieu de se prouver, comme jadis, par des faits, on le discute, on le disserte, on le met en discours de tribune. Les femmes en sont réduites à trois moyens: d’abord elles mettent en question notre passion, nous refusent le pouvoir d’aimer autant qu’elles aiment. Coquetterie! véritable défi que la marquise m’a porté ce soir. Puis elles se font très malheureuses pour exciter nos générosités naturelles ou notre amour-propre. Un jeune homme n’est-il pas flatté de consoler une grande infortune? Enfin elles ont la manie de la virginité! Elle a dû penser que je la croyais toute neuve. Ma bonne foi peut devenir une excellente spéculation.

elle vivait dans une solitude profonde, et dévorait en silence des chagrins qu’elle laissait à peine deviner par l’accent plus ou moins contraint d’une interjection. Dès ce moment Charles prit un vif intérêt à madame d’Aiglemont. Cependant, en venant à un rendez-vous habituel qui leur était devenu nécessaire l’un à l’autre, heure réservée par un mutuel instinct, Vandenesse trouvait encore sa maîtresse plus habile que vraie, et sondernier mot était : – Décidément, cette femme est très adroite. Il entra, vit la marquise dans son attitude favorite, attitude pleine de mélancolie; elle leva les yeux sur lui sans faire un mouvement, et lui jeta un de ces regards pleins qui ressemblent à un sourire. Madame d’Aiglemont exprimait une confiance, une amitié vraie, mais point d’amour. Charles s’assit et ne put rien dire. Il était ému par une de ces sensations pour lesquelles il manque un langage.

Qu’avez-vous? lui dit-elle d’un son de voix attendrie.”

elle n’imaginait pas que le bonheur pût apporter deux fois à une femme ses enivrements, car elle ne croyait pas seulement à l’esprit, mais à l’âme, et, pour elle, l’amour n’était pas une séduction, il comportait toutes les séductions nobles. En ce moment Charles redevint jeune homme, il fut subjugué par l’éclat d’un si grand caractère, et voulut être initié dans tous les secrets de cette existence flétrie par le hasard plus que par une faute.”

Si je n’ai pas su mourir, je dois être au moins fidèle à mes souvenirs.”

les larmes d’un deuil de trois ans fascinèrent Vandenesse qui resta silencieux et petit devant cette grande et noble femme: il n’en voyait plus les beautés matérielles si exquises, si achevées, mais l’âme si éminemment sensible. Il rencontrait enfin cet être idéal si fantastiquement rêvé, si vigoureusement appelé par tous ceux qui mettent la vie dans une passion, la cherchent avec ardeur, et souvent meurent sans avoir pu jouir de tous ses trésors rêvés.”

Raisonner là où il faut sentir est le propre des âmes sans portée.”

à ce bel âge de trente ans, sommité poétique de la vie des femmes, elles peuvent en embrasser tout le cours et voir aussi bien dans le passé que dans l’avenir. Les femmes connaissent alors tout le prix de l’amour et en jouissent avec la crainte de le perdre: alors leur âme est encore belle de la jeunesse qui les abandonne, et leur passion va se renforçant toujours d’un avenir qui les effraie.”

Cette triste réflexion, due au découragement et à la crainte de ne pas réussir, par lesquels commencent toutes les passions vraies, fut le dernier calcul de sa diplomatie expirante. Dès lors il n’eut plus d’arrière-pensées, devint le jouet de son amour et se perdit dans les riens de ce bonheur inexplicable qui se repaît d’un mot, d’un silence, d’un vague espoir. Il voulut aimer platoniquement, vint tous les jours respirer l’air que respirait madame d’Aiglemont, s’incrusta presque dans sa maison et l’accompagna partout avec la tyrannie d’une passion qui mêle son égoïsme au dévouement le plus absolu. L’amour a son instinct, il sait trouver le chemin du coeur comme le plus faible insecte marche à sa fleur avec une irrésistible volonté qui ne s’épouvante de rien. Aussi, quand un sentiment est vrai, sa destinée n’est-elle pas douteuse.”

Or, il est impossible à une femme, à une épouse, à une mère, de se préserver contre l’amour d’un jeune homme ; la seule chose qui soit en sa puissance est de ne pas continuer à le voir au moment où elle devine ce secret du coeur qu’une femme devine toujours. Mais ce parti semble trop décisif pour qu’une femme puisse le prendre à un âge où le mariage pèse, ennuie et lasse, où l’affection conjugale est plus que tiède, si déjà même son mari ne l’a pas abandonnée. Laides, les femmes sont flattées par un amour qui les fait belles; jeunes et charmantes, la séduction doit être à la hauteur de leurs séductions, elle est immense; vertueuses, un sentiment terrestrement sublime les porte à trouver je ne sais quelle absolution dans la grandeur même des sacrifices qu’elles font à leur amant et de la gloire dans cette lutte difficile. Tout est piège. Aussi nulle leçon n’est-elle trop forte pour de si fortes tentations. La réclusion ordonnée autrefois à la femme en Grèce, en orient, et qui devient de mode en Angleterre, est la seule sauvegarde de la morale domestique; mais, sous l’empire de ce système, les agréments du monde périssent: ni la société, ni la politesse, ni l’élégance des moeurs ne sont alors possibles. Les nations devront choisir.”

Não há sociedade, não há etiqueta, não há modos, não há chifres.

Avait-elle pris les idées de Vandenesse, ou Vandenesse avait-il épousé ses moindres caprices? elle n’examina rien. Déjà saisie par le courant de la passion, cette adorable femme se dit avec la fausse bonne foi de la peur: – Oh! non! je serai fidèle à celui qui mourut pour moi.”

Pascal a dit: Douter de Dieu, c’est y croire. De même, une femme ne se débat que quand elle est prise. Le jour où la marquise s’avoua qu’elle était aimée, il lui arriva de flotter entre mille sentiments contraires. Les superstitions de l’expérience parlèrent leur langage. Serait-elle heureuse? pourrait-elle trouver le bonheur en dehors des lois dont la Société fait, à tort ou à raison, sa morale? Jusqu’alors la vie ne lui avait versé que de l’amertume. Y avait-il un heureux dénouement possible aux liens qui unissent deux êtres séparés par des convenances sociales? Mais aussi le bonheur se paie-t-il jamais trop cher? Puis ce bonheur si ardemment voulu, et qu’il est si naturel de chercher, peut-être le rencontrerait-elle enfin! La curiosité plaide toujours la cause des amants. Au milieu de cette discussion secrète, Vandenesse arriva. Sa présence fit évanouir le fantôme métaphysique de la raison. Si telles sont les transformations successives par lesquelles passe un sentiment même rapide chez un jeune homme et chez une femme de trente ans, il est un moment où les nuances se fondent, où les raisonnements s’abolissent en un seul, en une dernière réflexion qui se confond dans un désir et qui le corrobore. Plus la résistance a été longue, plus puissante alors est la voix de l’amour.”

A curiosidade sempre ajuda a causa dos amantes.

Je suis déjà vieille, dit-elle, rien ne m’excuserait donc de ne pas continuer à souffrir comme par le passé. D’ailleurs il faut aimer, dites-vous? Eh! bien, je ne le dois ni ne le puis. Hors vous, dont l’amitié jette quelques douceurs sur ma vie, personne ne me plaît, personne ne saurait effacer mes souvenirs. J’accepte un ami, je fuirais un amant.

Ces paroles, empreintes d’une horrible coquetterie, étaient le dernier effort de la sagesse.

S’il se décourage, eh! bien, je resterai seule et fidèle. Cette pensée vint au coeur de cette femme, et fut pour elle ce qu’est la branche de saule trop faible que saisit un nageur avant d’être emporté par le courant.”

…Essas palavras, impregnadas de um charme horrendo, foram o esforço final da sabedoria.

– Bem, se ele se desencoraja agora, seguirei, como sempre, solitária e fiel! Esse foi o pensamento que iluminou o coração dessa mulher, comparável a um nadador na forte correnteza, que agarra inutilmente um galho fraco, sem poder se prender ao próprio tronco, na iminência da perdição.”

La passion fait un progrès énorme chez une femme au moment où elle croit avoir agi peu généreusement, ou avoir blessé quelque âme noble. Jamais il ne faut se défier des sentiments mauvais en amour, ils sont très salutaires, les femmes ne succombent que sous le coup d’une vertu. L’enfer est pavé de bonnes intentions n’est pas un paradoxe de prédicateur.”

Le ciel et l’enfer sont deux grands poèmes qui formulent les deux seuls points sur lesquels tourne notre existence: la joie ou la douleur. Le ciel n’est-il pas, ne sera-t-il pas

toujours une image de l’infini de nos sentiments qui ne sera jamais peint que dans ses détails, parce que le bonheur est un, et l’enfer ne représente-t-il pas les tortures infinies de nos douleurs dont nous pouvons faire oeuvre de poésie, parce qu’elles sont toutes dissemblables?”

En ce moment le général d’Aiglemont entra.

Le ministère est changé, dit-il. Votre oncle fait partie du nouveau cabinet. Ainsi, vous avez de bien belles chances pour être ambassadeur, Vandenesse.”

Pour moi, je ne connais maintenant rien de plus horrible qu’une pensée de vieillard sur un front d’enfant le blasphème aux lèvres d’une vierge est moins monstrueux encore. Aussi l’attitude presque stupide de cette fille déjà pensive, la rareté de ses gestes, tout m’intéressa-t-il. Je l’examinai curieusement. Par une fantaisie naturelle aux observateurs, je la comparais à son frère, en cherchant à surprendre les rapports et les différences qui se trouvaient entre eux. La première avait des cheveux bruns, des yeux noirs et une puissance précoce qui formaient une riche opposition avec la blonde chevelure, les yeux vert de mer et la gracieuse faiblesse du plus jeune. L’aînée pouvait avoir environ sept à huit ans, l’autre six à peine. Ils étaient habillés de la même manière.”

Le beau jeune homme, blond comme lui, le faisait danser dans ses bras, et l’embrassait en lui prodiguant ces petits mots sans suite et détournés de leur sens véritable que nous adressons amicalement aux enfants. La mère souriait à ces jeux, et, de temps à autre, disait, sans doute à voix basse, des paroles sorties du coeur; car son compagnon s’arrêtait, tout heureux, et la regardait d’un oeil bleu plein de feu, plein d’idolâtrie. Leurs voix mêlées à celle de l’enfant avaient je ne sais quoi de caressant. Ils

étaient charmants tous trois. Cette scène délicieuse, au milieu de ce magnifique paysage, y répandait une incroyable suavité. Une femme, belle, blanche, rieuse, un enfant d’amour, un homme ravissant de jeunesse, un ciel pur, enfin toutes les harmonies de la nature s’accordaient pour réjouir l’âme. Je me surpris à sourire, comme si ce bonheur était le mien.”

En voyant son frère sur le penchant du talus, Hélène lui lança le plus horrible regard qui jamais ait allumé les yeux d’un enfant, et le poussa par un mouvement de rage. Charles glissa sur le versant rapide, y rencontra des racines qui le rejetèrent violemment sur les pierres coupantes du mur; il s’y fracassa le front; puis, tout sanglant, alla tomber dans les eaux boueuses de la rivière.” “L’eau noire bouillonnait sur un espace immense. Le lit de la Bièvre a, dans cet endroit, dix pieds de boue. L’enfant devait y mourir, il était impossible de le secourir. À cette heure, un dimanche, tout était en repos. La Bièvre n’a ni bateaux ni pêcheurs. Je ne vis ni perches pour sonder le ruisseau puant, ni personne dans le lointain. Pourquoi donc aurais-je parlé de ce sinistre accident, ou dit le secret de ce malheur? Hélène avait peut-être vengé són père. Sa jalousie était sans doute le glaive [épée] de Dieu.”

L’enfance a le front transparent, le teint diaphane; et le mensonge est, chez elle, comme une lumière qui lui rougit même le regard.”

Le père était parti sans attendre le dessert, tant sa fille et son fils l’avaient tourmenté pour arriver au spectacle avant le lever du rideau.”

O Vale da Torrente

Foi d’homme d’honneur, dit le notaire, les auteurs de nos jours sont à moitié fous! La

Vallée du torrent! Pourquoi pas le Torrent de la vallée? il est possible qu’une vallée n’ait pas de torrent, et en disant le Torrent de la vallée, les auteurs auraient accusé quelque chose de net, de précis, de caractérisé, de compréhensible. Mais laissons cela. Maintenant comment peut-il se rencontrer un drame dans un torrent et dans une vallée? Vous me répondrez qu’aujourd’hui le principal attrait de ces sortes de spectacles gît dans les décorations, et ce titre en indique de fort belles. Vous êtes-vous bien amusé, mon petit compère? ajouta-t-il en s’asseyant devant l’enfant.

Au moment où le notaire demanda quel drame pouvait se rencontrer au fond d’un torrent, la fille de la marquise se retourna lentement et pleura. La mère était si violemment contrariée qu’elle n’aperçut pas le mouvement de sa fille.”

Il y avait dans la pièce un petit garçon bien gentil qu’était seul au monde, parce que son papa n’avait pas pu être son père. Voilà que, quand il arrive en haut du pont qui est sur le torrent, un grand vilain barbu, vêtu tout en noir, le jette dans l’eau. Hélène s’est mise alors à pleurer, à sangloter; toute la salle a crié après nous, et mon père nous a bien vite, bien vite emmenés…

Monsieur de Vandenesse et la marquise restèrent tous deux stupéfaits, et comme saisis par un mal qui leur ôta la force de penser et d’agir.

Gustave, taisez-vous donc, cria le général. Je vous ai défendu de parler sur ce qui s’est passé au spectacle, et vous oubliez déjà mês recommandations.”

Assez, Hélène, lui dit-elle, allez sécher vos larmes dans le boudoir.

Qu’a-t-elle donc fait, cette pauvre petite? dit le notaire, qui voulut calmer à la fois la colère de la mère et les pleurs de la fille. Elle est si jolie que ce doit être la plus sage créature du monde; je suis bien sûr, madame, qu’elle ne vous donne que des jouissances; pas vrai, ma petite?

Hélène regarda sa mère en tremblant, essuya ses larmes, tâcha de se composer un visage calme, et s’enfuit dans le boudoir.

Et certes, disait le notaire en continuant toujours, madame, vous êtes trop bonne mère pour ne pas aimer également tous vos enfants. Vous êtes d’ailleurs trop vertueuse pour avoir de ces tristes préférences dont les funestes effets se révèlent plus particulièrement à nous autres notaires. La société nous passe par les mains. Aussi en voyons-nous les passions sous leur forme la plus hideuse, l’intérêt. Ici, une mère veut déshériter les enfants de son mari au profit des enfants qu’elle leur préfère; tandis que, de son côté, le mari veut quelquefois réserver as fortune à l’enfant qui a mérité la haine de la mère. Et c’est alors des combats, des craintes, des actes, des contre-lettres, des ventes simulées, des fidéicommis; enfin, un gâchis pitoyable, ma parole d’honneur, pitoyable! Là, des pères passent leur vie à déshériter leurs enfants em volant le bien de leurs femmes… Oui, volant est le mot. Nous parlions de drame, ah! je vous assure que si nous pouvions dire le secret de certaines donations, nos auteurs pourraient en faire de terribles tragédies bourgeoises. Je ne sais pas de quel pouvoir usent les femmes pour faire ce qu’elles veulent: car, malgré les apparences et leur faiblesse, c’est toujours elles qui l’emportent. Ah! par exemple, elles ne m’attrapent pas, moi. Je devine toujours la raison de ces prédilections que dans le monde on qualifie poliment d’indéfinissables! Mais les maris ne la devinent jamais, c’est une justice à leur rendre. Vous me répondrez à cela qu’il y a des grâces d’ét…–

Un ancien officier d’ordonnance de Napoléon, que nous appellerons seulement le marquis ou le général, et qui sous la restauration fit une haute fortune, était venu passer les beaux jours à Versailles, où il habitait une maison de campagne située entre l’église et la barrière de Montreuil, sur le chemin qui conduit à l’avenue de Saint-Cloud. Son service à la cour ne lui permettait pas de s’éloigner de Paris.”

Il contemplait le plus petit de ses enfants, un garçon à peine âgé de cinq ans, qui, demi-nu, se refusait à se laisser déshabiller par sa mère.” “La petite Moïna, son aînée de deux ans, provoquait par des agaceries déjà féminines d’interminables rires, qui partaient comme des fusées et semblaient ne pas avoir de cause”

Âgée d’environ trente-six ans, elle conservait encore une beauté due à la rare perfection des lignes de son visage, auquel la chaleur, la lumière et le bonheur prêtaient en ce moment un éclat surnaturel.”

N’y a-t-il pas toujours un peu d’amour pour l’enfance chez les soldats qui ont assez expérimenté les malheurs de la vie pour avoir su reconnaître les misères de la force et les privilèges de la faiblesse? Plus loin, devant une table ronde éclairée par des lampes astrales dont les vives lumières luttaient avec les lueurs pâles des bougies placées sur la cheminée, était un jeune garçon de treize ans qui tournait rapidement les pages d’un gros livre. (…) Il restait immobile, dans une attitude méditative, un coude sur la table et la tête appuyée sur l’une de ses mains, dont les doigts blancs tranchaient au moyen d’une chevelure brune.” “Entre cette table et la marquise, une grande et belle jeune fille travaillait, assise devant un métier à tapisserie sur lequel se penchait et d’où s’éloignait alternativement sa tête, dont les cheveux d’ébène artistement lissés réfléchissaient la lumière. À elle seule Hélène était un spectacle.” “Les deux aînés étaient en ce moment complètement oubliés par le mari et par la femme.”

La vie conjugale est pleine de ces heures sacrées dont le charme indéfinissable est dû peut-être à quelque souvenance d’un monde meilleur. Des rayons célestes jaillissent sans doute sur ces sortes de scènes, destinées à payer à l’homme une partie de ses chagrins, à lui faire accepter l’existence. Il semble que l’univers soit là, devant nous, sous une forme enchanteresse, qu’il déroule ses grandes idées d’ordre, que la vie sociale plaide pour ses lois en parlant de l’avenir.

          Cependant, malgré le regard d’attendrissement jeté par Hélène sur Abel et Moïna quand éclatait une de leurs joies; malgré le bonheur peint sur sa lucide figure lorsqu’elle contemplait furtivement son père, un sentiment de profonde mélancolie était empreint dans ses gestes, dans son attitude, et surtout dans ses yeux voilés par de longues paupières.” “Ces deux femmes se comprirent alors par un regard terne, froid, respectueux chez Hélène, sombre et menaçant chez la mère. Hélène baissa promptement sa vue sur le métier, tira l’aiguille avec prestesse, et de longtemps ne releva sa tête, qui semblait lui être devenue trop lourde à porter. La mère était-elle trop sévère pour sa fille, et jugeait-elle cette sévérité nécessaire? Était-elle jalouse de la beauté d’Hélène, avec qui elle pouvait rivaliser encore, mais en déployant tous les prestiges de la toilette? Ou la fille avait-elle surpris, comme beaucoup de filles quand elles deviennent clairvoyantes, des secrets que cette femme, en apparence si religieusement fidèle à ses devoirs, croyait avoir ensevelis dans son coeur aussi profondément que dans une tombe?”

Dans certains esprits, les fautes prennent les proportions du crime; l’imagination réagit alors sur la conscience; souvent alors les jeunes filles exagèrent la punition en raison de l’étendue qu’elles donnent aux forfaits. Hélène paraissait ne se croire digne de personne. Un secret de sa vie antérieure, un accident peut-être, incompris d’abord, mais développé par les susceptibilités de son intelligence sur laquelle influaient les idées religieuses, semblait l’avoir depuis peu comme dégradée romanesquement à ses propres yeux. Ce changement dans sa conduite avait commencé le jour où elle avait lu, dans la récente traduction des théâtres étrangers, la belle tragédie de Guillaume Tell, par Schiller.” “Devenue humble, pieuse et recueillie, Hélène ne souhaitait plus d’aller au bal. Jamais elle n’avait été si caressante pour son père, surtout quand la marquise n’était pas témoin de ses cajoleries de jeune fille. Néanmoins, s’il existait du refroidissement dans l’affection d’Hélène pour sa mère, il était si finement exprimé, que le général ne devait pas s’en apercevoir, quelque jaloux qu’il pût être de l’union qui régnait dans sa famille. Nul homme n’aurait eu l’oeil assez perspicace pour sonder la profondeur de ces deux coeurs féminins: l’un jeune et généreux, l’autre sensible et fier; le premier, trésor d’indulgence; le second, plein de finesse et d’amour. Si la mère contristait sa fille par un adroit despotisme de femme, il n’était sensible qu’aux yeux de la victime. Au reste, l’événement seulement fit naître ces conjectures toutes insolubles. Jusqu’à cette nuit, aucune lumière accusatrice ne s’était échappée de ces deux âmes; mais entre elles et Dieu certainement il s’élevait quelque sinistre mystère.

Gustave, ajouta-t-il en se tournant vers son fils, je ne t’ai donné ce livre qu’à la condition de le quitter à dix heures; tu aurais dû le fermer toi-même à l’heure dite et t’aller coucher comme tu me l’avais promis. Si tu veux être un homme remarquable, il faut faire de ta parole une seconde religion, et y tenir comme à ton honneur. Fox, un des plus grands orateurs de l’Angleterre, était surtout remarquable par la beauté de son caractère. La fidélité aux engagements pris est la principale de ses qualités.”

(…) Je ne reconnais à personne le droit de me plaindre, de m’absoudre ou de me condamner. Je dois vivre seul. Allez, mon enfant, ajouta-t-il avec un geste de souverain, je reconnaîtrais mal le service que me rend le maître de cette maison, si je laissais une seule des personnes qui l’habitent respirer le même air que moi. Il faut me soumettre aux lois du monde.

Cette dernière phrase fut prononcée à voir basse. En achevant d’embrasser par sa profonde intuition les misères que réveilla cette idée mélancolique, il jeta sur Hélène un regard de serpent, et remua dans le coeur de cette singulière jeune fille un monde de pensées encore endormi chez elle. Ce fut comme une lumière qui lui aurait éclairé des pays inconnus. Son âme fut terrassée, subjuguée, sans qu’elle trouvât la force de se défendre contre le pouvoir magnétique de ce regard, quelque involontairement lancé qu’il fût.

Honteuse et tremblante, elle sortit et ne revint au salon qu’un instant avant le retour de son père, en sorte qu’elle ne put rien dire à sa mère.

Le marquis et sa fille, certains d’avoir enfermé l’assassin de monsieur de Mauny, attribuèrent ces mouvements à une des femmes, et ne furent pas étonnés d’entendre

ouvrir les portes de la pièce qui précédait le salon. Tout à coup le meurtrier apparut au milieu d’eux. La stupeur dans laquelle le marquis était plongé, la vive curiosité de la mère et l’étonnement de la fille lui ayant permis d’avancer presque au milieu du salon, il dit au général d’une voix singulièrement calme et mélodieuse: – Monseigneur, les deux heures vont expirer.”

Au mot d’assassin, la marquise jeta un cri. Quant à Hélène, ce mot sembla décider de sa vie, son visage n’accusa pas le moindre étonnement. Elle semblait avoir attendu cet homme. Ses pensées si vastes eurent un sens. La punition que le ciel réservait à ses fautes éclatait. Se croyant aussi criminelle que l’était cet homme, la jeune fille le regarda d’un oeil serein : elle était sa compagne, sa soeur. Pour elle, un commandement de Dieu se manifestait dans cette circonstance. Quelques années plus tard, la raison aurait fait justice de ses remords ; mais en ce moment ils la rendaient insensée. L’étranger resta immobile et froid. Un sourire de dédain se peignit dans ses traits et sur ses larges lèvres rouges.”

Ah ! ma fille?… dit la marquise à voix basse mais de manière à ce que son mari l’entendît. Hélène, vous mentez à tous les principes d’honneur, de modestie, de vertu, que j’ai tâché de développer dans votre coeur. Si vous n’avez été que mensonge jusqu’à cette heure fatale, alors vous n’êtes point regrettable. Est-ce la perfection morale de cet inconnu qui vous tente? serait-ce l’espèce de puissance nécessaire aux gens qui commettent un crime?… Je vous estime trop pour supposer…

Oh! supposez tout, madame, répondit Hélène d’un ton froid.

(…) Voyons, es-tu jalouse de notre affection pour tes frères ou ta jeune soeur? As-tu dans l’âme un chagrin d’amour? Es-tu malheureuse ici? Parle? explique-moi les raisons qui te poussent à laisser ta famille, à l’abandonner, à la priver de son plus grand charme, à quitter ta mère, tes frères, ta petite soeur.

Mon père, répondit-elle, je ne suis ni jalouse ni amoureuse de personne, pas même de votre ami le diplomate, monsieur de Vandenesse.”

Savons-nous jamais, dit-elle en continuant, à quel être nous lions nos destinées? Moi, je crois en cet homme.

Enfant, dit le général en élevant la voix, tu ne songes pas à toutes les souffrances qui vont t’assaillir.

Je pense aux siennes…

Quelle vie! dit le père.

Une vie de femme, répondit la fille en murmurant.

Vous êtes bien savante, s’écria la marquise en retrouvant la parole.

Madame, les demandes me dictent les réponses ; mais, si vous le désirez, je parlerai plus clairement.

Dites tout, ma fille, je suis mère. Ici la fille regarda la mère, et ce regard fit faire une pause à la marquise.

Soit! mon père, répondit-elle avec un calme désespérant, j’y mourrai. Vous n’êtes comptable de ma vie et de son âme qu’à Dieu.

Que seja, papai!, respondeu Helèna, com uma calma que soava desesperante para seus pais: eu definharei. Você não é responsável por minha vida nem pela alma dele senão perante o Senhor.

L’hospitalité que je vous ai donnée me coûte cher, s’écria le général en se levant. Vous n’avez tué, tout à l’heure, qu’un vieillard; ici, vous assassinez toute une famille. Quoi qu’il arrive, il y aura du malheur dans cette maison.

Et si votre fille est heureuse? demanda le meurtrier en regardant fixement le militaire.

Vous qu’un meurtrier n’épouvante pas, ange de miséricorde, dit-il, venez, puisque vous persistez à me confier votre destinée.

Par où vont-ils? s’écria le général en écoutant les pas des deux fugitifs. – Madame, reprit-il en s’adressant à sa femme, je crois rêver: cette aventure me cache un mystère. Vous devez le savoir.

La marquise frissonna.

À sept heures du matin, les recherches de la gendarmerie, du général, de ses gens et des voisins avaient été inutiles. Le chien n’était pas revenu. Harassé de fatigue, et déjà vieilli par le chagrin, le marquis rentra dans son salon, désert pour lui, quoique ses trois autres enfants y fussent.”

* * *

La terrible nuit de Noël, pendant laquelle le marquis et sa femme eurent le malheur de perdre leur fille aînée sans avoir pu s’opposer à l’étrange domination exercée par son ravisseur involontaire, fut comme un avis que leur donna la fortune. La faillite d’un agent de change ruina le marquis. Il hypothéqua les biens de sa femme pour tenter une spéculation dont les bénéfices devaient restituer à sa famille toute sa première fortune; mais cette entreprise acheva de le ruiner. Poussé par son désespoir à tout tenter, le général s’expatria. Six ans s’étaient écoulés depuis son départ. Quoique sa famille eût rarement reçu de ses nouvelles, quelques jours avant la reconnaissance de l’indépendance des républiques américaines par l’Espagne, il avait annoncé son retour.”

Un beau jour, un vent frais, la vue de la patrie, une mer tranquille, un bruissement mélancolique, un joli brick solitaire, glissant sur l’océan comme une femme qui vole à un rendez-vous, c’était un tableau plein d’harmonies, une scène d’où l’âme humaine pouvait embrasser d’immuables espaces, en partant d’un point où tout était mouvement. Il y avait une étonnante opposition de solitude et de vie, de silence et de bruit, sans qu’on pût savoir où était le bruit et la vie, le néant et le silence; aussi pas une voix humaine ne rompait-elle ce charme céleste. Le capitaine espagnol, ses matelots, les Français restaient assis ou debout, tous plongés dans une extase religieuse pleine de souvenirs.” “Cependant, de temps en temps, le vieux passager, appuyé sur le bastingage, regardait l’horizon avec une sorte d’inquiétude. Il y avait une défiance du sort écrite dans tous ses traits, et il semblait craindre de ne jamais toucher assez vite la terre de France. Cet homme était le marquis. La fortune n’avait pas été sourde aux cris et aux efforts de son désespoir. Après 5 ans de tentatives et de travaux pénibles, il s’était vu possesseur d’une fortune considérable. Dans son impatience de revoir son pays et d’apporter le bonheur à sa famille, il avait suivi l’exemple de quelques négociants français de la Havane, en s’embarquant avec eux sur un vaisseau espagnol en charge pour Bordeaux. Néanmoins son imagination, lassée de prévoir le mal, lui traçait les images les plus délicieuses de son bonheur passé. En voyant de loin la ligne brune décrite par la terre, il croyait contempler sa femme et ses enfants. Il était à sa place, au foyer, et s’y sentait pressé, caressé. Il se figurait Moïna, belle, grandie, imposante comme une jeune fille. Quand ce tableau fantastique eut pris une sorte de réalité, des larmes roulèrent dans ses yeux; alors, comme pour cacher son trouble, il regarda l’horizon humide, opposé à la ligne brumeuse qui annonçait la terre.

C’est lui, dit-il, il nous suit.

Qu’est-ce? s’écria le capitaine espagnol.

Un vaisseau, reprit à voix basse le général.

Je l’ai déjà vu hier, répondit le capitaine Gomez. Il contempla le Français comme pour l’interroger. – Il nous a toujours donné la chasse, dit-il alors à l’oreille du général.

Et je ne sais pas pourquoi il ne nous a jamais rejoints, reprit le vieux militaire, car il est meilleur voilier que votre damné Saint-Ferdinand.

Il aura eu des avaries, une voie d’eau.

Il nous gagne, s’écria le Français.

C’est un corsaire colombien, lui dit à l’oreille le capitaine. Nous sommes encore à 6 lieues de terre, et le vent faiblit.

Il ne marche pas, il vole, comme s’il savait que dans 2 heures sa proie lui aura échappé. Quelle hardiesse!

Lui? s’écria le capitaine. Ah! il ne s’appelle pas l’Othello sans raison. Il a dernièrement coulé bas une frégate espagnole, et n’a cependant pas plus de 30 canons! Je n’avais peur que de lui, car je n’ignorais pas qu’il croisait dans les Antilles… – Ah! ah! reprit-il après une pause pendant laquelle il regarda les voiles de son vaisseau, le vent s’élève, nous arriverons. Il le faut, le Parisien serait impitoyable.

Lui aussi arrive! répondit le marquis.”

Pourquoi vous désoler? reprit le général. Tous vos passagers sont Français, ils ont frété votre bâtiment. Ce corsaire est un Parisien, dites=vous; hé bien, hissez pavillon blanc, et…

Et il nous coulera, répondit le capitaine. N’est-il pas, suivant les circonstances, tout ce qu’il faut être quand il veut s’emparer d’une riche proie?

Ah! si c’est un pirate!

Pirate! dit le matelot d’un air farouche. Ah! il est toujours en règle, ou sait s’y mettre.

Le Saint-Ferdinand portait en piastres 4 millions, qui composaient la fortune de 5 passagers, et celle du général était de 1,1 million francs. Enfin l’Othello, qui se trouvait alors à 10 portées de fusil, montra distinctement les gueules menaçantes de 12 canons prêts à faire feu.”

Il avait sur la tête, pour se garantir du soleil, un chapeau de feutre à grands bords, dont l’ombre lui cachait le visage.”

Le général se croyait sous la puissance d’un songe, quand il se trouva les mains liées et jeté sur un ballot comme s’il eût été lui-même une marchandise. Une conférence avait lieu entre le corsaire, son lieutenant et l’un des matelots qui paraissait remplir les fonctions de contremaître. Quand la discussion, qui dura peu, fut terminée, le matelot

siffla ses hommes, sur un ordre qu’il leur donna, ils sautèrent tous sur le Saint-Ferdinand, grimpèrent dans les cordages, et se mirent à le dépouiller de ses vergues, de ses voiles, de ses agrès, avec autant de prestesse qu’un soldat déshabille sur le champ de bataille un camarade mort dont les souliers et la capote étaient l’objet de sa convoitise.”

Les corsaires regardaient avec une curiosité malicieuse les différentes manières dont ces hommes tombaient, leurs grimaces, leur dernière torture; mais leurs visages ne trahissaient ni moquerie, ni étonnement, ni pitié. C’était pour eux un événement tout simple, auquel ils semblaient accoutumés.”

Ah! brigands, vous ne jetterez pas à l’eau comme une huître un ancien troupier de Napoléon.

En ce moment le général rencontra l’oeil fauve du ravisseur de sa fille. Le père et le gendre se reconnurent tout à coup.”

C’est le père d’Hélène, dit le capitaine d’une voix claire et ferme. Malheur à qui ne le respecterait pas!

Enfin Hélène semblait être la reine d’un grand empire au milieu du boudoir dans lequel son amant couronné aurait rassemblé les choses les plus élégantes de la terre.”

Écoutez, mon père, répondit-elle, j’ai pour amant, pour époux, pour serviteur, pour maître, un homme dont l’âme est aussi vaste que cette mer sans bornes, aussi fertile en douceur que le ciel, un dieu enfin! Depuis sept ans, jamais il ne lui est échappé une parole, un sentiment, un geste, qui pussent produire une dissonance avec la divine harmonie de ses discours, de ses caresses et de son amour. Il m’a toujours regardée en ayant sur les lèvres un sourire ami et dans les yeux un rayon de joie. Là-haut sa voix tonnante domine souvent les hurlements de la tempête ou le tumulte des combats; mais ici elle est douce et mélodieuse comme la musique de Rossini, dont les oeuvres m’arrivent. Tout ce que le caprice d’une femme peut inventer, je l’obtiens. Mes désirs sont même parfois surpassés. Enfin je règne sur la mer, et j’y suis obéie comme peut l’être une souveraine. – Oh! heureuse! reprit-elle en s’interrompant elle-même, heureuse n’est pas un mot qui puisse exprimer mon bonheur. J’ai la part de toutes les femmes! Sentir un amour, un dévouement immense pour celui qu’on aime, et rencontrer dans son coeur, à lui, un sentiment infini où l’âme d’une femme se perd, et toujours! dites, est-ce un bonheur? j’ai déjà dévoré mille existences. Ici je suis seule, ici je commande. Jamais une créature de mon sexe n’a mis le pied sur ce noble vaisseau, où Victor est toujours à quelques pas de moi. – Il ne peut pas aller plus loin de moi que de la poupe à la proue, reprit-elle avec une fine expression de malice. Sept ans! un amour qui résiste pendant sept ans à cette perpétuelle joie, à cette épreuve de tous les instants, est-ce l’amour? Non! oh! non, c’est mieux que tout ce que je connais de la vie… le langage humain manque pour exprimer un bonheur céleste.

Un torrent de larmes s’échappa de ses yeux enflammés. Les quatre enfants jetèrent alors un cri plaintif, accoururent à elle comme des poussins à leur mère, et l’aîné frappa le général en le regardant d’un air menaçant.

Abel, dit-elle, mon ange, je pleure de joie.

(…)

Tu ne t’ennuies pas? s’écria le général étourdi par la réponse exaltée de sa fille.

Si, répondit-elle, à terre quand nous y allons; et encore ne quitté-je jamais mon mari.

Mais tu aimais les fêtes, les bals, la musique!

La musique, c’est sa voix; mes fêtes, c’est les parures que j’invente pour lui. Quand une toilette lui plaît, n’est-ce pas comme si la terre entière m’admirait! Voilà seulement pourquoi je ne jette pas à la mer ces diamants, ces colliers, ces diadèmes de pierreries, ces richesses, ces fleurs, ces chefs-d’oeuvre des arts qu’il me prodigue en me disant: – Hélène, puisque tu ne vas pas dans le monde, je veux que le monde vienne à toi.

Mais sur ce bord il y a des hommes, des hommes audacieux, terribles, dont les passions…

Je vous comprends, mon père, dit-elle em souriant. Rassurez-vous. Jamais impératrice n’a été environnée de plus d’égards que l’on ne m’en prodigue. Ces gens-là sont superstitieux, ils croient que je suis le génie tutélaire de ce vaisseau, de leurs entreprises, de leurs succès. Mais c’est lui qui est leur dieu! Un jour, une seule fois, un matelot me manqua de respect… em paroles, ajouta-t-elle en riant. Avant que Victor eût pu l’apprendre, les gens de l’équipage le lancèrent à la mer malgré le pardon que je lui accordais. Ils m’aiment comme leur bon ange, je les soigne dans leurs maladies, et j’ai eu le bonheur d’en sauver quelques-uns de la mort em les veillant avec une persévérance de femme. Ces pauvres gens sont à la fois des géants et des enfants.

(…)

Et tes enfants?

Ils sont fils de l’Océan et du danger, ils partagent la vie de leurs parents… Notre existence est une, et ne se scinde pas. Nous vivons tous de la même vie, tous inscrits sur la même page, portés par le même esquif, nous le savons.

Le vieux militaire sentit toutes ces choses, et comprit aussi que sa fille n’abandonnerait jamais une vie si large, si féconde en contrastes, remplie par un amour si vrai; puis, si elle avait une fois goûté le péril sans en être effrayée, elle ne pouvait plus revenir aux petites scènes d’un monde mesquin et borné.”

Général, dit le corsaire d’une voix profonde, je me suis fait une loi de ne jamais rien distraire du butin. Mais il est hors de doute que ma part sera plus considérable que ne l’était votre fortune. Permettez-moi de vous la restituer en autre monnaie…

Il prit dans le tiroir du piano une masse de billets de banque, ne compta pas les paquets, et présenta un million au marquis.”

Or, à moins que vous ne soyez séduit par les dangers de notre vie bohémienne, par les scènes de l’Amérique méridionale, par nos nuits des tropiques, par nos batailles, et par le plaisir de faire triompher le pavillon d’une jeune nation, ou le nom de Simon Bolivar, il faut nous quitter… Une chaloupe et des hommes dévoués vous attendent. Espérons une troisième rencontre plus complètement heureuse…

Victor, je voudrais voir mon père encore un moment, dit Hélène d’un ton boudeur.”

Hélène, reprit le vieillard en la regardant avec attention, ne dois-je plus te revoir? Ne saurai-je donc jamais à quel motif ta fuite est due?

Ce secret ne m’appartient pas, dit-elle d’un ton grave. J’aurais le droit de vous l’apprendre, peut-être ne vous le dirais-je pas encore. J’ai souffert pendant dix ans des maux inouïs…

Soyez toujours heureux! s’écria le grandpère en s’élançant sur le tillac.

L’Othello était loin; la chaloupe s’approchait de terre; le nuage s’interposa entre cette frêle embarcation et le brick. La dernière fois que le général aperçut sa fille, ce fut à travers une crevasse de cette fumée ondoyante. Vision prophétique! Le mouchoir blanc, la robe se détachaient seuls sur ce fond de bistre. Entre l’eau verte et le ciel bleu, le brick ne se voyait même pas. Hélène n’était plus qu’un point imperceptible, une ligne déliée, gracieuse, un ange dans le ciel, une idée, un souvenir.”

* * *

Et aussitôt la marquise monta chez l’inconnue sans penser au mal que sa vue pouvait faire à cette femme dans un moment où on la disait mourante, car elle était encore en deuil. La marquise pâlit à l’aspect de la mourante. Malgré les horribles souffrances qui avaient altéré la belle physionomie d’Hélène, elle reconnut sa fille aînée. À l’aspect d’une femme vêtue de noir, Hélène se dressa sur son séant, jeta un cri de terreur, et retomba lentement sur son lit, lorsque, dans cette femme, elle retrouva sa mère.

Ma fille! dit madame d’Aiglemont, que vous faut-il? Pauline!… Moïna!…

elle oublia qu’Hélène était un enfant conçu jadis dans les larmes et le désespoir, l’enfant du devoir, un enfant qui avait été cause de ses plus grands malheurs; elle s’avança doucement vers sa fille aînée, en se souvenant seulement qu’Hélène la première lui avait fait connaître les plaisirs de la maternité. Les yeux de la mère étaient pleins de larmes; et, em embrassant sa fille, elle s’écria: – Hélène! ma fille…”

Exaspérée par le malheur, la veuve du marin, qui venait d’échapper à un naufrage en ne sauvant de toute sa belle famille qu’un enfant, dit d’une voix horrible à sa mère: – Tout ceci est votre ouvrage! si vous eussiez été pour moi ce que…”

Tout est inutile, reprit Hélène. Ah! pourquoi ne suis-je pas morte à seize ans, quand je voulais me tuer! Le bonheur ne se trouve jamais en dehors des lois…

* * *

LA FEMME DE SOIXANTE ANS (Epílogo)

La vieille dame si matinale était la marquise d’Aiglemont, mère de madame de Saint-Héreen, à qui ce bel hôtel appartenait. La marquise s’en était privée pour sa fille, à qui elle avait donné toute sa fortune, en ne se réservant qu’une pension viagère. La comtesse Moïna de Saint-Héreen était le dernier enfant de madame d’Aiglemont. Pour lui faire épouser l’héritier d’une des plus illustres maisons de France, la marquise avait tout sacrifié. Rien n’était plus naturel: elle avait successivement perdu deux fils; l’un, Gustave marquis d’Aiglemont, était mort du choléra; l’autre, Abel, avait succombé devant Constantinople. Gustave laissa des enfants et une veuve. Mais l’affection assez tiède que madame d’Aiglemont avait portée à ses deux fils s’était encore affaiblie en passant à ses petitsenfants. Elle se comportait poliment avec madame d’Aiglemont la jeune: mais elle s’en tenait au sentiment superficiel que le bon goût et les convenances nous prescrivent de témoigner à nos proches. La fortune de ses enfants morts ayant été parfaitement réglée, elle avait réservé pour sa chère Moïna ses économies et ses biens propres. Moïna, belle et ravissante depuis son enfance, avait toujours été pour madame d’Aiglemont l’objet d’une de ces prédilections innées ou involontaires chez les mères de famille; fatales sympathies qui semblent inexplicables, ou que les observateurs savent trop bien expliquer. La charmante figure de Moïna, le son de voix de cette fille chérie, ses manières, sa démarche, sa physionomie, ses gestes, tout en elle réveillait chez la marquise les émotions les plus profondes qui puissent animer, troubler ou charmer le coeur d’une mère. Le principe de sa vie présente, de sa vie du lendemain, de sa vie passée, était dans le coeur de cette jeune femme, où elle avait jeté tous ses trésors. Moïna avait heureusement survécu à 4 enfants, ses aînés. Madame d’Aiglemont avait en effet perdu, de la manière la plus malheureuse, disaient les gens du monde, une fille charmante dont la destinée était presque inconnue, et un petit garçon, enlevé à cinq ans par une horrible catastrophe [pas Gustave?].

Le monde aurait pu demander à la marquise un compte sévère de cette insouciance et de cette prédilection; mais le monde de Paris est entraîné par un tel torrent d’événements, de modes, d’idées nouvelles, que toute la vie de madame d’Aiglemont devait y être en quelque sorte oubliée. Personne ne songeait à lui faire un crime d’une froideur, d’un oubli qui n’intéressait personne, tandis que sa vive tendresse pour Moïna intéressait beaucoup de gens, et avait toute la sainteté d’un préjugé.”

que ne pardonne-t-on pas aux vieillards lorsqu’ils s’effacent comme des ombres et ne veulent plus être qu’un souvenir?”

Enfin, peut-être ne doit-on jamais prononcer qui a tort ou raison de l’enfant ou de la mère. Entre ces deux coeurs, il n’y a qu’un seul juge possible. Ce juge est Dieu! Dieu qui, souvent, assied sa vengeance au sein des familles, et se sert éternellement des enfants contre les mères, des pères contre les fils, des peuples contre les rois, des princes contre les nations, de tout contre tout; remplaçant dans le monde moral les sentiments par les sentiments comme les jeunes feuilles poussent les vieilles au printemps; agissant en vue d’un ordre immuable, d’un but à lui seul connu. Sans doute, chaque chose va dans son sein, ou, mieux encore, elle y retourne.”

Elle était un de ces types qui, entre mille physionomies dédaignées parce qu’elles sont sans caractère, vous arrêtent un moment, vous font penser (…) Le visage glacé de madame d’Aiglemont était une de ces poésies terribles, une de ces faces répandues par milliers dans la divine Comédie de Dante Alighieri.”

La figure d’une jeune femme a le calme, le poli, la fraîcheur de la surface d’un lac. La physionomie des femmes ne commence qu’à trente ans.”

une tête de vieille femme n’appartient plus alors ni au monde qui, frivole, est effrayé d’y apercevoir la destruction de toutes les idées d’élégance auxquelles il est habitué ni aux artistes vulgaires qui n’y découvrent rien; mais aux vrais poètes, à ceux qui ont le sentiment d’un beau indépendant de toutes les conventions sur lesquelles reposent tant de préjugés en fait d’art et de beauté.”

Les peintres ont des couleurs pour ces portraits, mais les idées et les paroles sont impuissantes pour les traduire fidèlement”

Ces souffrances sans cesse refoulées avaient produit à la longue je ne sais quoi de morbide en cette femme. Sans doute quelques émotions trop violentes avaient physiquement altéré ce coeur maternel, et quelque maladie, un anévrisme peut-être, menaçait lentement cette femme à son insu. Les peines vraies sont en apparence si tranquilles dans le lit profond qu’elles se sont fait, où elles semblent dormir, mais où elles continuent à corroder l’âme comme cet épouvantable acide qui perce le cristal! En ce moment deux larmes sillonnèrent les joues de la marquise, et elle se leva comme si quelque réflexion plus poignante que toutes les autres l’eût vivement blessée. Elle avait sans doute jugé l’avenir de Moïna. Or, en prévoyant les douleurs qui attendaient sa fille, tous les malheurs de as propre vie lui étaient retombés sur le coeur.

          La situation de cette mère sera comprise em expliquant celle de sa fille.”

Elle savait d’avance que Moïna n’écouterait aucun de ses sages avertissements; elle n’avait aucun pouvoir sur cette âme, de fer pour elle et toute moelleuse pour les autres. Sa tendresse l’eût portée à s’intéresser aux malheurs d’une passion justifiée par les nobles qualités du séducteur, mais sa fille suivait un mouvement de coquetterie; et la marquise méprisait le comte Alfred de Vandenesse, sachant qu’il était homme à considérer sa lutte avec Moïna comme une partie d’échecs.” “le marquis de Vandenesse, père d’Alfred”

Le sentiment maternel est si large dans les coeurs aimants qu’avant d’arriver à l’indifférence une mère doit mourir ou s’appuyer sur quelque grande puissance, la religion ou l’amour.”

Ce sourire prouvait à cette jeune parricide que le coeur d’une mère est un abîme au fond duquel se trouve toujours un pardon.”

14 anos investidos no livro

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PARMÊNIDES OU DAS IDÉIAS

Tradução de trechos de “PLATÓN. Obras Completas (trad. espanhola do grego por Patricio de Azcárate, 1875), Ed. Epicureum (digital)”.

        Além da tradução ao Português, providenciei notas de rodapé, numeradas, onde achei que devia tentar esclarecer alguns pontos polêmicos ou obscuros demais quando se tratar de leitor não-familiarizado com a obra platônica. Quando a nota for de Azcárate, haverá um (*) antecedendo as aspas.

(*) “No Parmênides, Antifonte [meio-irmão de Platão] narra o diálogo que, por ocasião das Grandes Pan-Atenéias, tiveram Sócrates, ainda bastante jovem, Parmênides, Zenão de Eléia e Aristóteles [não é, obviamente, o discípulo de Platão]. (…) Este é quiçá o diálogo platônico mais desafiante pela dificuldade na sua interpretação [E pela aridez e monotonia lógico-retórica do texto. Até equação matemática de ensino fundamental com regra de três para determinar porcentagens eu me vi fazendo!]. Nele se avent[ur]a uma crítica consistente à própria Doutrina das Idéias de Platão, crítica que não será rebatida por nenhum personagem no diálogo [Trata-se, basicamente, da antítese d’O Sofista, a tradução de Platão imediatamente anterior neste Seclusão, onde o Estrangeiro refuta Parmênides diante do jovem Teeteto, com a participação, a não ser como ouvinte, de Sócrates, já velho, apenas no princípio no diálogo.].”

(*) “O verdadeiramente Único não é o Um absoluto, exclusivo de tudo o que não é o Mesmo, i.e., o Um-Uno. É, antes, o Ser-Único, que é o que está demonstrado nas segunda e terceira suposições. (…) O uno existe por sobre o universo, mas não fica encerrado, como criam os superficiais eleáticos, pela abstração da unidade em si. (…) esta unidade múltipla é o verdadeiro Deus; e esta multiplicidade una é o verdadeiro mundo.”

(*) “Não se deve confundir o Céfalo de Clazomene (na Jônia) que aparece no Parmênides com o Céfalo de Siracusa que figura n’A República.”

“Parmênides era já um senhor de idade, e seus cabelos na cabeça eram quase inteiramente brancos, sem deixar de ser de nobre e belo aspecto, aparentando ter uns 65 anos. Zenão se aproximava dos seus 40; era bem formado e tinha o semblante agradável.”

“SÓCRATES – Vejo com clareza, Parmênides, que entre Zenão e tu não há somente um forte laço de amizade, senão também o da doutrina; porque ele expõe de forma semelhante a ti, mudando apenas os termos aqui e ali, esforçando-se por nos atordoar e persuadindo-nos de sua singularidade. (…) dizendo um que tudo é um, e o outro que nada é múltiplo, aparentais dizer coisas distintas, quando no fundo são as mesmas, e com este artifício credes enganar-nos.”

“ZENÃO – (…) a hipótese da pluralidade é muito mais ridícula que a da unidade, para quem vê com clareza. Meu amor à discussão fez-me escrever esta obra quando eu era mais jovem; mas como ma roubaram, não me coube a mim julgar se devia expô-la ao público, deixá-la correr nas mãos das gentes. Enganas-te, ó Sócrates, atribuindo este livro à ambição dum velho, quando é a obra de um jovem, amigo da discussão.”

“SÓCRATES – Nada disso; acontece que, assim como a luz, permanecendo una e idêntica, está ao mesmo tempo em muitos lugares diferentes, sem estar separada de si mesma, assim também cada idéia está por sua vez em muitas coisas, e nem por isso deixa de ser uma só e mesma idéia.”

“as idéias são como que modelos que existem na natureza em geral; as demais coisas a elas se assemelham, são cópias suas”

“PARMÊNIDES – Por conseguinte, se Deus tem o domínio perfeito e a ciência perfeita, nem seu poder nos dominará nunca, nem sua ciência nos conhecerá jamais, nem a nós, nem as coisas que nos rodeiam; mas assim como nossa posição não nos dá nenhum poder sobre os deuses, e nossa ciência, nenhum conhecimento do que lhes concerne, pela mesma razão não são os deuses nossos donos, nem conhecem as coisas humanas, por mais que sejam deuses.”

“o poeta diz que, apesar de si mesmo, e jé velho, continua a sofrer sob o jugo do amor. Eu igualmente me tremo ao considerar que, velho como sou, terei ainda de cruzar a nado um sem-fim de discussões.”

“PARMÊNIDES – Se o um é um, não será um todo; e não terá partes.

ARISTÓTELES – Sem dúvida.

PARMÊNIDES – Por conseguinte, não tendo o um parte alguma, não terá nenhum princípio, nem fim, nem meio, porque, ora, estes três não seriam mais do que partes.

ARISTÓTELES – De acordo.”

“PARMÊNIDES – O um é ilimitado, e não tem princípio nem fim.

ARISTÓTELES – Ilimitado o um é.

PARMÊNIDES – O um não tem figura, porque nem é reto, nem redondo.”

“PARMÊNIDES – O um não participa de qualquer classe de movimento; é absolutamente imóvel.”

“PARMÊNIDES – Não subsiste nunca no mesmo lugar.”

“não é fixo, não tem nada de estável.

(…)

Logo, o um, ao que parece, não está nem em repouso nem em movimento.”

“Se o Um fosse o mesmo que o Outro, seria esse Outro, e não ele mesmo

(…)

“Portanto, é impossível que o Um seja outro que não o Outro, e o mesmo que ele mesmo.”

“O um não é mais velho nem mais jovem, nem da mesma idade que ele mesmo, ou que outrem.

(…)

Sendo tal a sua natureza, o um não pode estar no tempo; porque o que está no tempo necessariamente se faz sempre mais velho que ele mesmo.”

“PARMÊNIDES – O um não participa, portanto, de maneira alguma do ser.

ARISTÓTELES – É o que parece.

PARMÊNIDES – Quer dizer que o um não existe?

ARISTÓTELES – É o que parece.”

“PARMÊNIDES – Para uma coisa tal, nome não há, nem discurso, nem ciência, nem sucessão, nem opinião.

ARISTÓTELES – Com certeza é isso que decorre.

PARMÊNIDES – Não pode ser nomeada, nem expressa, nem julgada, nem conhecida, nem há um ser que possa senti-la.”

“PARMÊNIDES – (…) não é correto que há um número infinito, que participa do ser?

ARISTÓTELES – Perfeitamente.

PARMÊNIDES – Se todo número participa do ser, cada parte do número dele participa por igual?

ARISTÓTELES – Temo que sim.

PARMÊNIDES – A existência, doravante, está dividida entre todos os seres, e nenhum ser está privado dela, desde o menor até o maior. Mas esta questão não seria irracional? Porque como poderia faltar a existência a algum ser?”

“PARMÊNIDES – Vejamos: alguma destas partes integra a existência, sem que seja considerada, não obstante, propriamente uma parte?

(…)

O Um está, vê-se, em cada uma das partes do Ser, sem que mesmo a menor delas prescinda d’Ele, bem como a maior, bem como qualquer outra.”

“PARMÊNIDES – O que não está inteiramente em cada parte, diz-se que está dividido; pois o que não o está, não pode estar simultaneamente em todas as divisões do ser, ao menos não sem que esteja dividido.”

“PARMÊNIDES – Me parece que estivemos enganados todo esse tempo, ao dizer que o Ser se dividia numa infinidade de partes; porque o Ser não pode ter mais partes que o Um; aliás, o Ser não pode distinguir-se do Um, nem o Um do Ser. E os dois marcham sempre juntos.”

“PARMÊNIDES – (…) Será o Um limitado enquanto todo, ou bem não estariam as partes contidas no todo?

ARISTÓTELES – Necessariamente.

PARMÊNIDES – Aquilo que contém uma coisa é um limite.

ARISTÓTELES – Sem dúvida.

PARMÊNIDES – Ou seja: o Um é uno e múltiplo ao mesmo tempo, um todo e partes, limitado e ilimitado.

ARISTÓTELES – Não tenho como contestar.”

“PARMÊNIDES – Desta perspectiva, o Um tem sim princípio, meio e fim.”

“PARMÊNIDES – O meio está a uma distância igual dos extremos; se não estivesse, não seria meio.

ARISTÓTELES – Tens toda razão.

PARMÊNIDES – Desta forma, a imagem que concebo do Um é uma forma geométrica, reta ou redonda, ou então uma híbrida de ambas.”

“ora, o Um está em si mesmo.”

“PARMÊNIDES – Se o todo não está em muitas de suas partes, nem em uma sequer, aliás, nem em todas em sua soma, é preciso, necessariamente, que esteja em outra coisa, ou que não esteja em parte alguma.”

“PARMÊNIDES – O Um está em repouso a partir do momento em que está sempre em si mesmo. Porque estando em algo e não saindo deste algo, como sucede estando sempre em si mesmo, estará sempre no mesmo.”

“PARMÊNIDES – E aquilo que está sempre em outra coisa, não é, ao contrário, uma necessidade que não esteja nunca no mesmo? E que, não estando nunca no mesmo, não esteja nunca em repouso? E que, não estando jamais em repouso, esteja por conseguinte em movimento?

ARISTÓTELES – Sem dúvida.”

“PARMÊNIDES – O que é não-Um não é tampouco um número, porque então não poderia ser um não-Um de verdade.”

“PARMÊNIDES – Será que podes pronunciar o mesmo nome várias vezes, ou só uma única vez?

ARISTÓTELES – Muitas vezes, com certeza.

PARMÊNIDES – E pronunciando um nome uma vez, designas assim a coisa que possui esse nome, ao passo que ao pronunciá-la várias vezes deixas de designá-la? Ou será que tanto faz?

ARISTÓTELES – Neste caso, tanto faz, Parmênides, pois sempre designo a coisa nomeada.”

“PARMÊNIDES – O Um será então semelhante e dessemelhante às demais coisas; enquanto Outro, semelhante; enquanto o Mesmo, dessemelhante.”

“PARMÊNIDES – Algo contido em outras coisas, não estaria em contato com elas? Algo contido em si mesmo não pode estar em contato com as demais coisas, mas apenas consigo.

ARISTÓTELES – Exatamente.”

“PARMÊNIDES – Mas aquilo que está em contato com uma coisa, não seria indispensável que fosse consecutivo a esta coisa?

ARISTÓTELES – Sim, necessariamente.

PARMÊNIDES – Portanto, se o Um tem de estar em contato consigo mesmo, decorre que seja subsecutivo a si mesmo, não é?

ARISTÓTELES – Não pode ser de outro jeito.

PARMÊNIDES – Mas para que fosse assim com o Um, ele teria de ser Deus, ocupando, ao mesmo tempo, dois lugares distintos. Mas como o Um é Um, e não Deus, esse pensamento nos repugna.”

“PARMÊNIDES – Se entre duas coisas se encontra uma terceira, que esteja em contato com ambas as primeiras, então seriam três coisas, e não duas. Mas quanto ao número de contatos, seriam apenas 2.

ARISTÓTELES – Sim, vejo-o.

PARMÊNIDES – E cada vez que se acrescenta um, se adiciona um contato, de sorte que o número de contatos é sempre inferior em uma unidade ao das coisas. Porque as coisas desde o princípio superando aos contatos, continuam se excedendo na mesma proporção original; o que é bem simples de se entender, porque sempre temos <+1 coisa> e <+1 contato> nesta conta.

ARISTÓTELES – Inegável.”

“Levando em conta tudo isso, o Um está em contato e não está em contato com as outras coisas e também consigo mesmo.”

“Mas se o Um está em si mesmo, também está rodeado de si mesmo e fora de si mesmo; e desde que rodeia a si mesmo de uma perspectiva, é maior que a si mesmo; e, doutra perspectiva, sendo rodeado por si mesmo, é menor que a si mesmo! O Um é menor e maior que a si mesmo.

ARISTÓTELES – Não vejo como não ser.”

“E ser, que outra coisa é que participar da existência presente; que outra coisa era que uma participação passada; e que outra coisa será que uma participação futura?”

“PARMÊNIDES – Logo, é forçoso que seja mais velho que a si mesmo, marchando contra o tempo.

ARISTÓTELES – Inescapavelmente.”

“Não é mais velho quando chega ao presente, intermediário entre o era e o será? Porque passando de ontem a amanhã não pode saltar sobre o hoje!”

“E se necessariamente aquilo que devém, ou vem a ser, não pode saltar por sobre o presente, a partir de quando entra em contato com ele, o presente, cessa de devir ou vir-a-ser, e é realmente o que devinha.”

“Devo concluir que o Um, que quando toca o presente se faz mais velho e quando se faz mais velho toca o presente, já não se faz mais velho, ao percebermos que não <se faz>, mas sempre <é>.”

“PARMÊNIDES – Mas o presente é inseparável do Um, não importa quanto tempo exista; porque enquanto o Um existe, existe como presente.

ARISTÓTELES – Nunca poderia ser ao contrário.”

“PARMÊNIDES – Entre todas as coisas que levam números, é o Um que antecede a todas. Mas é certo que todas as coisas têm números, se são coisas, e não uma coisa só.

ARISTÓTELES – Aham, com efeito.

PARMÊNIDES – E eu creio, Aristóteles, que o que primeiro se fez, se fez antes; e o que se fez depois, depois. (…) Segue, meu caro, que as demais coisas são mais jovens que o Um; e o Um é mais velho que as outras coisas.

ARISTÓTELES – Não pecas no raciocínio.”

“PARMÊNIDES – Considera que, do princípio ao fim, são partes do todo do Um; de modo que o Um e o todo não vêm a ser por completo senão no final.

ARISTÓTELES – Concedo-te que assim deve ser.

PARMÊNIDES – E o fim é aquilo que acontece por último, e com este o Um, apenas seguindo sua natureza; de tal forma que, se for impossível que o Um fuja de sua natureza eterna, fazendo-se Um ao final, estará em suas entranhas ser o último que devém dentre todas as coisas.

ARISTÓTELES – Bem, Parmênides, não vejo como objetar a isso.

PARMÊNIDES – Logo, o Um é mais jovem que as outras coisas; e as outras coisas são mais velhas que o Um!”

“PARMÊNIDES – (…) Então a menos que o Um nasça de forma anti-natural, não pode devir ou fazer-se, nem antes, nem depois, das outras coisas, senão que ao mesmo tempo. Seguindo este raciocínio, Ele não pode ser mais velho nem mais novo que as outras coisas; nem as outras coisas ser mais velhas ou mais jovens que o Um. Mas se, ao inverso, concluirmos pela linha de raciocínio que primeiro tomamos, o Um será mais velho e mais moço que as outras coisas; e estas, mais anciãs e mais jovens que aquele.

ARISTÓTELES – Não foste menos que perfeito em tua exposição.”

“PARMÊNIDES – (…) Quero saber: sucede o mesmo com o devir que com o ser, ou se comportam de formas diferentes?

ARISTÓTELES – Confesso-te que não sei dizer.

PARMÊNIDES – Mas eu posso, ao menos, dizer o seguinte, quanto a isso: quando uma coisa é mais velha que outra, não pode se fazer mais velha do que já o era quando havia começado a ser, nem alterar essa relação (mudar essa quantidade de diferença de velhice); e idem se uma coisa é mais jovem que outra. Portanto, se, como vimos, a quantidades iguais se somam quantidades desiguais, de tempo ou do que quer que seja, a diferença, daqui em diante, subsiste sempre igual à diferença primeira.

ARISTÓTELES – Te compreendo muito bem.”

“a diferença de idades mantém-se constante”

“PARMÊNIDES – Para que o Um seja mais velho que as outras coisas, é preciso que tenha existido antes que elas, concorda?

ARISTÓTELES – Sim.

PARMÊNIDES – Analisa o problema: se tens duas quantidades originais, tomadas em separado – uma maior, outra menor –, e acrescentas a cada uma delas uma quantidade <x> idêntica; a quantidade maior continuará maior que a quantidade menor numa proporção igual ou numa proporção menor?¹

ARISTÓTELES – Numa proporção menor, creio eu, Parmênides.”

¹ Dado o linguajar difícil, acho oportuno intervir: é mais fácil do que parece ao somente lermos esta questão matemática, porque estamos mais habituados à matemática transformada em notações aritméticas:

Ex: Suporemos que a quantidade maior seja 10. A menor será 1. Assim fica fácil de demonstrar pelo sistema decimal que adota nossa Matemática escolar e vulgar:

 

10 + x        //        1 + x

Se 1 é 10% de 10, “x”, um valor absoluto, um número, é muito mais relevante para 1 do que para 10. Supondo que x fosse, p.ex., 4, tem-se:

 

10 + 4 = 14

Um crescimento de 40%.

 

1 + 4 = 5

Um crescimento de 400% (10x mais que o crescimento progresso). 5 é mais do que quatro décimos de 14, 42%, exatamente(*). Esta porcentagem continuaria subindo, se empregássemos exemplos concretos, até 99,99999…%, conforme a grandeza monumental de ambos os números e a quase irrelevante diferença entre si, dado que este 9, que é constante, seguiria sendo cada vez mais e mais insignificante na comparação…

 

RESPOSTA: Portanto, a diferença agora será menor, proporcionalmente, que antes do acréscimo de “x” a ambos os números. Vemos que Aristóteles, o Velho (posto que veio antes do Aristóteles consagrado na História da Filosofia) tem um raciocínio bem afiado, ao ter respondido rápida e corretamente ao Mestre do Um!

 

(*) Ou, analogamente: 14 é 280% de 5, mas 10 era 1000% de 1, e a porcentagem seguiria caindo até valores infinitesimais!

 

(obs.)

Para quem ainda não “engoliu” a resposta desenvolvida acima:

(substrações)

10 – 1 = 9

14 – 5 = 9

Apesar de isso também ser verdade, 9 é uma quantidade relativamente menos considerável para o número 5 do que o era para o número 1.

 

9 é 90% de 10 e 900% de 1.

Mas 9 é apenas 64,28% de 14 e 180% de 5, conforme regras de 3 abaixo:

 

14 está para 9 assim como                                           5 está para 9 bem como

100 está para “x”                                                          100 está para “x”

14x = 900                                                                    5x = 900

x = 64,…                                                                      x = 180

* * *

 

“PARMÊNIDES – O que nasce depois vai se fazendo mais velho com relação a quem nascera antes, e que é e sempre será mais velho, mas cada vez menos mais velho. Ou seja, o moço se faz cada vez mais velho. Um não cessa de caminhar à juventude enquanto o outro à velhice. Por sua vez, o mais velho se faz sempre mais jovem face ao mais jovem; pois fica parecendo que um anda contra o tempo e o outro a seu favor. O problema é que essa situação jamais cessará de devir, sem um arremate… já que, se houvesse um momento de resolução do conflito, em que cessasse o vir-a-ser, já nada seriam, tanto um como outro.”

“o Um, portanto, tem um nome e uma definição; nomeia-se-o e se o define; e tudo o que convém às coisas desse gênero, ao Um também convém.”

“Há um momento em que o Um participa do Ser e outro em que não participa.”

“PARMÊNIDES – Há um momento em que o Um ingressa no Ser e outro em que ele o abandona? Porque, como seria possível ter tanto como não ter uma mesma coisa, participar e não participar, se não se a pudesse tomar e deixar?

ARISTÓTELES – Só dessa maneira é que seria possível.

PARMÊNIDES – Participar do Ser, não seria o mesmo que <nascer>?

ARISTÓTELES – Imagino que sim.

PARMÊNIDES – Abandoná-lo, não é metáfora para <morrer>?

ARISTÓTELES – Ah, sem dúvida.

PARMÊNIDES – Resulta daí que o Um, invadindo e depois desertando do Ser, nasce e morre.

ARISTÓTELES – Isso é óbvio.”

“não seria possível dizer que, fazendo-se Um, morre-se como múltiplo, e que, fazendo-se múltiplo, morre-se como Um?

(…)

Fazendo-se Um e muitos, não faz parte da coisa dividir-se e reunir-se?

(…)

E quando faz-se semelhante e dessemelhante, quando parece e não parece?”

“PARMÊNIDES – Não há momento possível, em que uma mesma coisa possa estar simultaneamente em movimento e em repouso.

ARISTÓTELES – Ó, não mesmo!

PARMÊNIDES – Mas tudo muda, se transformando.

ARISTÓTELES – Isso também é verdade.”

“PARMÊNIDES – Não ocorre algo estranho, enquanto há a mudança?

ARISTÓTELES – Sim, mas o quê?

PARMÊNIDES – O instante. Porque o instante parece representar com perfeição o ponto em que acontece a mudança, passando-se de uma maneira tal de ser para outra maneira de ser. Uma vez que o repouso é repouso, não há nisso mudança; uma vez que o movimento é movimento, não há nisso mudança, só constância. Mas este algo estranho, não é verdade que está ele entre o repouso e o movimento; como intercessor, sem exatamente pertencer ao tempo?”

“PARMÊNIDES – É assim com toda transformação? Quando o Um escapa do Ser rumo ao Nada, ou incorre ao Devir, vindo do Nada; seria preciso dizer que ocupa um posto-chave entre o movimento e o repouso, que não é Ser nem não-Ser, que não nasce nem morre?

ARISTÓTELES – Ora, me convenceste.”

“a fim de dizer que algo não existe, não é menos necessário conhecer sua natureza; e conhecer sua diferença em relação a outras naturezas.”

“PARMÊNIDES – Mas, voltando ao princípio, digamos o que sucederá se o Um inexiste. Primeiramente, é preciso que haja um conhecimento do Um; porque do contrário não se saberia de quê se estaria falando quando se diz: <se o Um inexistisse>…

ARISTÓTELES – No ponto!”

“O Um não pode existir, se não existe; mas nada impede que participe de muitas coisas”

“o Ser, a fim de possuir perfeitamente o Ser, deve ter o não-Ser do não-Ser.” “o Ser participando do Ser de ser um Ser, e do Ser de ser um não-Ser”

“Necessariamente, o Ser pertence ao Um, se não existe.”

“O Mesmo é um Ser; e o que não existe é impossível que esteja em algum Ser.”

“o Um, que não existe, ao alterar-se, nasce e morre; e ao não se alterar, nem nasce, nem morre.”

“PARMÊNIDES – Se o Um não existe, poderemos dizer o que acontecerá ao Um?

ARISTÓTELES – Eis a questão.

PARMÊNIDES – Quando dizemos <não existe>, queremos indicar outra coisa que não a falta de Ser naquilo, ou dizemos que não existe propriamente?

ARISTÓTELES – Não existe.

PARMÊNIDES – Quando dizemos, d’algo, que algo não existe, dizemos que não existe de uma maneira, mas que existe de outra? Ou bem esta expressão <não existir> significa que o que não existe, não existe de forma alguma, sem que possa participar do Ser?

ARISTÓTELES – Que não existe de forma alguma.”

“PARMÊNIDES – Se disséssemos, resumindo, <se o Um não existe, Nada existe>, não diríamos a verdade?

ARISTÓTELES – Perfeito!”

O SOFISTA OU DO SER

Tradução de trechos de “PLATÓN. Obras Completas (trad. espanhola do grego de Patricio de Azcárate, 1875), Ed. Epicureum (digital)”.

Além da tradução ao Português, providenciei notas de rodapé onde achei que devia tentar esclarecer alguns pontos polêmicos ou obscuros demais se não analisados no contexto devido (lendo o diálogo integral, p.ex., ou comparando o que se lê n’O Sofista com outras obras de Platão).

SÓCRATES – Perfeitamente, meu querido amigo. Poderia muito bem ser que fosse mais difícil reconhecer essa raça de filósofos que à dos deuses mesmo. Esses homens, que a ignorância representa sob os mais diversos avatares, vão de cidade em cidade (não falo dos falsos filósofos, mas dos verdadeiros professantes da ciência) contemplando tudo em panorama, como que de cima, ou seja, a vida dos seres comuns e inferiores, sendo que alguns os consideram dignos do maior desprezo possível, já outros lhes prestam as maiores honras; aqui se os confunde com políticos, ali são chamados de sofistas, e ainda mais acolá não estão distantes do rótulo da loucura. Quereria saber da boca de nosso estrangeiro, se é que não se sentirá ofendido com a questão, que opinião se tem disso tudo no seu país-natal, e qual é o nome que se lhes dá.”

SÓCRATES – (…) Qual é tua maneira costumeira de discutir? Preferes explicar com a ajuda de longos discursos aquilo que propões demonstrar ou preferes, ao invés, proceder por perguntas e respostas, a exemplo de Parmênides, que ouvi dialogar, sendo eu ainda muito jovenzinho, e ele já um senhor avançado em idade?

ESTRANGEIRO – Se tropeço num interlocutor afável e receptível, dou primazia ao diálogo; mas, em caso contrário, o melhor é falar só.

SÓCRATES – Opta pelo que quiseres para nossa sessão filosófica. Estamos as tuas ordens. Mas, se é que consideras minha opinião, dirige-te a um jovem antes que a mim, por exemplo a nosso querido Teeteto, ou se quiseres a qualquer outro da assembléia, enfim.”

ESTRANGEIRO – Prosseguindo nossas classificações dicotômicas, a arte em que se fere o elemento pescado de maneira oposta à precedente, com o anzol, não na primeira parte do corpo que se apresenta, como é o caso de quando se usam arpões, mas privilegiando a cabeça e a garganta, recolhendo o instrumento de baixo para cima, ao invés de atingir o peixe de cima para baixo, sendo esse o proceder quando se trata de varas ou paus como é que se chama essa subespécie de pesca, meu querido Teeteto?”

ESTRANGEIRO – Quanto à caça dos animais, há subdivisões; uma se realiza no mar, nos rios e lagos;

TEETETO – Muito bem.

ESTRANGEIRO – –a outra modalidade é terrestre, aspirando a grandes e fecundas pradarias, com o intento de capturar ali o que sobrevive de bons alimentos.

TEETETO – Não entendi o que queres dizer.

ESTRANGEIRO – A caça terrestre compreende duas partes notáveis.

TEETETO – Quais são?

ESTRANGEIRO – A caça dos animais domesticados, e a dos animais silvestres.

TEETETO – Mas por um acaso animais domesticados são caçados?

ESTRANGEIRO – Sem dúvida, se é que o homem é um dos animais domesticados existentes. Mas te dou liberdade para pensar doutra forma: ou se diz que inexistem animais domesticados; ou que existem, mas que o homem é um animal selvagem; ou que o homem é realmente domesticado, mas que, ainda assim, conforme teu parecer, não há o que se poderia chamar de caça de homens. Diz-me agora qual desses cenários preferes.

TEETETO – Estou convencido, estrangeiro, de que nós mesmos somos animais domesticados e que há sim caça de homens.

ESTRANGEIRO – Na caça privada, há aquela que reclama uma remuneração ou recompensa utilitária e a que é praticada como passatempo ou antes altruísmo (a caça da conquista).

TEETETO – Não te entendo direito.

ESTRANGEIRO – Não pensaste, no momento em que discorria, na caça dos amantes.

TEETETO – Como é?

ESTRANGEIRO – Os amantes têm o costume de presentear aquele que almejam conquistar (o perseguido).

TEETETO – Ah sim, agora compreendo.”

ESTRANGEIRO – Quanto à caça interesseira de homens (a primeira caça privada enumerada acima, que tem por único objetivo a recompensa material), há uma primeira subdivisão, em que o caçador exerce a atração sobre o caçado por meio de carícias e afagos, ou então com iscas de comida, ou seja, armadilhas bem-planejadas a fim de dominar. O caçador dessa modalidade não exige nada em troca a não ser o próprio prêmio, isto é, a comida obtida, o prazer pelo prazer. Concordas que não falo aqui senão da arte da adulação ou do hedonismo?

TEETETO – A isto nada objeto.

ESTRANGEIRO – Mas a segunda subdivisão, aquela em que o caçador caça outros homens com o mero intuito de ser um educador da virtude, muito embora cobre uma indenização ao final do processo, de que nome é que poderíamos batizá-la?

TEETETO – Não sei de que nome, mas creio haver a necessidade de encontrá-lo.

ESTRANGEIRO – Pensa um pouco e me diz um nome.

TEETETO – A bem avaliar o caso, creio que nos deparamos com a arte dos sofistas. Dando esse nome ao último caçador que descrevemos, creio que fazemos justiça.

ESTRANGEIRO – (…) Destarte, a sofística é a arte de se apropriar, de adquirir, com violência, como se faz com os animais semoventes, terrestres, domesticados, enfim, uma caça à espécie humana, caça privada, que ou busca o salário no consumo do caçado em si, ou via moedas, isto é, um salário pelos seus ensinamentos professorais.1 Graças ao poder enganador da técnica e do conhecimento, este caçador ilustre se apodera dos jovens ricos e considerados distintos.”

1 Gostaria de deixar a tradução neste ponto menos confusa, mas sentiria essa atitude como uma traição ao original. Platão elabora o tema de forma muito mais competente em outros de seus diálogos; este é considerado secundário em sua obra. Aqui, há uma confusão ininterrupta, quase uma indistinção, entre as categorias (dicotomias) encontradas pelo Estrangeiro que visita Atenas – a ponto de muitas vezes nos sentirmos impelidos a trocar uma pela outra, voltar, reler e checar se não estamos confundindo a leitura. Mas a confusão está na própria fala do personagem. Talvez ciente disso é que Platão ponha o discurso na boca deste discursador anônimo ao invés de na de Sócrates, que conduziria o assunto com mais maestria e clareza. Eu diria que tudo que o Estrangeiro profere neste diálogo empalidece (ou será que se convertem em meras sombras?) se compararmos até as Idéias mais parecidas (pun intended) e já manifestadas aqui em germe com a exposição madura dos mesmos conceitos n’A República!

a arte do sofista, sob seu segundo avatar, se nos apresenta como a arte de adquirir pelo comércio; estabelecendo trocas de mercadorias”

ESTRANGEIRO – A luta entre dois inimigos, aquela corpo a corpo, não seria mais próprio denominá-la luta pela força?

TEETETO – Com certeza.

ESTRANGEIRO – A que opõe discurso a discurso, não denominamos essa luta, querido Teeteto, controvérsia, ou terias um nome melhor?

TEETETO – Não, este está apropriado.

ESTRANGEIRO – A controvérsia precisa, por sua vez, ser dividida em duas.

TEETETO – Como o faremos?

ESTRANGEIRO – Quando consiste na exposição de enormes discursos, que contrastam com outros iguais e recai a questão sobre o justo e o injusto, sendo realizada em público, chamá-la-emos controvérsia jurídica.

TEETETO – De acordo.

ESTRANGEIRO – Mas quando se dá entre particulares, e um e outro, a sua vez, é interrompido por perguntas e respostas, não seria mais uma disputa?

TEETETO – Precisamente.”

ESTRANGEIRO – Creio que, no tocante à discussão em que um (ou mais) se lança(m) por prazer e passatempo, deixando à parte seus próprios negócios, e que, devido à imperfeição de estilo, é escutada com tédio pela audiência a essa, creio, devíamos chamar de barraco.

TEETETO – Não há outro nome.

ESTRANGEIRO – Quanto à discussão que se difere desta, ou seja, montada sobre querelas particulares com o lucro em vista, vê se consegues dar tu mesmo um nome.

TEETETO – Respondo tranqüilamente, pois só diviso uma resposta: chegamos ao personagem que é tema de nossos colóquios, caro Estrangeiro, pois isto que descreveste não passa de sofistaria.1

1 Sofística; o registro de mofa me encorajou a mudar para um termo mais pejorativo.

Não creio que a arte da guerra proporcione uma caça mais nobre que a arte de destruir os insetos; pelo contrário, pois, de ordinário, é capaz de inspirar mais frivolidade e orgulho ainda. (…) o objetivo de nosso método é, se ainda não perdi o fio da meada, separar claramente as purificações do espírito de todas as demais.”

ESTRANGEIRO – De todo o precedente, meu querido Teeteto, preciso é concluir pela maior nobreza e prestígio do método de refutação como purificação da alma; quem não é jamais refutado, nem, digamos, um monarca, o magnânimo rei da Pérsia, por exemplo, nunca conserva pura a melhor parte de si mesmo; noutras palavras, é um mal-educado, torpe justamente na matéria em que o homem que aspira à suprema felicidade dever-se-ia mostrar o mais puro e belo do mundo.

ESTRANGEIRO – Separemos, pois, na arte de distinguir ou discernir, a de purificar; na arte de purificar, aquela referente à alma; nesta, o ensino; no ensino, a educação; e na educação, esta arte de refutar as opiniões vãs e a falsa sabedoria, tal como demonstramos em nossa trilha argumentativa. Declaremos, por fim, que não se trata duma arte menos refinada que a sofística.

TEETETO – Sim, declaremo-lo! Porém, confesso que estou perturbado com uma contradição: no meio de tantas formas diversas de distinção e purificação, e ensino e educação, não sei como descobrir o que é sofisma e o que não é.”

o provérbio é exato: não é simples percorrer todas as avenidas¹.”

¹ Alternativas: não é simples pôr-se no lugar do outro; não é fácil tomar todas as perspectivas num relance só; não é tarefa fácil suprimir os próprios pontos cegos; o mais difícil ofício é o de antropólogo e crítico imparcial; o mais raro e complicado é encontrarmos um homem capaz de ser perfeitamente justo.

ESTRANGEIRO – Eu te pergunto o seguinte: é possível que um homem saiba tudo?

TEETETO – Fala da nossa espécie, caro Estrangeiro?! Ah, se fosse possível seríamos uns abençoados!

ESTRANGEIRO – Se alguém se cresse capaz de fazer-nos, a ti e a mim, e de fazer todos os demais seres vivos…

TEETETO – Qual teu conceito de <fazer>? Aqui com certeza não citas um lavrador, porque falas de um homem que faz animais…

ESTRANGEIRO – Não tenhas dúvida, Teeteto, e assim o mar, como a terra, o céu, os deuses e tudo o mais; e suponho ainda que, depois de ter feito todas estas coisas num abrir e fechar de olhos as venderia por um preço ínfimo!

TEETETO – Ahh, Estrangeiro, estás a mangar!”

Parecer e assemelhar-se sem ser; falar sem dizer nada verdadeiro; são coisas contraditórias, e sempre foram.”

ESTRANGEIRO – Podemos associar ao não-ser algum número, ou a pluralidade ou a unidade em si?

TEETETO – Seria proceder bastante mal, tendo em conta nosso uso da razão.”

ESTRANGEIRO – Para ti, o que é o verdadeiro? Seria <o que existe realmente>?

TEETETO – Acertaste.

ESTRANGEIRO – E então, com base nisso, o que não é verdadeiro, é o oposto do que é?

TEETETO – Ora, claro.

ESTRANGEIRO – Portanto, como disseste, o que parece ser, não é realmente, uma vez que não é verdadeiro; mas como explicar então que exista??”

ESTRANGEIRO – Veja, o que chamamos <imagem> não seria um não-ser?

TEETETO – Me parece que neste caso se trata de uma espécie de mescla entre o ser e o não-ser; estranhamente, confundo-os numa mesma coisa, o que é até absurdo!

ESTRANGEIRO – Sim, sim, absurdo! Percebeste como, de pergunta em pergunta, o sofista, dentre as 100 cabeças¹, nos obrigou, finalmente, a escolher uma, ainda que a contragosto? Está provado, pois, que o não-ser, quer queira, quer não, existe!

¹ Outra versão, mais compreensiva: “Percorremos todas as veredas que imaginávamos possíveis, e ainda assim o que encontramos ao final foi o sorriso condescendente do sofista, que parece já ter trilhado todas estas sendas; parece ser impossível escapar dessa quimera. Fomos dominados! Se nem a negação de todo ponto de vista deixa de ser freqüentada e antecipada por nosso rival, como havemos de sair dessa emboscada?”

ESTRANGEIRO – Vou pedir-te um segundo favor.

TEETETO – E qual é?

ESTRAMGEIRO – Que não me consideres nenhuma espécie de parricida.

TEETETO – Mas o que tem isso a ver?

ESTRANGEIRO1 – Para nos defender neste impasse, nos vemos na obrigação de submeter o sistema de nosso mestre Parmênides a um exame severo, provando, ao acuá-lo contra a parede, para o nosso bem, que, sob certos ângulos, o não-ser é, e que sob certos ângulos o próprio ser não é.

1 Mais uma vez creio ter palpitado certo: Platão, discípulo de Sócrates, discípulo de Parmênides, não ousaria proferir da própria boca esse “ensaio de refutação” do “próprio mestre”. Em outras palavras, o Platonismo não sairia incólume de uma crítica abertamente devastadora da doutrina do Um e do Mesmo. Alternativamente, poderíamos pensar que é mais uma questão de epistemologia do que de guardar respeito:

P. X P.

Parmênides estava tão à frente de seu tempo que nem Platão o compreendeu!”

          Mas eu pessoalmente não acredito nesta hipótese! Isto é, já acreditei, mas de tanto reler Platão creio que mudei de idéia sobre o caso…

Se não começarmos por refutar ou confirmar o sistema de Parmênides, nada poderíamos discorrer sobre os falsos discursos, nem a opinião, nem as ficções, nem as imagens, nem as imitações, nem as artes a que se ligam todos estes temas; isto é: ao menos, sem nos prestarmos ao ridículo, tendo em vista os tombos que já levamos em nossas primeiras tentativas. Pois era inevitável, sem este exame apropriado!”

Todos parecem não nos recitar senão uma fábula, como se fôramos criancinhas. Segundo um deles, os seres são 3 em número; os quais tanto podem guerrear quanto ser amigos, se casar, procriar e alimentar sua prole. Segundo um segundo, não há mais que 2, o seco e o molhado, o quente e o frio, que, embora distintos e polarizados, aliás, por isso mesmo, se unem e estabelecem relação. Nossa escola de Eléia, desde os tempos de Xenófanes, e até antes, refere outras tantas fábulas. São capazes até de nos apresentar o universo como sendo Um só Ser!

ESTRANGEIRO – Considerando o nome como diferente da coisa, já aí temos duas coisas.

(…)

Ou bem, se se considera nome e coisa como idênticos, ainda é preciso reconhecer, como conseqüência, que o nome é redundante, nada nomeia; ou, querendo-se que realmente nomeie algo, resulta dessa disposição que o nome só pode ser o nome de um nome, e nada mais, o que não resolve o problema.”

ESTRANGEIRO – Eis aqui como o universo não se resume a um só princípio, pois o todo e o ser possuem naturezas distintas.

TEETETO – É verdade.

ESTRANGEIRO – E se o todo não existe, o mesmo terá de suceder com o ser, e não só ele não existirá, senão que não poderia existir jamais.”

Fazendo grosseira acepção das pedras e das árvores, afirmam que só existe aquilo que está submetido ao tato e aos demais sentidos; confundem, ao definir os objetos, corpo e saber; e se outro filósofo se atreve a corrigi-los, relatando a existência da alma (seres sem corpo), não só se recusam a ouvi-lo como o desdenham.¹”

¹ Acerba referência a três dos precursores de Sócrates: Anaximandro de Jônia; e Leucipo e Demócrito, ambos representantes do Atomismo.

          No fim, o diálogo é antes de tudo uma pesada crítica a gerações de pré-parmenidianos cheios de teses confusas ou de pós-parmenidianos que não souberam interpretar o Mestre.

Quanto aos corpos e a essa pretensa realidade, única realidade para esses filósofos, reduzem-nos a pó com seus argumentos, e no lugar da existência só admitem o moto perpétuo que a ela aspira, sem jamais alcançá-la.”

Defino o ser alegando que não é mais, nem menos, que a força.”

TEETETO – Parece, com efeito, que declaramos que o ser é um terceiro princípio, ao dizermos <tanto o movimento quanto o repouso existem>.

ESTRANGEIRO – Logo, o ser não é o movimento nem o repouso, considerados em conjunto; é um princípio diferente.”

no homem vulgar, os olhos da alma são demasiadamente débeis para se poderem fixar por muito tempo nas coisas divinas.”

ESTRANGEIRO – Poderemos, a seguir, empreender esforços a fim de formar uma idéia ainda mais clara do filósofo, se nossa vontade caprichosa ou algum azar nos levarem realmente a fazê-lo”

ESTRANGEIRO – Está claro, portanto, que o movimento é ilusório e não existe de fato, e que, por outro lado, existe sim, afinal ele participa do ser.

(…)

O não-ser, portanto, se encontra necessariamente no movimento e em todos os gêneros.”

a partícula <não>, ou negativa, serve apenas para expressar algo que difere dos nomes que se seguem a ela, nomes que também chamaríamos de coisas, pois os nomes foram feitos para se referir a elas (as coisas).”

Como o grande é grande e o belo é belo; como o não-grande é não-grande e o não-belo é não-belo; não acabamos de dizer, e não continuamos a dizer, que o não-ser é não-ser, e que ocupa seu lugar e seu ranking entre os seres, sendo uma de duas espécies diferentes de coisas?”

NAÏVETÉ?

ESTRANGEIRO – E em todo este nosso percurso dialético deixamos para trás o legado de Parmênides, do qual nos encontramos, já, tão distantes!

TEETETO – Confesso que não entendo!

ESTRANGEIRO – É que levamos nossas indagações e nossas demonstrações muito além dos limites que ele havia prefixado em sua época.

faz-se necessário estudar a natureza do discurso, do juízo e da imaginação, a fim de, conhecendo-os melhor, podermos constatar o que há de comum entre estas coisas e o não-ser”

ESTRANGEIRO – (…) Há, com efeito, duas espécies de signos que representam, vocàlicamente, o que existe.

TEETETO – Não entendo!

ESTRANGEIRO – Aquilo que chamamos <nomes>1 e também os <verbos>.”

1 Substantivos (verbos cristalizados). As outras classes gramaticais da Gramática Moderna (adjetivos, advérbios,…) não têm importância para o estudo lingüístico antigo. O Ser (ser e não-ser) só pode radicar na coisa, e verbos e nomes, neste cenário, são o suficiente para designar todas as coisas.

ESTRANGEIRO – Digo-te, Teeteto, que o juízo é: a faculdade da alma chegar a uma afirmação ou negação definitiva, após deliberar, em silêncio, acerca d’algo.

TEETETO – Muito bem.

ESTRANGEIRO – Mas quando esta maneira de ser é produzida mais pela sensação que pelo pensar em si, que nome lhe caberia melhor que o de imaginação?

TEETETO – Nenhum.”

UM FRAGMENTO DA COMÉDIA HUMANA – Honoré de Balzac (A VENDETA + A PAZ CONJUGAL)

Tradução de William Lagos, L&PM, 2006.

Comentários da edição inseridos após trechos das duas obras de Ivan Pinheiro Machado.

GLOSSÁRIO

ritornelo: “Do italiano ritornello, <estribilho> ou <pequeno retorno>. Passagem musical curta e recorrente no meio de uma composição maior, no caso uma suíte de danças.”

A VENDETA

(*) “O Palácio do Louvre transformou-se em museu em 1791, mas sua construção só foi completada sob Napoleão III.

Mas a fonte da bondade fugidia que caracteriza os parisienses se esgotava de imediato. Tão logo o desconhecido percebia ser objeto da atenção de qualquer transeunte, encarava-o com um ar tão feroz que o desocupado mais corajoso apressava o passo como se tivesse pisado em uma serpente.”

As pessoas que desejam intensamente alguma coisa são quase sempre bem atendidas pelo destino.”

Esse costume da vendeta é um preconceito que ainda vai impedir por muito tempo a aplicação das leis na Córsega”

Se você começar a brandir o punhal por estas bandas, não deverá esperar por qualquer misericórdia. Aqui a lei se destina a proteger todos os cidadãos e ninguém tem o direito de fazer justiça por suas próprias mãos.”

(*) “Os Cem Dias: O período entre o retorno de Napoleão da Ilha de Elba (no Meditarrâneo), em março de 1815, e sua abdicação definitiva a 18 de julho daquele ano, quando foi desterrado para a ilha de Santa Helena, no oceano Atlântico, ao largo da África, onde morreu, em 1821.”

As crianças, as mocinhas e os velhos compartilhavam da febre monárquica que dominava o governo.” “Incapaz de renegar sua fé política, até mesmo disposto a proclamá-la, o velho barão de Piombo permanecera em Paris no meio de seus inimigos. A própria Ginevra de Piombo poderia ser perfeitamente colocada na lista das pessoas suspeitas, porque ela não fazia o menor mistério da tristeza que a Segunda Restauração causava a sua família. Talvez as únicas lágrimas que ela havia derramado em sua vida até então lhe houvessem sido arrancadas pela dupla notícia do cativeiro de Bonaparte no Bellérophon e da prisão de Labédoyère.”

Por mesquinha e insignificante que pudesse parecer hoje em dia a iniciativa de Amélie Thirion, era então uma expressão de ódio perfeitamente natural.”

todos os artistas têm um lugar preferido para seu trabalho.”

O único defeito daquela criatura verdadeiramente poética derivava da própria pujança de uma beleza que se desenvolvera tanto: ela era claramente uma mulher. Até então ela se recusara a casar, por amor a seu pai e sua mãe e porque sentia que sua companhia lhes era necessária em sua velhice. Seu gosto pela pintura havia tomado o lugar das emoções que em geral manifestam as mulheres.”

Não existe nada mais mortificante para um bando de moças maldosas, como de resto para todo o mundo, do que perceber que uma picuinha, um insulto ou um gracejo de mau gosto não fizeram o menor efeito sobre a vítima pretendida, que, muito pelo contrário, mostra a maior indiferença. Segundo parece, o ódio contra um inimigo aumenta quanto mais ele demonstra estar acima de nosso rancor.” “os exemplos que ela dera anteriormente sobre sua natureza vingativa e sua firmeza em cobrar sempre uma retribuição por qualquer ofensa já haviam deixado uma impressão profunda no espírito de suas companheiras.”

girodet endymion

Endimião, como fôra representado na obra-prima de Girodet” (*) “Endimião é um personagem mitológico de grande beleza, um pastor por quem Selene, deusa da Lua, apaixonou-se. Ela o contemplava todas as noites enquanto ele dormia. A deusa conseguiu de Zeus a graça de que o rapaz conservasse eternamente sua beleza, ainda que mergulhado em um sono eterno. Anne-Louis Girodet de Roucy, chamado Girodet-Trioson (1767-1824), foi um pintor neoclássico francês.

nada escapa aos olhos aguçados pelo ódio”

Quando alguém se decide a morrer, o melhor é vender sua cabeça ao carrasco.”

a doce piedade que as mulheres encontram em seus corações pelos desgraçados que não trazem em si nada de ignóbil havia obscurecido no coração de Ginevra qualquer outro tipo de afeição; mas escutar um juramento de vingança, descobrir naquele proscrito uma alma italiana, um devotamento por Napoleão, de fato, uma alma de corso? Isso já era demais, e ela contemplou o jovem oficial com uma emoção cheia de respeito, mas que lhe agitava fortemente o coração.”

O Dio! Che non vorrei vivere dopo averla veduta!”

Ó, Deus!… Quem não quereria viver, depois de tê-la visto?…”

(*) “A frase está redigida em italiano, mas, somente na Córsega, existem 14 dialetos, e dificilmente dois corsos conversariam entre si no toscano da Itália central, que originou o italiano moderno.”

Durante um momento bastante curto, ela pareceu estar sonhando, como se estivesse imersa em um pensamento infinito”

O pobre soldado contou seus sofrimentos durante a derrota de Moscou, a forma como ele descobriu, depois da passagem do rio Berezina(*) e com apenas dezenove anos, ser o único sobrevivente de seu regimento, depois de ter visto morrer todos os seus camaradas de armas, os únicos homens que já haviam demonstrado interesse por um órfão.” (*) “Cenário de uma das maiores catástrofes da retirada de Napoleão da Rússia. A ponte sobre o rio Berezina fôra destruída sem conhecimento dos franceses, mas o passo implacável do Grande Exército forçou batalhões inteiros a se precipitarem nas águas geladas do rio, antes que finalmente conseguissem fazer parar as tropas, cujo avanço os empurrava para a morte sem perceber. A vanguarda inteira, composta por dezenas de milhares de soldados, morreu afogada ou congelada nessa ocasião.”

Nesse mesmo dia, ela ficou sabendo que o nome dele era Luigi.” (*) “Balzac chama o personagem alternadamente de <Luigi> e <Louis>, respectivamente, a forma italiana e francesa do mesmo nome.”

Logo Mlle. Roguin, a filha do porteiro do gabinete do rei, começou a achar que era pouco conveniente freqüentar o ateliê de um pintor cujas opiniões traziam uns respingos de patriotismo ou de <bonapartismo>, coisas que, naquela época, pareciam uma só e, desse modo, ela parou de ir às aulas de Servin.” “Um dia, Mathilde Roguin não apareceu mais; na lição seguinte, faltava outra moça; finalmente, 3 ou 4 garotas, que eram as últimas remanescentes freqüentando as aulas, pararam de ir também. Ginevra e mademoiselle Laure, sua amiga, foram durante 2 ou 3 dias de aulas as únicas habitantes do ateliê, agora deserto.”

Se as paixões somente nascem e crescem sob a influência de causas românticas, jamais tantas circunstâncias concorreram para ligar entre si 2 seres pelos laços do mesmo sentimento. A amizade de Ginevra por Louis e de Louis por ela fez assim maiores progressos em um único mês do que uma amizade normal se desenvolve durante dez anos de encontros em salões de festas. Pois não é a adversidade a pedra de toque que forja o caráter?” “Mais velha que Louis, Ginevra encontrou uma grande doçura em ver-se cortejada por um homem já tão grandioso, que já fôra provado tantas vezes pela sorte, mas que juntava ainda à experiência de um homem a graça de um adolescente. Do seu lado, Louis sentia um prazer indescritível em se deixar aparentemente proteger por uma jovem de 25 anos. Não era isso uma prova de amor a mais? A união da doçura com a ferocidade ou da força com a fraqueza demonstrava em Ginevra uma atração irresistível, a um ponto em que Louis sentiu-se inteiramente subjugado por ela.”

– A vida é longa e nos reencontraremos: as jovens acabam se casando… – disse Ginevra.”

Apesar das delicadas missões financeiras que confiavam à sua discrição, que alcançavam grande sucesso e se mostravam muito lucrativas, ele não possuía mais que 30 mil libras de renda em fundos de valores da bolsa. Se fosse comparadas com as grandes fortunas acumuladas sob o Império, caso se recordasse a liberalidade de Napoleão para aqueles de seus fiéis que sabiam pedir, é fácil perceber que o barão de Piombo era um homem de probidade severa.” “Bartholoméo sempre professou um ódio implacável pelos traidores e que se cercara Napoleão, que acreditava poder-lhes conquistar a fidelidade à força de vitória.” “A partir do retorno dos Bourbons, Bartholoméo deixou de usar a condecoração da Legião de Honra. Nunca outro homem ofereceu tão bela imagem dessas velhos republicanos, amigos incorruptíveis do Império, que permaneceram como destroços vivos dos dois governos mais enérgicos que o mundo já conheceu. Se o barão de Piombo desagradava a alguns dos cortesãos, seus amigos eram Daru, Drouot e Carnot.” (*) “Lazare-Nicolas-Marguerite, conde de Carnot (1753-1823), general e matemático francês.” Não se trata do Carnot da termodinâmica, um pouco mais jovem.

O mobiliário do tempo de Louis XIV era perfeitamente adequado a Bartholoméo e sua esposa, personagens dignos da Antiguidade. Sob o Império e durante os Cem Dias, ao exercer funções muito bem remuneradas, o velho corso mantivera muitos criados, mais com o objetivo de fazer honrar seu cargo do que pelo desejo de brilhar. Sua vida e a vida de sua esposa eram tão frugais e tranqüilas que sua modesta fortuna bastava para atender a suas necessidades. Para os dois, sua filha Ginevra valia mais que todas as riquezas do mundo. Desse modo, em maio de 1814, quando o barão de Piombo deixou seu cargo, demitindo igualmente a maior parte de seus criados e fechando as portas de sua estrebaria, Ginevra, simples e sem luxos, tal como seus pais, não sentiu a menor lástima: a exemplo das grandes almas, ela se revestia do luxo que vinha da força dos sentimentos, do mesmo modo que colocava sua felicidade na solidão e no trabalho. Além disso, esses 3 seres se amavam demais uns aos outros para que as coisas exteriores da existência tivessem qualquer valor a seus olhos. Freqüentemente, sobretudo depois da segunda e assustadora queda de Napoleão, Bartholoméo e sua esposa passavam noites deliciosas escutando Ginevra tocar piano ou cantar. Existia para eles um imenso prazer secreto na presença e na menor palavra da filha; eles a seguiam com os olhos, com uma preocupação cheia de ternura, e escutavam seus passos no pátio, por mais silenciosos que fossem. Do mesmo modo que amantes, eles podiam ficar os 3 em silêncio durante horas inteiras, assim escutando melhor a eloqüência de suas almas do que por meio de palavras. Esse sentimento profundo, que era a própria vida dos dois velhos, animava todos os seus pensamentos. Não eram três existências, mas uma única que, semelhante às chamas da lareira, divisava-se em três labaredas de fogo.”

Ginevra jogava-se inteira em qualquer coisa que lhe desse vontade, era tão vingativa e impulsiva como Bartholoméo havia sido em sua juventude.” “Mas, uma vez que esse aprendizado de vingança só podia ser realizado no interior do lar paterno, Ginevra nunca perdoava nada a seu pai, e era inevitável que ele cedesse perante ela.” “era quando se ameaçavam mutuamente que estavam mais perto de se abraçarem aos beijos.” “Ginevra vivia com seu pai e sua mãe um relacionamento de igualdade, o que sempre é funesto. Para terminar o relato de todas as mudanças que ocorreram a esses 3 personagens depois de sua chegada a Paris, Piombo e sua mulher, gente sem instrução, haviam deixado Ginevra estudar segundo sua própria vontade. Deixada ao léu de seus caprichos de mocinha, ela tinha aprendido um pouco de tudo e deixado de lado um pouco de tudo, retomando e abandonando de novo cada intenção uma após a outra, até que a pintura se transformou em sua paixão dominante; ela teria sido perfeita, caso sua mãe tivesse sido capaz de orientar seus estudos, de elucidar e harmonizar os dons que lhe dera a natureza: seus defeitos provinham da funesta educação que o velho corso sentira prazer em lhe transmitir.

(*) “Sra. Shandy: Mãe de Tristram Shandy, personagem fictício do escritor irlandês Laurence Sterne (1713-1768), cuja obra A vida e as opiniões do cavaleiro Tristram Shandy é citada com freqüência por Balzac.”

– Aqui está ela, Ginevra, Ginevrettina, Ginevrina, Ginevrola, Ginevretta, Ginevra bella!…

– Pai, o senhor está me machucando!…”

Os dois velhos ofereciam naquele momento a imagem exata dessas plantas sofredoras e sequiosas a que um pouco de água devolve a vida após um longo período de seca.

– Vamos jantar, vamos jantar!… – exclamou o Barão, oferecendo a mão larga a Ginevra, que chamou de signora Piombellina(*), um outro sintoma de felicidade a que sua filha respondeu com um sorriso.”

(*) “Senhora Chumbinho, trocadilho feito com o sobrenome Piombo, ou <chumbo>. Em italiano no original.”

Você está agindo mal, minha filha: é muito feio amar outro homem além de seu pai…”

Elisa – acrescentou ele, olhando para a esposa, que permanecera imóvel durante todo o tempo –, nós não temos mais filha: ela quer se casar!…”

Se ele te ama tanto quanto você merece ser amada, então vou me matar; mas se ele não te amar assim, então o apunhalarei!…”

– Vou viver por muito mais tempo que você!… Os filhos que não honram seus pais morrem em seguida!… – gritou seu pai, que havia chegado ao último grau da exasperação.

– Razão de sobra então para que eu me case em seguida e seja feliz, nem que seja por pouco tempo!… – gritou ela.”

– Este Noturno é a duas vozes: falta uma voz masculina!…

Ela era italiana, e não é preciso dizer mais nada.”

Era a segunda vez que o pobre oficial saía de seu esconderijo. As solicitações insistentes que Ginevra fizera ao duque de Feltre, na época ministro da Guerra, tinham sido coroadas de pleno sucesso. Louis acabara de ser reintegrado no exército, embora seu nome fosse incluído na relação dos oficiais da Reserva.” “Este homem tão corajoso em face da adversidade, tão bravo no campo de batalha, tremia só de pensar em sua entrada no salão dos Piombo.”

– Mas você está pálido!

– Ah, Ginevra! Pois minha vida inteira não depende disso?…”

– A semelhança do cavalheiro com Nina Porta é impressionante. Você não acha que o cavalheiro traz todos os traços fisionômicos dos Porta?

– Nada de mais natural – respondeu o jovem, sobre quem os olhos chamejantes do velho se fixaram. – Nina era minha irmã…

– Então você é Luigi Porta?… – indagou o velho.

– Sim.”

A EURÍDICE MODERNA: “Luigi Porta, estupefato, olhou para Ginevra, que ficou tão branca como uma estátua de mármore, mantendo os olhos fixos na porta por onde seu pai e sua mãe tinham desaparecido.”

– Meu pai – respondeu ela – nunca me falou de nossa deplorável história, e eu era pequena demais quando saímos da Córsega para saber como foi.

– Nós estaríamos em vendeta, então? – indagou Luigi, tremendo.

– Sim, é verdade. Perguntando a minha mãe, fiquei sabendo que os Porta tinham matado meus irmãos e queimado nossa casa. Em vingança, meu pai massacrou toda a sua família. Como foi que você conseguiu sobreviver? Meu pai pensou que o havia amarrado firmemente às colunas de uma cama, antes de pôr fogo à casa…”

– Vá embora, vá embora, Luigi – gritou Ginevra. – Não, não é possível, tenho de ir com você. Enquanto permanecer dentro da casa de meu pai, não terá nada a temer; mas assim que sair, tenha o maior cuidado!… Você vai sair de um perigo para cair noutro!… Meu pai tem dois empregados corsos e, se não for ele mesmo a ameaçar sua vida, então será um dos dois.”

Horror ao alimento é um dos sintomas que demonstram as grandes crises da alma.”

– Terá de escolher entre ele e nós. Nossa vendeta é parte de nós mesmos. Quem não ajuda em minha vingança, não faz parte de minha família.”

– …tenho um punhal e não sinto o menor temor da justiça dos homens. Nós, os corsos, só damos explicações a Deus.

– Pois eu sou Ginevra di Piombo e declaro que, dentro de 6 meses, serei esposa de Luigi Porta. O senhor não passa de um tirano, meu pai – acrescentou ela, calmamente, depois de uma pausa assustadora.”

Na verdade, o velho sentia-se cruelmente ressentido por aquela ofensa tácita, colhendo naquele instante um dos frutos amargos que a educação dada por ele mesmo à filha produzira. O respeito é uma barreira que protege tanto um pai ou mãe quanto seus filhos, evitando àqueles as tristezas e a estes os remorsos.”

Ceará, a Córsega Tropical

Não era difícil, nem mesmo para ela, adivinhar que jamais poderia gozar inteiramente de uma felicidade que causava tristeza a seus pais. Todavia, tanto em Bartholoméo como em sua filha, todas as irresoluções causadas pela bondade natural de suas almas eram logo afastadas pela ferocidade herdada do rancor particular dos corsos. Sua cólera mútua dava coragem à raiva sentida pelo outro e ambos fechavam os olhos para o futuro. Talvez ambos ainda se iludissem de que um dos dois acabaria por ceder.

Acostumados a fingir um grande interesse pelas pessoas com quem falam, os escrivães acabam por colar ao rosto uma espécie de careta, uma máscara que colocam e retiram como seu pallium(*) oficial.” (*) “Espécie de manto usado pelos magistrados.”

o instrumento público torna nula a resistência paterna… por meio de seu registro… além de que… conforme consta dos requisitos da lei civil… afirma-se que todo homem sensato… após expressar uma última exprobração a seu descendente… deve conceder-lhe liberdade para…”

Uma transformação extraordinária ocorrera na fisionomia de Bartholoméo: todas as suas rugas se haviam aprofundado, o que lhe dava um ar de crueldade indefinível, enquanto ele lançava sobre o notário o olhar de um tigre a ponto de dar o bote.”

– Existem ainda na França leis que destroem o poder paterno? – indagou o corso.”

Nada é mais horrível que o firme controle e o raciocínio legalmente exato dos notários públicos em meio às cenas apaixonadas em que eles estão acostumados a intervir.”

– Fuja, então!… – disse ele. – A mulher de Luigi Porta não poderá mais ser uma Piombo. (…) Minha Ginevra Piombo está enterrada aqui – gritou com voz profunda, apertando o peito à altura do coração.”

A alegria só se pode manifestar plenamente entre pessoas que se sentem iguais. O acaso determinou então que tudo fosse sombrio e grave ao redor dos noivos. Nada refletia a felicidade deles. Nem a igreja, nem a Prefeitura em que se localizava o cartório ficavam muito distantes do hotel. Os dois corsos, seguidos pelas 4 testemunhas que eram exigidas por lei, decidiram ir a pé, em uma simplicidade que despojou de qualquer pompa aquela grande cena da vida social.” “ali estavam, sozinhos no meio da multidão, tal como seria durante a vida que tinham pela frente.” “De um lado, a ostentação grosseira do prazer; do outro, o silêncio delicado das almas felizes: a terra e o céu.”

o mundo lhe reclamava a ausência de seus pais. Era como se a maldição paterna a perseguisse.”

O ódio entre os Porta e o Piombo e suas terríveis paixões foram escritos em uma página do registro de estado civil, assim como, sobre a lápide de um túmulo, são gravadas em poucas linhas os anais de um povo inteiro, muitas vezes em uma única palavra: Robespierre ou Napoleão.”

Os dois jovens corsos, cuja aliança continha toda a poesia atribuída tão genialmente a Romeu e Julieta, atravessaram duas alas de parentes alegres que não somente não tinham o menor interesse por eles, como já quase se impacientavam pelo atraso que lhes impunha aquele casamento aparentemente tão triste. Quando a jovem chegou ao pátio da subprefeitura e enxergou o céu, um suspiro de alívio escapou de seu seio.”

– Por que as pessoas se intrometem entre nós?”

(*) “Na época, os subprefeitos de cada arrondissement de Paris acumulavam as funções de juiz de paz.”

– Estamos começando a vida nos arruinando – disse ela, meio alegre, meio entristecida.

– Lá isso é verdade! Todos os meus soldos atrasados estão investidos aqui – respondeu Luigi. – Vendi o direito de cobrar os atrasados a um homem muito honesto, chamado Gigonnet¹.

– Mas por quê? – retorquiu ela, em um tom de reprovação em que se percebia uma satisfação secreta. – Você acha que eu seria menos feliz num sótão? Seja como for – continuou –, tudo isso é muito bonito e o melhor é que tudo é nosso…”

¹ Este personagem se encontra em outros livros da Comédia humana.

Pois o amor não é como o mar que, visto superficialmente ou às pressas, é acusado de monotonia pelas almas vulgares, enquanto certos entes privilegiados podem passar a vida inteira a admirá-lo, nele encontrando sem cessar fenômenos encantadores em perene mudança?”

Nunca a jovem artista havia pintado algo tão notável como esse auto-retrato.”

Ele também lutava contra concorrentes: o preço pago pelas cópias de escrituras tinha baixado a tal ponto que não lhe sobrava dinheiro para empregar quaisquer auxiliares e sentia-se obrigado a gastar muito mais tempo em seu labor para receber as mesmas somas de antes. Sua mulher tinha completado muitos quadros que não eram destituídos de mérito; mas naquela estação, os comerciantes quase nem compravam as obras de artistas que já gozavam de boa reputação; Ginevra passou a oferecê-los a preço vil e nem assim conseguia vender.”

No momento em que Ginevra se sentia a ponto de chorar por ver o sofrimento de Luigi, ela engolia as lágrimas e o recobria de carinhos. Do mesmo modo, era nos momentos em que Luigi sentia a mais negra desolação dentro de seu peito que expressava o mais terno amor a Ginevra. Eles buscavam uma compensação para seus males na exaltação de seus sentimentos, enquanto suas palavras, suas alegrias, suas brincadeiras se impregnavam de uma espécie de frenesi.”

A majestade da noite é realmente contagiosa, ela se impõe, ela nos inspira; existe alguma coisa muito poderosa na idéia de que, enquanto todos dormem, eu permaneço acordada.”

Luigi teve de tomar dinheiro emprestado para pagar as despesas do parto de Ginevra.”

Luigi a abraçou com um desses beijos desesperados que os amigos trocavam em 1793(*)” (*) “Em 1793, teve início o período do Terror da Revolução Francesa, que, com muitas execuções, durou até 1794, na tentativa de pôr fim à instabilidade política e assegurar a República.”

Minha morte é natural, eu sofria demais; além disso, uma felicidade tão grande como a que nós tivemos deveria ter um preço… Sim, meu Luigi, console-se… Fui tão feliz com você que, se eu recomeçasse a viver, aceitaria outra vez nosso destino. Mas eu sou uma mãe malvada: lastimo muito mais perder você do que perder o nosso filho… Meu filho…”

A PAZ CONJUGAL

Era como se uma embriaguez geral tivesse assumido o controle desse império que durou pouco mais de um dia. Todos os comandantes militares, sem exceção de seu chefe supremo, tinham-se transformado em novos-ricos e agiam como tal, gozando os tesouros conquistados por 1 milhão de homens que usavam simples divisas de lã e que se davam por satisfeitos ao serem recompensados com algumas fitas de lã vermelha.”

nessa época, tanto homens como mulheres se atiravam ao prazer com um abandono que parecia anunciar o fim do mundo. É preciso reconhecer que havia uma outra razão para essa libertinagem. A paixão das mulheres pelos militares se havia tornado uma espécie de frenesi e estava tão de acordo com os desejos do próprio imperador que este seria a última pessoa do mundo a tentar impedi-la.”

Assim, os corações tornaram-se tão errantes quanto os regimentos. Uma mulher tornava-se sucessivamente amante, esposa, mãe e viúva entre 5 relatórios de combate do Grande Exército. Seria a perspectiva de uma rápida viuvez, a de uma boa pensão ou a esperança de usar um sobrenome lembrado pela História que tornavam os militares tão sedutores?”

Nunca na história foram lançados tantos fogos de artifício, jamais os diamantes alcançaram tanto valor.” “Talvez fosse a necessidade de transformar os despojos de guerra na forma mais fácil de transportar que deu tanto valor a essas bugigangas entre os integrantes do exército.”

Murat, um homem de atitudes e temperamentos parecidos aos dos orientais, dava o exemplo de um tal luxo, que seria absurdo entre os militares modernos.”

Napoleão teria cumprido sua palavra, se não tivesse ocorrido uma cena desagradável entre ele e Joséphine naquela mesma noite, cena que anunciou o próximo divórcio desses augustos esposos.” (*) “Marie-Josèphe-Rose Tascher de La Pagerie (conhecida como Joséphine, 1763-1814), viscondessa viúva de Beauharnais, que foi guilhotinado em 1794. Em 1796, casou-se com Napoleão, 6 anos mais novo. Ele é quem decide mudar o nome da mulher para Joséphine, e logo após o casamento Napoleão é nomeado comandante da campanha militar na Itália. A vida do casal era conturbada, em parte devido às infidelidades da mulher. Joséphine tinha dois filhos do primeiro casamento, e Napoleão achava que a falta de prole do casal devia-se à sua própria esterilidade, até um dia em que uma camareira da imperatriz deu à luz um filho dele. Então ele se divorciou dela em 1809, com o intuito de formar uma dinastia, mas deixou que ela conservasse o título de imperatriz. Ela morre de pneumonia.”

As mulheres que tinham confiança suficiente na sedução de sua beleza vinham principalmente para experimentar a extensão de seus poderes. Ali, como aliás em toda parte, o prazer era apenas uma máscara.”

– Talvez seja uma viúva cujo marido está jogando bouilotte(*)! – replicou o belo couraceiro.

– É mesmo, agora que a paz foi assinada, muitas mulheres só ficam viúvas desse jeito! – respondeu Martial.”

(*) “Jogo de cartas derivado do pôquer inglês jogado entre 4 e 7 parceiros, embora o mais comum fossem 5.”

Veja só o vigor e a maciez da pele! As narinas mostram tanta juventude como as de uma colegial…”

– …Por que razão uma pessoa tão jovem estaria chorando?

– Ora, meu amigo, as mulheres choram por tão pouco… – disse o coronel.”

Ah, também!… Você está que nem uma panela de leite: vai ferver agora com a menor elevação da temperatura?…”

O senhor não é muito melhor em diplomacia do que eu, se primeiro imagina que essa garota é uma princesa alemã e, logo no instante seguinte, começa a sugerir que não passa de uma dama de companhia…”

Pouco me importa, que diferença faz se ela está nos olhando? Eu sou como o imperador: quando faço minhas conquistas, eu as conservo…”

E você ainda tem a pretensão de se portar como um verdadeiro Lovelace” (*) “Robert Lovelace é um personagem criado por Samuel Richardson (1689-1761) em seu romance Clarissa Harlowe e é citado freqüentemente por Balzac como um sedutor, embora seu nome tenha desaparecido da imaginação popular em favor de Don Juan ou de Casanova.”

– Escute, Martial – recomeçou o coronel-general. – Se você ficar rodopiando ao redor de minha jovem desconhecida, eu vou tentar conquistar madame de Vaudrémont…

– Pois então experimente, meu caro couraceiro, tenho certeza de que não obterá o menor sucesso com ela!… – disse o jovem desembargador”

– …fique sabendo que me desafiar assim é o mesmo que colocar um banquete em frente a Tântalo, porque você sabe muito bem que ele vai devorar tudo o que puder…

– Fffsssss!…”

Conforme a moda da época, era obrigatório que um homem usasse calças de casimira branca que lhe chegavam aos joelhos, completadas por meias de seda. Essa elegante vestimenta chamava a atenção para o físico perfeito de Montcornet, na época cm 35 anos, que atraía todos os olhares por sua elevada estatura, conforme era exigido para todos os couraceiros da Guarda Imperial, cujo belo uniforme realçava ainda mais seu aspecto, ainda jovem, embora tivesse engordado um pouco por andar sempre a cavalo.”

O coronel-general sorriu ao encarar o desembargador, que era um de seus melhores amigos desde o tempo em que haviam freqüentado a escola juntos”

essa eloqüência de salão e essa elegância de maneiras que substitui tão facilmente as qualidades mais duradouras, mas menos visíveis, que são demonstradas pelos homens de verdadeiro valor. Ainda que cheio de juventude e de vivacidade, seu rosto já apresentava o brilho imóvel de um busto de estanho cromado, uma das qualidades indispensáveis aos diplomatas, que lhes permite ocultar todas as suas emoções e disfarçar seus sentimentos, se é que essa impassibilidade já não anuncia neles a ausência de toda emoção e a morte dos sentimentos.” “escondia suas ambições sob a máscara de vaidade de um conquistador bem-sucedido e disfarçava seu talento sob uma aparência de mediocridade, depois de ter percebido claramente a rapidez com que avançavam na carreira justamente aquelas pessoas que faziam menos sombra a seus superiores.”

A maioria das perguntas e respostas desse tipo de conversação leve, característica dos bailes de então, era mais ou menos soprada no ouvido do vizinho por ambos os interlocutores. Não obstante, as girândolas e os archotes que enfeitavam a lareira derramavam uma luz tão clara sobre os dois amigos que seus rostos fortemente iluminados não tinham conseguido esconder, apesar de toda a sua discrição diplomática, a expressão imperceptível de seus sentimentos nem à esperta condessa, nem à cândida desconhecida. Tal habilidade de decifrar os pensamentos talvez seja para os ociosos um dos melhores prazeres que eles encontram na vida em sociedade, enquanto tantos tolos a ela atraídos pela influência das opiniões alheias ficam se aborrecendo durante a festa inteira, sem terem a coragem de confessar seu tédio nem mesmo a si próprios…

Madame de Vaudrémont nunca cometia o erro social de permanecer em uma festa a partir do momento em que as hastes das flores que a enfeitavam poderiam ser vistas meio penduradas, em que os cachos de seu cabelo começariam a se soltar, os enfeites a ficarem amarrotados e, acima de tudo, em que seu rosto começaria a se parecer com o das outras mulheres, a quem o sono começa a convocar imperiosamente, que se esforçam para resistir-lhe um pouco, mas que não conseguem enganá-lo por muito tempo.”

O oficial guardava na manga uma porção de frases irrelevantes, que podiam ser concluídas por um gancho do tipo; <e a senhora, madame, o que acha?>, que já lhe havia sido bastante útil no passado.”

Esta alegria, esta música, estes rostos estúpidos que riem sem motivo estão me assassinando…”

Em todas as festas existem algumas damas, semelhantes a madame de Lansac, iguais a velhos marujos parados à beira do cais, contemplando os jovens marinheiros em luta contra as tempestades.”

As almas que vivem muito e passam rapidamente de uma emoção a outra não sofrem menos que aquelas que se consomem em um único amor.”

A simpatia de madame de Vaudrémont por Martial tinha todos os motivos para crescer e frutificar no futuro, do mesmo modo que sua paixão anterior por Soulanges era um afeto sem esperança, envenenado desde o começo pelos remorsos que aquele sentia.”

o barão logo se entregou aos cálculos mesquinhos que costumam passar pela cabeça dos homens que têm habitualmente sorte com as mulheres: oscilava entre conservar a fortuna que estava ao alcance de sua mão e a satisfação de um capricho.”

Cometer erros aos 22 anos é a mesma coisa que rasgar o vestido que se pretende usar amanhã, vale dizer, comprometer o próprio futuro. Acredite, minha querida, quando aprendemos a maneira mais adequada de usar os trajes que melhor irão favorecer nosso futuro, em geral já é tarde demais.”

Você está pensando em casar-se com esse Martial, que não é nem bobo o suficiente para ser um bom marido, nem está apaixonado o bastante para tornar-se um bom amante… Ele tem dívidas, minha querida, é o tipo de homem capaz de devorar sua fortuna; mas isso não seria nada, caso ele fosse capaz de lhe trazer felicidade. Mas não vê como ele parece velho demais perto de você? No passado, esse homem deve ter sido consumido por muitas doenças e agora só lhe sobrou um restinho de energia. Daqui a 3 anos, vai estar fisicamente acabado. Talvez então se torne mais ambicioso, e é até mesmo possível que obtenha sucesso. (…) Afinal de contas, quem é ele? Não passa de um intrigante da côrte, que pode possuir grande domínio sobre as manobras sociais e até saber conversar muito bem, mas é pretensioso demais para que venha a desenvolver um verdadeiro talento. (…) Não consegue ler na sua testa que ele não vê em você uma mulher jovem e bonita, mas os 2 milhões de francos que você possui? Ele não a ama, minha querida, ele a avalia como se pretendesse fazer um bom negócio. (…) Uma viúva não deve considerar um 2º casamento como uma garotinha apaixonada. Por acaso já viu uma ratazana cair 2x na mesma armadilha? Não, minha cara, um novo contrato matrimonial deve ser para você como um investimento financeiro (…) recomendo encarecidamente que não se dê ao prazer de perturbar a paz conjugal, de destruir a união das famílias, de atrapalhar a felicidade das mulheres bem-casadas. No passado, eu representei muitas vezes este papel perigoso (…) Ai, meu Deus, só pelo prazer de aumentar a minha auto-estima, tantas vezes destruí a felicidade de algumas pobres criaturas virtuosas!… Porque existem, minha querida, realmente existem mulheres virtuosas, cujo ódio mortal é tão fácil de obter!… Um pouco tarde demais, aprendi que, para usar a expressão do duque de Alba, um salmão vale mais do que 1000 sapos!… (…) Antigamente, minha filha, a gente podia até levar um ator para o quarto, mas nunca se convidava essa gente para uma festa!… (…) Veja lá: aquela é minha jovem sobrinha-neta, a condessa de Soulanges, que finalmente aceitou meus freqüentes convites e consentiu em deixar o quarto de sofrimentos em que permanecia até hoje e no qual a visão de seu filhinho lhe trazia um consolo muito débil.”

O duplo quadro que apresentavam a esposa lacrimosa e o marido melancólico e sombrio, separados um do outro no meio da festa, tais como as duas metades do tronco de uma árvore que tivesse sido partida por um raio, despertou no coração da condessa algo que se assemelhava a uma profecia. Cresceu em seu peito o terror das vinganças que a aguardavam no futuro. Seu coração não se havia ainda pervertido o suficiente para que a sensibilidade e a indulgência fossem dele totalmente banidas”

Pode acreditar, minha filha, mulher alguma gosta de receber de volta o coração de seu marido das mãos de outra mulher. Ficará cem vezes mais feliz se acreditar que foi ela mesma quem o reconquistou.”

se o coronel se zangar só porque eu dancei com a esposa dele, depois de ter suportado estòicamente que eu tenha tirado dele a senhora…”

Nessa época, a moda era que as mulheres erguessem a cintura de seus vestidos para colocá-la justamente abaixo dos seios, à imitação das estátuas gregas, um estilo impiedoso para qualquer mulher cujo busto apresentasse o menor defeito.”

Para muitos homens, a dança em sociedade é uma maneira de ser; eles pensam que, ao exibir as habilidades de seu corpo, conseguem influenciar o coração das mulheres com muito mais eficiência que ao tentar seduzi-las pelo espírito.”

Quando as novas regras da contradança, que tinham sido inventadas pelo dançarino Trénis e que receberam por isso o nome de trenita, colocaram Martial frente a frente com o coronel, aquele murmurou sorridente:

– Ganhei seu cavalo…

– Pode ser, mas perdeu 80 mil libras de renda – replicou-lhe o coronel, indicando com a cabeça a sra. de Vaudrémont.

– E que me importa isso?… – sussurrou de volta Martial. – Madame de Soulanges vale milhões…”

Os homens não podiam compreender a sorte que tivera o pequeno desembargador, em cujo aspecto físico aparentemente insignificante não percebiam nada de encantador.”

(*) “Todos os alimentos eram servidos juntos e colocados à disposição dos convidados, com os pratos empilhados de antemão sobre a mesa ou sobre as mesinhas laterais, os buffets, de onde surgiu a expressão atual, <bufê> ou <bifê>.”

– Precisamente – respondeu ela, com um largo sorriso. – Mas meu marido me roubou esse anel, deu para ela, ela o deu de presente a você, ele viajou e agora voltou para mim, foi só isso. Talvez agora este anel me diga umas quantas coisas que ignoro e me ensinará o segredo de agradar sempre a todos… Cavalheiro – continuou ela –, se ele já não fosse meu, tenha certeza de que eu não teria corrido o risco de pagar tão caro por ele, porque, segundo dizem, qualquer jovem corre perigo ao lado do senhor… Olhe só!… – acrescentou, enquanto fazia saltar uma mola e mostrava um pequeno esconderijo por baixo da pedra – Os cabelos do sr. conde de Soulanges [peruca] ainda estão aqui dentro…

Ela saiu pelos salões com tal rapidez que parecia inútil querer alcançá-la. Além disso, Martial tinha ficado tão confuso e humilhado que não sentia a menor disposição para tentar a aventura.”

fôra com incrível repugnância que ela havia consentido no plano arquitetado por sua tia, a duquesa de Lansac, e, naquele momento, tinha grande receio de haver cometido um erro. O baile enchera de tristeza sua alma cândida. Inicialmente, horrorizara-se com o ar sombrio e sofredor do conde de Soulanges, depois se apavorara ainda mais ao ver a beleza de sua rival, ao passo que a visão da sociedade corrupta que a rodeava lhe havia partido o coração. (…) estremeceu mais de uma vez ao pensar como o dever das mulheres que desejam conservar a paz conjugal as obriga a ocultar no fundo do coração, sem proferir uma só queixa, angústias tão profundas como as que sentira.

– Hortense, o que é que você tem no dedo que me machucou tanto os lábios? – perguntou ele, ao mesmo tempo em que ria baixinho.

– Ora, é o meu diamante, que você disse ter perdido e que agora eu achei.”

Julho de 1829”

COMENTÁRIOS DA EDIÇÃO

A) SOBRE O LEGADO DA COMÉDIA HUMANA

A Comédia Humana é o título geral que dá unidade à obra máxima de Honoré de Balzac e é composta de 89 romances, novelas e histórias curtas.(*) Este enorme painel do séc. XIX foi ordenado pelo autor em 3 partes: Estudos de costumes, Estudos analíticos e Estudos filosóficos.”

(*) “A idéia de Balzac era que A comédia humana tivesse 137 títulos, segundo seu Catálogo do que conterá A comédia humana, de 1845. Deixou de fora, de sua autoria, apenas Les cent contes drolatiques, vários ensaios e artigos, além de muitas peças ficcionais sob pseudônimo e esboços que não foram concluídos.”

Trata-se de um monumental conjunto de histórias, considerado de forma unânime uma das mais importantes realizações da literatura mundial em todos os tempos. Cerca de 2,5 mil personagens se movimentam pelos vários livros de A comédia humana, ora como protagonistas, ora como coadjuvantes. Genial observador do seu tempo, Balzac soube como ninguém captar o <espírito> do séc. XIX. A França, os franceses e a Restauração têm nele um pintor magnífico e preciso.”

Clássicos absolutos da literatura mundial como Ilusões perdidas, Eugénie Grandet, O lírio do vale, O pai Goriot, Ferragus, Beatriz, A vendeta, Um episódio do terror, A pele de onagro, Mulher de trinta anos, A fisiologia do casamento, entre tantos outros, combinam-se com dezenas de histórias nem tão célebres, mas nem por isso menos deliciosas ou reveladoras. Tido como o inventor do romance moderno, Balzac deu tal dimensão aos seus personagens que já no séc. XIX mereceu do crítico literário e historiador francês Hippolyte Taine a seguinte observação: <Como William Shakespeare, Balzac é o maior repositório de documentos que possuímos sobre a natureza humana>.

Balzac nasceu em Tours em 20 de maio de 1799. Com 19 anos convenceu sua família – de modestos recursos – a sustentá-lo em Paris na tentativa de tornar-se um grande escritor. Obcecado pela idéia da glória literária e da fortuna, foi para a capital francesa em busca de periódicos e editoras que se dispusessem a publicar suas histórias – num momento em que Paris se preparava para a época de ouro do romance-folhetim, fervilhando em meio à proliferação de jornais e revistas. Consciente da necessidade do aprendizado e da sua própria falta de experiência e técnica, começou publicando sob pseudônimos exóticos, como Lord R’hoone e Horace de Saint-Aubin. Escrevia histórias de aventuras, romances policialescos, açucarados, folhetins baratos, qualquer coisa que lhe desse o sustento. Obstinado com seu futuro, evitava usar o seu verdadeiro nome para dar autoria a obras que considerava (e de fato eram) menores. Em 1829, lançou o primeiro livro a ostentar seu nome na capa – A Bretanha em 1800 –, um romance histórico em que tentava seguir o estilo de Sir Walter Scott (1771-1832), o grande romancista escocês autor de romances históricos clássicos, como Ivanhoé.“seus delírios de gradeza levaram-no a bolar negócios que vão desde gráficas e revistas até minas de prata. Mas fracassa como homem de negócios. Falido e endividado, reage criando obras-primas para pagar seus credores numa destrutiva jornada de trabalho de até 18h diárias.”

Saudai-me, pois estou seriamente na iminência de tornar-me um gênio.”

Aos 47 anos, massacrado pelo trabalho, pela péssima alimentação e pelo tormento das dívidas que não o abandonaram pela vida inteira, ainda que com projetos e esboços para pelo menos mais 20 romances, já não escrevia mais.”

A imensidão de um projeto que abarca a um só tempo a história e a crítica social, a análise de seus males e a discussão de seus princípios, autoriza-me, creio, a dar a minha obra o título que ela tem hoje: A comédia humana. É ambicioso? É o que, uma vez terminada a obra, o público decidirá.”

B) SOBRE A VENDETA

Publicada pela 1ª vez em abril de 1830, Vendetta abria a seleção de romances que faziam parte do primeiro volume de Cenas da vida privada, no qual Balzac iniciava seu estudo de costumes que desembocaria na monumental A comédia humana, título que ele concebeu dez anos depois, em 1840, e que unificaria toda a sua obra anterior e futura.”

LES LIAISONS DANGEREUSES – Laclos

GLOSSÁRIO

calembour: jeu de mots

in fiocchi: vestida para a ocasião

lansquenet: jogo de cartas inventado no século XVI (carrega o nome da família inventora)

macédoine: “Quelques personnes ignorent peut−être qu’une m. est un assemblage de plusieurs jeux de hasard, parmi lesquels chaque Coupeur a droit de choisir lorsque c’est à lui à tenir la main. C’est une des inventions du siècle.”

* * *

“Je dois prévenir aussi que j’ai supprimé ou changé tous les noms des personnes dont il est question dans ces Lettres; et que si dans le nombre de ceux que je leur ai substitués, il s’en trouvait qui appartinssent à quelqu’un, ce serait seulement une erreur de ma part et dont il ne faudrait tirer aucune conséquence.”

“On y trouvera aussi la preuve et l’exemple de deux vérités importantes qu’on pourrait croire méconnues, en voyant combien peu elles sont pratiquées: l’une, que toute femme qui consente à recevoir dans sa société un homme sans moeurs, finit par en devenir la victime; l’autre, que toute mère est au moins imprudente, qui souffre qu’un autre qu’elle ait la confiance de sa fille. Les jeunes gens de l’un et de l’autre sexe pourraient encore y apprendre que l’amitié que les personnes de mauvaises moeurs paraissent leur accorder si facilement n’est jamais qu’un piège dangereux, et aussi fatal à leur bonheur qu’à leur vertu. Cependant l’abus, toujours si près du bien, me paraît ici trop à craindre; et, loin de conseiller cette lecture à la jeunesse, il me paraît très important d’éloigner d’elle toutes celles de ce genre. L’époque où celle−ci peut cesser d’être dangereuse et devenir utile me paraît avoir été très bien saisie, pour son sexe, par une bonne mère qui non seulement a de l’esprit, mais qui a du bon esprit. «Je croirais», me disait−elle, après avoir lu le manuscrit de cette Correspondance, «rendre un vrai service à ma fille, en lui donnant ce Livre le jour de son mariage.»”

* * *

“Les prétendus esprits forts ne s’intéresseront point à une femme dévote, que par cela même ils regarderont comme une femmelette [mariquinha], tandis que les dévots se fâcheront de voir succomber la vertu, et se plaindront que la Religion se montre avec trop peu de puissance.”

Para responder a todos talvez seja melhor não responder a ninguém.

“je t’écris à un Secrétaire très joli, dont on m’a remis la clef, et où je peux renfermer tout ce que je veux.” Cecile Volanges

“Paris, ce 3 août 17**”

“(Ces mots roué [pícaro, astuto] et rouerie [picardia, astúcia], dont heureusement la bonne compagnie commence à se défaire, étaient fort en usage à l’époque où ces Lettres ont été écrites)”

“En effet, je gagerais que, malgré les 60.000 livres de rente de la petite Volanges, il n’aurait jamais fait ce mariage, si elle eût été brune, ou si elle n’eût pas été au Couvent. Prouvons−lui donc qu’il n’est qu’un sot: il le sera sans doute un jour” Marquise de Merteuil, a vilã da estória

“elle est vraiment jolie; cela n’a que 15 ans, c’est le bouton de rose; gauche, à la vérité, comme on ne l’est point, et nullement maniérée: mais, vous autres hommes, vous ne craignez pas cela; de plus, un certain regard langoureux qui promet beaucoup en vérité: ajoutez−y que je vous la recommande; vous n’avez plus qu’à me remercier et m’obéir.”

“il doit être bien difficile de ne pas rougir quand un homme vous regarde fixement.” C.V.

Ce qui m’inquiétait le plus était de ne pas savoir ce qu’on pensait sur mon compte. Je crois avoir entendu pourtant deux ou trois fois le mot de jolie: mais j’ai entendu bien distinctement celui de gauche; et il faut que cela soit bien vrai, car la femme qui le disait est parente et amie de ma mère; elle paraît même avoir pris tout de suite de l’amitié pour moi. C’est la seule personne qui m’ait un peu parlé dans la soirée.”

Je t’assure que le monde n’est pas aussi amusant que nous l’imaginions.”

“Você faria adorarem o despotismo.”

“si ce Dieu−là nous jugeait sur nos Oeuvres, vous seriez un jour la Patronne de quelque grande ville, tandis que votre ami serait au plus un Saint de village.” Vicomte de Valmont

“Que me proposez−vous? de séduire une jeune fille qui n’a rien vu, ne connaît rien; qui, pour ainsi dire, me serait livrée sans défense; qu’un premier hommage ne manquera pas d’enivrer et que la curiosité mènera peut−être plus vite que l’Amour. Vingt autres peuvent y réussir comme moi.”

Et si de l’obtenir je n’emporte le prix, J’aurai du moins l’honneur de l’avoir entrepris.

On peut citer de mauvais vers, quand ils sont d’un grand Poète (La Fontaine).”

“Une messe chaque jour, quelques visites aux Pauvres du canton, des prières du matin et du soir, des promenades solitaires, de pieux entretiens avec ma vieille tante, et quelquefois un triste Wisk, devaient être ses seules distractions. Je lui en prépare de plus efficaces.”

“Vous, avoir la Présidente Tourvel! mais quel ridicule caprice! Je reconnais bien là votre mauvaise tête qui ne sait désirer que ce qu’elle croit ne pas pouvoir obtenir.

“Estar com uma puritana? digo de boa fé: reservadas ao seio mesmo do prazer, elas não vos oferecem mais do que semi-gozos.”

“quando uma mulher fica atrofiada desse jeito, se a deve abandonar a sua própria sorte; não passará jamais de um exemplar da espécie.”

“Ele me chamaria de pérfida, e essa palavra pérfida sempre me agradou; é, depois de cruel, a mais doce aos ouvidos de uma mulher, e é menos sacrificante obtê-la.”

“Ne savez−vous pas que la seule volupté a le droit de détacher le bandeau de l’Amour?” Valmont

Non, sans doute, elle n’a point, comme nos femmes coquettes, ce regard menteur qui séduit quelquefois et nous trompe toujours. Elle ne sait pas couvrir le vide d’une phrase par un sourire étudié; et quoiqu’elle ait les plus belles dents du monde, elle ne rit que de ce qui l’amuse. Mais il faut voir comme, dans les folâtres jeux [jogos de conquista, paqueras com os olhos, flertes pelo olhar], elle offre l’image d’une gaieté naïve et franche!”

“Elle est prude et dévote, et de là vous la jugez froide et inanimée?”

As crentes crêem que o abismo as engole

Ah, que divino esse abismo

Me absorva toda, salive em cada poro

Me chupe e me cuspa,

Meu espírito

Salvador

Potente!

Oh!

As crentes têm medo de cair no abismo

De sucumbir às tentações

Palpitações

Constantes

Que revelariam um temperamento

Inconstante

As crentes têm medo da mancha

Tudo que elas abominam é o buraco

preto, fundo

Tudo que elas querem é fechar os buracos

Preencher tudo para que não entre nada

Tudo que a devota quer

é que toda a carne pecadora escave com um hediondo esforço

Violento ato

sem consentimento

Rompa-me pelas minhas frestas morais

Me corrija

Com a vara e o chicote da supremacia

Com ternura, no entanto

Infeste

Meu negro

Meu buraco

Meu proibido pomar

De onde nascem todos os males

Não vá

mais devagar

Por mais que eu peça!

Ai, que coceira!

Meninas não mentem

E apesar do meu peito crescido

Sou uma menininha…

Hm, gostaria de elevá-la tanto quanto os Dez Mandamentos

elevam a alma do Hebreu Casto

Que comigo ela fornique

para se esquecer do mal que é

Fornicar

“Madame de Tourvel me devolveu as charmosas ilusões da juventude.”

Cuidado para ao tentar me converter

você não me tentar no lugar

e aí vai me ter

Eu vou rezar pra que tudo dê certo pra você

eu vou rezar pra me foder

“J’étudie beaucoup mon chant et ma harpe; il me semble que je les aime mieux depuis que je n’ai plus de Maîtres, ou plutôt c’est que j’en ai un meilleur. M. le Chevalier Danceny, ce Monsieur dont je t’ai parlé, et avec qui j’ai chanté chez Madame de Merteuil, a la complaisance de venir ici tous les jours, et de chanter avec moi des heures entières. Il est extrêmement aimable. Il chante comme un Ange, et compose de très jolis airs dont il fait aussi les paroles. C’est bien dommage qu’il soit Chevalier de Malte! Il me semble que s’il se mariait, sa femme serait bien heureuse. Il a une douceur charmante. Il n’a jamais l’air de faire un compliment, et pourtant tout ce qu’il dit flatte. Il me reprend sans cesse, tant sur la musique que sur autre chose: mais il mêle à ses critiques tant d’intérêt et de gaieté, qu’il est impossible de ne pas lui en savoir gré. Seulement quand il vous regarde, il a l’air de vous dire quelque chose d’obligeant. (…) Lui et Madame de Merteuil sont les deux seules personnes que je trouve aimables.

O mal dos jovens de ‘oi’ dia é que eles estudam demais, e não o contrário, como os entendidos dirão na televisão. Seus miolos fritam como boas omeletes numa frigideira nova e besuntada. Até o humo sobe no ar e todos sentem no recinto.

* * *

A devota se comunica com a ninfa

São vasos comunicantes

Bolsas, canais

Oquidão

Onde era para haver carne e volume

Sim, é verdade que muitos têm vento na cabeça

De tantos hormônios,

Mas as mulheres têm sem dúvida vento no sexo

“Vous me parlez de sa rare candeur: oh! oui; la candeur de Valmont doit être en effet très rare.” <RÉ:> de Madame de Volanges, a mãe da ninfa da estória

“jamais depuis sa plus grande jeunesse, il n’a fait un pas ou dit une parole sans avoir un projet, et jamais il n’eut un projet qui ne fût malhonnête ou criminel.”

“Le Comte de Gercourt, que nous attendions d’un jour à l’autre, me mande que son Régiment passe en Corse; et comme il y a encore des mouvements de guerre, il lui sera impossible de s’absenter avant l’hiver.”

pour qu’elle finisse par se donner, le vrai moyen est de commencer par la prendre. Que cette

ridicule distinction est bien un vrai déraisonnement de l’Amour! (…) Dites−moi donc, amant langoureux, ces femmes que vous avez eues, croyez−vous les avoir violées? Mais, quelque envie qu’on ait de se donner, quelque pressée que l’on en soit, encore faut−il un prétexte; et y en a−t−il de plus commode pour nous, que celui qui nous donne l’air de céder à la force?”

“nos deux passions favorites, la gloire de la défense et le plaisir de la défaite.”

“Il ne faut se permettre d’excès qu’avec les gens qu’on veut quitter bientôt. Il ne sait pas cela, lui; mais, pour son bonheur, je le sais pour deux.”

“Jamais il n’oblige à cette réserve, dans laquelle toute femme qui se respecte est forcée de se tenir aujourd’hui, pour contenir les hommes qui l’entourent.” La Presidente de Tourvel

celui qui est capable d’une amitié aussi suivie pour une femme aussi estimable, n’est pas un libertin sans retour.”

Je crois que la Mère Perpétue a raison, et qu’on devient coquette dès qu’on est dans le monde.” Cecile

Madame de Merteuil, par exemple, je vois bien que tous les hommes la trouvent plus Jolie que moi: cela ne me fâche pas beaucoup, parce qu’elle m’aime bien; et puis elle assure que le Chevalier Danceny me trouve plus jolie qu’elle. C’est bien honnête à elle de me l’avoir dit! elle avait même l’air d’en être bien aise.”

Que me parlez−vous d’éternelle rupture? J’abjure ce serment, prononcé dans le délire: nous n’aurions pas été dignes de le faire, si nous eussions dû le garder. Ah! que je puisse un jour me venger dans vos bras, du dépit involontaire que m’a causé le bonheur du Chevalier!” Valmont

“Vous le croyez dans vos chaînes! C’est bien vous qui êtes dans les siennes. Il dort tranquillement, tandis que vous veillez pour ses plaisirs. Que ferait de plus son esclave?”

“ma belle amie, tant que vous vous partagez entre plusieurs, je n’ai pas la moindre jalousie: je ne vois alors dans vos Amants que les successeurs d’Alexandre, incapables de conserver entre eux tous cet empire où je régnais seul. Mais que vous vous donniez entièrement à un d’eux! qu’il existe un autre homme aussi heureux que moi!”

“Aussitôt que vous aurez eu votre belle Dévote, que vous pourrez m’en fournir une preuve, venez, et je suis à vous. Mais vous n’ignorez pas que dans les affaires importantes, on ne reçoit de preuves que par écrit. Par cet arrangement, d’une part, je deviendrai une récompense au lieu d’être une consolation; et cette idée me plaît davantage: de l’autre votre succès en sera plus piquant, en devenant lui−même un moyen d’infidélité. Venez donc, venez au plus tôt m’apporter le gage de votre triomphe” Merteuil

“J’ai été étonné du plaisir qu’on éprouve en faisant le bien; et je serais tenté de croire que ce que nous appelons les gens vertueux n’ont pas tant de mérite qu’on se plaît à nous le dire. Quoi qu’il en soit, j’ai trouvé juste de payer à ces pauvres gens le plaisir qu’ils venaient de me faire.” Valmont

“M. de Valmont n’est peut−être qu’un exemple de plus du danger des liaisons.” Presidente de Tourvel

“mais qui pourrait arrêter une femme qui fait, sans s’en douter, l’éloge de ce qu’elle aime?” Valmont

“obscurité douce, qui enhardit l’Amour timide.” “doce nevoeiro e turbidez, que fortalecem o amor tímido.”

“J’y gagnai de plus de considérer à loisir cette charmante figure, embellie encore par l’attrait puissant des larmes. Ma tête s’échauffait, et j’étais si peu maître de moi, que je fus tenté de profiter de ce moment.” lágrimas de bucetilo

De …, ce 21 août 17**, 4 heures du matin.”

Madame de Rosemonde [titia pudica] m’engagea à lui tâter le pouls, en vantant beaucoup mes connaissances en médecine. Ma Belle eut donc le double chagrin d’être obligée de me livrer son bras, et de sentir que son petit mensonge allait être découvert.”

“Jamais, je le sens, je ne retrouverai le bonheur que je perds aujourd’hui; vous seule étiez faite

pour mon coeur; avec quel plaisir je ferais le serment de ne vivre que pour vous.” Chevalier Danceny

“elle exige seulement que je lui fasse voir toutes mes Lettres et toutes celles du Chevalier Danceny, afin d’être sûre que je ne dirai que ce qu’il faudra; ainsi, à présent, me voilà tranquille. Mon Dieu, que je l’aime Madame de Merteuil! elle est si bonne! et c’est une femme bien respectable.” Ceci-ilha n’est pas une dévote

“Madame de Merteuil m’a dit aussi qu’elle me prêterait des Livres qui parlaient de tout cela, et qui m’apprendraient bien à me conduire, et aussi à mieux écrire que je ne fais: car, vois−tu, elle me dit tous mes défauts, ce qui est une preuve qu’elle m’aime bien; elle m’a recommandé seulement de ne rien dire à Maman de ces Livres−là parce que çà aurait l’air de trouver qu’elle a trop négligé mon éducation, et ça pourrait la fâcher. Oh! je ne lui en dirai rien.

C’est pourtant bien extraordinaire qu’une femme qui ne m’est presque pas parente prenne plus de soin de moi que ma mère! c’est bien heureux pour moi de l’avoir connue!”

“à présent que vous savez que je vous aime, j’espère que vous resterez avec moi le plus que vous pourrez; car je ne suis contente que lorsque je suis avec vous, et je voudrais bien que vous fussiez tout de même.”

Le scélérat a ses vertus, comme l’honnête homme a ses faiblesses.” Madame de Volanges

Quand il ne serait, comme vous le dites, qu’un exemple du danger des liaisons, en serait−il moins lui−même une liaison dangereuse? Vous le supposez susceptible d’un retour heureux? allons plus loin; supposons ce miracle arrivé. Ne resterait−il pas contre lui l’opinion publique, et ne suffit−elle pas pour régler votre conduite? Dieu seul peut absoudre au moment du repentir; il lit dans les coeurs: mais les hommes ne peuvent juger les pensées que par les actions; et nul d’entre eux, après avoir perdu l’estime des autres, n’a droit de se plaindre de la méfiance nécessaire, qui rend cette perte si difficile à réparer.”

“Sans doute, je reçois M. de Valmont, et il est reçu partout; c’est une inconséquence de plus à ajouter à mille autres qui gouvernent la société. Vous savez, comme moi, qu’on passe sa vie à les remarquer, à s’en plaindre et à s’y livrer. M. de Valmont, avec un beau nom, une grande fortune, beaucoup de qualités aimables, a reconnu de bonne heure que pour avoir l’empire dans la société, il suffisait de manier, avec une égale adresse, la louange et le ridicule. Nul ne possède comme lui ce double talent: il séduit avec l’un, et se fait craindre avec l’autre. On ne l’estime pas; mais on le flatte. Telle est son existence au milieu d’un monde qui, plus prudent que courageux, aime mieux le ménager que le combattre.

une occasion manquée se retrouve, tandis qu’on ne revient jamais d’une démarche précipitée.” Merteuil

Quand vos belles phrases produiraient l’ivresse de l’Amour, vous flattez−vous qu’elle soit assez longue pour que la réflexion n’ait pas le temps d’en empêcher l’aveu?” “Cette marche peut réussir avec des enfants, qui, quand ils écrivent «je vous aime», ne savent pas qu’ils disent «je me rends».”

C’est le défaut des Romans; l’Auteur se bat les flancs pour s’échauffer, et le Lecteur reste froid. Héloïse est le seul qu’on en puisse excepter; et malgré le talent de l’Auteur, cette observation m’a toujours fait croire que le fond en était vrai. Il n’en est pas de même en parlant. L’habitude de travailler son organe y donne de la sensibilité; la facilité des larmes y ajoute encore: l’expression du désir se confond dans les yeux avec celle de la tendresse; enfin le discours moins suivi amène plus aisément cet air de trouble et de désordre, qui est la véritable éloquence de l’Amour; et surtout la présence de l’objet aimé empêche la réflexion et nous fait désirer d’être vaincues.

sans la longueur de sa Lettre, et le prétexte qu’elle vous donne pour rentrer en matière dans sa phrase de reconnaissance, elle ne se serait pas du tout trahie.”

“S’il était moins tard, je vous parlerais de la petite Volanges qui avance assez vite et dont je suis fort contente. Je crois que j’aurai fini avant vous, et vous devez en être bien heureux.”

Pour aller vite en amour, il vaut mieux parler qu’écrire” Valmont

“Si vous voulez être au courant de ma correspondance, il faut vous accoutumer à déchiffrer mes minutes: car pour rien au monde, je ne dévorerais l’ennui de les recopier.”

On ne condamne point un coupable sans lui dire son crime, sans lui nommer ses accusateurs.”

Je lui ai permis d’écrire et de dire j’aime; et le jour même, sans qu’elle s’en doutât, je lui ai ménagé un tête−à−tête avec son Danceny. Mais figurez−vous qu’il est si sot encore, qu’il n’en a seulement pas obtenu un baiser. Ce garçon−là fait pourtant de fort jolis vers! Mon Dieu! que ces gens d’esprit sont bêtes! celui−ci l’est au point qu’il m’en embarrasse” Merteuil

“C’est M. le Comte de Gercourt que je dois épouser, et ce doit être au mois d’Octobre. Il est riche, il est homme de qualité, il est Colonel du régiment de […]. Jusque−là tout va fort bien. Mais d’abord il est vieux: figure−toi qu’il a au moins 36 ans! et puis, Madame de Merteuil dit qu’il est triste et sévère, et qu’elle craint que je ne sois pas heureuse avec lui. J’ai même bien vu qu’elle en était sûre, et qu’elle ne voulait pas me le dire, pour ne pas m’affliger. Elle ne m’a presque entretenue toute la soirée que des devoirs des femmes envers leurs maris. Elle convient que M. de Gercourt n’est pas aimable du tout, et elle dit pourtant qu’il faudra que je l’aime. Ne m’a−t−elle pas dit aussi qu’une fois mariée, je ne devais plus aimer le Chevalier Danceny? comme si c’était possible! Oh! je t’assure bien que je l’aimerai toujours. Vois−tu, j’aimerais mieux, plutôt, ne pas me marier. (…) Si je n’avais pas peur de rentrer au Couvent, je dirais bien à Maman que je ne veux pas de ce mari−là; mais ce serait encore pis. Je suis bien embarrassée. Je sens que je n’ai jamais tant aimé M. Danceny qu’à présent; et quand je songe qu’il ne me reste plus qu’un mois à être comme je suis, les larmes me viennent aux yeux tout de suite; je n’ai de consolation que dans l’amitié de Madame de Merteuil; elle a si bon coeur! elle partage tous mes chagrins comme moi−même; et puis ele est si aimable que, quand je suis avec elle, je n’y songe presque plus. D’ailleurs elle m’est bien utile; car le peu que je sais, c’est elle qui me l’a appris: et elle est si bonne, que je lui dis tout ce que je pense, sans être honteuse du tout. Quand elle trouve que ce n’est pas bien, elle me gronde quelquefois; mais c’est tout doucement, et puis je l’embrasse de tout mon coeur, jusqu’à ce qu’elle ne soit plus fâchée.”

(On continue à supprimer les Lettres de Cécile Volanges et du Chevalier Danceny, qui sont peu intéressantes et n’annoncent aucun événement)”

“l’autorité illusoire que nous avons l’air de laisser prendre aux femmes est un des pièges qu’elles évitent le plus difficilement.”

A autoridade ilusória que nós deixamos as fêmeas se darem é uma armadilha de que elas só a muito custo conseguem se desbaratar.

on écrit des volumes et l’on explique mal ce qu’un quart d’heure de conversation suffit pour faire bien entendre.” “quoique dévote, elle est peu charitable”

quelle femme pourrait avouer être en correspondance avec vous? et quelle femme honnête peut se déterminer à faire ce qu’elle sent qu’elle serait obligée de cacher?”

j’ai dévoilé un double mystère d’amour et d’iniquité: je jouirai de l’un, je me vengerai de l’autre; je volerai de plaisirs en plaisirs.”

“coucher avec une fille, ce n’est que lui faire faire ce qui lui plaît: de là à lui faire faire ce que nous voulons, il y a souvent bien loin.”

Transar com uma mulher não é nada senão atender suas vontades: daí a fazê-la atender as nossas vai uma grande diferença.

“Ah! sans doute il faut séduire sa fille: mais ce n’est pas assez, il faut la perdre; et puisque l’âge de cette maudite femme la met à l’abri de mes coups, il faut la frapper dans l’objet de ses affections.” “Elle veut donc que je revienne à Paris! elle m’y force! soit, j’y retournerai, mais elle gémira de mon retour. Je suis fâché que Danceny soit le héros de cette aventure, il a un fond d’honnêteté qui nous gênera: cependant il est amoureux, et je le vois souvent; on pourra peut−être en tirer parti.”

“Cette complaisance de ma part est le prix de celle qu’elle vient d’avoir, de me servir de pupitre [escrivaninha] pour écrire à ma belle Dévote, à qui j’ai trouvé plaisant d’envoyer une Lettre écrite du lit et presque d’entre les bras d’une fille, interrompue même pour une infidélité complète, et dans laquelle je lui rends un compte exact de ma situation et de ma conduite. Emilie, qui a lu l’Epître, en a ri comme une folle, et j’espère que vous en rirez aussi.

“C’est après une nuit orageuse, et pendant laquelle je n’ai pas fermé l’oeil; c’est après avoir été sans cesse ou dans l’agitation d’une ardeur dévorante, ou dans l’entier anéantissement de toutes les facultés de mon âme, que je viens chercher auprès de vous, Madame, un calme dont j’ai besoin, et dont pourtant je n’espère pas jouir encore. En effet, la situation où je suis en vous écrivant me fait connaître plus que jamais la puissance irrésistible de l’Amour; j’ai peine à conserver assez d’empire sur moi pour mettre quelque ordre dans mes idées; et déjà je prévois que je ne finirai pas cette Lettre sans être obligé de l’interrompre. Quoi! ne puis−je donc espérer que vous partagerez quelque jour le trouble que j’éprouve en ce moment? J’ose croire cependant que, si vous le connaissiez bien, vous n’y seriez pas entièrement insensible. Croyez−moi, Madame, la froide tranquillité, le sommeil de l’âme, image de la mort, ne mènent point au bonheur; les passions actives peuvent seules y conduire; et malgré les tourments que vous me faites éprouver, je crois pouvoir assurer sans crainte, que, dans ce moment, je suis plus heureux que vous. En vain m’accablez−vous de vos rigueurs désolantes, elles ne m’empêchent point de m’abandonner entièrement à l’Amour et d’oublier, dans le délire qu’il me cause, le désespoir auquel vous me livrez. C’est ainsi que je veux me venger de l’exil auquel vous me condamnez. Jamais je n’eus tant de plaisir en vous écrivant; jamais je ne ressentis, dans cette occupation, une émotion si douce et cependant si vive. Tout semble augmenter mes transports: l’air que je respire est plein de volupté; la table même sur laquelle je vous écris, consacrée pour la première fois à cet usage, devient pour moi l’autel sacré de l’Amour; combien elle va s’embellir à mes yeux! j’aurai tracé sur elle le serment de vous aimer toujours! Pardonnez, je vous en supplie, au désordre de mes sens. Je devrais peut−être m’abandonner moins à des transports que vous ne partagez pas: il faut vous quitter un moment pour dissiper une ivresse qui s’augmente à chaque instant, et qui devient plus forte que moi.

Si je me retrace encore les plaisirs de l’Amour, c’est pour sentir plus vivement le regret d’en être privé. Je ne me vois de ressource que dans votre indulgence, et je sens trop, dans ce moment, combien j’en ai besoin pour espérer de l’obtenir. Cependant, jamais mon amour ne fut plus respectueux, jamais il ne dut moins vous offenser; il est tel, j’ose le dire, que la vertu la plus sévère ne devrait pas le craindre: mais je crains moi−même de vous entretenir plus longtemps de la peine que j’éprouve. Assuré que l’objet qui la cause ne la partage pas, il ne faut pas au moins abuser de ses bontés; et ce serait le faire, que d’employer plus de temps à vous retracer cette douloureuse image.”

“Vous−même, chez qui l’habitude de ce délire dangereux doit en diminuer l’effet, n’êtes−vous pas cependant obligé de convenir qu’il devient souvent plus fort que vous, et n’êtes−vous pas le premier à vous plaindre du trouble involontaire qu’il vous cause? Quel ravage effrayant ne ferait−il donc pas sur un Coeur neuf et sensible, qui ajouterait encore à son empire par la grandeur des sacrifices qu’il serait obligé de lui faire?”

“Je n’ai pas la vanité qu’on reproche à mon sexe; j’ai encore moins cette fausse modestie qui n’est qu’un raffinement de l’orgueil”

“Vous me traitez avec autant de légèreté que si j’étais votre Maîtresse.”

il ne faut pas fâcher les vieilles femmes; ce sont elles qui font la réputation des jeunes.”

“La petite fille a été à confesse; elle a tout dit, comme un enfant; et depuis, elle est tourmentée à un tel point de la peur du diable, qu’elle veut rompre absolument. Elle m’a raconté tous ses petits scrupules, avec une vivacité qui m’apprenait assez combien sa tête était montée. Elle m’a montré sa Lettre de rupture, qui est une vraie capucinade [moralismo oco]. Elle a babillé une heure avec moi, sans me dire un mot qui ait le sens commun. Mais elle ne m’en a pas moins embarrassée”

Tourmentée par le désir de s’occuper de son Amant, et par la crainte de se damner en s’en occupant, ele a imaginé de prier Dieu de le lui faire oublier; et comme elle renouvelle cette prière à chaque instant du jour, elle trouve le moyen d’y penser sans cesse.”

“la vraie façon de vaincre les scrupules est de ne laisser rien à perdre à ceux qui en ont.”

“Il serait honteux que nous ne fissions pas ce que nous voulons de deux enfants. Si nous y trouvons plus de peine que nous ne l’avions cru d’abord, songeons, pour animer notre zèle, vous, qu’il s’agit de la fille de Madame de Volanges, et moi, qu’elle doit devenir la femme de Gercourt.”

“Je ne connais personne si bête en amour, et je me reproche de plus en plus les bontés que nous avons pour lui. Savez−vous que j’ai pensé être compromise par rapport à lui! et que ce soit en pure perte! Oh! je m’en vengerai, je le promets.

Elle est vraiment aimable, cette chère petite! Elle méritait un autre Amant; elle aura au moins une bonne amie, car je m’attache sincèrement à elle. Je lui ai promis de la former et je crois que je lui tiendrai parole. Je me suis souvent aperçue du besoin d’avoir une femme dans ma confidence, et j’aimerais mieux celle−là qu’une autre”

“Nos amusements, nos rires, tout cela, vois−tu, ce ne sont que des jeux d’enfants; il n’en reste rien après qu’ils sont passés. Mais l’Amour, ah! l’Amour! un mot, un regard, seulement de le savoir là, eh bien! c’est le bonheur. Quand je vois Danceny, je ne désire plus rien; quand je ne le vois pas, je ne désire que lui. C’est comme un tourment, et ce tourment−là fait un plaisir inexprimable.”

“Je crois même que quand une fois on a de l’Amour, cela se répand jusque sur l’amitié. Celle que j’ai pour toi n’a pourtant pas changé; c’est toujours comme au Couvent: mais ce que je te dis, je l’éprouve avec Madame de Merteuil. Il me semble que je l’aime plus comme Danceny que comme toi, et quelquefois je voudrais qu’elle fût lui. Cela vient peut−être de ce que ce n’est pas une amitié d’enfant comme la nôtre; ou bien de ce que je les vois si souvent ensemble, ce qui fait que je me trompe. Enfin, ce qu’il y a de vrai, c’est qu’à eux deux, ils me rendent bien heureuse”

“Cessez donc, je vous en conjure, cessez de vouloir troubler un coeur à qui la tranquillité est si nécessaire; ne me forcez pas à regretter de vous avoir connu.”

“Comme vous traitez les femmes que vous avez séduites! avec quel mépris vous en parlez! Je veux croire que quelques−unes le méritent: mais toutes sont−elles donc si méprisables? Ah! sans doute, puisqu’elles ont trahi leurs devoirs pour se livrer à un amour criminel. De ce moment, elles ont tout perdu, jusqu’à l’estime de celui à qui elles ont tout sacrifié. Ce supplice est juste, mais l’idée seule en fait frémir.”

“Je lui ai tant dit que l’Amour honnête était le bien suprême, qu’un sentiment valait mieux que dix intrigues, que j’étais moi−même, dans ce moment, amoureux et timide”

Un Sage a dit que pour dissiper ses craintes il suffisait presque toujours d’en approfondir la cause.”

Les complaintes amoureuses ne sont bonnes à entendre qu’en récitatifs obligés, ou en grandes ariettes. Instruisez−moi donc de ce qui est et de ce que je dois faire; ou bien je déserte, pour éviter l’ennui que je prévois.”

“Après avoir abusé, Monsieur, de la confiance d’une mère et de l’innocence d’un enfant, vous ne serez pas surpris, sans doute, de ne plus être reçu dans une maison où vous n’avez répondu aux preuves de l’amitié la plus sincère, que par l’oubli de tous les procédés. Je préfère de vous prier de ne plus venir chez moi, à donner des ordres à ma porte, qui nous compromettraient tous également, par les remarques que les Valets ne manqueraient pas de faire.” Madame de Volanges

“L’événement qui le lui a fait écrire est mon ouvrage, et c’est, je crois, mon chef−d’oeuvre. Je n’ai pas perdu mon temps depuis votre dernière lettre, et j’ai dit comme l’Architecte Athénien: «Ce qu’il a dit, je le ferai.»” Merteuil

“J’allai le soir même chez Madame de Volanges, et, suivant mon projet, je lui fis confidence que je me croyais sûre qu’il existait entre sa fille et Danceny une liaison dangereuse. Cette femme, si clairvoyante contre vous, était aveuglée au point qu’elle me répondit d’abord qu’à coup sûr je me trompais”

“N’est−il pas plaisant, en effet, de consoler pour et contre, et d’être le seul agent de deux intérêts directement contraires? Me voilà comme la Divinité; recevant les voeux opposés des aveugles mortels, et ne changeant rien à mes décrets immuables. J’ai quitté pourtant ce rôle auguste, pour prendre celui d’Ange consolateur”

“en rentrant chez la mère, je l’ai décidée à éloigner sa fille pour quelque temps, à la mener à la Campagne. Et où? Le coeur ne vous bat pas de joie? Chez votre tante, chez la vieille Rosemonde. Elle doit l’en prévenir aujourd’hui: ainsi vous voilà autorisé à aller retrouver votre Dévote qui n’aura plus à vous objecter le scandale du tête−à−tête”

“Jugez du moment où il faudra réunir les Acteurs. La Campagne offre mille moyens”

Non, Madame, je ne serai point votre ami; je vous aimerai de l’amour le plus tendre, et même le plus ardent, quoique le plus respectueux. Vous pourrez le désespérer, mais non l’anéantir.” Valmont

Elle veut que je sois son ami. Mais moi, qui aime les méthodes nouvelles et difficiles, je ne prétends pas l’en tenir quitte à si bon marché; et assurément je n’aurai pas pris tant de peine auprès d’elle, pour terminer par une séduction ordinaire.”

“sans déraisonnement, point de tendresse; et c’est, je crois, par cette raison que les femmes nous sont si supérieures dans les Lettres d’Amour.”

“si j’ai le talent de perdre les femmes, je n’ai pas moins, quand je veux, celui de les sauver.”

QUADRILÁTERO AMOROSO: “Ce jour−là même, c’est−à−dire hier, Vressac, qui, comme vous pouvez croire, cajole le Vicomte, chassait avec lui, malgré son peu de goût pour la chasse, et comptait bien se consoler la nuit, entre les bras de la femme, de l’ennui que le mari lui causait tout le jour: mais moi, je jugeai qu’il aurait besoin de repos, et je m’occupai des moyens de décider sa Maîtresse à lui laisser le temps d’en prendre.” “Elle me dit que logée entre son mari et son Amant elle avait trouvé plus prudent d’aller chez Vressac, que de le recevoir dans son appartement; et que, puisque je logeais vis−à−vis d’elle, elle croyait plus sûr aussi de venir chez moi; qu’elle s’y rendrait aussitôt que sa Femme de chambre l’aurait laissée seule; que je n’avais qu’à tenir ma porte entrouverte, et l’attendre.”

“pouvais−je souffrir qu’une femme fût perdue pour moi, sans l’être par moi?”

“sans moi, vous seriez heureuse et tranquille. Me pardonnez−vous? dites! ah! dites que vous me pardonnez; dites−moi aussi que vous m’aimez, que vous m’aimerez toujours. J’ai besoin que vous me le répétiez. Ce n’est pas que j’en doute: mais il me semble que plus on en est sûr, et plus il est doux de se l’entendre dire. Vous m’aimez, n’est−ce pas ? oui, vous m’aimez de toute votre âme. Je n’oublie pas que c’est la dernière parole que je vous ai entendue prononcer.”

“je végète depuis si longtemps! il y a plus de six semaines que je ne me suis pas permis une gaieté. Celle−là se présente; puis−je me la refuser? le sujet n’en vaut−il pas la peine? en est−il de plus agréable, dans quelque sens que vous preniez ce mot?” Merteuil

L’amour, la haine, vous n’avez qu’à choisir, tout couche sous le même toit; et vous pouvez, doublant, votre existence, caresser d’une main et frapper de l’autre.”

Il est bien facile de s’entendre avec lui, car il a un regard qui dit tout ce qu’il veut. Je ne sais pas comment il fait: il me disait dans le billet dont je t’ai parlé qu’il n’aurait pas l’air de s’occuper de moi devant Maman: en effet, on dirait toujours qu’il n’y songe pas; et pourtant toutes les fois que je cherche ses yeux, je suis sûre de les rencontrer tout de suite.” Cecile

“Or, vous savez assez que femme qui consent à parler d’amour, finit bientôt par en prendre, ou au moins par se conduire comme si elle en avait.” Valmont

“puis−je deviner les mille caprices qui gouvernent la tête d’une femme, et par qui seuls vous tenez encore à votre sexe?”

são os que mais sabem nadar que morrem afogados.”

Vous savez comme moi que, pour l’effet public, avoir un homme ou recevoir ses soins, est absolument la même chose, à moins que cet homme ne soit un sot; et Prévan ne l’est pas, à beaucoup près.” Você sabe, como eu sei, que, no tocante à alta sociedade, consumar relações com um homem ou receber suas atenções são absolutamente sinônimos, a menos que esse homem seja um completo idiota; e esse Prévan não é nem um pouco bobo.

“Je ne me crois pas plus bête qu’un autre; des moyens de déshonorer une femme, j’en ai trouvé cent, j’en ai trouvé mille: mais quand je me suis occupé de chercher comment elle pourrait s’en sauver, je n’en ai jamais vu la possibilité. Vous−même, ma belle amie, dont la conduite est un chef−d’oeuvre, cent fois j’ai cru vous voir plus de bonheur que de bien joué.” Não me considero mais ingênuo que a média; meios de desonrar uma mulher, ah, conheço-os aos montes, conheço-os aos milhares: mas quando penso num meio de preservar sua reputação, não consigo pensar em nenhum. Você mesma, minha querida, cuja conduta é uma verdadeira obra-prima, por várias vezes vi se safar mais pela sorte que pelo talento da jogada.

“no mundo só há duas coisas: mulheres a ganhar e mulheres a perder; na maioria das vezes, trata-se em verdade duma coisa só.”

Unir o agradável ao mais agradável. O inútil ou desnecessário!

V DE VELOZ AMARGURA #recanto

Vingança começa com “v” de velocidade. E amor com “a” de anestesia, tamanha a lentidão, na comparação.

“Vou comer a novinha, mas não conseguirei devassar a beata!”

“Je considérai quelque temps cette figure angélique; puis, parcourant toute sa personne je m’amusais à deviner les contours et les formes à travers un vêtement léger, mais toujours importun.”

“Peu à peu nos yeux, accoutumés à se rencontrer, se fixèrent plus longtemps; enfin ils ne se quittèrent plus, et j’aperçus dans les siens cette douce langueur, signal heureux de l’amour et du désir; mais ce ne fut qu’un moment; et bientôt revenue à elle−même, elle changea, non sans quelque honte, son maintien et son regard.”

“C’est enfin après vous avoir parlé avec une sincérité que l’intérêt même de cet amour n’a pu affaiblir, que vous me fuyez aujourd’hui comme un séducteur dangereux, dont vous auriez reconnu la perfidie.”

“Il sentit facilement que faire un choix entre elles, c’était se perdre; que la fausse honte de se trouver la première infidèle effaroucherait la préférée; que la vanité blessée des deux autres les rendrait ennemies du nouvel Amant, et qu’elles ne manqueraient pas de déployer contre lui la sévérité des grands príncipes; enfin, que la jalousie ramènerait à coup sûr les soins d’un rival qui pouvait être encore à craindre. Tout fût devenu obstacle; tout devenait facile dans son triple projet; chaque femme était indulgente, parce qu’elle y était intéressée, chaque homme, parce qu’il croyait ne pas l’être.” “Des trois maris, l’un était absent, l’autre partait le lendemain au point du jour, le troisième était à la Ville.”

on a toujours assez vécu, quand on a eu le temps d’acquérir l’amour des femmes et l’estime des hommes.”

“Quand je me lève, je me dis; «Je ne la verrai pas.» Je me couche en disant: «Je ne l’ai point vue.» Partout je trouve le malheur.”

“Quant à la prudence, à la finesse, je ne parle pas de moi: mais quelle femme n’en aurait pas plus que vous? Eh! votre Présidente vous mène comme un enfant.

Croyez−moi, Vicomte, on acquiert rarement les qualités dont on peut se passer. Combattant sans risque, vous devez agir sans précaution. Pour vous autres hommes, les défaites ne sont que des succès de moins. Dans cette partie si inégale, notre fortune est de ne pas perdre, et votre malheur de ne pas gagner. Quand je vous accorderais autant de talents qu’à nous, de combien encore ne devrions−nous pas vous surpasser, par la nécessité où nous sommes d’en faire un continuel usage!”

“Mais qu’une femme infortunée sente la première le poids de sa chaîne, quels risques n’a−t−elle pas à courir, si elle tente de s’y soustraire, si elle ose seulement la soulever? Ce n’est qu’en tremblant qu’elle essaie d’éloigner d’elle l’homme que son coeur repousse avec effort.” “Ses bras s’ouvrent encor, quand son coeur est fermé.” Ces Tyrans détrônés devenus mes esclaves (On ne sait si ce vers, ainsi que celui qui se trouve plus haut, sont des citations d’Ouvrages peu connus; ou s’ils font partie de la prose de Madame de Merteuil. Ce qui le ferait croire, c’est la multitude de fautes de ce genre qui se trouvent dans toutes les Lettres de cette correspondance. Celles du Chevalier Danceny sont les seules qui en soient exemptes: peut−être que, comme il s’occupait quelquefois de Poésie, son oreille plus exercée lui faisait éviter plus facilement ce défaut.)” “née pour venger mon sexe et maîtriser le vôtre, j’avais su me créer des moyens inconnus jusqu’à moi”

PREGADOR DO AMOR: “vraies superstitieuses, ont pour le Prêtre le respect et la foi qui n’est dû qu’à la Divinité.” “autênticos supersticiosos, têm pelo Padre o respeito e a fé que não merece senão a Divindade.”

“Tema principalmente aquelas que, mais vãs que pudicas, não sabem consentir por necessidade com o rompimento da relação.”

“abandonadas sem reserva à fermentação de seus ideais, parem essas cartas tão doces, mas tão perigosas de escrever; e não hesite um segundo em atribuir toda essa fraqueza que delas se apodera ao objeto culpado e causador; não passam de imprudentes, que no Amante atual não pressentem o Inimigo futuro.”

“posso dizer: sou minha obra.”

ESCOLA DA SAGE FEMME, A FAMIGERADA PUTA

“Ce travail sur moi−même avait fixé mon attention sur l’expression des figures et le caractère des physionomies; et j’y gagnai ce coup d’oeil pénétrant, auquel l’expérience m’a pourtant appris à ne pas me fier entièrement; mais qui, en tout, m’a rarement trompée.

Je n’avais pas 15 ans, je possédais déjà les talents auxquels la plus grande partie de nos Politiques doivent leur réputation, et je ne me trouvais encore qu’aux premiers éléments de la science que je voulais acquérir.”

A REFLEXÃO GERA A DEVASSIDÃO: “Vous jugez bien que, comme toutes les jeunes filles, je cherchais à deviner l’amour et ses plaisirs: mais n’ayant jamais été au Couvent, n’ayant point de bonne amie, et surveillée par une mère vigilante, je n’avais que des idées vagues et que je ne pouvais fixer; la nature même, dont assurément je n’ai eu qu’à me louer depuis, ne me donnait encore aucun indice. On eût dit qu’elle travaillait en silence à perfectionner son ouvrage. Ma tête seule fermentait; je ne désirais pas de jouir, je voulais savoir; le désir de m’instruire m’en suggéra les moyens.

“o medo de me trair me impedia de me salvar” Luxembourg Merteuil

“…et j’arrivai vierge entre les bras de M. de Merteuil. J’attendais avec sécurité le moment qui devait m’instruire, et j’eus besoin de réflexion pour montrer de l’embarras et de la crainte. Cette première nuit, dont on se fait pour l’ordinaire une idée si cruelle ou si douce ne me présentait qu’une occasion d’expérience: douleur et plaisir, j’observai tout exactement, et ne voyais dans ces diverses sensations que des faits à recueillir et à méditer.

Ce genre d’étude parvint bientôt à me plaire: mais fidèle à mes principes, et sentant peut−être par instinct, que nul ne devait être plus loin de ma confiance que mon mari, je résolus, par cela seul que j’étais sensible, de me montrer impassible à ses yeux. Cette froideur apparente fut par la suite le fondement inébranlable de son aveugle confiance: j’y joignis, par une seconde réflexion, l’air d’étourderie [distraído] qu’autorisait mon âge; et jamais il ne me jugea plus enfant que dans les moments où je le jouais avec plus d’audace.

CIDADESTÉRIL: “je me laissai d’abord entraîner par le tourbillon du monde [o lugar mais calmo, se bem pensar], et je me livrai tout entière à ses distractions futiles. Mais au bout de quelques mois, M. de Merteuil m’ayant menée à sa triste campagne, la crainte de l’ennui fit revenir le goût de l’étude; et ne m’y trouvant entourée que de gens dont la distance avec moi me mettait à l’abri de tout soupçon, j’en profitai pour donner un champ plus vaste à mes expériences. Ce fut là, surtout, que je m’assurai que l’amour que l’on nous vante comme la cause de nos plaisirs n’en est au plus que le prétexte.“o amor que dizem ser a causa dos nossos prazeres não passa de pretexto.”

“La maladie de M. de Merteuil vint interrompre de si douces occupations; il fallut le suivre à la Ville, où il venait chercher des secours. Il mourut, comme vous savez, peu de temps après; et quoique à tout prendre, je n’eusse pas à me plaindre de lui, je n’en sentis pas moins vivement le prix de la liberté qu’allait me donner mon veuvage, et je me promis bien d’en profiter.

“Ma mère comptait que j’entrerais au Couvent, ou reviendrais vivre avec elle. Je refusai l’un et l’autre parti; et tout ce que j’accordai à la décence fut de retourner dans cette même campagne où il me restait bien encore quelques observations à faire.”

Donner le cul au couvent.

Je les fortifiai par le secours de la lecture: mais ne croyez pas qu’elle fût toute du genre que vous la supposez. J’étudiai nos moeurs dans les Romans; nos opinions dans les Philosophes; je cherchai même dans les Moralistes les plus sévères ce qu’ils exigeaient de nous, et je m’assurai ainsi de ce qu’on pouvait faire, de ce qu’on devait penser et de ce qu’il fallait paraître [A mulher de César parece e é honesta, mas será uma santa ou só pensa em sacanagem? Quanto mais suja for, mais mulher de César será!]. Une fois fixée sur ces trois objets, le dernier seul présentait quelques difficultés dans son exécution; j’espérai les vaincre et j’en méditai les moyens.”

Suruba dentro da caixa craniana.

Uma puta para poucos que era muito conhecida: “Je commençais à m’ennuyer de mes plaisirs rustiques, trop peu variés pour ma tête active; je sentais un besoin de coquetterie qui me raccommoda avec l’amour; non pour le ressentir à la vérité, mais pour l’inspirer et le feindre [simular]. En vain m’avait−on dit et avais−je lu qu’on ne pouvait feindre ce sentiment, je voyais pourtant que, pour y parvenir, il suffisait de joindre à l’esprit d’un Auteur le talent d’un Comédien. Je m’exerçai dans les deux genres, et peut−être avec quelque succès: mais au lieu de rechercher les vains applaudissements du Théâtre, je résolus d’employer à mon bonheur ce que tant d’autres sacrifiaient à la vanité.”

“Cette longue solitude, cette austère retraite avaient jeté sur moi un vernis de pruderie qui effrayait nos plus agréables; ils se tenaient à l’écart, et me laissaient livrée à une foule d’ennuyeux, qui tous prétendaient à ma main. L’embarras n’était pas de les refuser; mais plusieurs de ces refus déplaisaient à ma famille, et je perdais dans ces tracasseries intérieures le temps dont je m’étais promis un si charmant usage. Je fus donc obligée, pour rappeler les uns et éloigner les autres, d’afficher quelques inconséquences, et d’employer à nuire à ma réputation le soin que je comptais mettre à la conserver. Je réussis facilement, comme vous pouvez croire.”

“Ces reconnaissantes Duègnes [matronas] s’établirent mes apologistes; et leur zèle aveugle pour ce qu’elles appelaient leur ouvrage fut porté au point qu’au moindre propos qu’on se permettait sur moi, tout le parti Prude criait au scandale et à l’injure. Le même moyen me valut encore le suffrage de nos femmes à prétentions [prostitutas], qui, persuadées que je renonçais à courir la même carrière qu’elles, me choisirent pour l’objet de leurs éloges, toutes les fois qu’elles voulaient prouver qu’elles ne médisaient pas de tout le monde.”

Uma gorda de respeito.

“Cependant ma conduite précédente avait ramené les Amants; et pour me ménager entre eux et mes fidèles protectrices, je me montrai comme une femme sensible, mais difficile, à qui l’excès de sa délicatesse fournissait des armes contre l’amour.”

les hommes qui ne me plaisaient point furent toujours les seuls dont j’eus l’air d’accepter les hommages. Je les employais utilement à me procurer les honneurs de la résistance, tandis que je me livrais sans crainte à l’Amant préféré.”

j’ai trouvé moins dangereux de me tromper dans le choix, que de le laisser pénétrer. Je gagne encore par là d’ôter les vraisemblances, sur lesquelles seules on peut nous juger.” “descobri ser menos perigoso me equivocar nas escolhas do alvo, que deixar-me por fim ser a alvejada. Dessa forma, disfarço as aparências, único critério fiável do julgamento.”

“a precaução de jamais escrever, jamais deixar uma só pegada”

Requebrada no ritmo

“a estória de Sansão é uma alegoria e tanto dos segredos que erradamente confessamos” “Dalila moderna, sempre tratei de empregar todos os meios para apanhar esse segredo tão caro a cada um. Ah, de quantos Sansões cristãos não conservo eu a cabeleira, segurando uma tesoura ainda afiada? Esses são os fracos do amor. Mais vale dissimular uma cumplicidade, incutir-lhes o sentimento da infidelidade, a fim de inocentar-se perante seu tribunal inquisitório.” “a idéia lisonjeira desfrutada por cada amante na fila: a de ser o único que jamais amei. Ainda quando essa ilusão não era possível, avançava primeiro quando pressentia a hora da ruptura, para evitar o ridículo e a calúnia.”

“eu já te desejava antes de haver-te visto; seduzida por tua reputação, me parecia que faltavas em meu extenso currículo. Tu foste, confesso, meu único passatempo que por um breve instante chegou a possuir um império sobre mim.”

cette fille est ma soeur de lait, et ce lien qui ne nous en paraît pas un, n’est pas sans force pour les gens de cet état”

Qu’est−ce donc que vous voulez dire, que votre amour devient un tourment pour vous, que vous ne pouvez plus vivre ainsi, ni soutenir plus longtemps votre situation? Est−ce que vous allez cesser de m’aimer, parce que cela n’est pas si agréable qu’autrefois? Il me semble que je ne suis pas plus heureuse que vous, bien au contraire; et pourtant je ne vous aime que davantage.” “et vous êtes fâché! Vous m’aviez pourtant bien assuré, avant que je vous l’eusse dit, que cela suffisait pour vous rendre heureux. Vous ne pouvez pas le nier: c’est dans vos Lettres. Quoique je ne les aie plus, je m’en souviens comme quand je les lisais tous les jours. Et parce que nous voilà absents, vous ne pensez plus de même! Mais cette absence ne durera pas toujours, peut−être? Mon Dieu, que je suis malheureuse! et c’est bien vous qui en êtes cause!

comme vous embellissez et faites chérir tous les sentiments honnêtes! Ah! c’est là votre séduction; c’est la plus forte; c’est la seule qui soit, à la fois, puissante et respectable.” Valmont

Ah! pourquoi votre bonheur ne dépend−il pas de moi? comme je me vengerais de vous, en vous rendant heureuse! Mais ce doux empire, la stérile amitié ne le produit pas; il n’est dû qu’à l’amour.” “Ah! por que raios sua felicidade não depende de mim? como eu me vingaria de você, tornando-a feliz! Mas esse doce poder, a estéril amizade não produz; ele só emana do amor.”

“me verrai−je réduit à brûler d’un amour que je sens bien qui ne pourra s’éteindre, sans oser même implorer votre secours! Ah! Madame, de grâce, n’abusez pas de votre empire!”

“Le peu de confiance que vous témoigne votre Maman et ses procédés si durs envers vous autorisent de reste cette petite supercherie. C’est au surplus le seul moyen de continuer à recevoir les Lettres de Danceny, et à lui faire passer les vôtres; tout autre est réellement trop dangereux, et pourrait vous perdre tous deux sans ressource: aussi ma prudente amitié se reprocherait−elle de les employer davantage.”

Ce sont ces petits détails qui donnent la vraisemblance, et la vraisemblance rend les mensonges sans conséquence, en ôtant le désir de les vérifier.” “São os pequenos detalhes que tornam verossímil, e a verossimilhança torna as mentiras sem conseqüência, evitando desconfianças importunas.”

Je hais tout ce qui a l’air de la tromperie; c’est là mon caractère. Mais vos malheurs m’ont touché au point que je tenterai tout pour les adoucir.” “Eu odeio a trapaça, mas você me convenceu a ser um trapaceiro.”

ESCOLA DE PEDÓFILOS VIRA-CASACAS: “Adieu, ma belle pupille: car vous êtes ma pupille. Aimez un peu votre tuteur, et surtout ayez avec lui de la docilité; vous vous en trouverez bien. Je m’occupe de votre bonheur, et soyez sûre que j’y trouverai le mien.”

“si vous avez quelque grand coup à faire, si vous devez tenter quelque entreprise où ce Rival dangereux vous paraisse à craindre, arrivez. (…) Que vous êtes heureux de m’avoir pour amie! Je suis pour vous une Fée bienfaisante. Vous languissez loin de la Beauté qui vous engage; je dis un mot, et vous vous retrouvez auprès d’elle. Vous voulez vous venger d’une femme qui vous nuit; je vous marque l’endroit où vous devez frapper et la livre à votre discrétion. Enfin, pour écarter de la lice un concurrent redoutable, c’est encore moi que vous invoquez, et je vous exauce. En vérité, si vous ne passez pas votre vie à me remercier, c’est que vous êtes un ingrat.” Merteuil

“j’arrêtai par mon sérieux sa gaieté qui me parut trop légère pour un début; il se rabattit sur la

délicate amitié; et ce fut sous ce drapeau banal que nous commençâmes notre attaque réciproque.”

Au dessert, on parla d’une Pièce nouvelle qu’on devait donner le Lundi suivant aux Français. Je témoignai quelques regrets de n’avoir pas ma loge; il m’offrit la sienne que je refusai d’abord, comme cela se pratique: à quoi il répondit assez plaisamment que je ne l’entendais pas, qu’à coup sûr il ne ferait pas le sacrifice de sa loge à quelqu’un qu’il ne connaissait pas, mais qu’il m’avertissait seulement que Madame la Maréchale en disposerait. Elle se prêta à cette plaisanterie, et j’acceptai.”

Plusieurs personnes ne s’étant pas remises au jeu l’après−souper, la conversation fut plus générale et moins intéressante: mais nos yeux parlèrent beaucoup. Je dis nos yeux: je devrais dire les siens; car les miens n’eurent qu’un langage, celui de la surprise. Il dut penser que je m’étonnais et m’occupais excessivement de l’effet prodigieux qu’il faisait sur moi. Je crois que je le laissai fort satisfait; je n’étais pas moins contente.

Il était galant, il devint tendre. Ce n’est pas que les propos ne fussent à peu près les mêmes; la circonstance y forçait: mais son regard, devenu moins vif, était plus caressant; l’inflexion de sa voix plus douce; son sourire n’était plus celui de la finesse, mais du contentement. Enfin dans ses discours, éteignant peu à peu le feu de la saillie, l’esprit fit place à la délicatesse. Je vous le demande, qu’eussiez−vous fait de mieux?”

mais j’étais bien sûre aussi, d’après ma réputation, qu’il ne me traiterait pas avec cette légèreté que, pour peu qu’on ait d’usage, on n’emploie qu’avec les femmes à aventures, ou celles qui n’ont aucune expérience; et je voyais mon succès certain s’il prononçait le mot d’amour, s’il avait la prétention, surtout, de l’obtenir de moi. Qu’il est commode d’avoir affaire à vous autres gens à principes [os homens]!” “et ce refrain perpétuel de sa part, je ne vous demande qu’un mot; et ce silence de la mienne, qui semble ne le laisser attendre que pour le faire désirer davantage; au travers de tout cela, une main cent fois prise, qui se retire toujours et ne se refuse jamais.

#offtopic #bienquàpropos Um grande homem precisa ser rico também em defeitos. Desses meu pai me forneceu uma abundância tão rara quanto oportuna para servir de polpa a um homem só.

Mais voulant frapper le coup décisif, j’appelai les larmes à mon secours. Ce fut exactement le Zaïre, vous pleurez [tragédia de Voltaire]. Cet empire qu’il se crut sur moi, et l’espoir qu’il en conçut de me perdre à son gré, lui tinrent lieu de tout l’amour d’Orosmane.”

Le jour fatal arrivé, ce jour où je devais perdre ma vertu et ma réputation, je donnai mes instructions à ma fidèle Victoire [sua femme de chambre], et elle les exécuta comme vous le verrez bientôt.” “Le jeu dura plus que je n’avais pensé. Le Diable me tentait, et je succombai au désir d’aller consoler l’impatient prisonnier. Je m’acheminais ainsi à ma perte, quand je réfléchis qu’une fois rendue tout à fait, je n’aurais plus sur lui l’empire de le tenir dans le costume de décence nécessaire à mes projets. J’eus la force de résister. Je rebroussai chemin, et revins, non sans humeur, reprendre place à ce jeu éternel. Il finit pourtant, et chacun s’en alla. Pour moi, je sonnai mes femmes, je me déshabillai fort vite, et les renvoyai de même.” “Il n’avait encore que balbutié, quand j’entendis Victoire accourir, et appeler les Gens qu’elle avait gardés chez elle, comme je le lui avais ordonné. Là, prenant mon ton de Reine, et élevant la voix: «Sortez, Monsieur, continuai−je, et ne reparaissez jamais devant moi.» Là−dessus, la foule de mes gens entra.

Le pauvre Prévan perdit la tête, et croyant voir un guet−apens [emboscada] dans ce qui n’était au fond qu’une plaisanterie, il se jeta sur son épée. Mal lui en prit: car mon Valet de chambre, brave et vigoureux, le saisit au corps et le terrassa.”

aussitôt qu’il a été jour chez moi, ma dévote Voisine était déjà au chevet de mon lit, pour savoir la vérité et les détails de cette horrible aventure. J’ai été obligée de me désoler avec elle, pendant une heure, sur la corruption du siècle. Un moment après, j’ai reçu de la Maréchale le billet que je joins ici. Enfin, avant 5 heures, j’ai vu arriver, à mon grand étonnement, M… (Le Commandant du corps dans lequel M. de Prévan servait). Il venait, m’a−t−il dit, me faire ses excuses, de ce qu’un Officier de son corps avait pu me manquer à ce point. Il ne l’avait appris qu’à dîner chez la Maréchale, et avait sur−le−champ envoyé ordre à Prévan de se rendre en prison. J’ai demandé grâce, et il me l’a refusée. Alors j’ai pensé que, comme complice, il fallait m’exécuter de mon côté, et garder au moins de rigides arrêts. J’ai fait fermer ma porte, et dire que j’étais incommodée.” “Mon Dieu, qu’une jeune femme est malheureuse! elle n’a rien fait encore, quand elle s’est mise à l’abri de la médisance; il faut qu’elle en impose même à la calomnie.”

“la femme qui garde une volonté à elle n’aime pas autant qu’elle le dit. Ce n’est pas que je soupçonne votre Maîtresse d’inconstance: mais elle est bien jeune: elle a grand−peur de sa Maman, qui, comme vous le savez, ne cherche qu’à vous nuire; et peut−être serait−il dangereux de rester trop longtemps sans l’occuper de vous.” Valmont

“ne nous voyons plus; partez; et, jusque−là, fuyons surtout ces entretiens particuliers et trop dangereux, où, par une inconcevable puissance, sans jamais parvenir à vous dire ce que je veux, je passe mon temps à écouter ce que je ne devrais pas entendre.” La Presidente de Tourvel

“Ne craignez pas que votre absence altère jamais mes sentiments pour vous; comment parviendrais−je à les vaincre, quand je n’ai plus le courage de les combattre? Vous le voyez, je vous dis tout, je crains moins d’avouer ma faiblesse, que d’y succomber: mais cet empire que j’ai perdu sur mes sentiments, je le conserverai sur mes actions“Je vous devrai la douceur de goûter sans remords un sentiment délicieux. À présent, au contraire, effrayée de mes sentiments, de mes pensées, je crains également de m’occuper de vous et de moi; votre idée même m’épouvante: quand je ne peux la fuir, je la combats; je ne l’éloigne pas, mais je la repousse.” “si, pour vous rendre heureux, il ne fallait que consentir à être malheureuse, vous pouvez m’en croire, je n’hésiterais pas un moment… Mais devenir coupable!… non, mon ami, non, plutôt mourir mille fois.”

“On ne tremble point auprès de l’homme qu’on estime; on n’éloigne pas, surtout, celui qu’on a jugé digne de quelque amitié: c’est l’homme dangereux qu’on redoute et qu’on fuit.” Valmont

“Ce n’est plus l’amant fidèle et malheureux, recevant les conseils et les consolations d’une amie tendre et sensible; c’est l’accusé devant son juge, l’esclave devant son maître. Ces nouveaux titres imposent sans doute de nouveaux devoirs; je m’engage à les remplir tous.”

“Cécile ne m’aime plus. Oui, je vois cette affreuse vérité à travers le voile dont votre amitié l’entoure. Vous avez voulu me préparer à recevoir ce coup mortel. Je vous remercie de vos soins, mais peut−on en imposer à l’amour? Il court au−devant de ce qui l’intéresse; il n’apprend pas son sort, il le devine.” Danceny

“s’il y avait en effet trop de danger, elle sait bien que je ne veux pas qu’elle se risque trop.”

“Une si courte absence a bien changé vos sentiments. Mais pourquoi me tromper? pourquoi me dire que vous m’aimez toujours, que vous m’aimez davantage? Votre Maman, en détruisant votre amour, a−t−elle aussi détruit votre candeur?”

“j’ai toujours pensé que quand il n’y avait plus que des louanges [éloges] à donner à une femme, on pouvait s’en reposer sur elle, et s’occuper d’autre chose.” Valmont

“Oui, j’aime à voir, à considérer cette femme prudente, engagée, sans s’en être aperçue, dans un sentier [senda] qui ne permet plus de retour, et dont la pente rapide et dangereuse l’entraîne malgré elle, et la force à me suivre. Là, effrayée du péril qu’elle court, elle voudrait s’arrêter et ne peut se retenir. Ses soins et son adresse peuvent bien rendre ses pas moins grands; mais il faut qu’ils se succèdent. Quelquefois, n’osant fixer le danger, elle ferme les yeux, et se laissant aller, s’abandonne à mes soins. Plus souvent, une nouvelle crainte ranime ses efforts dans son effroi mortel, elle veut tenter encore de retourner en arrière; elle épuise ses forces pour gravir péniblement un court espace; et bientôt un magique pouvoir la replace plus près de ce danger, que vainement elle avait voulu fuir. Alors n’ayant plus que moi pour guide et pour appui, sans songer à me reprocher davantage une chute inévitable, elle m’implore pour la retarder. Les ferventes prières, les humbles supplications, tout ce que les mortels, dans leur crainte, offrent à la Divinité, c’est moi qui les reçois d’elle; et vous voulez que, sourd à ses voeux, et détruisant moi−même le culte qu’elle me rend, j’emploie à la précipiter la puissance qu’elle invoque pour la soutenir! Ah! laissez−moi du moins le temps d’observer ces touchants combats entre l’amour et la vertu.

Eh quoi! ce même spectacle qui vous fait courir au Théâtre avec empressement, que vous y applaudissez avec fureur, le croyez−vous moins attachant dans la réalité? Ces sentiments d’une âme pure et tendre, qui redoute le bonheur qu’elle désire, et ne cesse pas de se défendre, même alors qu’elle cesse de résister, vous les écoutez avec enthousiasme: ne seraient−ils sans prix que pour celui qui les fait naître? Voilà pourtant, voilà les délicieuses jouissances que cette femme céleste m’offre chaque jour; et vous me reprochez d’en savourer les douceurs! Ah! le temps ne viendra que trop tôt, où, dégradée par sa chute, elle ne sera plus pour moi qu’une femme ordinaire.” “Écartons sa dangereuse idée; que je redevienne moi−même pour traiter un sujet plus gai.”

La jolie mine de la petite personne, sa bouche si fraîche, son air enfantin, sa gaucherie même fortifiaient ces sages réflexions; je résolus d’agir en conséquence, et le succès a couronné l’entreprise.” “maniant avec adresse les armes de votre sexe, vous triomphiez par la finesse; moi, rendant à l’homme ses droits imprescriptibles, je subjuguais par l’autorité.”

“Elle était dans son premier sommeil, et dans celui de son âge; de façon que je suis arrivé jusqu’à son lit, sans qu’elle se soit réveillée. J’ai d’abord été tenté d’aller plus avant, et d’essayer de passer pour un songe” “Sans doute on ne lui a pas bien appris dans son Couvent à combien de périls divers est exposée la timide innocence, et tout ce qu’elle a à garder pour n’être pas surprise: car, portant toute son attention, toutes ses forces à se défendre d’un baiser, qui n’était qu’une fausse attaque, tout le reste était laissé sans défense; le moyen de n’en pas profiter! J’ai donc changé ma marche, et sur le champ j’ai pris poste. Ici nous avons pensé être perdus tous deux: la petite fille, tout effarouchée, a voulu crier de bonne foi; heureusement sa voix s’est éteinte dans les pleurs. Elle s’était jetée aussi au cordon de sa sonnette, mais mon adresse a retenu son bras à temps.“Une main occupée pour la force, l’autre pour l’amour, quel Orateur pourrait prétendre à la grâce em pareille situation?” “Alors ayant guidé ses bras timides autour de mon corps, et la pressant de l’un des miens plus amoureusement, le doux baiser a été reçu en effet; mais bien, mais parfaitement reçu: tellement enfin que l’Amour n’aurait pas pu mieux faire.“Vous me supposez là bien empressé, bien actif, n’est−il pas vrai? point du tout. J’ai pris goût aux lenteurs, vous dis−je. Une fois sûr d’arriver, pourquoi tant presser le voyage?” “et je la trouvais ici dénuée de tout secours étranger. Elle avait pourtant à combattre l’amour, et l’amour soutenu par la pudeur ou la honte, et fortifié surtout par l’humeur que j’avais donnée, et dont on avait beaucoup pris. L’occasion était seule; mais elle était là, toujours offerte, toujours présente, et l’Amour était absent.” “Hé bien! sans autre soin, la tendre amoureuse, oubliant ses serments, a cédé d’abord et fini par consentir: non pas qu’après ce premier moment les reproches et les larmes ne soient revenus de concert; j’ignore s’ils étaient vrais ou feints: mais, comme il arrive toujours, ils ont cessé, dès que je me suis occupé à y donner lieu de nouveau. Enfin, de faiblesse en reproche, et de reproche en faiblesse, nous ne nous sommes séparés que satisfaits l’un de l’autre, et également d’accord pour le rendez−vous de ce soir.” “Et pour la première fois, sa mère, alarmée de ce changement extrême, lui témoignait un intérêt assez tendre! et la Présidente aussi, qui s’empressait autour d’elle! Oh! pour ces soins−là ils ne sont que prêtés

“Un petit moment après, il a voulu m’embrasser; et pendant que je me défendais, comme c’est naturel, il a si bien fait, que je n’aurais pas voulu pour toute chose au monde… mais, lui voulait un baiser auparavant. Il a bien fallu, car comment faire? d’autant que j’avais essayé d’appeler, mais outre que je n’ai pas pu, il a bien su me dire que, s’il venait quelqu’un, il saurait bien rejeter toute la faute sur moi; et, en effet, c’était bien facile, à cause de cette clef. Ensuite il ne s’est pas retiré davantage. Il en a voulu un second; et celui−là, je ne savais pas ce qui en était, mais il m’a toute troublée; et après, c’était encore pis qu’auparavant. Oh! par exemple, c’est bien mal ça. Enfin après…, vous m’exempterez bien de dire le reste; mais je suis malheureuse autant qu’on puisse l’être.”

«Ah! Maman, votre fille est bien malheureuse!»

“J’espérais que l’absence, les distractions détruiraient un amour que je regardais plutôt comme une erreur de l’enfance que comme une véritable passion. Cependant, loin d’avoir rien gagné depuis mon séjour ici, je m’aperçois que cet enfant se livre de plus en plus à une mélancolie dangereuse” Madame de Volanges

“Heureusement j’ai eu la prudence de ne lui faire aucune question, et elle n’a pas osé m’en dire davantage: mais il n’en est pas moins clair que c’est cette malheureuse passion qui la tourmente.” “Non, je ne souffrirai point qu’elle épouse celui−ci pour aimer celui−là, et j’aime mieux compromettre mon autorité que sa vertu. Je crois donc que je vais prendre le parti le plus sage de retirer la parole que j’ai donnée à M. de Gercourt.” “De quel avantage sera−t−il donc pour ma fille d’être née riche, si elle n’en doit pas moins être esclave de la fortune?”

DEPOIS QUE A BARCA JÁ VIROU ENVIAM OS MECÂNICOS: “Je conviens que M. de Gercourt est un parti meilleur, peut−être, que je ne devais l’espérer pour ma fille; j’avoue même que j’ai été extrêmement flattée du choix qu’il a fait d’elle. Mais enfin, Danceny est d’une aussi bonne maison que lui; il ne lui cède en rien pour les qualités personnelles; il a sur M. de Gercourt l’avantage d’aimer et d’être aimé: il n’est pas riche à la vérité; mais ma fille ne l’est−elle pas assez pour eux deux? Ah! pourquoi lui ravir la satisfaction si douce d’enrichir ce qu’elle aime!

Ces mariages qu’on calcule au lieu de les assortir, qu’on appelle de convenance, et où tout se convient en effet, hors les goûts et les caractères, ne sont−ils pas la source la plus féconde de ces éclats scandaleux qui deviennent tous les jours plus fréquents? J’aime mieux différer: au moins j’aurai le temps d’étudier ma fille que je ne connais pas. Je me sens bien le courage de lui causer un chagrin passager, si elle en doit recueillir un bonheur plus solide: mais de risquer de la livrer à un désespoir éternel, cela n’est pas dans mon cour.

“je puis dire que dans le triste Château de ma vieille tante, je n’ai pas éprouvé un moment d’ennui. Au fait, n’y ai−je pas jouissances, privations, espoir, incertitude? Qu’a−t−on de plus sur un plus grand théâtre? des spectateurs? Hé! laissez faire, ils ne manqueront pas.”

“Heureux, ma belle amie, qui a su, comme vous, s’accoutumer à n’y jamais céder. Enfin j’ai différé ma vengeance; j’ai fait ce sacrifice à vos vues sur Gercourt.”

“sans doute elle ignore encore que les flèches de l’Amour, comme la lance d’Achille, portent avec elles le remède aux blessures qu’elles font.”

“comment la tête se détourne et les regards se baissent, tandis que les discours, toujours prononcés d’une voix faible, deviennent rares et entrecoupés. Ces symptômes précieux annoncent, d’une manière non équivoque, le consentement de l’âme: mais rarement a−t−il encore passé jusqu’aux sens; je crois même qu’il est toujours dangereux de tenter alors quelque entreprise trop marquée; parce que cet état d’abandon n’étant jamais sans un plaisir très doux, on ne saurait forcer d’en sortir, sans causer une humeur qui tourne infailliblement au profit de la défense.”

“le premier pas franchi, ces Prudes austères savent−elles s’arrêter? leur amour est une véritable explosion; la résistance y donne plus de force. Ma farouche Dévote courrait après moi, si je cessais de courir après elle.

“Aussi ce sera la première infidélité que je ferai à ma grave conquête; et je vous promets de profiter du premier prétexte pour m’absenter vingt−quatre heures d’auprès d’elle. Ce sera sa punition, de m’avoir tenu si longtemps éloigné de vous. Savez−vous que voilà plus de deux mois que cette aventure m’occupe? oui, deux mois et trois jours; il est vrai que je compte demain, puisqu’elle ne sera véritablement consommée qu’alors. Cela me rappelle que Mademoiselle de B*** a résisté les trois mois complets. Je suis bien aise de voir que la franche coquetterie a plus de défense que l’austère vertu.

“Mais quoi! dans ma crédule sécurité, je dormais tranquillement; je dormais, et la foudre est tombée sur moi. Non, je ne conçois rien à ce départ: il faut renoncer à connaître les femmes.” “À quoi me sert de m’être établi dans son coeur, de l’avoir embrasé de tous les feux de l’amour,

d’avoir porté jusqu’au délire le trouble de ses sens; si tranquille dans sa retraite, elle peut aujourd’hui s’enorgueillir de sa fuite plus que moi de mes victoires?” “Pourquoi courir après celui qui nous fuit, et négliger ceux qui se présentent? Ah! pourquoi?…” “Mais que de travaux encore! que j’en étais près hier, et qu’aujourd’hui je m’en vois éloigné! Comment m’en rapprocher?” “Personne ne sait rien, personne ne désire de rien savoir à peine en aurait−on parlé, si j’avais consenti qu’on parlât d’autre chose. Madame de Rosemonde, chez qui j’ai couru ce matin quand j’ai appris cette nouvelle, m’a répondu avec le froid de son âge que c’était la suite naturelle de l’indisposition que Madame de Tourvel avait eue hier; qu’elle avait craint une maladie, et qu’elle avait préféré d’être chez elle: elle trouve cela tout simple, elle en aurait fait autant, m’a−t−elle dit, comme s’il pouvait y avoir quelque chose de commun entre elles deux! entre elle, qui n’a plus qu’à mourir; et l’autre, qui fait le charme et le tourment de ma vie!” “Oh! je renouerai avec sa fille; je veux la travailler à ma fantaisie: aussi bien, je crois que je resterai ici quelque temps” “au moins, je parle à quelqu’un qui m’entend, et non aux automates près de qui je végète depuis ce matin. En vérité, plus je vais, et plus je suis tenté de croire qu’il n’y a que vous et moi dans le monde, qui valions quelque chose.”

“Que vous dirai−je enfin? j’aime, oui, j’aime éperdument. Hélas! ce mot que j’écris pour la première fois, ce mot si souvent demandé sans être obtenu, je payerais de ma vie la douceur de pouvoir une fois seulement le faire entendre à celui qui l’inspire; et pourtant il faut le refuser sans cesse! Il va douter encore de mes sentiments; il croira avoir à s’en plaindre. Je suis bien malheureuse!” Tourvel

“Pour moi, je l’avoue, je n’ai jamais cru à ces passions entraînantes et irrésistibles, dont il semble qu’on soit convenu de faire l’excuse générale de nos dérèglements.” Merteuil

“J’ai rencontré, comme vous pouvez croire, plusieurs femmes atteintes de ce mal dangereux; j’ai reçu les confidences de quelques−unes. À les entendre, il n’en est point dont l’Amant ne soit un être parfait: mais ces perfections chimériques n’existent que dans leur imagination. Leur tête exaltée ne rêve qu’agréments et vertus; elles en parent à plaisir celui qu’elles préfèrent: c’est la draperie d’un Dieu, portée souvent par un modèle abject: mais quel qu’il soit, à peine l’en ont−elles revêtu, que, dupes de leur propre ouvrage, elles se prosternent pour l’adorer.“C’est alors que les moindres défauts paraissent choquants et insupportables, par le contraste qu’ils forment avec l’idée de perfection qui nous avait séduits. Chacun des deux époux croit cependant que l’autre seul a changé, et que lui vaut toujours ce qu’un moment d’erreur l’avait fait apprécier. Le charme qu’il n’éprouve plus, il s’étonne de ne le plus faire naître; il en est humilié: la vanité blessée aigrit les esprits, augmente les torts, produit l’humeur, enfante la haine; et de frivoles plaisirs sont payés enfin par de longues infortunes.

vous ne chérissez de l’amour que les peines, et non les plaisirs! Rien de mieux, et vous figurerez à merveille dans un Roman. De la passion, de l’infortune, de la vertu par−dessus tout, que de belles choses! Au milieu de ce brillant cortège, on s’ennuie quelquefois à la vérité, mais on le rend bien.” “il faut convenir pourtant que vous avez manqué votre chef−d’oeuvre; c’était de tout dire à votre Maman.”

ESCOLA DA VIDA: “la honte que cause l’amour est comme sa douleur: on ne l’éprouve qu’une fois. On peut encore la feindre après; mais on ne la sent plus. Cependant le plaisir reste, et c’est bien quelque chose. Je crois même avoir démêlé, à travers votre petit bavardage, que vous pourriez le compter pour beaucoup. Allons, un peu de bonne foi. Là, ce trouble qui vous empêchait de faire comme vous disiez, qui vous faisait trouver si difficile de se défendre, qui vous rendait comme fâchée, quand Valmont s’en est allé, était−ce bien la honte qui le causait? ou si c’était le plaisir? et ses façons de dire auxquelles on ne sait comment répondre, cela ne viendrait−il pas de ses façons de faire? Ah! petite fille, vous mentez, et vous mentez à votre amie!

Ce qui pour tout le monde serait un plaisir, et pourrait n’être que cela, devient dans votre situation un véritable bonheur. En effet, placée entre une mère dont il vous importe d’être aimée, et un Amant dont vous désirez de l’être toujours, comment ne voyez−vous pas que le seul moyen d’obtenir ces succès opposés est de vous occuper d’un tiers?” “En l’assurant sans cesse de votre amour, vous ne lui en accorderez pas les dernières preuves. Ces refus, si peu pénibles dans le cas où vous serez, il ne manquera pas de les mettre sur le compte de votre vertu; il s’en plaindra peut−être, mais il vous en aimera davantage, et pour avoir le double mérite, aux yeux de l’un de sacrifier l’amour, à ceux de l’autre, d’y résister, il ne vous en coûtera que d’en goûter les plaisirs. Oh! combien de femmes ont perdu leur réputation, qui l’eussent conservée avec soin, si elles avaient pu la soutenir par de pareils moyens! Ce parti que je vous propose, ne vous paraît−il pas le plus raisonnable, comme le plus doux? Savez−vous ce que vous avez gagné à celui que vous avez pris? c’est que votre Maman a attribué votre redoublement de tristesse à un redoublement d’amour, qu’elle en est outrée, et que pour vous en punir elle n’attend que d’en être plus sûre. Elle vient de m’en écrire; elle tentera tout pour obtenir cet aveu de vous−même. Elle ira, peut−être, me dit−elle, jusqu’à vous proposer Danceny pour époux; et cela pour vous engager à parler. Et si, vous laissant séduire par cette trompeuse tendresse, vous répondiez, selon votre coeur, bientôt renfermée pour longtemps, peut−être pour toujours, vous pleureriez à loisir votre aveugle crédulité.

Pour ce qu’on fait d’un mari, l’un vaut toujours bien l’autre; et le plus incommode est encore moins gênant qu’une mère. Une fois plus contente de vous, votre Maman vous mariera enfin; et alors, plus libre dans vos démarches, vous pourrez, à votre choix, quitter Valmont pour prendre Danceny, ou même les garder tous deux. Car, prenez−y garde, votre Danceny est gentil: mais c’est un de ces hommes qu’on a quand on veut et tant qu’on veut; on peut donc se mettre à l’aise avec lui. Il n’en est pas de même de Valmont: on le garde difficilement; et il est dangereux de le quitter. (…) C’est comme cela qu’on acquiert une consistance dans le monde, et non pas à rougir et à pleurer, comme quand vos Religieuses vous faisaient dîner à genoux.” “et comme il faut savoir réparer ses sottises, ne craignez pas de lui faire quelques avances; aussi bien apprendrez−vous bientôt, que si les hommes nous font les premières, nous sommes presque toujours obligées de faire les secondes.”

Vous écrivez toujours comme un enfant. Je vois bien d’où cela vient; c’est que vous dites tout ce que vous pensez, et rien de ce que vous ne pensez pas. Cela peut passer ainsi de vous à moi, qui devons n’avoir rien de caché l’une pour l’autre: mais avec tout le monde! avec votre Amant surtout! vous auriez toujours l’air d’une petite sotte.”


“Elle dénote, surtout, une faiblesse de caractère presque toujours incurable et qui s’oppose à tout; de sorte que, tandis que nous nous occuperions à former cette petite fille pour l’intrigue, nous n’en ferions qu’une
femme facile. Or, je ne connais rien de si plat que cette facilité de bêtise, qui se rend sans savoir ni comment ni pourquoi, uniquement parce qu’on l’attaque et qu’elle ne sait pas résister.

Ces sortes de femmes ne sont absolument que des machines à plaisir.

Vous me direz qu’il n’y a qu’à n’en faire que cela, et que c’est assez pour nos projets. A la bonne heure! mais n’oublions pas que de ces machines−là, tout le monde parvient bientôt à en connaître les ressorts et les moteurs; ainsi, que pour se servir de celle−ci sans danger, il faut se dépêcher, s’arrêter de bonne heure, et la briser [destruir] ensuite. À la vérité, les moyens ne nous manqueront pas pour nous en défaire, et Gercourt la fera toujours bien enfermer quand nous voudrons. Au fait, quand il ne pourra plus douter de sa déconvenue, quand elle sera bien publique et bien notoire, que nous importe qu’il se venge, pourvu qu’il ne se console pas? Ce que je dis du mari, vous le pensez sans doute de la mère; ainsi cela vaut fait.” “Si pourtant nous voyons par la suite que l’ingénuité se corrige, nous serons toujours à temps de changer de projet. (…) dans aucun cas, nos soins ne seront perdus.”

Je suis fâchée de n’avoir pas eu le temps de prendre copie de ma Lettre, pour vous édifier sur l’austérité de ma morale. Vous verriez comme je méprise les femmes assez dépravées pour avoir un Amant! Il est si commode d’être rigoriste dans ses discours! cela ne nuit jamais qu’aux autres, et ne nous gêne aucunement… Et puis je n’ignore pas que la bonne Dame a eu ses petites faiblesses comme une autre, dans son jeune temps, et je n’étais pas fâchée de l’humilier au moins dans sa conscience; cela me consolait un peu des louanges que je lui donnais contre la mienne.” Merteuil

«Madame la Présidente est allée l’après−midi dans la Bibliothèque, et elle y a pris deux Livres qu’elle a emportés dans son boudoir: mais Mademoiselle Julie assure qu’elle n’a pas lu dedans un quart d’heure dans toute la journée, et qu’elle n’a fait que lire cette Lettre, rêver et être appuyée sur sa main. Comme j’ai imaginé que Monsieur serait bien aise de savoir quels sont ces Livres−là, et que Mademoiselle Julie ne le savait pas, je me suis fait mener aujourd’hui dans la Bibliothèque, sous prétexte de la voir. Il n’y a de vide que pour deux livres: l’un est le second volume des Pensées chrétiennes et l’autre le premier d’un Livre qui a pour titre Clarisse. J’écris bien comme il y a: Monsieur saura peut−être ce que c’est. Hier au soir, Madame n’a pas soupé; elle n’a pris que du thé. Elle a sonné de bonne heure ce matin; elle a demandé ses chevaux tout de suite, et elle a été avant neuf heures aux Feuillants, où elle a entendu la Messe. Elle a voulu se confesser; mais son Confesseur était absent, et il ne reviendra pas de huit à dix jours. J’ai cru qu’il était bon de mander cela à Monsieur. Elle est rentrée ensuite, elle a déjeuné, et puis s’est mise à écrire, et elle y est restée jusqu’à près d’une heure. J’ai trouvé occasion de faire bientôt ce que Monsieur désirait le plus: car c’est moi qui ai porté les Lettres à la poste. Il n’y en avait pas pour Madame de Volanges; mais j’en envoie une à Monsieur, qui était pour M. le Président: il m’a paru que ça devait être la plus intéressante. Il y en avait une aussi pour Madame de Rosemonde; mais j’ai imaginé que Monsieur la verrait toujours bien quand il voudrait, et je l’ai laissée partir. Au reste, Monsieur saura bien tout, puisque Madame la Présidente lui écrit aussi. J’aurai par la suite toutes celles qu’il voudra; car c’est presque toujours Mademoiselle Julie qui les remet aux Gens, et elle m’a assuré que, par amitié pour moi, et puis aussi pour Monsieur, elle ferait volontiers ce que je voudrais. Elle n’a pas même voulu de l’argent que je lui ai offert: mais je pense bien que Monsieur voudra lui faire quelque petit présent; et si c’est sa volonté, et qu’il veuille m’en charger, je saurai aisément ce qui lui fera plaisir.» Azolan le Chasseur, serviteur (espion!) du Vicomte de Valmont

«Quant à ce que Monsieur me reproche d’être souvent sans argent, d’abord c’est que j’aime à me tenir proprement, comme Monsieur peut voir; et puis, il faut bien soutenir l’honneur de l’habit qu’on porte; je sais bien que je devrais peut−être un peu épargner pour la suite; mais je me confie entièrement dans la générosité de Monsieur, qui est si bon Maître. Pour ce qui est d’entrer au service de Madame de Tourvel, en restant à celui de Monsieur, j’espère que Monsieur ne l’exigera pas de moi. C’était bien différent chez Madame la Duchesse»

“Oui, la peine qui m’accable aujourd’hui reviendra demain, après−demain, toute ma vie! Mon Dieu, que je suis jeune encore, et qu’il me reste de temps à souffrir!” Tourvel

“et tandis qu’on souffre ces douleurs insupportables, sentir à chaque instant qu’on peut les faire cesser d’un mot et que ce mot soit un crime! ah! mon amie!…” “j’espérais que l’absence augmenterait mon courage et mes forces: combien je me suis trompée! il semble au contraire qu’elle ait achevé de les détruire. J’avais plus à combattre, il est vrai: mais même en résistant, tout n’était pas privation; au moins je le voyais quelquefois; souvent même, sans oser porter mes regards sur lui, je sentais les siens fixés sur moi: oui, mon amie, je les sentais, il semblait qu’ils réchauffassent mon âme; et sans passer par mes yeux, ils n’en arrivaient pas moins à mon coeur. À présent, dans ma pénible solitude, isolée de tout ce qui m’est cher, tête à tête avec mon infortune, tous les moments de ma triste existence sont marqués par mes larmes, et rien n’en adoucit l’amertume, nulle consolation ne se mêle à mes sacrifices; et ceux que j’ai faits jusqu’à présent n’ont servi qu’à me rendre plus douloureux ceux qui me restent à faire.

Hier encore, je l’ai bien vivement senti. Dans les Lettres qu’on m’a remises, il y en avait une de lui; on était encore à deux pas de moi, que je l’avais reconnue entre les autres. Je me suis levée involontairement: je tremblais, j’avais peine à cacher mon émotion; et cet état n’était pas sans plaisir. Restée seule le moment d’après, cette trompeuse douceur s’est bientôt évanouie, et ne m’a laissé qu’un sacrifice de plus à faire. En effet, pouvais−je ouvrir cette Lettre, que pourtant je brûlais de lire? Par la fatalité qui me poursuit, les consolations qui paraissent se présenter à moi ne font, au contraire, que m’imposer de nouvelles privations; et celles−ci deviennent plus cruelles encore, par l’idée que M. de Valmont les partage.”

“ah! je rougis de mes sentiments, et non de l’objet qui les cause. Quel autre que lui est plus digne de les inspirer! Cependant je ne sais pourquoi ce nom ne se présente point naturellement sous ma plume; et cette fois encore, j’ai eu besoin de réflexion pour le placer. Je reviens à lui.

Vous me mandez qu’il vous a paru vivement affecté de mon départ . Qu’a−t−il donc fait? qu’a−t−il dit? a−t−il parlé de revenir à Paris? Je vous prie de l’en détourner autant que vous pourrez. S’il m’a bien jugée, il ne doit pas m’en vouloir de cette démarche: mais il doit sentir aussi que c’est un parti pris sans retour. Un de mes plus grands tourments est de ne pas savoir ce qu’il pense. J’ai bien encore là sa Lettre…, mais vous êtes sûrement de mon avis, je ne dois pas l’ouvrir.

“Je vois bien que ce que je croyais un si grand malheur n’en est presque pas un; et il faut avouer qu’il y a bien du plaisir; de façon que je ne m’afflige presque plus. Il n’y a que l’idée de M. Danceny qui me tourmente toujours quelquefois. Mais il y a déjà tout plein de moments où je n’y songe pas du tout! aussi c’est que M. de Valmont est bien aimable!” Cecile Facile

“Il ne m’a grondée [censurou] qu’après, et encore bien doucement, et c’était d’une manière… Tout comme vous; ce qui m’a prouvé qu’il avait aussi bien de l’amitié pour moi.” “Ce qui est bien sûr, c’est que je ne pouvais pas me retenir de rire; si bien qu’une fois j’ai ri aux éclats, ce qui nous a fait bien peur; car Maman aurait pu entendre; et si elle était venue voir, qu’est−ce que je serais devenue? C’est bien pour le coup qu’elle m’aurait remise au Couvent!” “nous sommes convenus que dorénavant il viendrait seulement ouvrir la porte, et que nous irions dans sa chambre. Pour là, il n’y a rien à craindre; j’y ai déjà été hier, et actuellement que je vous écris, j’attends encore qu’il vienne. A présent, Madame, j’espère que vous ne me gronderez plus.” “je n’ai de bonheur que quand je peux ne pas penser à lui, ce qui est bien difficile; et dès que j’y pense, je redeviens chagrine tout de suite.”

“La tête m’en tournerait, je crois, sans les heureuses distractions que me donne notre commune Pupille; c’est à elle que je dois d’avoir encore à faire autre chose que des Elégies.”

“Voilà comme une seule idée fausse peut gâter le plus heureux naturel!”

“un simple cabinet, qui sépare la chambre de votre Pupille de celle de sa mère, ne pouvait lui inspirer assez de sécurité, pour la laisser se déployer à l’aise. Je m’étais donc promis de faire innocemment quelque bruit, qui pût lui causer assez de crainte pour la décider à prendre, à l’avenir, un asile plus sûr; elle m’a encore épargné ce soin.”

“celle qui ne respecte pas sa mère ne se respectera pas elle−même”

“Je l’y ai déjà reçue deux fois, et dans ce court intervalle l’écolière est devenue presque aussi savante que le maître. Oui, en vérité, je lui ai tout appris, jusqu’aux complaisances!”

“J’ai déclaré que j’étais perdu de vapeurs; j’ai annoncé aussi un peu de fièvre. Il ne m’en coûte que de parler d’une voix lente et éteinte.”

“Rien n’est plus plaisant que l’ingénuité avec laquelle elle se sert déjà du peu qu’elle sait de cette langue! elle n’imagine pas qu’on puisse parler autrement. Cette enfant est réellement séduisante! Ce contraste de la candeur naïve avec le langage de l’effronterie ne laisse pas de faire de l’effet; et, je ne sais pourquoi, il n’y a plus que les choses bizarres qui me plaisent.”

“vous voyez qu’encore aujourd’hui, je suis obligée d’emprunter la main de ma Femme de chambre. Mon malheureux rhumatisme m’a repris, il, s’est niché cette fois sur le bras droit, et je suis absolument manchote. Voilà ce que c’est, jeune et fraîche comme vous êtes, d’avoir une si vieille amie!” “Si vous m’en croyez, vous ne laisserez pas prendre consistance à ces bruits dangereux, et vous viendrez sur−le−champ les détruire par votre présence.”

“Ce sont les miettes de pain tombantes de la table du riche: celui−ci les dédaigne; mais le pauvre les recueille avidement et s’en nourrit. Or, la pauvre Présidente reçoit à présent toutes ces miettes−là: et plus elle en aura, moins elle sera pressée de se livrer à l’appétit du reste.”

“Madame de Volanges vous hait, et la haine est toujours plus clairvoyante et plus ingénieuse que l’amitié. Toute la vertu de votre vieille tante ne l’engagera pas à médire un seul instant de son cher neveu; car la vertu a aussi ses faiblesses.

C’est de quarante à cinquante ans que le désespoir de voir leur figure se flétrir, la rage de se sentir obligées d’abandonner des prétentions et des plaisirs auxquels elles tiennent encore, rendent presque toutes les femmes bégueules et acariâtres. Il leur faut ce long intervalle pour faire en entier ce grand sacrifice: mais dès qu’il est consommé, toutes se partagent en deux classes.

La plus nombreuse, celle des femmes qui n’ont eu pour elles que leur figure et leur jeunesse, tombe dans une imbécile apathie, et n’en sort plus que pour le jeu et pour quelques pratiques de dévotion; celle−là est toujours ennuyeuse, souvent grondeuse, quelquefois un peu tracassière, mais rarement méchante. On ne peut pas dire non plus que ces femmes soient ou ne soient pas sévères: sans idées et sans existence, elles répètent, sans le comprendre et indifféremment, tout ce qu’elles entendent dire, et restent par elles−mêmes absolument nulles.

L’autre classe, beaucoup plus rare, mais véritablement précieuse, est celle des femmes qui, ayant eu un caractère et n’ayant pas négligé de nourrir leur raison, savent se créer une existence, quand celle de la nature leur manque, et prennent le parti de mettre à leur esprit les parures qu’elles employaient avant pour leur figure. Celles−ci ont pour l’ordinaire le jugement très sain, et l’esprit à la fois solide, gai et gracieux. Elles remplacent les charmes séduisants par l’attachante bonté, et encore par l’enjouement dont le charme augmente en proportion de l’âge: c’est ainsi qu’elles parviennent en quelque sorte à se rapprocher de la jeunesse en s’en faisant aimer. Mais alors, loin d’être, comme vous le dites, rêches et sévères, l’habitude de l’indulgence, leurs longues réflexions sur la faiblesse humaine, et surtout les souvenirs de leur jeunesse, par lesquels seuls elles tiennent encore à la vie, les placeraient plutôt peut−être trop près de la facilité [felicité?].

“Ne me disait−il pas dernièrement que je n’aurais jamais aimé un autre que lui? Oh! pour le coup, j’ai eu besoin de toute ma prudence, pour ne pas le détromper sur−le−champ, en lui disant ce qui en était. Voilà, certes, un plaisant Monsieur, pour avoir un droit exclusif! Je conviens qu’il est bien fait et d’une assez belle figure: mais, à tout prendre, ce n’est, au fait, qu’un Manoeuvre d’amour. Enfin le moment est venu, il faut nous séparer.” “je serais donc bien maladroite, si je ne savais pas gagner un procès, où je n’ai pour adversaires que des mineures encore en bas âge, et leur vieux tuteur! Comme il ne faut pourtant rien négliger dans une affaire si importante, j’aurai effectivement avec moi deux Avocats. Ce voyage ne vous paraît−il pas gai? cependant s’il me fait gagner mon procès et perdre Belleroche, je ne regretterai pas mon temps.” “sous ce voile de l’amitié, je crois lui voir un goût très vif pour moi, et je sens que j’en prends beaucoup pour lui. Ce serait bien dommage que tant d’esprit et de délicatesse allassent se sacrifier et s’abrutir auprès de cette petite imbécile de Volanges! J’espère qu’il se trompe en croyant l’aimer: elle est si loin de le mériter! Ce n’est pas que je sois jalouse d’elle; mais c’est que ce serait un me[u]rt[r]e[il] [homicídio – andricídio!], et je veux en sauver Danceny. Je vous prie donc, Vicomte, de mettre vos soins à ce qu’il ne puisse se rapprocher de sa Cécile (comme il a encore la mauvaise habitude de la nommer). Un premier goût a toujours plus d’empire qu’on ne croit et je ne serais sûre de rien s’il la revoyait à présent; surtout pendant mon absence. À mon retour, je me charge de tout et j’en réponds.”

“C’est une chose inconcevable, ma belle amie, comme aussitôt qu’on s’éloigne, on cesse facilement de s’entendre. Tant que j’étais auprès de vous, nous n’avions jamais qu’un même sentiment, une même façon de voir; et parce que, depuis près de trois mois, je ne vous vois plus, nous ne sommes plus du même avis sur rien. Qui de nous deux a tort? sûrement vous n’hésiteriez pas sur la réponse: mais moi, plus sage, ou plus poli, je ne décide pas. Je vais seulement répondre à votre Lettre, et continuer de vous exposer ma conduite.”

“en sorte qu’après ma fantaisie passée, je la remettrai entre les bras de son Amant, pour ainsi dire, sans qu’elle se soit aperçue de rien. Est−ce donc là une marche si ordinaire?”

“de toutes les femmes que j’ai eues, c’est la seule dont j’ai vraiment plaisir à dire du mal.”

“Comment allez−vous vous charger d’un novice qui ne saura ni vous prendre, ni vous quitter, et avec qui il vous faudra tout faire? Je vous le dis sérieusement, je désapprouve ce choix, et quelque secret qu’il restât, il vous humilierait au moins à mes yeux et dans votre conscience.”

“je serai chargé de la correspondance. Que n’aurai−je pas fait pour ce Danceny? J’aurai été à la fois son ami, son confident, son rival et sa maîtresse! Encore, en ce moment, je lui rends le service de le sauver de vos liens dangereux; oui, sans doute, dangereux, car vous posséder et vous perdre, c’est acheter un moment de bonheur par une éternité de regrets.”

Mon Dieu! que cette femme est aimable et quel charme flatteur elle sait donner à l’amitié! Il semble que ce doux sentiment s’embellisse et se fortifie chez elle de tout ce qu’elle refuse à l’amour. Si vous saviez comme elle vous aime, comme elle se plaît à m’entendre lui parler de vous!… C’est là sans doute ce qui m’attache autant à elle. Quel bonheur de pouvoir vivre uniquement pour vous deux, de passer sans cesse des délices de l’amour aux douceurs de l’amitié, d’y consacrer toute mon existence, d’être en quelque sorte le point de réunion de votre attachement réciproque; et de sentir toujours que, m’occupant du bonheur de l’une, je travaillerais également à celui de l’autre! Aimez, aimez beaucoup, ma charmante amie, cette femme adorable. L’attachement que j’ai pour elle, donnez−y plus de prix encore, en le partageant. Depuis que j’ai goûté le charme de l’amitié, je désire que vous l’éprouviez à votre tour.”

“Si j’en crois ce qu’on m’a dit souvent, les hommes même n’aiment plus tant leurs femmes, quand elles les ont trop aimés avant de l’être.” Valmont (en secret) apud Cecile la Seductrice

“Comment voulez−vous que je m’intéresse à votre procès, si, perte ou gain, j’en dois également payer les frais par l’ennui de votre absence? Oh!” Danceny com sintomas de paixão pela matrona Merteuil

“N’est−ce pas cependant une véritable infidélité, une noire trahison, que de laisser votre ami loin de vous, après l’avoir accoutumé à ne pouvoir plus se passer de votre présence? Vous aurez beau consulter vos Avocats, ils ne vous trouveront pas de justification pour ce mauvais procédé: et puis, ces gens−là ne disent que des raisons, et des raisons ne suffisent pas pour répondre à des sentiments.” “Nos plus jolies femmes, celles qu’on dit les plus aimables, sont encore si loin de vous qu’elles ne pourraient en donner qu’une bien faible idée. Je crois même qu’avec des yeux exercés, plus on a cru d’abord qu’elles vous ressemblaient, plus on y trouve après de différence: elles ont beau faire, beau y mettre tout ce qu’elles savent, il leur manque toujours d’être vous, et c’est positivement là qu’est le charme.” “Et depuis quand le charme de l’amitié distrait−il donc de celui de l’amour?” “La dernière Lettre que j’ai reçue d’elle augmente et assure mon espoir, mais le retarde encore. Cependant ses motifs sont si tendres et si honnêtes que je ne puis l’en blâmer ni m’en plaindre”

“J’ai appris aujourd’hui que depuis quatre jours il y va régulièrement entendre la Messe. Dieu veuille que cela dure!”

“Quittez donc, si vous m’en croyez, ce ton de cajolerie, qui n’est plus que du jargon, dès qu’il n’est pas l’expression de l’amour. Est−ce donc là le style de l’amitié? non, mon ami, chaque sentiment a son langage qui lui convient; et se servir d’un autre, c’est déguiser la pensée que l’on exprime. Je sais bien que nos petites femmes n’entendent rien de ce qu’on peut leur dire, s’il n’est traduit, en quelque sorte, dans ce jargon d’usage; mais je croyais mériter, je l’avoue, que vous me distinguassiez d’elles. Je suis vraiment fâchée, et peut−être plus que je ne devrais l’être, que vous m’ayez si mal jugée.” “et ces femmes, à qui il manque toujours d’être moi, vous trouvez peut−être aussi que cela manque à votre Cécile! voilà pourtant où conduit un langage qui, par l’abus qu’on en fait aujourd’hui, est encore au−dessous du jargon des compliments, et ne devient plus qu’un simple protocole, auquel on ne croit pas davantage qu’au très humble serviteur!” “Mon ami, quand vous m’écrirez, que ce soit pour me dire votre façon de penser et de sentir, et non pour m’envoyer des phrases que je trouverai, sans vous, plus ou moins bien dites dans le premier Roman du jour.” “Mais vous choisissez vos Maîtresses si jeunes, que vous m’avez fait apercevoir pour la première fois que je commence à être vieille!”

“La longue défense est le seul mérite qui reste à celles qui ne résistent pas toujours; et ce que je trouverais impardonnable à toute autre qu’à un enfant comme la petite Volanges, serait de ne pas savoir fuir un danger dont elle a été suffisamment avertie par l’aveu qu’elle a fait de son amour. Vous autres hommes, vous n’avez pas d’idée de ce qu’est la vertu, et de ce qu’il en coûte pour la sacrifier! Mais pour peu qu’une femme raisonne, elle doit savoir qu’indépendamment de la faute qu’elle commet, une faiblesse est pour elle le plus grand des malheurs; et je ne conçois pas qu’aucune s’y laisse jamais prendre, quand elle peut avoir un moment pour y réfléchir.”

“Vous me sauverez des dangers de l’amour; et quoique j’aie bien su sans vous m’en défendre jusqu’à présent, je consens à en avoir de la reconnaissance, et je vous en aimerai mieux et davantage.

Sur ce, mon cher Chevalier, je prie Dieu qu’il vous ait en sa sainte et digne garde.”

“Voici le récit de ce qui s’est passé: vous pouvez être sûre qu’il est fidèle; car je vivrais 80 autres années, que je n’oublierais pas l’impression que m’a faite cette triste scène.” Rosemonde

“J’ai donc été ce matin chez mon neveu; je l’ai trouvé écrivant, et entouré de différents tas de papiers, qui avaient l’air d’être l’objet de son travail. Il s’en occupait au point que j’étais déjà au milieu de sa chambre qu’il n’avait pas encore tourné la tête pour savoir qui entrait. Aussitôt qu’il m’a aperçue, j’ai très bien remarqué qu’en se levant, il s’efforçait de composer sa figure, et peut−être même est−ce là ce qui m’y a fait faire plus d’attention. Il était, à la vérité, sans toilette et sans poudre; mais je l’ai trouvé pâle et défait, et ayant surtout la physionomie altérée. Son regard que nous avons vu si vif et si gai, était triste et abattu; enfin, soit dit entre nous, je n’aurais pas voulu que vous le vissiez ainsi: car il avait l’air très touchant et très propre, à ce que je crois, à inspirer cette tendre pitié qui est un des plus dangereux pièges de l’amour.”

“plus de dissipation serait utile à sa santé.”

“J’ai ajouté que, pour cette fois, je ne lui ferais aucune instance, aimant mes amis pour eux−mêmes; c’est à cette phrase si simple, que serrant mes mains, et parlant avec une véhémence que je ne puis vous rendre: «Oui, ma tante, m’a−t−il dit, aimez, aimez beaucoup un neveu qui vous respecte et vous chérit; et, comme vous dites, aimez−le pour lui−même. Ne vous affligez pas de son bonheur, et ne troublez, par aucun regret, l’éternelle tranquillité dont il espère jouir bientôt. Répétez−moi que vous m’aimez, que vous me pardonnez; oui, vous me pardonnerez; je connais votre bonté: mais comment espérer la même indulgence de ceux que j’ai tant offensés?»” “Mais plus j’y réfléchis, et moins je devine ce qu’il a voulu dire. Quelle est cette affaire, la plus grande de sa vie? à quel sujet me demande−t−il pardon? d’où lui est venu cet attendrissement, involontaire en me parlant? Je me suis déjà fait ces questions mille fois, sans pouvoir y répondre. Je ne vois même rien là qui ait rapport à vous: cependant, comme les yeux de l’amour sont plus clairvoyants que ceux de l’amitié, je n’ai voulu vous laisser rien ignorer de ce qui s’est passé entre mon neveu et moi.”

“si la bonté divine est infinie, l’usage en est pourtant réglé par la justice; et il peut venir un moment où le Dieu de miséricorde se change en un Dieu de vengeance.” Père Anselme

“Le bonheur de M. de Valmont ne pouvait−il arriver jamais que par mon infortune? Oh! mon indulgente amie, pardonnez−moi cette plainte. Je sais qu’il ne m’appartient pas de sonder les décrets de Dieu; mais tandis que je lui demande sans cesse, et toujours vainement, la force de vaincre mon malheureux amour, il la prodigue à celui qui ne la lui demandait pas, et me laisse, sans secours, entièrement livrée à ma faiblesse.

Ne sais−je pas que l’Enfant prodigue, à son retour, obtint plus de grâces de son père que le fils qui ne s’était jamais absenté? Quel compte avons−nous à demander à celui qui ne nous doit rien? Et quand il serait possible que nous eussions quelques droits auprès de lui, quels pourraient être les miens? Me vanterais−je d’une sagesse que déjà je ne dois qu’à Valmont? Il m’a sauvée, et j’oserais me plaindre en souffrant pour lui! Non: mes souffrances me seront chères, si son bonheur en est le prix. Sans doute il fallait qu’il revînt à son tour au Père commun. Le Dieu qui l’a formé devait chérir son ouvrage. Il n’avait point créé cet être charmant, pour n’en faire qu’un réprouvé. C’est à moi de porter la peine de mon audacieuse imprudence; ne devais−je pas sentir que, puisqu’il m’était défendu de l’aimer, je ne devais pas me permettre de le voir?

Ma faute ou mon malheur est de m’être refusée trop longtemps à cette vérité. Vous m’êtes témoin, ma chère et digne amie, que je me suis soumise à ce sacrifice, aussitôt que j’en ai reconnu la nécessité: mais, pour qu’il fût entier, il y manquait que M. de Valmont ne le partageât point. Vous avouerai−je que cette idée est à présent ce qui me tourmente le plus? Insupportable orgueil, qui adoucit les maux que nous éprouvons par ceux que nous faisons souffrir! Ah! je vaincrai ce coeur rebelle, je l’accoutumerai aux humiliations.

C’est surtout pour y parvenir que j’ai enfin consenti à recevoir Jeudi prochain la pénible visite de M. de Valmont. Là, je l’entendrai me dire lui−même que je ne lui suis plus rien, que l’impression faible et passagère que j’avais faite sur lui est entièrement effacée! Je verrai ses regards se porter sur moi, sans émotion, tandis que la crainte de déceler la mienne me fera baisser les yeux. Ces mêmes Lettres qu’il refusa si longtemps à mes demandes réitérées, je les recevrai de son indifférence; il me les remettra comme des objets inutiles, et qui ne l’intéressent plus; et mes mains tremblantes, en recevant ce dépôt honteux, sentiront qu’il leur est remis d’une main ferme et tranquille! Enfin, je le verrai s’éloigner… s’éloigner pour jamais, et mes regards, qui le suivront ne verront pas les siens se retourner sur moi!

VERTU

VERTU

VERTU

Oui, ces Lettres qu’il ne se soucie plus de garder, je les conserverai précieusement. Je m’imposerai la honte de les relire chaque jour, jusqu’à ce que mes larmes en aient effacé les dernières traces; et les siennes, je les brûlerai comme infectées du poison dangereux qui a corrompu mon âme. Oh! qu’est−ce donc que l’amour, s’il nous fait regretter jusqu’aux dangers auxquels il nous expose; si surtout on peut craindre de le ressentir encore, même alors qu’on ne l’inspire plus! Fuyons cette passion funeste, qui ne laisse de choix qu’entre la honte et le malheur, et souvent même les réunit tous deux, et qu’au moins la prudence remplace la vertu.” “Votre précieuse amitié remplira toute mon existence. Rien ne me paraîtra difficile pour seconder les soins que vous voudrez bien vous donner. Je vous devrai ma tranquillité, mon bonheur, ma vertu

Serait−il donc vrai que la vertu augmentât le prix d’une femme, jusque dans le moment même de sa faiblesse? Mais reléguons cette idée puérile avec les contes de bonnes femmes. Ne rencontre−t−on pas presque partout une résistance plus ou moins bien feinte au premier triomphe? et ai−je trouvé nulle part le charme dont je parle? ce n’est pourtant pas non plus celui de l’amour; car enfin, si j’ai eu quelquefois auprès de cette femme étonnante des moments de faiblesse qui ressemblaient à cette passion pusillanime, j’ai toujours su les vaincre et revenir à mes principes.” “Serai−je donc, à mon âge, maîtrisé comme un écolier, par un sentiment involontaire et inconnu? Non: il faut, avant tout, le combattre et l’approfondir.” “je m’étais même accoutumé à appeler prudes celles qui ne faisaient que la moitié du chemin, par opposition à tant d’autres, dont la défense provocante ne couvre jamais qu’imparfaitement les premières avances qu’elles ont faites.” “c’est une victoire complète, achetée par une campagne pénible, et décidée par de [s]avant[es] manoeuvres. Il n’est donc pas surprenant que ce succès, dû à moi seul, m’en devienne plus précieux; et le surcroît de plaisir que j’ai éprouvé dans mon triomphe, et que je ressens encore, n’est que la douce impression du sentiment de la gloire. Je chéris cette façon de voir, qui me sauve l’humiliation de penser que je puisse dépendre en quelque manière de l’esclave même que je serais asservie; que je n’aie pas en moi seul la plénitude de mon bonheur; et que la faculté de m’en faire jouir dans toute son énergie soit réservée à telle ou telle femme, exclusivement à toute autre.” “Ce qu’il faut vous dire encore, et que j’avais appris par une Lettre interceptée suivant l’usage, c’est que la crainte et la petite humiliation d’être quittée avaient un peu dérangé la pruderie de l’austère Dévote” “J’aurais pu en choisir un plus commode: car, dans cette même chambre, il se trouvait une ottomane [poltrona acolchoada]. Mais je remarquai qu’en face d’elle était un portrait du mari; et j’eus peur, je l’avoue, qu’avec une femme si singulière, un seul regard que le hasard dirigerait de ce côté ne détruisît en un moment l’ouvrage de tant de soins. Enfin, nous restâmes seuls et j’entrai en matière.” “«Si tant de charmes, ai−je donc repris, ont fait sur mon coeur une impression si profonde, tant de vertus n’en ont pas moins fait sur mon âme. Séduit, sans doute, par le désir de m’en rapprocher, j’avais osé m’en croire digne. Je ne vous reproche point d’en avoir jugé autrement; mais je me punis de mon erreur.» Comme on gardait le silence de l’embarras, j’ai continué. — «J’ai désiré, Madame, ou de me justifier à vos yeux, ou d’obtenir de vous le pardon des torts que vous me supposez; afin de pouvoir au moins terminer, avec quelque tranquillité, des jours auxquels je n’attache plus de prix, depuis que vous avez refusé de les embellir.»

“- Mon devoir ne me permettait pas…

– Il est donc vrai que c’est moi que vous avez fui?

– Ce départ était nécessaire.

– Et que vous m’éloignez de vous?

– Je le dois.

Je n’ai pas besoin de vous dire que pendant ce court dialogue, la voix de la tendre Prude était oppressée, et que ses yeux ne s’élevaient pas jusqu’à moi.”

“«Ah! cruelle, me suis−je écrié, peut−il exister pour moi un bonheur que vous ne partagiez pas? Où donc le trouver loin de vous? Ah! jamais! jamais!» J’avoue qu’en me livrant à ce point j’avais beaucoup compté sur le secours des larmes: mais soit mauvaise disposition, soit peut−être seulement l’effet de l’attention pénible et continuelle que je mettais à tout, il me fut impossible de pleurer. Par bonheur je me ressouvins que pour subjuguer une femme tout moyen était également bon; et qu’il suffisait de l’étonner par un grand mouvement, pour que l’impression en restât profonde et favorable. Je suppléai donc, par la terreur, à la sensibilité qui se trouvait en défaut; et pour cela, changeant seulement l’inflexion de ma voix, et gardant la même posture: «Oui, continuai−je, j’en fais le serment à vos pieds, vous posséder ou mourir.» En prononçant ces dernières paroles, nos regards se rencontrèrent. Je ne sais ce que la timide personne vit ou crut voir dans les miens, mais elle se leva d’un air effrayé, et s’échappa de mes bras dont je l’avais entourée. Il est vrai que je ne fis rien pour la retenir; car j’avais remarqué plusieurs fois que les scènes de désespoir menées trop vivement tombaient dans le ridicule dès qu’elles devenaient longues, ou ne laissaient que des ressources vraiment tragiques et que j’étais fort éloigné de vouloir prendre. Cependant, tandis qu’elle se dérobait à moi, j’ajoutai d’un ton bas et sinistre, mais de façon qu’elle pût m’entendre: «Hé bien! la mort!»” “comme en amour rien ne se finit que de très près, et que nous étions alors assez loin l’un de l’autre, il fallait avant tout se rapprocher. Ce fut pour y parvenir que je passai le plus tôt possible à une apparente tranquillité, propre à calmer les effets de cet état violent, sans en affaiblir l’impression.” “«Pardon, Madame; peu accoutumé aux orages des passions, je sais mal en réprimer les mouvements. Si j’ai eu tort de m’y livrer, songez au moins que c’est pour la dernière fois. Ah! calmez−vous, calmez−vous, je vous en conjure.» Et pendant ce long discours je me rapprochais insensiblement. − «Si vous voulez que je me calme, répondit la Belle effarouchée, vous−même soyez donc plus tranquille. — Hé bien! oui, je vous le promets»” “<Mais, repris−je aussitôt d’un air égaré, je suis venu, n’est−il pas vrai, pour vous rendre vos Lettres? De grâce, daignez les reprendre. Ce douloureux sacrifice me reste à faire: ne me laissez rien qui puisse affaiblir mon courage.> Et tirant de ma poche le précieux recueil: «Le voilà, dis−je, ce dépôt trompeur des assurances de votre amitié! Il m’attachait à la vie, reprenez−le. Donnez ainsi vous−même le signal qui doit me séparer de vous pour jamais.»” “Là, je la pressai de mes bras, sans qu’elle se défendît aucunement; et jugeant par cet oubli des bienséances combien l’émotion était forte et puissante: «Femme adorable, lui dis−je en risquant l’enthousiasme, vous n’avez pas d’idée de l’amour que vous inspirez; vous ne saurez jamais à quel point vous fûtes adorée, et de combien ce sentiment m’était plus cher que l’existence! Puissent tous vos jours être fortunés et tranquilles; puissent−ils s’embellir de tout le bonheur dont vous m’avez privé! Payez au moins ce voeu sincère par un regret, par une larme; et croyez que le dernier de mes sacrifices ne sera pas le plus pénible à mon crieur. Adieu.»”

“− Il faut vous fuir, il le faut!

− Non! s’écria−t−elle…

A ce dernier mot, elle se précipita ou plutôt tomba évanouie entre mes bras.

Comme je doutais encore d’un si heureux succès, je feignis un grand effroi; mais tout en m’effrayant, je la conduisais, ou la portais vers le lieu précédemment désigné pour le champ de ma gloire; et en effet elle ne revint à elle que soumise et déjà livrée à son heureux vainqueur.

“je crains, à présent, de m’être amolli comme Annibal dans les délices de Capoue.” (*)

(*) explicação wikipedianesca (provérbio francês):

Capoue accueille Hannibal et le soutient contre Rome dans la bataille de Zama. Après la défaite d’Hannibal, Capoue est reprise par Rome en 211 av. J.-C. et punie par la confiscation de son territoire et la privation de la citoyenneté.

Hannibal a été accusé de «s’être endormi dans les délices de Capoue», et l’expression a traversé les âges sous forme de proverbe, signifiant: «perdre un temps précieux, qui pourrait être avantageusement employé, et/ou s’amollir dans la facilité au lieu de se préparer à la lutte». En réalité, Hannibal, qui manquait de matériel de siège [montaria], ne pouvait pas marcher sur Rome.”

CARÍCIA DE EX-NAMORADO: “Je m’attendais bien qu’un si grand événement ne se passerait pas sans les larmes et le désespoir d’usage; et si je remarquai d’abord un peu plus de confusion, et une sorte de recueillement, j’attribuai l’un et l’autre à l’état de Prude: aussi, sans m’occuper de ces légères différences que je croyais purement locales, je suivais simplement la grande route des consolations, bien persuadé que, comme il arrive d’ordinaire, les sensations aideraient le sentiment et qu’une seule action ferait plus que tous les discours, que pourtant je ne négligeais pas. Mais je trouvai une résistance vraiment effrayante, moins encore par son excès que par la forme sous laquelle elle se montrait.

Figurez−vous une femme assise, d’une raideur immobile, et d’une figure invariable; n’ayant l’air ni de penser, ni d’écouter, ni d’entendre; dont les yeux fixes laissent échapper des larmes assez continues, mais qui coulent sans effort. Telle était Madame de Tourvel, pendant mes discours; mais si j’essayais de ramener son attention vers moi par une caresse, par le geste même le plus innocent, à cette apparente apathie succédaient aussitôt la terreur, la suffocation, les convulsions, les sanglots, et quelques cris par intervalles, mais sans un mot articulé.

Ces crises revinrent plusieurs fois, et toujours plus fortes; la dernière même fut si violente que j’en fus entièrement découragé et craignis un moment d’avoir remporté une victoire inutile. Je me rabattis sur les lieux communs d‘usage; et dans le nombre se trouva celui−ci: «Et vous êtes dans le désespoir, parce que vous avez fait mon bonheur?» A ce mot, l’adorable femme se tourna vers moi; et sa figure, quoique encore un peu égarée, avait pourtant déjà repris son expression céleste. «Votre bonheur», me dit−elle. Vous devinez ma réponse. − Vous êtes donc heureux?» Je redoublai les protestations. «Et heureux par moi!» J’ajoutai les louanges et les tendres propos. Tandis que je parlais, tous ses membres s’assouplirent; elle retomba avec mollesse, appuyée sur son fauteuil; et m’abandonnant une main que j’avais osé prendre: «Je sens, dit−elle, que cette idée me console et me soulage.»

SUCCÈS ENFIN!Aussi quand je voulus tenter un second succès, j’éprouvai d’abord quelque résistance, et ce qui s’était passé auparavant me rendait circonspect: mais ayant appelé à mon secours cette même idée de mon bonheur, j’en ressentis bientôt les favorables effets: «Vous avez raison, me dit la tendre personne; je ne puis plus supporter mon existence qu’autant qu’elle servira à vous rendre heureux. Je m’y consacre tout entière: dès ce moment je me donne à vous, et vous n’éprouverez de ma part ni refus, ni regrets.» Ce fut avec cette candeur naïve ou sublime qu’elle me livra sa personne et ses charmes, et qu’elle augmenta mon bonheur en le partageant. L’ivresse fut complète et réciproque; et, pour la première fois, la mienne survécut au plaisir. Je ne sortis de ses bras que pour tomber à ses genoux, pour lui jurer un amour éternel; et, il faut tout avouer, je pensais ce que je disais. Enfin, même après nous être séparés, son idée ne me quittait point, et j’ai eu besoin de me travailler pour m’en distraire.

Ah! pourquoi n’êtes−vous pas ici, pour balancer au moins le charme de l’action par celui de la récompense? Mais je ne perdrai rien pour attendre, n’est−il pas vrai? et j’espère pouvoir regarder, comme convenu entre nous, l’heureux arrangement que je vous ai proposé dans ma dernière Lettre. Vous voyez que je m’exécute, et que, comme je vous l’ai promis, mes affaires seront assez avancées pour pouvoir vous donner une partie de mon temps. Dépêchez−vous donc de renvoyer votre pesant Belleroche et laissez là le doucereux Danceny, pour ne vous occuper que de moi. Mais que faites−vous donc tant à cette campagne que vous ne me répondez seulement pas? Savez−vous que je vous gronderais volontiers? Mais le bonheur porte à l’indulgence. Et puis je n’oublie pas qu’en me replaçant au nombre de vos soupirants je dois me soumettre, de nouveau, à vos petites fantaisies. Souvenez−vous cependant que le nouvel Amant ne veut rien perdre des anciens droits de l’ami.

Adieu, comme autrefois… Oui, adieu, mon Ange! Je t’envoie tous les baisers de l’amour.

P.S: Savez−vous que Prévan, au bout de son mois de prison, a été obligé de quitter son Corps? C’est aujourd’hui la nouvelle de tout Paris. En vérité, le voilà cruellement puni d’un tort qu’il n’a pas eu, et votre succès est complet!

Paris, ce 29 octobre 17**.”

“On est forcé de reconnaître véritablement là un coup de la Providence, qui, en touchant l’un, a aussi sauvé l’autre. Oui, ma chère Belle, Dieu, qui ne voulait que vous éprouver, vous a secourue au moment où vos forces étaient épuisées; et malgré votre petit murmure, vous avez, je crois, quelques actions de grâces à lui rendre. Ce n’est pas que je ne sente fort bien qu’il vous eût été plus agréable que cette résolution vous fût venue la première, et que celle de Valmont n’en eût été que la suite; il semble même, humainement parlant, que les droits de notre sexe en eussent été mieux conservés, et nous ne voulons en perdre aucun!” Rosemonde

En vain: “Inutilement vous aurais−je parlé plus tôt avec cette apparente sévérité: l’amour est un sentiment indépendant, que la prudence peut faire éviter, mais qu’elle ne saurait vaincre; et qui, une fois né, ne meurt que de sa belle mort ou du défaut absolu d’espoir. C’est ce dernier cas, dans lequel vous êtes, qui me rend le courage et le droit de vous dire librement mon avis. Il est cruel d’effrayer un malade désespéré, qui n’est plus susceptible que de consolations et de palliatifs: mais il est sage d’éclairer un convalescent sur les dangers qu’il a courus, pour lui inspirer la prudence dont il a besoin, et la soumission aux conseils qui peuvent encore lui être nécessaires.

“les petites incommodités que vous ressentez à présent, et qui peut−être exigent quelques remèdes, ne sont pourtant rien en comparaison de la maladie effrayante dont voilà la guérison assurée. Ensuite comme votre amie, comme l’amie d’une femme raisonnable et vertueuse, je me permettrai d’ajouter que cette passion, qui vous avait subjuguée, déjà si malheureuse par elle−même, le devenait encore plus par son objet. Si j’en crois ce qu’on m’en dit, mon neveu, que j’avoue aimer peut−être avec faiblesse, et qui réunit en effet beaucoup de qualités louables à beaucoup d’agréments, n’est ni sans danger pour les femmes, ni sans torts vis−à−vis d’elles, et met presque un prix égal à les séduire et à les perdre. Je crois bien que vous l’auriez converti. Jamais personne sans doute n’en fut plus digne: mais tant d’autres s’en sont flattées de même, dont l’espoir a été déçu, que j’aime bien mieux que vous n’en soyez pas réduite à cette ressource.

Considérez à présent, ma chère Belle, qu’au lieu de tant de dangers que vous auriez eu à courir, vous aurez, outre le repos de votre conscience et votre propre tranquillité, la satisfaction d’avoir été la principale cause de l’heureux retour de Valmont.”

Vertu perdue: “venez surtout vous réjouir avec votre tendre mère d’avoir si heureusement tenu la parole que vous lui aviez donnée, de ne rien faire qui ne fût digne d’elle et de vous!” 30 octobre

“vous jugerez facilement combien votre proposition a dû me paraître ridicule. Qui, moi! je sacrifierais un goût, et encore un goût nouveau, pour m’occuper de vous? Et pour m’en occuper comment? en attendant à mon tour, et en esclave soumise, les sublimes faveurs de votre Hautesse. Quand, par exemple, vous voudrez vous distraire un moment de ce charme inconnu que l’adorable, la céleste Madame de Tourvel vous a fait seule éprouver, ou quand vous craindrez de compromettre, auprès de l’attachante Cécile, l’idée supérieure que vous êtes bien aise qu’elle conserve de vous: alors descendant jusqu’à moi, vous y viendrez chercher des plaisirs, moins vifs à la vérité, mais sans conséquence; et vos précieuses bontés, quoique un peu rares, suffiront de reste à mon bonheur!” A sacana Merteuil

“Certes, vous êtes riche en bonne opinion de vous−même: mais apparemment je ne le suis pas en modestie; car j’ai beau me regarder, je ne peux pas me trouver déchue jusque−là. C’est peut−être un tort que j’ai; mais je vous préviens que j’en ai beaucoup d’autres encore.” “J’ai surtout celui de croire que l’écolier, le doucereux Danceny, uniquement occupé de moi, me sacrifiant, sans s’en faire un mérite, une première passion, avant même qu’elle ait été satisfaite, et m’aimant enfin comme on aime à son âge, pourrait, malgré ses vingt ans, travailler plus efficacement que vous à mon bonheur et à mes plaisirs. Je me permettrai même d’ajouter que, s’il me venait en fantaisie de lui donner un adjoint, ce ne serait pas vous, au moins pour le moment.aussi éloignés l’un de l’autre par notre façon de penser, nous ne pouvons nous rapprocher d’aucune manière; et je crains qu’il ne me faille beaucoup de temps, mais beaucoup, avant de changer de sentiment. Quand je serai corrigée, je vous promets de vous avertir. Jusque−là croyez−moi, faites d’autres arrangements, et gardez vos baisers, vous avez tant à les placer mieux!…Adieu, comme autrefois, dites−vous? Mais autrefois, ce me semble, vous faisiez un peu plus de cas de moi; vous ne m’aviez pas destinée tout à fait aux troisièmes Rôles; et surtout vous vouliez bien attendre que j’eusse dit oui, avant d’être sûr de mon consentement. Trouvez donc bon qu’au lieu de vous dire aussi adieu comme autrefois, je vous dise adieu comme à présent.

Votre servante, Monsieur le Vicomte.

Du Château de …, ce 31 octobre 17**.”

“Je n’ai reçu qu’hier, Madame, votre tardive réponse. Elle m’aurait tuée sur−le−champ, si j’avais eu encore mon existence en moi: mais un autre en est possesseur, et cet autre est M. de Valmont. Vous voyez que je ne vous cache rien. Si vous devez ne me plus trouver digne de votre amitié, je crains moins encore de la perdre que de la surprendre. Tout ce que je puis vous dire, c’est que, placée par M. de Valmont entre sa mort ou son bonheur, je me suis décidée pour ce dernier parti. Je ne m’en vante, ni ne m’en accuse: je dis simplement ce qui est.“quand je crains de ne pouvoir plus supporter mes tourments, je me dis: Valmont est heureux; et tout disparaît devant cette idée, ou plutôt elle change tout en plaisirs.” “Comme je n’aurai vécu que pour lui, ce sera en lui que reposera ma mémoire; et s’il est forcé de reconnaître que je l’aimais, je serai suffisamment justifiée.

“Il me semble même que cette marche franche et libre, quand elle est fondée sur une ancienne liaison, est bien préférable à l’insipide cajolerie qui affadit si souvent l’amour.” “je n’imagine pas que vous ayez pu penser sérieusement qu’il existât une femme dans le monde qui me parût préférable à vous” “ne savez−vous pas que ces mots, plus souvent pris au hasard que par réflexion, expriment moins le cas que l’on fait de la personne que la situation dans laquelle on se trouve quand on en parle? Et si, dans le moment même où j’étais si vivement affecté ou par l’une ou par l’autre, je ne vous en désirais pourtant pas moins; si je vous donnais une préférence marquée sur toutes deux, puisque enfin je ne pouvais renouveler notre première liaison qu’au préjudice des deux autres, je ne crois pas qu’il y ait là si grand sujet de reproche.” “Pour la petite Cécile, je crois bien inutile de vous en parler. Vous n’avez pas oublié que c’est à votre demande que je me suis chargé de cette enfant, et je n’attends que votre congé pour m’en défaire. J’ai pu remarquer son ingénuité et sa fraîcheur; j’ai pu même la croire un moment attachante, parce que, plus ou moins, on se complaît toujours un peu dans son ouvrage: mais assurément, elle n’a assez de consistance en aucun genre pour fixer en rien l’attention.” “pourquoi semblez−vous m’annoncer que toute correspondance va être rompue entre nous? Est−ce pour me punir de n’avoir pas deviné ce qui était contre toute vraisemblance? ou me soupçonnez−vous de vous avoir affligée volontairement? Non, je connais trop bien votre coeur, pour croire qu’il pense ainsi du mien. Aussi la peine que m’a faite votre lettre est−elle bien moins relative à moi qu’à vous−même!” “Hé! quelle femme vraiment délicate et sensible n’a pas trouvé l’infortune dans ce même sentiment qui lui promettait tant de bonheur! Les hommes savent−ils apprécier la femme qu’ils possèdent?”

Ne croyez pas, ma chère Enfant, que leur amour soit semblable au nôtre. Ils éprouvent bien la même ivresse; souvent même ils y mettent plus d’emportement: mais ils ne connaissent pas cet empressement inquiet, cette sollicitude délicate, qui produit en nous ces soins tendres et continus, et dont l’unique but est toujours l’objet aimé. L’homme jouit du bonheur qu’il ressent, et la femme de celui qu’elle procure. Cette différence, si essentielle et si peu remarquée, influe pourtant, d’une manière bien sensible, sur la totalité de leur conduite respective. Le plaisir de l’un est de satisfaire des désirs, celui de l’autre est surtout de les faire naître. Plaire n’est pour lui qu’un moyen de succès; tandis que pour elle, c’est le succès lui−même. Et la coquetterie, si souvent reprochée aux femmes, n’est autre chose que l’abus de cette façon de sentir, et par là même en prouve la réalité. Enfin, ce goût exclusif, qui caractérise particulièrement l’amour, n’est dans l’homme qu’une préférence, qui sert, au plus, à augmenter un plaisir, qu’un autre objet affaiblirait peut−être, mais ne détruirait pas; tandis que dans les femmes, c’est un sentiment profond, qui non seulement anéantit tout désir étranger, mais qui, plus fort que la nature, et soustrait à son empire, ne leur laisse éprouver que répugnance et dégoût, là même où semble devoir naître la volupté.”

“Dans les maux sans remèdes, les conseils ne peuvent plus porter que sur le régime. Ce que je vous demande seulement, c’est de vous souvenir que plaindre un malade, ce n’est pas le blâmer. Eh! qui sommes−nous, pour nous blâmer les uns les autres? Laissons le droit de juger à celui−là seul qui lit dans les coeurs; et j’ose même croire qu’à ses yeux paternels une foule de vertus peut racheter une faiblesse.”

TEORIA DA ASSIMETRIA E IMPASSE ETERNO: “N’avez−vous pas encore remarqué que le plaisir, qui est bien en effet l’unique mobile de la réunion des deux sexes, ne suffit pourtant pas pour former une liaison entre eux? et que, s’il est précédé du désir qui rapproche, il n’est pas moins suivi du dégoût qui repousse? C’est une loi de la nature, que l’amour seul peut changer; et de l’amour, en a−t−on quand on veut? Il en faut pourtant toujours: et cela serait vraiment fort embarrassant, si on ne s’était pas aperçu qu’heureusement il suffisait qu’il en existât d’un côté. La difficulté est devenue par là de moitié moindre, et même sans qu’il y ait eu beaucoup à perdre; en effet, l’un jouit du bonheur d’aimer, l’autre de celui de plaire, un peu moins vif à la vérité, mais auquel se joint le plaisir de tromper, ce qui fait équilibre; et tout s’arrange. Mais dites−moi, Vicomte, qui de nous deux se chargera de tromper l’autre?” “je sens à merveille que pour une seule soirée nous nous suffirons de reste; et je ne doute même pas que nous ne sachions assez l’embellir pour ne la voir finir qu’à regret. Mais n’oublions pas que ce regret est nécessaire au bonheur; et quelque douce que soit notre illusion, n’allons pas croire qu’elle puisse être durable.” “ou je me trompe, ou la tendre Dévote doit beaucoup écrire: car que ferait−elle quand elle est seule? elle n’a sûrement pas le bon esprit de se distraire.” “Il en est déjà à se battre les flancs pour m’aimer; c’est au point qu’à présent je mets autant de malice que de prudence dans les caresses dont je le surcharge. Mais, en même temps, vous voyez bien que ce ne serait pas là un sacrifice à vous faire! une infidélité réciproque rendra le charme bien plus piquant.“Mais pourquoi s’occuper encore d’un bonheur qui ne peut revenir? Non, quoi que vous en disiez, c’est un retour impossible. D’abord, j’exigerais des sacrifices que sûrement vous ne pourriez ou ne voudriez pas me faire, et qu’il se peut bien que je ne mérite pas

“j’admirerai, surtout, cette indulgence de la vertu, qui ne connaît nos faiblesses que pour y compatir [consolar], et dont le charme puissant conserve sur les coeurs un empire si doux et si fort, même à côté du charme de l’amour.” “Et comment ne croirais−je pas à un bonheur parfait, quand je l’éprouve en ce moment? Oui, si les hommes sont tels que vous le dites, il faut les fuir, ils sont haïssables; mais qu’alors Valmont est loin de leur ressembler! S’il a comme eux cette violence de passion, que vous nommez emportement, combien n’est−elle pas surpassée en lui par l’excès de sa délicatesse! Ô mon amie! vous me parlez de partager mes peines, jouissez donc de mon bonheur; je le dois à l’amour, et de combien encore l’objet en augmente le prix! Vous aimez votre neveu, dites−vous, peut−être avec faiblesse? ah! si vous le connaissiez comme moi! je l’aime avec idolâtrie, et bien moins encore qu’il ne le mérite. Il a pu sans doute être entraîné dans quelques erreurs, il en convient lui−même; mais qui jamais connut comme lui le véritable amour?” “depuis qu’il peut se livrer sans contrainte aux mouvements de son coeur, il semble deviner tous les désirs du mien. Qui sait si nous n’étions pas nés l’un pour l’autre, si ce bonheur ne m’était pas réservé, d’être nécessaire au sien! Ah! si c’est une illusion, que je meure donc avant qu’elle finisse. Mais non; je veux vivre pour le chérir, pour l’adorer. Pourquoi cesserait−il de m’aimer? Quelle autre femme rendrait−il plus heureuse que moi? Et, je le sens par moi−même, ce bonheur qu’on fait naître, est le plus fort lien, le seul qui attache véritablement. Oui, c’est ce sentiment délicieux qui ennoblit l’amour, qui le purifie en quelque sorte, et le rend vraiment digne d’une âme tendre et généreuse, telle que celle de Valmont.”

“songez donc qu’il n’y a guère que huit jours que je jouis du fruit de trois mois de soins. Je me suis si souvent arrêté davantage à ce qui valait bien moins, et ne m’avait pas tant coûté!…” “D’abord, pour beaucoup de femmes, le plaisir est toujours le plaisir et n’est jamais que cela; et auprès de celles−là, de quelque titre qu’on nous décore, nous ne sommes jamais que des facteurs, de simples commissionnaires, dont l’activité fait tout le mérite, et parmi lesquels, celui qui fait le plus est toujours celui qui fait le mieux.

Dans une autre classe, peut−être la plus nombreuse aujourd’hui, la célébrité de l’Amant, le plaisir de l’avoir enlevé à une rivale, la crainte de se le voir enlever à son tour, occupent les femmes presque tout entières: nous entrons bien, plus ou moins, pour quelque chose dans l’espèce de bonheur dont elles jouissent; mais il tient plus aux circonstances qu’à la personne. Il leur vient par nous, et non de nous.” “j’ai vue une femme sortir du plaisir tout éplorée [desmanchada em lágrimas], et le moment d’après retrouver la volupté dans un mot qui répondait à son âme.” “Mais de ce que l’esprit est occupé, s’ensuit−il que le coeur soit esclave? non, sans doute. Aussi le prix que je ne me défends pas de mettre à cette aventure ne m’empêchera pas d’en courir d’autres, ou même de la sacrifier à de plus agréables.” “Sa mère la ramène à la Ville dans trois jours; et moi, depuis hier, j’ai su assurer mes communications: quelque argent au portier et quelques fleurettes à sa femme en ont fait l’affaire. Concevez−vous que Danceny n’ait pas su trouver ce moyen si simple? et puis, qu’on dise que l’amour rend ingénieux! il abrutit au contraire ceux qu’il domine. Et je ne saurais pas m’en défendre! Ah! soyez tranquille. Déjà je vais, sous peu de jours, affaiblir, en la partageant, l’impression peut−être trop vive que j’ai éprouvée; et si un simple partage ne suffit pas, je les multiplierai.” “Il est actuellement dans la grande inquiétude de savoir s’il sera reçu chez Madame de Volanges; je le calme le plus que je peux, en l’assurant que, de façon ou d’autre, je ferai son bonheur au premier jour: et en attendant, je continue à me charger de la correspondance, qu’il veut reprendre à l’arrivée de sa Cécile. J’ai déjà six Lettres de lui, et j’en aurai bien encore une ou deux avant l’heureux jour. Il faut que ce garçon−là soit bien désoeuvré!” “Ai−je donc jamais cessé d’être constant pour vous? Nos liens ont été dénoués, et non pas rompu; notre prétendue rupture ne fut qu’une erreur de notre imagination: nos sentiments, nos intérêts n’en sont pas moins restés unis. Semblable au voyageur, qui revient détrompé, je reconnaîtrai comme lui que j’avais laissé le bonheur pour courir après l’espérance et je dirai comme d’Harcourt:

Plus je vis d’étrangers, plus j’aimai ma patrie (Du Belloi, Tragédie du Siège de Calais)

Mais eu vejo do estrangeiro, mais saudade me dá da minha pátria!

Ne combattez donc plus l’idée ou plutôt le sentiment qui vous ramène à moi; et après avoir essayé de tous les plaisirs dans nos courses différentes, jouissons du bonheur de sentir qu’aucun d’eux n’est comparable à celui que nous avions éprouvé, et que nous retrouverons plus délicieux encore!

Adieu, ma charmante amie. Je consens à attendre votre retour: mais pressez−le donc, et n’oubliez pas combien je le désire.

Paris, ce 8 novembre 17**.”

“En vérité, Vicomte, vous êtes bien comme les enfants, devant qui il ne faut rien dire, et à qui on ne peut rien montrer qu’ils ne veuillent s’en emparer aussitôt! Une simple idée qui me vient, à laquelle même je vous avertis que je ne veux pas m’arrêter, parce que je vous en parle, vous en abusez pour y ramener mon attention; pour m’y fixer, quand je cherche à m’en distraire; et me faire, en quelque sorte, partager malgré moi vos désirs étourdis! Est−il donc généreux à vous de me laisser supporter seule tout le fardeau de la prudence? Je vous le redis, et me le répète plus souvent encore, l’arrangement que vous me proposez est réellement impossible. Quand vous y mettriez toute la générosité que vous me montrez en ce moment, croyez−vous que je n’aie pas aussi ma délicatesse, et que je veuille accepter des sacrifices qui nuiraient à votre bonheur?

C’est de l’amour, ou il n’en exista jamais: vous le niez bien de cent façons; mais vous le prouvez de mille. Qu’est−ce, par exemple, que ce subterfuge dont vous vous servez vis−à−vis de vous−même (car je vous crois sincère avec moi), qui vous fait rapporter à l’envie d’observer le désir que vous ne pouvez ni cacher ni combattre, de garder cette femme? Ne dirait−on pas que jamais vous n’en avez rendu une autre heureuse, parfaitement heureuse? Ah! si vous en doutez, vous avez bien peu de mémoire! Mais non, ce n’est pas cela. Tout simplement votre coeur abuse votre esprit, et le fait se payer de mauvaises raisons: mais moi, qui ai un grand intérêt à ne pas m’y tromper, je ne suis pas si facile à contenter.” “En effet, ce n’est plus l’adorable, la céleste Madame de Tourvel, mais c’est une femme étonnante, une femme délicate et sensible, et cela, à l’exclusion de toutes les autres; une femme rare enfin, et telle qu’on n’en rencontrerait pas une seconde. (…) Ou ce sont là, Vicomte, des symptômes assurés d’amour, ou il faut renoncer à en trouver aucun.” “Soyez assuré que, pour cette fois, je vous parle sans humeur. Je me suis promis de n’en plus prendre; j’ai trop bien reconnu qu’elle pouvait devenir un piège dangereux. Croyez−moi, ne soyons qu’amis, et restons−en là. Sachez−moi gré seulement de mon courage à me défendre: oui, de mon courage; car il en faut quelquefois, même pour ne pas prendre un parti qu’on sent être mauvais.” La courage de la vertu!

“J’exigerais donc, voyez la cruauté! que cette rare, cette étonnante Madame de Tourvel ne fût plus pour vous qu’une femme ordinaire, une femme telle qu’elle est seulement: car il ne faut pas s’y tromper; ce charme qu’on croit trouver dans les autres, c’est en nous qu’il existe; et c’est l’amour seul qui embellit tant l’objet aimé.

Ce n’est pas tout encore, je serais capricieuse. Ce sacrifice de la petite Cécile, que vous m’offrez de si bonne grâce, je ne m’en soucierais pas du tout. Je vous demanderais au contraire de continuer ce pénible service, jusqu’à nouvel ordre de ma part; soit que j’aimasse à abuser ainsi de mon empire; soit que, plus indulgente ou plus juste, il me suffît de disposer de vos sentiments, sans vouloir contrarier vos plaisirs. Quoi qu’il en soit, je voudrais être obéie; et mes ordres seraient bien rigoureux!

Il est vrai qu’alors je me croirais obligée de vous remercier; que sait−on? peut−être même de vous récompenser. Sûrement, par exemple, j’abrégerais une absence qui me deviendrait insupportable. Je vous reverrais enfin, Vicomte, et je vous reverrais… comment?… Mais vous vous souvenez que ceci n’est plus qu’une conversation, un simple récit d’un projet impossible, et je ne veux pas l’oublier toute seule…“Adieu, Vicomte, écrivez−moi souvent: le détail de vos plaisirs me dédommagera au moins en partie des ennuis que j’éprouve.

Du Château de …, ce 11 novembre 17**.”

“Ah! Dieu, quand je songe qu’à ma dernière Lettre c’était l’excès de mon bonheur qui m’empêchait de la continuer! C’est celui de mon désespoir qui m’accable à présent; qui ne me laisse de force que pour sentir mes douleurs, et m’ôte celle de les exprimer.

Valmont… Valmont ne m’aime plus, il ne m’a jamais aimée. L’amour ne s’en va pas ainsi. Il me trompe, il me trahit, il m’outrage. Tout ce qu’on peut réunir d’infortunes, d’humiliations, je les éprouve, et c’est de lui qu’elles me viennent.” “C’était hier; je devais pour la première fois, depuis mon retour, souper hors de chez moi. Valmont vint me voir à cinq heures; jamais il ne m’avait paru si tendre. Il me fit connaître que mon projet de sortir le contrariait, et vous jugez que j’eus bientôt celui de rester chez moi. Cependant, deux heures après, et tout à coup, son air et son ton changèrent sensiblement. Je ne sais s’il me sera échappé quelque chose qui aura pu lui déplaire; quoi qu’il en soit, peu de temps après, il prétendit se rappeler une affaire qui l’obligeait de me quitter, et il s’en alla” “j’aperçus à quatre pas devant moi, et dans la file à côté de la mienne, la voiture de Valmont. Le coeur me battit aussitôt, mais ce n’était pas de crainte; et la seule idée qui m’occupait était le désir que ma voiture avançât. Au lieu de cela, ce fut la sienne qui fut forcée de reculer, et qui se trouva à côté de la mienne. Je m’avançai sur−le−champ: quel fut mon étonnement de trouver à ses côtés une fille, bien connue pour telle! Je me retirai, comme vous pouvez penser, et c’en était déjà bien assez pour navrer mon coeur: mais ce que vous aurez peine à croire, c’est que cette même fille apparemment instruite par une odieuse confidence, n’a pas quitté la portière de la voiture, ni cessé de me regarder, avec des éclats de rire à faire scène.

voir, voire, la voiture volontiers

“le public, dont l’opinion sépare encore, par un immense intervalle, la femme faible de la femme dépravée.”

“cet événement a pour première cause le charme tout−puissant que j’éprouve auprès de vous. Ce fut lui qui me fit oublier trop longtemps une affaire importante, et qui ne pouvait se remettre. Je vous quittai trop tard, et ne trouvai plus la personne que j’allais chercher. J’espérais la rejoindre à l’Opéra, et ma démarche fut pareillement infructueuse. Émilie que j’y trouvai, que j’ai connue dans un temps où j’étais bien loin de connaître ni vous ni l’amour. Émilie n’avait pas sa voiture, et me demanda de la remettre chez elle à quatre pas de là. Je n’y vis aucune conséquence, et j’y consentis. Mais ce fut alors que je vous rencontrai; et je sentis sur−le−champ que vous seriez portée à me juger coupable.

La crainte de vous déplaire ou de vous affliger est si puissante sur moi, qu’elle dut être et fut en effet bientôt remarquée. J’avoue même qu’elle me fit tenter d’engager cette fille à ne pas se montrer; cette précaution de la délicatesse a tourné contre l’amour. Accoutumée, comme toutes celles de son état, à n’être sûre d’un empire toujours usurpé que par l’abus qu’elles se permettent d’en faire. Émilie se garda bien d’en laisser échapper une occasion si éclatante. Plus elle voyait mon embarras s’accroître, plus elle affectait de se montrer; et sa folle gaieté, dont je rougis que vous ayez pu un moment vous croire l’objet, n’avait de cause que la peine cruelle que je ressentais, qui elle−même venait encore de mon respect et de mon amour.” “Eh! que peut−il y avoir de commun entre une surprise des sens, entre un moment d’oubli de soi−même, que suivent bientôt la honte et le regret, et un sentiment pur, qui ne peut naître que dans une âme délicate et s’y soutenir que par l’estime, et dont enfin le bonheur est le fruit! Ah! ne profanez pas ainsi l’amour. Craignez surtout de vous profaner vous−même, en réunissant sous un même point de vue ce qui jamais ne peut se confondre. Laissez les femmes viles et dégradées redouter une rivalité qu’elles sentent malgré elles pouvoir s’établir, et éprouver les tourments d’une jalousie également cruelle et humiliante” “Ah! Madame, me livrerez−vous aujourd’hui à un désespoir éternel?”

“J’ai déjà réussi. Je viens de recevoir un second billet, toujours bien rigoureux, et qui confirme l’éternelle rupture, comme cela devait être; mais dont le ton n’est pourtant plus le même. Surtout, on ne veut plus me voir ce parti pris y est annoncé quatre fois de la manière la plus irrévocable. J’en ai conclu qu’il n’y avait pas un moment à perdre pour me présenter. J’ai déjà envoyé mon Chasseur, pour s’emparer du Suisse; et dans un moment, j’irai moi−même faire signer mon pardon: car dans les torts de cette espèce, il n’y a qu’une seule formule qui porte absolution générale, et celle−là ne s’expédie qu’en présence.

Oui, tout est oublié, pardonné; disons mieux, tout est réparé. À cet état de douleur et d’angoisse, ont succédé le calme et les délices. Ô joie de mon coeur, comment vous exprimer! Valmont est innocent; on n’est point coupable avec autant d’amour. Ces torts graves, offensants que je lui reprochais avec tant d’amertume, il ne les avait pas et si, sur un seul point, j’ai eu besoin d’indulgence, n’avais−je donc pas aussi mes injustices à réparer?

Je ne vous ferai point le détail des faits ou des raisons qui le justifient; peut−être même l’esprit les apprécierait mal: c’est au coeur seul qu’il appartient de les sentir. Si pourtant vous deviez me soupçonner de faiblesse, j’appellerais votre jugement à l’appui du mien. Pour les hommes, dites−vous vous−même, l’infidélité n’est pas l’inconstance. Ce n’est pas que je ne sente que cette distinction, qu’en vain l’opinion autorise, n’en blesse pas moins la délicatesse: mais de quoi se plaindrait la mienne, quand celle de Valmont en souffre plus encore? Ce même tort que j’oublie, ne croyez pas qu’il se le pardonne ou s’en console; et pourtant, combien n’a−t−il pas réparé cette légère faute par l’excès de son amour et celui de mon bonheur!

“nous menions, votre Pupille et moi, une vie commode et bien réglée. Mais l’habitude amène la négligence: les premiers jours nous n’avions jamais pris assez de précautions pour notre sûreté, nous tremblions encore derrière les verrous. Hier, une incroyable distraction a causé l’accident dont j’ai à vous instruire; et si, pour mon compte, j’en ai été quitte pour la peur, il en coûte plus cher à la petite fille.

Nous ne dormions pas, mais nous étions dans le repos et l’abandon qui suivent la volupté, quand nous avons entendu la porte de la chambre s’ouvrir tout à coup. Aussitôt je saute à mon épée, tant pour ma défense que pour celle de notre commune Pupille; je m’avance et ne vois personne: mais en effet la porte était ouverte. Comme nous avions de la lumière, j’ai été à la recherche, et n’ai trouvé âme qui vive. Alors je me suis rappelé que nous avions oublié nos précautions ordinaires; et sans doute la porte poussée seulement, ou mal fermée, s’était ouverte d’elle−même.

En allant rejoindre ma timide compagne pour la tranquilliser, je ne l’ai plus trouvée dans son lit; elle était tombée, ou s’était sauvée dans sa ruelle: enfin, elle y était étendue sans connaissance, et sans autre mouvement que d’assez fortes convulsions. Jugez de mon embarras! Je parvins pourtant à la remettre dans son lit, et même à la faire revenir; mais elle s’était blessée dans sa chute, et elle ne tarda pas à en ressentir les effets.

Des maux de reins, de violentes coliques, des symptômes moins équivoques encore, m’ont eu bientôt éclairé sur son état: mais, pour le lui apprendre, il a fallu lui dire d’abord celui où elle était auparavant; car elle ne s’en doutait pas. Jamais peut−être, jusqu’à elle, on n’avait conservé tant d’innocence, en faisant si bien tout ce qu’il fallait pour s’en défaire! Oh! celle−là ne perd pas son temps à réfléchir!

Mais elle en perdait beaucoup à se désoler, et je sentais qu’il fallait prendre un parti. Je suis donc convenu avec elle que j’irais sur−le−champ chez le Médecin et le Chirurgien de la maison, et qu’en les prévenant qu’on allait venir les chercher, je leur confierais le tout, sous le secret; qu’elle, de son côté, sonnerait sa Femme de chambre; qu’elle lui ferait ou ne lui ferait pas sa confidence, comme elle voudrait; mais qu’elle enverrait chercher du secours, et défendrait surtout qu’on réveillât Madame de Volanges: attention délicate et naturelle d’une fille qui craint d’inquiéter sa mère.” “s’il ne survient pas d’accident, on ne s’apercevra de rien dans la maison. La Femme de chambre est du secret; le Médecin a donné un nom à la maladie; et cette affaire s’arrangera comme mille autres, à moins que par la suite il ne nous soit utile qu’on en parle.

“Parlez−moi vrai; vous faites−vous illusion à vous−même, ou cherchez−vous à me tromper? la différence entre vos discours et vos actions ne me laisse de choix qu’entre ces deux sentiments: lequel est le véritable? Que voulez−vous donc que je vous dise, quand moi−même je ne sais que penser?” “Celui qui s’en abstient aujourd’hui passe pour romanesque, et ce n’est pas là, je crois, le défaut que je vous reproche.”

CUL SUCRÉ: “je conçois qu’un Sultan peut le ressentir pour sa Sultane favorite, ce qui ne l’empêche pas de lui préférer souvent une simple Odalisque. Ma comparaison me paraît d’autant plus juste que, comme lui, jamais vous n’êtes ni l’Amant ni l’ami d’une femme; mais toujours son tyran ou son esclave. Aussi suis−je bien sûre que vous vous êtes bien humilié, bien avili, pour rentrer en grâce avec ce bel objet! et trop heureux d’y être parvenu, dès que vous croyez le moment arrivé d’obtenir votre pardon, vous me quittez pour ce grand événement.” “Prenez−y garde, Vicomte! si une fois je réponds, ma réponse sera irrévocable; et craindre de la faire en ce moment, c’est peut−être déjà en dire trop. Aussi je n’en veux absolument plus parler.” “Presta atenção, visconde! quando eu te tiver respondido, não volto atrás; se digo que seria uma temeridade responder agora, acho que já digo muito, não?! Calo a boca pra não me comprometer.”

«On s’ennuie de tout, mon Ange, c’est une Loi de la Nature; ce n’est pas ma faute.»

«Si donc je m’ennuie aujourd’hui d’une aventure qui m’a occupé entièrement depuis quatre mortels mois, ce n’est pas ma faute.»

«Si, par exemple, j’ai eu juste autant d’amour que toi de vertu, et c’est sûrement beaucoup dire, il n’est pas étonnant que l’un ait fini en même temps que l’autre. Ce n’est pas ma faute.»

Sua meiguice impiedosa: «Il suit de là que depuis quelque temps je t’ai trompée: mais aussi, ton impitoyable tendresse m’y forçait en quelque sorte! Ce n’est pas ma faute.»

«Aujourd’hui, une femme que j’aime éperdument exige que je te sacrifie. Ce n’est pas ma faute.»

«Je sens bien que voilà une belle occasion de crier au parjure: mais si la Nature n’a accordé aux hommes que la constance, tandis qu’elle donnait aux femmes l’obstination, ce n’est pas ma faute.»

«Crois−moi, choisis un autre Amant, comme j’ai fait une autre Maîtresse. Ce conseil est bon, très bon; si tu le trouves mauvais, ce n’est pas ma faute.»

«Adieu, mon Ange, je t’ai prise avec plaisir, je te quitte sans regret: je te reviendrai peut−être. Ainsi va le monde. Ce n’est pas ma faute.»

“À propos, je vous remercie de vos détails sur la petite Volanges; c’est un article à réserver jusqu’au lendemain du mariage, pour la Gazette de médisance. En attendant, je vous fais mon compliment de condoléances sur la perte de votre postérité. Bonsoir, Vicomte.

Du Château de …, ce 24 novembre 17**.”

“A présent, comme vous pouvez croire, je suis fort empressé d’apprendre la fin de l’histoire de cet homme de votre connaissance, si véhémentement soupçonné de ne savoir pas, au besoin, sacrifier une femme. Ne se sera−t−il pas corrigé? et sa généreuse amie ne lui aura−t−elle pas fait grâce?”

“je chérirai mes tourments s’ils abrègent mon existence. Je vous envoie la Lettre que j’ai reçue hier; je n’y joindrai aucune réflexion, elle les porte avec elle. Ce n’est plus le temps de se plaindre, il n’y a plus qu’à souffrir. Ce n’est pas de pitié que j’ai besoin, c’est de force.”

“Quand les blessures sont mortelles, tout secours devient inhumain. Tout autre sentiment m’est étranger, que celui du désespoir. Rien ne peut plus me convenir que la nuit profonde où je vais ensevelir ma honte. J’y pleurerai mes fautes, si je puis pleurer encore! car, depuis hier, je n’ai pas versé une larme. Mon coeur flétri n’en fournit plus.

Adieu, Madame. Ne me répondez point. J’ai fait le serment sur cette Lettre cruelle de n’en plus recevoir aucune.

Paris, ce 27 novembre 17**.”

“Le Couvent est le véritable asile d’une veuve; et si elle persiste dans une résolution si louable, je joindrai à toutes les obligations que je lui ai déjà celle de la célébrité que va prendre cette aventure.” “Qu’ils se montrent donc, ces Critiques sévères, qui m’accusaient d’un amour romanesque et malheureux; qu’ils fassent des ruptures plus promptes et plus brillantes: mais non, qu’ils fassent mieux; qu’ils se présentent comme consolateurs, la route leur est tracée. Hé bien! qu’ils osent seulement tenter cette carrière que j’ai parcourue en entier; et si l’un d’eux obtient le moindre succès, je lui cède la première place. Mais ils éprouveront tous que, quand j’y mets du soin, l’impression que je laisse est ineffaçable. Ah! sans doute, celle−ci le sera; et je compterais pour rien tous mes autres triomphes, si jamais je devais avoir auprès de cette femme un rival préféré.”

Sa Cécile était malade! Vous jugez que la tête tourne dans un tel malheur. Trois fois par jour il envoyait savoir des nouvelles, et n’en passait aucun sans s’y présenter lui−même; enfin il a demandé, par une belle Epître à la Maman, la permission d’aller la féliciter sur la convalescence d’un objet si cher et Madame de Volanges y a consenti: si bien que j’ai trouvé le jeune homme établi comme par le passé, à un peu de familiarité près qu’il n’osait encore se permettre.” “vaudrait−il la peine que votre pupille fût aussi mon élève, si elle ne devait tromper que son mari? Le chef−d’oeuvre est de tromper son Amant et surtout son premier Amant! car pour moi, je n’ai pas à me reprocher d’avoir prononcé le mot d’amour.”

“Oui, Vicomte, vous aimiez beaucoup Madame de Tourvel, et même vous l’aimez encore; vous l’aimez comme un fou: mais parce que je m’amusais à vous en faire honte, vous l’avez bravement sacrifiée. Vous en auriez sacrifié mille, plutôt que de souffrir une plaisanterie. Où nous conduit pourtant la vanité! Le Sage a bien raison, quand il dit qu’elle est l’ennemie du bonheur.”

“Qui m’aurait dit, il y a quelque temps, que bientôt vous auriez ma confiance exclusive, je ne l’aurais pas cru. Mais la vôtre a entraîné la mienne. Je serais tentée de croire que vous y avez mis de l’adresse, peut−être même de la séduction. Cela serait bien mal au moins! Au reste, elle ne serait pas dangereuse à présent; vous avez vraiment bien autre chose à faire! Quand l’Héroïne est en scène on ne s’occupe guère de la Confidente.” “Depuis Alcibiade [o belo amante de Sócrates] jusqu’à vous, ne sait−on pas que les jeunes gens n’ont jamais connu l’amitié que dans leurs chagrins? Le bonheur les rend quelquefois indiscrets, mais jamais confiants. Je dirai bien comme Socrate: J’aime que mes amis viennent à moi quand ils sont malheureux [Marmontel, Conte moral d’Alcibiade]; mais en sa qualité de Philosophe, il se passait bien d’eux quand ils ne venaient pas. En cela, je ne suis pas tout à fait si sage que lui, et j’ai senti votre silence avec toute la faiblesse d’une femme.”

“Je ne compte donc sur vous pour demain au soir, qu’autant que l’amour vous laissera libre et désoccupé, et je vous défends de me faire le moindre sacrifice.

Adieu, Chevalier; je me fais une vraie fête de vous revoir: viendrez−vous?

Du Château de …, ce 29 novembre 17**.”

“Vous qui l’avez vue, comme moi, si peu forte, si timide et si douce, concevez−vous donc que quatre personnes puissent à peine la contenir, et que pour peu qu’on veuille lui représenter quelque chose, elle entre dans des fureurs inexprimables? Pour moi, je crains qu’il n’y ait plus que du délire, et que ce ne soit une vraie aliénation d’esprit.

Ce qui augmente ma crainte à ce sujet, c’est ce qui s’est passé avant hier.” Madame de Volanges

“on lui représenta que sa qualité de femme mariée ne permettait pas de la recevoir sans une permission particulière. Cette raison ni mille autres n’y firent rien; et dès ce moment, elle s’obstina, non seulement à ne pas sortir du Couvent, mais même de sa chambre. Enfin, de guerre lasse à sept heures du soir, on consentit qu’elle y passât la nuit. On renvoya sa voiture et ses gens, et on remit au lendemain à prendre un parti.”

O DEZEMBRO FINAL

“Ô vous, que j’aime! ô toi, que j’adore! ô vous, qui avez commencé mon bonheur! ô toi, qui l’as comblé [satisfez]! Amie sensible, tendre Amante, pourquoi le souvenir de ta douleur vient−il troubler le charme que j’éprouve? Ah! madame, calmez−vous, c’est l’amitié qui vous le demande. Ô mon amie, sois heureuse, c’est la prière de l’amour.” Danceny

TRANSANDO COM O CUPIDO: “je sens dans mon coeur qu’il n’y a eu entre nous deux d’autre séducteur que l’amour. Ne crains donc plus de te livrer aux sentiments que tu inspires, de te laisser pénétrer de tous les feux que tu fais naître. Quoi! pour avoir été éclairés plus tard, nos coeurs en seraient−ils moins purs? non, sans doute. C’est au contraire la séduction, qui, n’agissant jamais que par projets, peut combiner sa marche et ses moyens, et prévoir au loin les événements. Mais l’amour véritable ne permet pas ainsi de méditer et de réfléchir: il nous distrait de nos pensées par nos sentiments; son empire n’est jamais plus fort que quand il est inconnu; et c’est dans l’ombre et le silence qu’il nous entoure de liens qu’il est également impossible d’apercevoir et de rompre.” “et tous deux nous n’avons reconnu l’Amour qu’en sortant de l’ivresse où ce Dieu nous avait plongés.”

“Dès que nous fûmes seules, elle m’apprit tout ce que déjà vous avez su d’elle, et que par cette raison je ne vous répéterai point.” “Ces accidents n’ont plus cessé de la soirée; et le bulletin de ce matin m’apprend que la nuit n’a pas été moins orageuse. Enfin, son état est tel que je m’étonne qu’elle n’y ait pas déjà succombé, et je ne vous cache point qu’il ne me reste que peu d’espoir.”

“s’il faut t’en croire, je n’obtiendrai point de réponse de toi: cette Lettre même sera la dernière; et nous nous priverons d’un commerce qui, selon toi, est dangereux, et dont nous n’avons pas besoin. Sûrement je t’en croirai, si tu persistes: car que peux−tu vouloir, que par cette raison même je ne le veuille aussi? Mais avant de te décider entièrement, ne permettras−tu pas que nous en causions ensemble?

Sur l’article des dangers, tu dois juger seule: je ne puis rien calculer, et je m’en tiens à te prier de veiller à ta sûreté, car je ne puis être tranquille quand tu seras inquiète. Pour cet objet, ce n’est pas nous deux qui ne sommes qu’un, c’est toi qui es nous deux.” “si nous différons d’avis, ce ne peut être que faute de nous expliquer ou de nous entendre.”

“C’est alors qu’une Lettre est si précieuse; si on ne la lit pas, du moins on la regarde… Ah! sans doute, on peut regarder une Lettre sans la lire, comme il me semble que la nuit j’aurais encore quelque plaisir à toucher ton portrait…”

SUMMUM VULGATA: “Adieu, ma charmante amie; l’heure approche enfin ou je pourrai te voir: je te quitte bien vite, pour t’aller retrouver plus tôt.

Paris, ce 3 décembre 17**.”

“Vous êtes à Paris depuis 4 jours; et chaque jour vous avez vu Danceny, et vous n’avez vu que lui seul. Aujourd’hui même votre porte était encore fermée; et il n’a manqué à votre Suisse, pour m’empêcher d’arriver jusqu’à vous, qu’une assurance égale à la vôtre. Cependant je ne devais pas douter, me mandiez−vous, d’être le premier informé de votre arrivée; de cette arrivée dont vous ne pouviez pas encore me dire le jour, tandis que vous m’écriviez la veille de votre départ. Nierez−vous ces faits, ou tenterez−vous de vous en excuser?” “Faites−moi donc savoir si ce sera chez vous, ou là−bas que se feront nos expiations nombreuses et réciproques. Surtout, plus de Danceny. Votre mauvaise tête s’était remplie de son idée; et je peux n’être pas jaloux de ce délire de votre imagination: mais songez que, de ce moment, ce qui n’était qu’une fantaisie deviendrait une préférence marquée. Je ne me crois pas fait pour cette humiliation, et je ne m’attends pas à la recevoir de vous.” “songez bien que plus il vous est facile de me faire oublier l’offense que vous m’avez faite, plus un refus de votre part, un simple délai, la graverait dans mon coeur en traits ineffaçables.”

“Mais ne vit−on pas chez l’Étranger comme ici? et à tout prendre, pourvu que la Cour de France vous laissât tranquille à celle où vous vous fixeriez, ce ne serait pour vous que changer le lieu de vos triomphes.” “Et voilà que vous m’écrivez la Lettre la plus maritale quil soit possible de voir! Vous ne m’y parlez que de torts de mon côté, et de grâces du vôtre! Mais comment donc peut−on manquer à celui à qui on ne doit rien? je ne saurais le concevoir!“Tout ce que je peux donc répondre à votre menaçante Lettre, c’est qu’elle n’a eu ni le don de me plaire, ni le pouvoir de m’intimider (…) Au vrai, vous accepter tel que vous vous montrez aujourd’hui, ce serait vous faire une infidélité réelle. Ce ne serait pas là renouer avec mon ancien Amant; ce serait en prendre un nouveau, et qui ne vaut pas l’autre à beaucoup près.”

“De longs discours n’étaient pas nécessaires pour établir que chacun de nous ayant en main tout ce qu’il faut pour perdre l’autre, nous avons un égal intérêt à nous ménager mutuellement: aussi, ce n’est pas de cela dont il s’agit. Mais encore entre le parti violent de se perdre, et celui, sans doute meilleur, de rester unis comme nous l’avons été, de le devenir davantage encore en reprenant notre première liaison, entre ces deux partis, dis−je, il y en a mille autres à prendre. Il n’était donc pas ridicule de vous dire, et il ne l’est pas de vous répéter que, de ce jour même, je serai ou votre Amant ou votre ennemi.”

“- vous voyez que la réponse que je vous demande n’exige ni longues ni belles phrases. Deux mots suffisent.

– Hé bien! la guerre.”

à votre âge, quelle femme n’adore−t−on pas, au moins les huit premiers jours! Le lieu de la scène doit encore ajouter à vos plaisirs. Une petite maison délicieuse, et qu’on n’a prise que pour vous, doit embellir la volupté, des charmes de la liberté, et de ceux du mystère. Tout est convenu; on vous attend: et vous brûlez de vous y rendre! voilà ce que nous savons tous deux, quoique vous ne m’en ayez rien dit.” “Placé entre la coquetterie et l’amour, entre le plaisir et le bonheur, quel va être votre choix? Si je parlais au Danceny d’il y a trois mois, seulement à celui d’il y a huit jours, bien sûr de son coeur, je le serais de ses démarches: mais le Danceny d’aujourd’hui, arraché par les femmes, courant les aventures, et devenu, suivant l’usage, un peu scélérat, préférera−t−il une jeune fille bien timide, qui n’a pour elle que sa beauté, son innocence et son amour, aux agréments d’une femme parfaitement usagée!”

“Ce que j’ajoute encore, c’est que je regrette Madame de Tourvel; c’est que je suis au désespoir d’être séparé d’elle; c’est que je paierais de la moitié de ma vie le bonheur de lui consacrer l’autre. Ah! croyez−moi, on n’est heureux que par l’amour.”

Vous me disiez tant que c’était moi qui aimais le moins! je savais bien le contraire, et en voilà bien la preuve. Si vous étiez venu pour me voir, vous m’auriez vue en effet: car moi, je ne suis pas comme vous; je ne songe qu’à ce qui peut nous réunir. Vous mériteriez bien que je ne vous dise rien de tout ce que j’ai fait pour ça, et qui m’a donné tant de peine: mais je vous aime trop, et j’ai tant d’envie de vous voir que je ne peux m’empêcher de vous le dire. Et puis, je verrai bien après si vous m’aimez réellement.

J’ai si bien fait que le Portier est dans nos intérêts, et qu’il m’a promis que toutes les fois que vous viendriez, il vous laisserait toujours entrer comme s’il ne vous voyait pas: et nous pouvons bien nous fier à lui, car c’est un bien honnête homme. Il ne s’agit donc plus que d’empêcher qu’on ne vous voie dans la maison; et ça, c’est bien aisé, en n’y venant que le soir, et quand il n’y aura plus rien à craindre du tout. Par exemple, depuis que Maman sort tous les jours, elle se couche tous les soirs à onze heures; ainsi nous aurions bien du temps.

comment résisterais−je à un désir de ma Cécile? Ah! c’est bien elle, elle seule que j’aime, que j’aimerai toujours! son ingénuité, sa tendresse ont un charme pour moi, dont j’ai pu avoir la faiblesse de me laisser distraire, mais que rien n’effacera jamais. Engagé dans une autre aventure, pour ainsi dire sans m’en être aperçu, souvent le souvenir de Cécile est venu me troubler jusque dans les plus doux plaisirs; et peut−être mon coeur ne lui a−t−il jamais rendu d’hommage plus vrai que dans le moment même où je lui étais infidèle. Cependant, mon ami, ménageons sa délicatesse et cachons−lui mes torts; non pour la surprendre, mais pour ne pas l’affliger. Le bonheur de Cécile est le voeu le plus ardent que je forme; jamais je ne me pardonnerais une faute qui lui aurait coûté une larme.

“souvent sa délicatesse effrayait son amour: plus sage que moi, elle fortifiera dans mon âme ces craintes utiles, que je cherchais témérairement à étouffer dans la sienne. Je lui devrai d’être meilleur, comme à vous d’être plus heureux. Ô mes amis, partagez ma reconnaissance. L’idée de vous devoir mon bonheur en augmente le prix.”

“Vous n’attendiez pas cela de lui, n’est−il pas vrai? Allons, je me rends justice, un pareil rival méritait bien que je lui fusse sacrifié. Sérieusement, il est plein de bonnes qualités! Mais surtout, que d’amour, de constance, de délicatesse! Ah! si jamais vous êtes aimée de lui comme l’est sa Cécile, vous n’aurez point de rivales à craindre: il vous l’a prouvé cette nuit. Peut−être à force de coquetterie, une autre femme pourra vous l’enlever un moment; un jeune homme ne sait guère se refuser à des agaceries provocantes: mais un seul mot de l’objet aimé suffit, comme vous voyez, pour dissiper cette illusion; ainsi il ne vous manque plus que d’être cet objet−là pour être parfaitement heureuse.”

[VI]COM[TE] COMO LE VENT

“La Lettre que la jeune personne lui a écrite, c’est bien moi qui l’ai dictée; mais c’était seulement pour gagner du temps, parce que nous avions à l’employer mieux, celle que j’y ai jointe, oh! ce n’était rien, presque rien; quelques réflexions de l’amitié pour guider le choix du nouvel Amant: mais en honneur, elles étaient inutiles; il faut dire la vérité, il n’a pas balancé un moment.

Et puis, dans sa candeur, il doit aller chez vous aujourd’hui vous raconter tout; et sûrement ce récit−là vous fera grand plaisir! il vous dira: Lisez dans mon cour; il me le mande: et vous voyez bien que cela raccommode tout. J’espère qu’en y lisant ce qu’il voudra, vous y lirez peut−être aussi que les Amants si jeunes ont leurs dangers; et encore, qu’il vaut mieux m’avoir pour ami que pour ennemi.

Adieu, Marquise ; jusqu’à la première occasion.

Paris, ce 6 décembre 17**.”

“Je vous écris de la chambre de notre malheureuse amie, dont l’état est à peu près toujours le même. Il doit y avoir cet après−midi une consultation de quatre Médecins. Malheureusement, c’est, comme vous le savez, plus souvent une preuve de danger qu’un moyen de secours.” Madame de Volanges

“Je crois cependant que c’est à M. de Valmont que notre malheureuse amie a voulu écrire d’abord; mais qu’elle a cédé sans s’en apercevoir au désordre de ses idées. Quoi qu’il en soit, j’ai jugé que cette Lettre ne devait être rendue à personne. Je vous l’envoie, parce que vous y verrez mieux que je ne pourrais vous le dire quelles sont les pensées qui occupent la tête de notre malade. Tant qu’elle restera aussi vivement affectée, je n’aurai guère d’espérance. Le corps se rétablit difficilement, quand l’esprit est si peu tranquille.”

TRÈS LONGUE LETTRE POUR UN FOU

“J’étais innocente et tranquille: c’est pour t’avoir vu que j’ai perdu le repos; c’est en t’écoutant que je suis devenue criminelle. Auteur de mes fautes, quel droit as−tu de les punir?”

“Et toi, que j’ai outragé; toi, dont l’estime ajoute à mon supplice; toi, qui seul enfin aurais le droit de te venger, que fais−tu loin de moi? Viens punir une femme infidèle. Que je souffre enfin des tourments mérités. Déjà je me serais soumise à ta vengeance: mais le courage m’a manqué pour t’apprendre ta honte. Ce n’était point dissimulation, c’était respect. Que cette Lettre au moins t’apprenne mon repentir. Le Ciel a pris ta cause: il te venge d’une injure que tu as ignorée. C’est lui qui a lié ma langue et retenu mes paroles; il a craint que tu ne me remisses une faute qu’il voulait punir. Il m’a soustraite à ton indulgence qui aurait blessé sa justice.

VALMONT, LE DIABLE BIPOLAIRE: “Mais qu’il est différent de lui−même! Ses yeux n’expriment plus que la haine et le mépris. Sa bouche ne profère que l’insulte et le reproche. Ses bras ne m’entourent que pour me déchirer. Qui me sauvera de sa barbare fureur?” “oui, c’est toi, c’est bien toi! Quelle illusion funeste m’avait fait te méconnaître? combien j’ai souffert dans ton absence! Ne nous séparons plus, ne nous séparons jamais! Laisse−moi respirer. Sens mon coeur, comme il palpite! Oh! ce n’est plus de crainte, c’est la douce émotion de l’amour. Pourquoi te refuser à mes tendres caresses? Tourne vers moi tes doux regards! Quels sont ces liens que tu cherches à rompre? pour qui prépares−tu cet appareil de mort? qui peut altérer ainsi tes traits? que fais−tu? Laisse−moi: je frémis! Dieu! c’est ce monstre encore! Mes amies, ne m’abandonnez pas. Vous qui m’invitiez à le fuir, aidez−moi à le combattre

…A LUCYDEZ QUE O VENTO CELESTE LEVOU E O DI’AMANTE

“Crains−tu qu’un sentiment doux ne pénètre jusqu’à mon âme? Tu redoubles mes tourments; tu me forces de te haïr. Oh! que la haine est douloureuse! comme elle corrode le coeur qui la distille! Pourquoi me persécutez−vous? que pouvez−vous encore avoir à me dire? ne m’avez−vous pas mise dans l’impossibilité de vous écouter, comme de vous répondre? N’attendez plus rien de moi. Adieu, Monsieur.

Paris, ce 5 décembre 17**.”

* * *

“Je suis instruit, Monsieur, de vos procédés envers moi. Je sais aussi que, non content de m’avoir indignement joué, vous ne craignez pas de vous en vanter, de vous en applaudir. J’ai vu la preuve de votre trahison écrite de votre main. J’avoue que mon coeur en a été navré, et que j’ai ressenti quelque honte d’avoir autant aidé moi−même à l’odieux abus que vous avez fait de mon aveugle confiance

“M. votre neveu… Mon Dieu! faut−il que j’afflige tant une si respectable dame! M. votre neveu a eu le malheur de succomber dans un combat singulier qu’il a eu ce matin avec M. le Chevalier Danceny. J’ignore entièrement le sujet de la querelle; mais il paraît par le billet que j’ai trouvé encore dans la poche de M. le Vicomte, et que j’ai l’honneur de vous envoyer; il paraît, dis−je, qu’il n’était pas l’agresseur. Et il faut que ce soit lui que le Ciel ait permis qui succombât!”

“«Je vous ordonne d’avoir pour Monsieur [Danceny, son assassin!] tous les égards qu’on doit à un brave et galant homme.» Il lui a de plus fait remettre, devant moi, des papiers fort volumineux, que je ne connais pas, mais auxquels je sais bien qu’il attachait beaucoup d’importance. Ensuite il a voulu qu’on les laissât seuls ensemble pendant un moment.”

O PASTOR RANCOROSO: “Bon Dieu! quand j’ai reçu dans mes bras à sa naissance ce précieux appui d’une maison si illustre, aurais−je pu prévoir que ce serait dans mes bras qu’il expirerait, et que j’aurais à pleurer sa mort? Une mort si précoce et si malheureuse! Mes larmes coulent malgré moi; je vous demande pardon, Madame, d’oser ainsi mêler mes douleurs aux vôtres: mais dans tous les états, on a un coeur et de la sensibilité; et je serais bien ingrat, si je ne pleurais pas toute ma vie un Seigneur qui avait tant de bontés pour moi, et qui m’honorait de tant de confiance.”

En pardonnant à son ennemi, à son meurtrier, mon neveu a pu satisfaire à sa générosité naturelle; mais moi, je dois venger à la fois sa mort, l’humanité et la religion. On ne saurait trop exciter la sévérité des Lois contre ce reste de barbarie, qui infecte encore nos moeurs; et je ne crois pas que ce puisse être dans ce cas que le pardon des injures nous soit prescrit. J’attends donc que vous suiviez cette affaire avec tout le zèle et toute l’activité dont je vous connais capable, et que vous devez à la mémoire de mon neveu.”

«Quoi! que dites vous? M. de Valmont est mort?» J’espérais lui faire croire qu’elle s’était trompée, et je l’assurai d’abord qu’elle avait mal entendu: mais loin de se laisser persuader ainsi, elle exigea du Médecin qu’il recommençât ce cruel récit; et sur ce que je voulus essayer encore de la dissuader, elle m’appela et me dit à voix basse: «Pourquoi vouloir me tromper? n’était−il pas déjà mort pour moi!» Il a donc fallu céder.”

“tant d’avantages réunis ont donc été perdus par une seule imprudence! Ô Providence! sans doute il faut adorer tes décrets; mais combien ils sont incompréhensibles!”

“je sais trop combien les méchancetés, même les moins vraisemblables, prennent aisément consistance” “On ajoute que Danceny, dans sa première indignation, a livré ces Lettres à qui a voulu les voir, et qu’à présent, elles courent Paris. On en cite particulièrement deux (Lettres LXXXI et LXXXV de ce Recueil): l’une où elle fait l’histoire entière de sa vie et de ses principes, et qu’on dit le comble de l’horreur; l’autre qui justifie entièrement M. de Prévan, dont vous vous rappelez l’histoire, par la preuve qui s’y trouve qu’il n’a fait au contraire que céder aux avances les plus marquées de Madame de Merteuil et que le rendez−vous était convenu avec elle.” “Je ne comprends pas non plus quel intérêt aurait eu Madame de Merteuil, que l’on suppose d’accord avec M. de Prévan, à faire une scène qui ne pouvait jamais être que désagréable par son éclat, et qui pouvait devenir très dangereuse pour elle, puisqu’elle se faisait par là un ennemi irréconciliable, d’un homme qui se trouvait maître d’une partie de son secret, et qui avait alors beaucoup de partisans. Cependant, il est à remarquer que, depuis cette aventure, il ne s’est pas élevé une seule voix en faveur de Prévan, et que, même de sa part, il n’y a eu aucune réclamation.

Ces réflexions me porteraient à le soupçonner l’auteur des bruits qui courent aujourd’hui, et à regarder ces noirceurs comme l’ouvrage de la haine et de la vengeance d’un homme qui, se voyant perdu, espère par ce moyen répandre au moins des doutes, et causer peut−être une diversion utile.”

“Dans mon impatience de vérifier ces faits, j’ai envoyé ce matin chez M. Danceny; il n’est pas non plus à Paris. Ses Gens ont dit à mon Valet de chambre qu’il était parti cette nuit, sur un avis qu’il avait reçu hier, et que le lieu de son séjour était un secret. Apparemment il craint les suites de son affaire. Ce n’est donc que par vous, ma chère et digne amie, que je puis avoir les détails qui m’intéressent, et qui peuvent devenir si nécessaires à Madame de Merteuil. Je vous renouvelle ma prière de me les faire parvenir le plus tôt possible.

“N’en croyez pas mes discours mais lisez, si vous en avez le courage, la correspondance que je dépose entre vos mains (C’est de cette correspondance, de celle remise pareillement à la mort de Madame de Tourvel, et des Lettres confiées aussi à Madame de Rosemonde par Madame de Volanges qu’on a formé le présent Recueil, dont les originaux subsistent entre les mains des héritiers de Madame de Rosemonde.). La quantité de Lettres qui s’y trouvent en original paraît rendre authentiques celles dont il n’existe que des copies. Au reste, j’ai reçu ces papiers, tels que j’ai l’honneur de vous les adresser, de M. de Valmont lui−même. Je n’y ai rien ajouté, et je n’en ai distrait que deux Lettres que je me suis permis de publier.

L’une était nécessaire à la vengeance commune de M. de Valmont et de moi, à laquelle nous avions droit tous deux, et dont il m’avait expressément chargé. J’ai cru de plus que c’était rendre service à la société que de démasquer une femme aussi réellement dangereuse que l’est Madame de Merteuil, et qui, comme vous pourrez le voir, est la seule, la véritable cause de tout ce qui s’est passé entre M. de Valmont et moi.

Un sentiment de justice m’a porté aussi à publier la seconde pour la justification de M. de Prévan, que je connais à peine, mais qui n’avait aucunement mérité le traitement rigoureux qu’il vient d’éprouver, ni la sévérité des jugements du public, plus redoutable encore, et sous laquelle il gémit depuis ce temps, sans avoir rien pour s’en défendre.”

“La Lettre de ma fille disait seulement qu’elle avait craint que je ne m’opposasse à la vocation qu’elle avait de se faire Religieuse, et qu’elle n’avait pas osé m’en parler: le reste n’était que des excuses sur ce qu’elle avait pris, sans ma permission, ce parti, que je ne désapprouverais sûrement pas, ajoutait−elle, si je connaissais ses motifs, que pourtant elle me priait de ne pas lui demander.

La Supérieure me mandait qu’ayant vu arriver une jeune personne seule, elle avait d’abord refusé de la recevoir; mais que l’ayant interrogée, et ayant appris qui elle était, elle avait cru me rendre service, em commençant par donner asile à ma fille, pour ne pas l’exposer à de nouvelles courses, auxquelles elle paraissait déterminée. La Supérieure, en m’offrant comme de raison de me remettre ma fille, si je la redemandais, m’invite, suivant son état, à ne pas m’opposer à une vocation qu’elle appelle si décidée elle me disait encore n’avoir pas pu m’informer plus tôt de cet événement, par la peine qu’elle avait eue à me faire écrire par ma file, dont le projet était que tout le monde ignorât où elle s’était retirée. C’est une cruelle chose

que la déraison des enfants!” “Quelque respect que j’aie pour la vocation religieuse, je ne verrais pas sans peine, et même sans crainte, ma fille embrasser cet état.”

“on rougit d’être femme, quand on en voit une capable de semblables excès.”

“Si vous permettez à mon âge une réflexion qu’on ne fait guère au vôtre, c’est que, si on était éclairé sur son véritable bonheur, on ne le chercherait jamais hors des bornes prescrites par les Lois et la Religion.” “Celui qui nous inspire nos sentiments sait mieux que notre vaine sagesse ce qui convient à chacun”

“Ma fille a montré avoir quelque goût pour le Chevalier Danceny, et j’ai été informée qu’elle a été jusqu’à recevoir des Lettres de lui, et même jusqu’à lui répondre; mais je croyais être parvenue à empêcher que cette erreur d’un enfant n’eût aucune suite dangereuse: aujourd’hui que je crains tout, je conçois qu’il serait possible que ma surveillance eût été trompée, et je redoute que ma fille, séduite, n’ait mis le comble à ses égarements.

Je me rappelle encore plusieurs circonstances qui peuvent fortifier cette crainte. Je vous ai mandé que ma fille s’était trouvée mal à la nouvelle du malheur arrivé à M. de Valmont; peut−être cette sensibilité avait−elle seulement pour objet l’idée des risques que M. Danceny avait courus dans ce combat. Quand depuis elle a tant pleuré en apprenant tout ce qu’on disait de Madame de Merteuil, peut−être ce que j’ai cru la douleur et l’amitié n’était que l’effet de la jalousie, ou du regret de trouver son Amant infidèle. Sa dernière démarche peut encore, ce me semble, s’expliquer par le même motif. Souvent on se croit appelée à Dieu, par cela seul qu’on se sent révoltée contre les hommes. Enfin, en supposant que ces faits soient vrais, et que vous en soyez instruite, vous aurez pu, sans doute, les trouver suffisants pour autoriser le conseil rigoureux que vous me donnez.

Cependant, s’il était ainsi, en blâmant ma fille, je croirais pourtant lui devoir encore de tenter tous les moyens de lui sauver les tourments et les dangers d’une vocation illusoire et passagère.” “Voilà, ma chère et digne amie, le seul espoir qui me reste; hâtez−vous de le confirmer, si cela vous est possible. Vous jugez combien je désire que vous me répondiez, et quel coup affreux me porterait votre silence”

(Cette Lettre est restée sans réponse)” TOMA!

“Elle aperçut une place vide sur l’une des banquettes, et elle alla s’y asseoir; mais aussitôt toutes les femmes qui y étaient déjà se levèrent comme de concert, et l’y laissèrent absolument seule. Ce mouvement marqué d’indignation générale fut applaudi de tous les hommes, et fit redoubler les murmures, qui, dit−on, allèrent jusqu’aux huées [vaias].”

“On assure que celle−ci a conservé l’air de ne rien voir et de ne rien entendre, et qu’elle n’a pas changé de figure! mais je crois ce fait exagéré. Quoi qu’il en soit, cette situation, vraiment ignominieuse pour elle, a duré jusqu’au moment où on a annoncé sa voiture; et à son départ, les huées scandaleuses ont encore redoublé. Il est affreux de se trouver parente de cette femme.” “qu’on sait depuis hier au soir, que la petite vérole [varíola: dermatose purulenta] s’est déclarée, confluente et d’un très mauvais caractère. En vérité, ce serait, je crois, un bonheur pour elle d’en mourir. On dit encore que toute cette aventure lui fera peut−être beaucoup de tort pour son procès, qui est près d’être jugé, et dans lequel on prétend qu’elle avait besoin de beaucoup de faveur.”

“je pars pour Malte: j’irai y faire avec plaisir, et y garder religieusement, des voeux qui me sépareront dun monde dont, si jeune encore, j’ai déjà eu tant à me plaindre; j’irai enfin chercher à perdre, sous un ciel étranger, l’idée de tant d’horreurs accumulées, et dont le souvenir ne pourrait qu’attrister et flétrir mon âme.”

“J’avais bien raison de dire que ce serait peut−être un bonheur pour elle de mourir de sa petite vérole. Elle en est revenue, il est vrai, mais affreusement défigurée; et elle y a particulièrement perdu un oeil. Vous jugez bien que je ne l’ai pas revue: mais on m’a dit qu’elle était vraiment hideuse.” “le peu de sa fortune qui n’était pas compromis dans ce procès est absorbé, et au−delà, par les frais.” “On croit qu’elle a pris la route de la Hollande.”

ma fille est donc bien coupable?… Vous pardonnerez sans doute à une mère de ne céder que difficilement à cette affreuse certitude.”

Qui pourrait ne pas frémir en songeant aux malheurs que peut causer une seule liaison dangereuse! et quelles peines ne s’éviterait−on point en y réfléchissant davantage! Quelle femme ne fuirait pas au premier propos d’un séducteur? Quelle mère pourrait, sans trembler, voir une autre personne qu’elle parler à sa fille? Mais ces réflexions tardives n’arrivent jamais qu’après l’événement; et l’une des plus importantes vérités, comme aussi peut−être des plus généralement reconnues, reste étouffée et sans usage dans le tourbillon de nos moeurs inconséquentes.”

EUTIDEMO OU DO DISPUTADOR, OU DA MENTIRA SOFÍSTICA FRENTE À VERDADE DIALÉTICA

Tradução de “PLATÓN. Obras Completas (trad. espanhola do grego de Patricio de Azcárate, 1875), Ed. Epicureum (digital)”.

 

“SÓCRATES – (…) Com respeito a sua ciência, asseguro-te, Críton, que é uma maravilha, porque de tudo eles sabem. Eu ignorava o que fossem atletas consumados; mas aqui tens estes, que conhecem toda sorte de lutas, não como os dois irmãos acarnânios¹, que só se sobressaem nos exercícios físicos, mas que se destacam, além de nesse gênero corporal, mais mais, e sobretudo, nos duelos mentais, não cessando de combater até montarem por sobre seus adversários, que ficam irremediavelmente vencidos; e o mais admirável é que sabem manusear todos os tipos de armas, e por simples pagos transmitem ao mundo inteiro esse conhecimento, sem contar que são invencíveis em matéria jurídica, e ensinam a advogar e a compor defesas forenses. Até agora só me eram hábeis nessas poucas coisas, mas hoje descobri que retêm também o segredo universal das justas, inventando inclusive uma nova, onde é claro que são invictos, e, se não superam todos os adversários do mundo, ao menos não são tampouco superados por ninguém, e com os mais competentes se igualam. Tudo pode ser combatido, seja quimera ou realidade. Assim, Críton, confio em ti; e me disporei a servir-lhes, pois prometem transformar qualquer cidadão, em mui pouco tempo, nalguém tão sábio em sua própria arte disputatória quanto eles mesmos.”

¹ Da Acarnânia, região mais ou menos central e montanhosa da Grécia. Devia se referir a lutadores famosos da época, pois sua fama atravessava as cidades da Magna Grécia.

“O que temo é que um aluno da minha idade já não passe de alvo de chacotas, igual me acontece diante de Connos¹, o professor de cítara, filho de Metróbio², que até hoje me dá aulas, e na presença de quem, ao lado de muitos jovens, meus colegas de classe, sou tratado com motejos, e Connos chamado de <pedagogo de velhotes>. Temo, pois então, que estes estrangeiros também exponham o ridículo de minha situação e nem queiram me receber.”

¹ Não encontrei uma possível tradução, conservando o nome como está grafado na edição espanhola de Azcárate. Encontrei, porém, uma tradução alternativa em espanhol que grafa Cono.

² Tampouco esse é um nome sobre o qual seja fácil investigar, e quase não há referência segura sobre um Metróbio fora do cânon platônico. Acrescentei o acento à segunda sílaba do Metrobio de Azcárate.

“Eutidemo e Dionisidoro¹ entraram, seguidos de muitos jovens, que me pareciam ser seus discípulos.”

¹ Dionisiodoro em algumas fontes.

“Clínias, vendo, ao entrar, que estava eu sentado e sozinho, de mim se aproximou, e como observaste, sentou-se a minha direita. Havendo-o percebido Dionisidoro e Eutidemo, pararam por um instante e conversaram entre si. De tempos em tempos fixavam suas vistas em nós dois, porque eu os observava cauteloso, de minha parte, mas ao fim se aproximaram e também se sentaram, Eutidemo mais próximo de Clínias, e Dionisidoro a minha esquerda.”

“Aqui tens, meu querido Clínias, dois homens, Eutidemo e Dionisidoro, que não se ocupam de bagatelas e que têm um perfeito conhecimento da arte militar, e do que se deve praticar a fim de ter um bom e maleável exército.”

“Eutidemo e Dionisidoro como que se compadeceram ao ouvir-me falar nesse tom, e, entreolhando-se, caíram na risada. Eutidemo, conduzindo-se a mim, assim falou:

– Nós não levamos a sério estas coisas, Sócrates; são mero passatempo.”

“- Estamos convencidos, Sócrates – me disse –, de que ninguém pode ensinar tão fácil ou rapidamente a virtude quanto nós dois.

– Por Zeus! – exclamei –; que dizeis? Ó! Como haveis chegado a semelhante descoberta? Eu cria que só sobressaísseis na arte militar, como antes manifestei, e só nisso é que vos enaltecia; lembro-me ainda de que quando viestes à primeira vez a Atenas, vos apreciáveis, senhores, somente de dominar esta ciência, disso estou seguro. Mas se possuís ainda a de transmitir a virtude aos homens, sejais propícios, saúdo-vos em nome dos deuses, e peço-vos como já o pedi. Apenas atenção, Eutidemo e tu, Dionisidoro, para não nos enganardes; e não estranheis que a magnitude de vossas promessas me ponha um pouco incrédulo.”

“desejamos apaixonadamente que seja o melhor dos homens. É filho de Axíoco, neto do antigo Alcibíades, primo-irmão do Alcibíades agora vivo, chamado Clínias.”

“- Quem aprende, Clínias, é sábio ou ignorante?

O jovem, como se a pergunta fosse difícil, ficou vermelho, e me olhou, aturdido. Vendo sua vexação, acudi-o:

– Ânimo, Clínias! Responde com resolução aquilo que o melhor te pareça, porque esse é o melhor procedimento. Vamos.

            Não obstante, Dionisidoro, inclinando-se até mim, rindo-se, me disse em cochicho:

– Sócrates, responda ele o que responder, cairá no laço.”

“Eutidemo se preparava para desferir um terceiro golpe em Clínias, como se faz na luta, mas, vendo-o quase que encolhido, acuado à parede, cheio de discursos contraditórios reverberando na cabeça, tive eu compaixão deste ser, e intervim primeiro:

– Não te assustes, Clínias, nem esmoreça perante essa maneira de conduzir-se o debate, só por não se estar acostumado. Creio que ainda não desvendaste a real intenção destes dois estrangeiros; querem fazer contigo aquilo que os coribantes¹ promovem com os que estão apenas sendo batizados nestes mistérios. Não foste tu admitido neste culto, em cerimônia cheia de jogos e danças? De modo análogo, estes dois estrangeiros dançam e jogam ao teu redor, a fim de iniciar-te. Imagina-te que são prelúdios para os mistérios dos sofistas, porque, em primeiro lugar, como Pródico ordenara, é preciso saber a propriedade das palavras. Isto é o que estes dois estrangeiros te estão ensinando. Ignoravas até então que aprender significa adquirir um conhecimento que não se tinha antes, e o mesmo quando, depois de haver adquirido o conhecimento de uma coisa, se reflete por meio deste conhecimento sobre esta mesma coisa, não importa se um fato ou mera idéia.

¹ Os barulhentos e festeiros sacerdotes da deusa Cibele.

“chamo de jogo porque, ainda que se soubesse um número enorme desses objetos, ainda sabendo-os todos, aliás, nem por isso estar-se-ia isento de cair em ciladas ou ser-se-ia o mais hábil no quesito conhecer. Em verdade, fácil é surpreender as gentes, valendo-se de equívocos, como aqueles que passam uma banda para derrubar os passantes desprevenidos, ou que retiram furtivamente o assento de quem está prestes a sentar-se, dando ocasiões fortuitas de riso à multidão que assiste a cena. Considera, ó Clínias, tudo que se passou até agora como uma simples brincadeira destes dois estrangeiros. O sério virá depois, e nessa hora eu, primeiro, pedirei que cumpram a promessa que fizeram no começo.

“o desejo íntimo que tenho de aproveitar-me de vossos ensinamentos me impede de tratar-vos com a devida circunspecção. Reptio que tanto vós como vossos discípulos deveis ter paciência para escutar-me, e sem rirdes-vos!”

“não é garantido que quem menos trabalha menos erra? que quem menos erra, menos sofre? que quem menos sofre, em exata proporção, é o menos desgraçado?”

“- Então, Clínias é ou não é sábio?

– Diz ele não sê-lo ainda, porque é um raro jovem sem soberba.

– Quereis, pois, que Clínias seja sábio e não ignorante?

– Óbvio.

– Destarte, quereis que venha a ser o que não é, e que não mais seja o que agora é?”

“posto que quereis que Clínias não seja, em seu devir, o que agora é, quereríais que ele não mais fosse (e morresse)? Veja que grandes amigos e excelentes espécimes desejam o fim de uma pessoa, de um seu tão querido semelhante!”

“- As coisas que não existem, não existem de forma alguma?

– De forma alguma.

– Mas pode um homem agir sobre aquilo que não existe, ou fazer o que não existe sob qualquer forma?

– Eu não o creria – respondeu Ctesipo.

– Quando os oradores disputam com o povo, nada fazem?

– Fazem algo.

– Se fazem algo, então agem.

– Sim.

Disputar é agir, é fazer.

– Sem dúvida.

Ninguém diz o que não é, porque faria alguma coisa, e acabaste de me confessar que é impossível nada fazer, com respeito ao que nem sequer existe. Então, segundo tua própria opinião, ninguém pode dizer falsidades; e se Dionisidoro falou, falou então coisas verdadeiras, efetivamente existentes.

– Por Zeus! – respondeu Ctesipo –, Dionisidoro disse o que é, mas não disse como é.

– Que dizes? Ctesipo – respondeu de imediato Dionisidoro –; por um acaso alguém descreve as coisas como elas são?

– Sim – completou Ctesipo –, e estes são os homens de bem, os verazes.

– Mas – replicou Dionisidoro –, o bem não é bem, e o mal não é mal?

– Aham.

– Não acabaste de dizer que os homens de bem dizem as coisas como elas são?

– Disse-o.

– Portanto, os tais homens de bem não dizem o mal, posto que dizem as coisas como são?

– É isso mesmo, por Zeus! – replicou ainda Ctesipo –, e falam mal principalmente dos homens maus, e te policia para não seres deste número, a fim de evitar que falem mal de ti. Não és ingênuo a ponto de ignorar que os bons falam mal dos maus!

“é menor a perda dum velho que a de um jovem, e assim entrego-me a Dionisidoro como a uma segunda Medéia de Colcos. Que me mate, que me apoquente o quanto quiser, contanto que ao fim me faça homem de bem.”

“Então Dionisidoro tomou a palavra:

– Acreditas tu que haja alguma coisa que admita a contradição?

– Sim, creio-o; mas tu, Dionisidoro, não crês igualmente?

– Te desafio a me comprovar que já hajam existido dois homens que se contradiziam um ao outro.

“- Incorriríamos em contradição, quando um diz uma coisa como ela é, e o outro uma coisa distinta, resultando em que um fale duma coisa, e o outro de outra? Se houvesse neste caso contradição, aquele que não diz nada, contradiz o que diz algo?

            A isto Ctesipo não respondeu. E eu continuava estupefato diante do que meus ouvidos ouviam.”

“- (…) Não é o teu propósito fazer ver que é impossível dizer o falso, e que é preciso necessariamente que se diga a verdade quando se diz, ou então que se não diga nada?

            Dionisidoro confessou-o.

            Acrescentei:

– Isso quer dizer que não se pode dizer o falso, e que só se o pode pensar?

– Nem mesmo pensar – disse ele, convicto.

– Então é impossível formar juízos falsos?

“-…se alguém enganasse, seria por ignorância?

– Decerto.

– Mas isto é impossível!

– Decerto que não.

– Por favor, Dionisidoro, diz-me: quando assim falas, tu o fazes por divertimento, e para nos pregar uma peça, ou crês efetivamente que não há ignorantes no mundo?

– Prova que eu incorro em erro!

– Como se há de redargüir-te, se insistes em que não é possível o erro?”

“- Estás gagá, caro Sócrates – replicou Dionisidoro –, ao repetir nosso argumento de outrora! Neste ritmo, se eu dissesse tal e qual há um ano, agora é que tu mo jogaria na cara; percebe que o que convém é que te fixes no que discutimos no momento.”

“- Vamos, Dionisidoro, te exorto a responder.

– Por que não queres tu responder?

– Antes? Não é justo! – repliquei por minha vez.

– Pelo contrário, meu amigo; muito justo.

– Ah! e por quê?! Sem dúvida porque, sendo tu um homem versadíssimo na arte do falar, sabes perfeitamente quando se deve responder e quando não. Elegeste, pois, não me responder, porque segundo tu, seria um erro de cálculo agora.

– Estás gracejando – disse Dionisidoro –, pois isso não é resposta que se dê. Faz o que te digo, te suplico, pelo menos se és veraz quando dizes que sou mais habilidoso do que tu.”

“são estes discursos montados de tal forma que, destruindo todos os demais, destróem, não obstante, a si mesmos, e neste aspecto encontro-vos pouco precavidos, senhores, por mais que muito admire a sutileza de vossas palavras.”

“- (…) Os geômetras, os astrônomos, os aritméticos são também caçadores; não criam as figuras ou os números; encontram-nos já feitos, e quando não sabem deles se servir entregam-nos aos dialéticos para que estes façam bom proveito.

– Ó, Clínias, tu, o mais elegante e sábio dos jovens, estás seguro do que dizes?

– Mais impossível; tanto, pelo menos, quanto os generais de exército assim que terminam de se apossar de uma praça ou de um país inteiro, abandonando-o em seguida aos políticos”

“CRÍTON – Brincas então, Sócrates? É mesmo possível que Clínias tenha dito o que acabo de ouvir de tua boca?

SÓCRATES – Duvidas?

CRÍTON – Sim, por Zeus!, duvido, porque se assim se expressou não deveria se preocupar em buscar-se alguém como Eutidemo nem qualquer outro para mestre.”

“Mas, iguais àquele que, explorando o labirinto, crendo estar próximo à saída, vê-se de repente e novamente num beco, como ao princípio da exploração, e como se nenhum progresso tivesse na prática realizado — assim de fatigados e frustrados nos sentíamos.”

“Vendo que a arte militar e todas as demais ciências submetem suas realizações à Política, como única ciência capaz de manejá-las, críamos ser desta ciência que estávamos nas pegadas, sendo seu conhecer sinônimo de reter a causa da felicidade pública e até, como diz Ésquilo, de agradar a todos, pois que o cumprimento do interesse geral dela decorre como que automaticamente.”

“A arte de reinar, a que todos estão submetidos, exceto o rei, faz algo ou não faz nada?”

“A obra principal da Política parece ser a riqueza, a liberdade e a união dos cidadãos. No entanto, nós demonstramos que nenhuma dessas coisas é um bem, nem, em verdade, um mal em si. Por conseguinte, é preciso que a Política, se quiser ser uma ciência de fato útil, capaz de tornar o homem feliz, torne os homens sábios.”

“SÓCRATES – Mas a ciência de reinar, faz dos homens bons e sábios?

CRÍTON – Que teria eu a objetar, Sócrates?

SÓCRATES – Faz de todo mundo bom em tudo, proporcionando aos cidadãos todos os saberes, como por exemplo a arte de curtir o couro, ou a de carpir o solo, bem como todas as demais?

CRÍTON – Sócrates, estou convicto de que ela não faz tudo isso.”

“Mas então qual é a utilidade e qual a vantagem de haver homens virtuosos? Diremos que eles se fazem fonte de inspiração, espalhando imitadores por aí; e imitadores dos imitadores, por toda a polis? Mas como avaliar sua qualidade e utilidade total, se não sabemos todos os produtos derivados da Política? Vê como até aqui só nos repetimos sem cessar!”

“-…Estais dizendo-me que se eu sei uma coisa, logo é preciso que saiba todas elas, porque é impossível ser ao mesmo tempo sábio e ignorante, e que se eu sei todas as coisas, necessariamente, possuo também esta ciência? Assim raciocinais, e é isto aquilo que chamais <verdadeira sabedoria>?

(…)

-…Vamos com isso: quereis dizer que há coisas que sabeis, e coisas que não sabeis?

– Não – me respondeu Dionisidoro.

– Como é? – repliquei – então não sabeis nada?

– Sim.

– Uma vez que saibais alguma coisa, sabereis todas?

– Sim, nós sabemos todas as coisas, e tu as sabes igualmente, se é que sabe algumas.

(…)

– Diremos que todos os homens sabem tudo, desde que, é claro, saibam uma só coisa.

– Pelos deuses do Olimpo!, agora sinto que atendêsteis por fim minha súplica, e que falais a sério; mas voltando, é assim tão certo que vós sabeis todas as coisas? Sois tão bons carpinteiros quanto sois toneleiros?

(…)

– Não ignorais o número dos astros no céu, nem o de grãos de areia, quero crer?!

– Tudo isso abarca nosso imenso conhecimento. Crês que blefamos?”

“Isto me deu uma brecha para perguntar a Eutidemo se Dionisidoro sabia dançar.

– Eutidemo me assegurou que sim.

– E saltaria ele de ponta-cabeça sobre espadas desembainhadas? Faria o número da roda? É bem exigente segundo sua idade o exercício, mas não disseste que ele possui esta ciência?

Não há nada que Eutidemo ignore – respondeu.”

“- Como é que passas a bancar o inquisidor, Sócrates, quando és tu o interrogado?

– Confesso minha culpa, mas que queres que eu faça? Manda, e só me restará obedecer-te, ainda que não saiba bem com quê responder. É que exiges que eu responda e que nunca interrogue de volta.”

“- Não responderei, por Zeus! – exclamei –, sem que saiba aquilo que me é perguntado.

– Não respondes sempre de acordo com o que pensas de verdade, porque não fazes mais que jogar e bancar o néscio.”

“Me lembrei, na hora, de Connos, que sempre se aborrece comigo, porque nunca faço o que ele quer de mim”

“- Responde, então: o que sabes, sabes por meio de alguma coisa ou de nada mais?

– Sei-o mediante meu espírito.

– Ora, eis aqui um homem que responde sempre mais ainda do que se o pergunta! Não te havia perguntado por que o sabes, mas se o sabes mediante algo.

– Minha ignorância é o que me faz responder mais do que aquilo que me foi perguntado; mas te peço perdão; agora te responderei com exatidão, dizendo: sei-o por meio de algo.

– Mas sabes-lo sempre por um mesmo meio ou tanto por um meio quanto por outro meio qualquer?

Quando eu sei, é sempre por meio da coisa mesma pela qual eu sei.

– Nunca respondes nada sem acrescentar alguma coisa! – exclamou o homem, impaciente.

– Ora – fiz questão de objetar –, é por temor de que esse sempre que usaste nunca nos engane!

– Não digas <nos engane>, apenas <me engane>. Responde agora, sabes sempre pelo mesmo meio?

– Sempre, posto que é preciso extrair da resposta aquele quando.

(…)

Por este meio – continuei –, é como eu sei tudo o que eu sei.

(…)

– Com efeito, Eutidemo, eu sei tudo, ao que parece, se não levares em conta a parte da frase, daquilo que eu sei.

– …Disso se depreende, Sócrates, com toda a segurança, que, quando criança, quando nasceste, aliás, antes de nascer, inclusive, e antes do mundo ser mundo, sabias desde já todas as coisas, pois sabes sempre; e, em nome de Zeus no Olimpo, sabê-las-ás todas, e sempre, sempre que eu quiser.

(…)

– Faz muito tempo que disso eu já sabia, mas não foi isso que eu perguntei, e sim em que momento, eu aprendi que os homens de bem são injustos.

– Isso tu não aprendeste, replicou Dionisidoro.

– Logo eu não sei.

Neste ponto, Eutidemo interveio:

– Dionisidoro, assim tu pões tudo a perder; não vês que cedendo neste ponto fá-lo ao mesmo tempo sábio e ignorante?

            Dionisidoro ficou corado. E eu, dirigindo-me a Eutidemo:

– Que dizes tu? Como é que teu irmão respondeu tão mal, quando sabe todas as coisas?

            Dionisidoro replicou energicamente:

– Eu, dizes, irmão de Eutidemo?

(…)

– …Eu não sou tão forte quanto Hércules, que nem ele mesmo poderia resistir à Hidra, uma mulher sofista que apresentava muitas cabeças inauditas, sempre que se lhe cortava uma antiga; e nem a Câncer (Caranguejo¹), outro sofista, procedente do mar, que não desembarcou faz muito tempo, creio eu²; e Hércules, acossado tão de perto, não teria podido vencer sem o socorro de seu sobrinho Iolau, que veio tão a contento…

– ….Responde-me então: Iolau seria mais sobrinho de Hércules que teu mesmo?

(…)

– Quer dizer então que Pátroclo é o teu irmão?

– Sim, irmão de mãe mas não de pai.

– De maneira que é teu irmão e não é teu irmão?

– Isso; não é irmão paterno, porque seu pai se chamava Queredemo, e o meu, Sofronisco.”

– Queredemo era pai, e Sofronisco também??

– Sem dúvida; Queredemo era pai de Pátroclo e Sofronisco era meu pai.

– Queredemo era outra coisa senão pai?

– Sim, outra coisa, posto que não era meu pai.

– Era pai sendo outra coisa que pai? Ou és uma pedra, tu?

– Temo que me pareça excessivamente com uma pedra a teus olhos; por mais que uma eu não seja.

– Tu és algo mais que uma simples pedra?

– Ah, por Zeus! Sou!

– Se és algo mais que uma pedra, não és, portanto, uma pedra; e se és outra coisa que não o ouro, não és ouro.

¹ Animal que, na Grécia, representa a fecundidade.

² Alusão enigmática.

“Por conseguinte, Sócrates, tu não tens pai.”

“- Tem o cuidado, Eutidemo, de não misturar, como reza o provérbio, alhos com bugalhos.¹”

¹ Solução que julguei apropriada para o dificílimo original: “no mezclar, como dice el proverbio, cerros con estopas”.

“O cão é pai e teu, logo é teu pai, e portanto és irmão dos filhotinhos.”

“- Mas Eutidemo, vosso pai, que é pai de todos os cães da terra, tirou algum proveito de vossa incrível sabedoria?

– Nem ele nem tu, Ctesipo, tendes tanta necessidade assim do bem.”

– …Crês que será um bem ou um mal para um doente tomar uma bebida restabelecedora da saúde? E um homem que sai para guerrear, faz melhor em levar armas ou em não levá-las?

– Até aí bem o creio; mas daí imagino-me que darás um salto inconcebível…

– Assim tu julgas que farei, mas antes responde-me: uma vez que confessas que seria bom para um doente tomar uma bebida, quando dela tem precisão, faria ele bem em tragar o máximo de quantidade possível, e todo o suco proveniente de um carregamento inteiro de heléboro, chegando assim a proporcionar-se um bem extraordinário?

– Com a condição, Eutidemo, de que o doente fosse corporalmente tão grande como a estátua de Delfos.

– E uma vez que é conveniente armar-se quando se vai à guerra – continuou impassível Eutidemo –, não se deve transportar o maior número possível de lanças e broquéis¹?

– Estou plenamente convencido – disse Ctesipo –; mas tu, Eutidemo, não crês; contentar-te-ia, pelo contrário, em levar contigo uma só lança e um só broquel.

(…)

– …Eutidemo, sendo como sois vós mestres das armas, concebia-vos mais hábeis, teu irmão e tu.

¹ Escudos

Nada é, Eutidemo! Penso que tu mesmo em nada crês disso tudo; que teus sentidos possam ver. Em verdade, caro contendor, pode-se dizer, sonhas desperto, e se é que é possível falar e não dizer nada ao mesmo tempo, julgo-te perito em fazê-lo.”

“- E tu calas as coisas que falam? Porque entre todas as coisas estão aquelas que falam.

– Mas – Ctesipo interpôs –, calam todas as coisas?

– Não, decerto – atalhou Eutidemo.

– Logo, meu querido, todas as coisas falam.

As que falam.

– Não é isso que questiono – disse Ctesipo –, porém: se todas as coisas calam ou se todas as coisas falam.

– Nem um, nem outro, e um e outro de uma vez – disse Dionisidoro, imiscuindo-se precipitadamente na disputa –; e certamente nada tens a opor a esta resposta.

            Ctesipo, seguindo seu costume, começou a rir.

– Ah, Eutidemo! – exclamou –; teu irmão ignora o chão em que pisa, já perdeu a discussão por todos os lados.

            Clínias, comprazendo-se com o discurso de Ctesipo, olhou-o sorrindo, e Ctesipo, recompondo-se, pareceu ser 10 vezes maior do que fisicamente é.

            No que tange a mim, vi, logo que eclodiu a piada, que Ctesipo, empreendendo seu tempo utilmente em ouvi-los, aprendeu em pouco tempo, e voltava agora o feitiço contra os feiticeiros; porque, no mais, é preciso convir que a sabedoria de Eutidemo e de Dionisidoro não tem igual no mundo.

“- Não consideras animal ao dotado de ânima (alma)?

– Por evidente – respondi.”

“- Diz-me, Sócrates, não tens um Zeus paternal?

            Sem duvidar eu sobre onde queria chegar meu interlocutor, e onde acabou efetivamente por chegar, busquei um subterfúgio a fim de evitar cair no laço preparado para mim, então lhe disse:

– Não o tenho, Dionisidoro.

– …Tens certeza que és ateniense? Como assim não tens deuses, nem fazes sacrifícios familiares, nem participa destas belas coisas?

(…)

– Nem os jônios – foi minha resposta –, nem todos os que procedem de Atenas, conhecem semelhante nome. Temos um Apolo paterno, pai de Íon; mas nós não chamamos Zeus de pai, chamamos-lhe protetor de Atenas, guardião sobre nossas tribos, assim como Atena mesma é a guardiã.”

– Não são estes deuses animais? Têm anima, por certo, e tu convieste que tudo o que tem alma é animal.

– Sim, têm uma alma.

– Logo são animais.

– De acordo, animais.

– Dizias, porém, que eras dono dos teus animais, e que podias vendê-los e sacrificá-los.

– Não posso negar que confessei-o.

            Então, animado, Dionisidoro soltou:

– Posto que dizes que Zeus e os outros deuses são teus, é-te permitido vendê-los a teu próprio capricho ou doá-los como animais quaisquer que um cidadão possui?

(…)

– Ah, Poseidon! – exclamou Ctesipo, sem poder mais se conter –, abandono o ringue; estes homens são invencíveis.

            Daí em diante, amigo Críton, nenhuma das testemunhas presentes deixava de demonstrar surpresa e admiração diante do nível dos argumentos dos nossos adversários; no que Dionisidoro e Eutidemo gargalharam com tal vigor que temi até pela integridade física deles. Para dizer a verdade, muito antes dessa cena seus discípulos já haviam batido palmas várias vezes após suas bem-pensadas respostas, mas, nesta hora, cada coluna do Liceu parecia aplaudir junto. Quanto a mim, confessarei, ingenuamente, nunca haver conhecido personagens tão hábeis; tão apreciador me tornei de sua imensa sabedoria, fui pródigo em elogios.

 A dialética é um prato que se come ora quente, ora frio, mas ao cabo morno.

“sei, acho, que só os que se parecem convosco são capazes de estimar vossa ciência. Poderia assegurar-vos que o resto dos homens a deprecia a ponto de achar mais embaraçoso sair por aí ganhando discussões desta maneira que simplesmente se deixar ser convencido de uma vez. (…) Falai só entre vós e vossos amigos, e não ensineis essa ciência por outra razão que não a financeira; e, se quereis mesmo que prossiga em meus conselhos, preveni vossos discípulos de praticar com os de fora do vosso círculo, porque já sabeis que a escassez aumenta o preço da commodity. A água, como diz Píndaro, é excelente; mas por ser tão abundante não é devidamente valorizada. No demais, fazei-nos, a Clínias e a mim, o favor de receber-nos no número de vossos discípulos.

– Por que apreciável? Nenhum proveito se consegue tirar dela. Se tiveras comparecido a esta polêmica, compadecer-te-ias de teu amigo, porque é deveras ridículo, tendo ele tomado por mestres estes sofistas. Toda a suposta ciência desses <mestres> não é mais do que um imenso jogo de palavras; a essa altura do campeonato, já renunciaram completamente a chegar ao sentido das coisas. Qualquer um que resolva se consagrar a esta profissão, é forçoso que passe a vida entregue a tais sutilezas. Para ser sincero, Críton, a filosofia, como aqueles que a ela se consagram, é um conjunto de frivolidades e ridiculices.

– Eu não vejo como, caro Sócrates, se possa falar tão mal desses estudos, nem ele nem ninguém, ainda mais porque ele parece ter empregado muitos desses estudos a fim de criticar os próprios contendores de praça pública, estes que vivem em richas com os estrangeiros.

“Se a filosofia é uma coisa boa e o é também a ciência política¹, e ambas têm fins divergentes, os que participam de uma e da outra e que se encontram entre as duas não são nem tão bons quanto os filósofos, nem tão bons quanto os políticos; e se a filosofia é um bem e a política um mal, serão melhores que os primeiros, mas piores que os segundos; e se por um acaso trata-se de dois males, aí sim é que estarão certos, mas só assim. (…) Estes semi-políticos e semi-filósofos não podem tomar assento senão após os filósofos e após os políticos, mas ao invés de se resignarem com o terceiro posto, eles pretendem ter sempre o primeiro lugar.”

¹ Neste contexto, tem mais a acepção de “arte política”. No fundo, para Sócrates trata-se sempre do contraste: arte de conhecer X arte de reinar.

“CRÍTON – (…) quando avalio aqueles que têm por profissão educar a juventude, é verdade que muito me aterram, ao me parecerem tão indignos quanto incapazes da tarefa. Não vejo por que me daria ao trabalho de educar meu filho em filosofia.

SÓCRATES – Ah, meu querido Críton! Ignoras que meio-mundo é constituído de sujeitos que desconhecem o próprio ofício?

“Não consideres, daqui em diante, se os professores de filosofia são bons ou péssimos, mas fixa-te sobre a filosofia mesma. Se a julgares má, afasta dela não só teus filhos mas todo o povo; se a vires como eu mesmo a vejo e a vi desde sempre, então aplica teus filhos neste estudo, e a ti mesmo, com todas as forças de que és capaz.”

TEETETO OU DA NATUREZA DO SABER OU DO CONHECIMENTO – Ou: Acerca da noção de sílaba e sobre narizes achatados

Tradução de “PLATÓN. Obras Completas (trad. espanhola do grego de Patricio de Azcárate, 1875), Ed. Epicureum (digital)”.

TERPSIÃO – (…) Não podíamos vê-la agora [o registro escrito de um diálogo entre Sócrates e o jovem Teeteto, mediados ainda pelo experiente Teodoro]? Como venho do campo, tenho absolutamente necessidade de descanso.

EUCLIDES – Como acompanhei Teeteto até o Erineon [em Dorida, célebre por seu oráculo], também necessito. Vamos, então, e um escravo nos lerá enquanto nós repousamos.”

TEODORO – (…) Se fosse bonito temeria falar dele, para que não te imaginasses que eu me deixava arrastar pela paixão; mas, seja dito sem te ofender, longe de ser bonito, se parece contigo, e tem, como tu, o nariz achatado e uns olhos que saem das órbitas, conquanto não tanto quanto os seus.¹ (…) Com efeito, a uma penetração de espírito pouco comum, une a doçura singular de seu caráter, e é sobretudo valente como ninguém, coisa que não cria possível, e que não encontro alhures. Porque os que têm como ele muita vivacidade, penetração e memória, são de ordinário inclinados à cólera, deixam-se levar pra lá e pra cá, semelhantes a um navio sem lastro, e são naturalmente mais fogosos que valentes. Ao contrário, aqueles que têm mais consistência no caráter, levam ao estudo das ciências um espírito entorpecido, e não têm nada. Mas Teeteto anda nas trilhas das ciências e dos estudos com passo tão fácil, tão firme e tão lépido, e com uma fluidez comparável ao azeite, que corre sem ruído, que não me canso de admirá-lo e estou assombrado de que em sua idade já tenha feito tão grandes progressos.”

¹ A feiúra de Sócrates, que não deveria ser objeto do estudo filosófico do autor, é um dos assuntos favoritos dos comentadores. Do ângulo da teoria do conhecimento, teria sido impossível um homem formoso formular sua bela teoria das Idéias, continuada por Platão? Aquele que sumamente não agrada à vista, à aparência, sendo o mais conhecido defensor da essência oculta não deixa de ser socraticamente irônico, ou ironicamente socrático… Ao fazer seu próprio retrato – ou o aluno fazendo o do mestre – de forma inusitada, também é inaugurada a filosofia que conta consigo próprio, que não se ignora como ponto de partida das afirmações sobre o conhecimento, inserindo-se como ridículo na maior parte das vezes; seja para engrandecer a autoridade de seu discurso, seja simplesmente para se humanizar, se desarmar da pedanteria do sábio. Alcibíades, ao contrário, é o protótipo do galã grego, e no entanto é um cabeça-de-vento. O mais curioso, para a filosofia pós-socrática, é que Aristóteles cita preferentemente, quando necessita ilustrar seus conceitos, Sócrates e seu nariz achatado, recursivamente. Sócrates é animal, bípede e homem. Achatado não é necessariamente um nariz, é um atributo, não tem substância fixa; nem todos os narizes são achatados; nem todos os homens são Sócrates. Mas incidentalmente Sócrates é um homem que possui um nariz e ele é achatado.

SÓCRATES – Conheço-o; é o filho de Eufrônio de Súnion; nasceu de um pai, meu querido amigo, que é tal como acabas de pintar o filho mesmo; que gozou ademais de uma grande consideração, e deixou, a sua morte, uma considerável herança. Mas não sei o nome deste jovem.

TEODORO – Chama-se Teeteto, Sócrates. Seus tutores, pelo que parece, dissiparam algum tanto seu patrimônio, mas ele se conduziu com um desinteresse admirável.”

SÓCRATES – Sim, Teeteto, vem, para que ao mirar-te veja minha figura, que, segundo diz Teodoro, se parece com a tua. Mas se um e outro tivéssemos uma lira, e aquele nos dissesse que eram uníssonas, crer-lhe-íamos de pronto, ou examinaríamos antes se era músico?

TEETETO – Examiná-lo-íamos antes.

SÓCRATES – E se chegássemos a descobrir que é músico, daríamos fé a seu discurso; mas se não sabe música, não creríamos nele.

TEETETO – Sem dúvida.”

SÓCRATES – (…) Não é um sábio nas coisas que se sabem?

TEETETO – Sem dúvida.

SÓCRATES – Por conseguinte, o saber e a ciência são uma mesma coisa?

TEETETO – Sim.”

A juventude é suscetível de progresso em todas as direções.”

SÓCRATES – Pois bem, pobre inocente, nunca ouviste falar que eu sou filho de Fenarete, parteira muito hábil e de muita fama?

TEETETO – Sim, já o ouvi.

SÓCRATES – E não ouviste também que eu exerço a mesma profissão?

TEETETO – Não.”

SÓCRATES – (…) mas dizem que sou um homem extravagante, e que não tenho outro talento que o de afundar todo mundo em toda classe de dúvidas. Nunca ouviu dizerem?

TEETETO – Já.

(…)

SÓCRATES – Concentra-te no que concerne às parteiras, e compreenderás melhor o que quero dizer. Já sabes que nenhuma delas, enquanto pode conceber e ter filhos, se ocupa de fazer parirem as demais mulheres, e que não exercem este ofício, a menos que já não sejam suscetíveis da gravidez. Diz-se que Ártemis dispôs assim as coisas porque preside os partos, e todos sabemos que ela não é mãe. Não quis dar a mulheres estéreis o emprego de parteiras, porque a natureza humana é demasiado débil para exercer uma arte da que não se tem nenhuma experiência, e encomendou este cuidado àquelas que passaram através da idade da concepção, honrando assim a semelhança que têm com ela [a concepção? a experiência? a própria deusa?].” Só mediante muitos e calejados anos o ser humano pode se equiparar a um deus virgem em sabedoria reprodutiva. Afinal, imortalidade implica fertilidade. Sexuada ou não.

SÓCRATES – Ademais, por meio de certas beberagens e encantamentos sabem apressar o momento do parto e amortizar as dores, quando desejam; fazem parir as que têm dificuldades menstruais, e facilitam o aborto, se se julga necessário, quando o feto é prematuro.

TEETETO – Decerto.

SÓCRATES – Nunca observaste outra de suas habilidades, que consiste em serem muito entendidas em arranjar casamentos, uma vez que distinguem perfeitamente que homem e que mulher se devem unir, a fim de gerar filhos robustos?

TEETETO – Disso eu não sabia.

SÓCRATES – Pois bem, tem por certo que são elas mais orgulhosas dessa última qualidade que de sua destreza para cortar o umbigo. É só meditar um pouco.”

SÓCRATES – Tal vem a ser, então, o ofício das parteiras ou matronas, que é muito inferior ao meu. De fato, essas mulheres não têm que dar à luz quimeras ou coisas imaginárias como se fossem seres verdadeiros, o que não é tão fácil distinguir, e se as matronas tivessem o discernimento do verdadeiro e do falso nesta matéria, seria esta a parte mais bela e importante de sua arte. Não crês?

TEETETO – Sim.”

eu tenho em comum com as parteiras ser estéril quanto à sabedoria [Mas já soube um dia? Já pariu idéias?], e quanto àquilo de que muitos me acusam, de que passo o dia interrogando os outros, sem nada responder quando me interrogam, porque eu nada sei, confesso que eles têm razão. (…) O deus me impõe o dever de ajudar os demais a parir, e ao mesmo tempo não permite que eu mesmo produza nada.” “eles nada aprenderam de mim, tendo encontrado em si mesmos os numerosos e belos conhecimentos que adquiriram”

Não podem se convencer de que eu nada faço que não seja por afeição a eles, e estão longe de saber que nenhuma divindade quer mal aos homens, e que eu não obro assim porque lhes tenha qualquer má vontade, mas porque não me é permitido de maneira alguma conceder veracidade ao falso, nem deixar a verdade oculta.”

SÓCRATES – (…) O homem, diz Protágoras, é a medida de todas as coisas, da existência das que existem, e da não-existência das que não existem. Tu com certeza leste sua obra.

TEETETO – Sim, e mais de uma vez.

SÓCRATES – Não é teu parecer que as coisas são, com relação a mim, tais quais me parecem, e com relação a ti, tais como a ti te parecem? Porque somos homens, tu e eu.

TEETETO – É o que Protágoras diz, efetivamente.

(…)

SÓCRATES – Diremos então que o vento tomado em si mesmo é frio ou não é frio? Ou bem teremos que seguir Protágoras, dizendo que é frio para aquele que sente frio, e que não seja para um outro? (…) Parecer não é, a respeito de nós mesmos, a mesma coisa que sentir?

TEETETO – Sem dúvida.

(…)

SÓCRATES – Logo a sensação, enquanto ciência, tem sempre um objeto real e não é suscetível de erro.

a coisa alguma se lhe pode atribuir com razão denominação nem qualidade alguma; pois se se chama grande a uma coisa, ela parecerá pequena; se pesada, parecerá leve, e assim com todo o demais; porque nada é uno, nem igual, nem de uma qualidade fixa, senão que dependemos da translação, do movimento e de sua mescla recíproca para decidirmo-nos das coisas que existem. Servimo-nos, então, de uma expressão imprópria, porque nada existe; tudo devém. Os sábios todos, menos Parmênides, convieram neste ponto, inclusive Protágoras, Heráclito, Empédocles; os mais excelentes poetas dos mais díspares gêneros poéticos, Epicarmo na comédia, Homero na tragédia, quando diz:

O Oceano, pai dos deuses e Tétis sua mãe,

com o que dá a entender que todas as coisas são produzidas pelo fluxo e o movimento. Não julgas que é isto o que quisera dizer?

TEETETO – Sim.”

nada existe que seja uno, tomado em si. Assim, o preto, o branco e qualquer outra cor nos parecerão formados pela aplicação dos olhos a um movimento conveniente e o que dizemos que é tal cor não será o órgão aplicado, nem a coisa a que se aplica, senão um <não-sei-quê> intermediário e peculiar de cada um de nós.” “Não afirmarias antes que nada se te apresenta sob o mesmo aspecto, porque nunca és semelhante a ti mesmo?”

O desassossego é um sentimento próprio do filósofo, e o primeiro que disse que Íris (o conhecimento) era filha de Taumas (o assombro), não explicou mal a genealogia.”

Igualmente, o objeto, concorrendo com o olho à produção da cor, se vê empapado na brancura; e se faz, não brancura, mas branco, seja madeira, pedra ou qualquer outra coisa que receba essa tintura. (…) nada disso é uma realidade em si, como dizíamos antes, pois todas as coisas se engendram em meio a uma diversidade prodigiosa através de seu contato mútuo, que é um resultado do movimento. Com efeito, é impossível, dizem, se representar de uma maneira fixa um ser em si sob a qualidade de agente ou de paciente; porque nada é agente antes de sua união com o que é paciente, nem paciente antes de sua união com o que é agente”

é preciso suprimir absolutamente a palavra ser. É certo que muitas vezes, e agora mesmo, nos vimos forçados a usar esta palavra por hábito e como resultado de nossa ignorância; mas o parecer dos sábios é que não se deve usar, nem dizer, falando de mim ou de qualquer outro, que eu sou alguma coisa, isto ou aquilo, nem empregar nenhum outro termo que signifique um estado de consistência, e que, para se expressar segundo a natureza, deve-se dizer que as coisas se engendram, se fazem, perecem e se alteram sem passar daqui”

SÓCRATES – Diz-me de novo, se te agrada a opinião de que nem o bom, nem o belo, nem nenhum dos objetos de que acabamos de fazer menção, estão em estado de existência, senão que estão sempre em vias de geração.

TEETETO – Quando te ouvi dar a explicação, pareceu-me perfeitamente fundada, e estou persuadido de que se deve crer que as coisas são como tu explicaste.”

O que ouviste, creio eu, muitas vezes dos que não exigem provas de se neste momento dormimos, sendo nossos pensamentos outros tantos sonhos, ou se estamos despertos e conversamos realmente juntos.”

quando, sonhando, cremos contar como foi nosso sonho, é singular a semelhança com o que se passa no estado de vigília.”

mas, diga-se de uma coisa que existe, ou então que devém, é preciso dizer que é sempre a causa de alguma coisa, ou lastra a alguma coisa; e que não se diga, nem se consinta que se diga, que existe ou se faz coisa alguma em si e por si.”

SÓCRATES – Posto que não me engano, nem me extravio, no juízo que formo sobre o que existe ou devém, como posso me ver privado da ciência dos objetos, cuja sensação experimento?

TEETETO – Isso não é possível.

SÓCRATES – Assim, tu bem definiste a ciência, dizendo que não é mais que a sensação; e sustente-se com Homero, Heráclito e os demais, que pensam como eles, que tudo está em movimento e fluxo contínuo; sustente-se com o mui sábio Protágoras que o homem é a medida de todas as coisas; sustente-se com Teeteto, que, sendo isto assim, a sensação é a ciência, todas estas opiniões significam no fundo a mesma coisa.”

anfidromia (etim. “corrida” + “ao redor”): (*) “Ao quinto dia de vida do bebê levavam-no ao altar; ali davam-lhe nome e consagravam-no aos deuses Penates.”

Muito me surpreende que ao princípio de sua Verdade¹ ele não tenha dito que o porco, o cinocéfalo² ou outro animal mais ridículo ainda, capaz de sensação, são a medida de todas as coisas. Esta teria sido uma introdução magnífica e de fato ofensiva a nossa espécie, com a qual ele nos teria feito conhecer que, enquanto que nós o admiramos como um deus por sua sabedoria, ele não supera em inteligência, não digo nem a outro homem, mas sequer a um girino.”

¹ Título do livro de Protágoras tão citado por Sócrates neste Teeteto e em toda sua obra em geral. Infelizmente só nos restam poucos fragmentos. A melhor fonte de consulta segue sendo o filósofo antigo e exegeta Diógenes Laércio, mas já de sua época sua obra “Verdade” como volume e fonte de consulta completos tinha desaparecido.

² Criatura fabulosa, com corpo de homem e cabeça de cão, comum em representações das mitologias grega e egípcia.

SÓCRATES – Não seria assim, meu querido amigo, se o pai do primeiro sistema ainda vivesse, porque o sustentaria com energia. Hoje, que este sistema está órfão, insultamo-lo tanto mais quanto os tutores que Protágoras deixou, um dos quais é Teodoro, se recusam a patrociná-lo, e vejo claramente que, por interesse da justiça, estamos obrigados a sair em sua defesa.

TEODORO – Não sou eu, Sócrates, o tutor das opiniões de Protágoras, mas muito mais Cálias filho de Hipônico. Com respeito a mim, troquei de há muito estas matérias abstratas pelo estudo da geometria.”

Como? E não estaria Teeteto em muito melhor disposição para discutir que muitos homens barbudos?”

Não é fácil, Sócrates, quando alguém está sentado perto de ti, poder evitar o responder-te, e me equivoquei antes quando disse que me permitirias não despojar-me de minhas vestes, e que não me obrigarias, neste conceito, a lutar como fazem os lacedemônios.” “É preciso sofrer o destino que me preparas, e consentir de boa vontade em me ver refutado.”

Em segundo lugar, eis o mais gracioso. Protágoras, reconhecendo que o que parece a cada um é o verdadeiro, concede que a opinião dos que contradizem a sua, e a causa dos que crêem que ele se engana, é verdadeira.” “Logo, como a verdade de Protágoras é combatida pelo mundo inteiro, não é verdadeira para ninguém, nem para ele mesmo.”

com respeito ao justo e ao injusto, ao santo e ao ímpio, seus partidários asseguram que nada de tudo isto tem por sua natureza uma essência que lhe seja própria, e que a opinião, que toda uma cidade conceba, faz-se verdadeira por este fato singular e somente pelo tempo que dure. (…) Porém, Teodoro, um discurso sucede a outro discurso, e um mais importante a outro que o é menos.”

passam da adolescência à idade madura com um espírito inteiramente corrompido, imaginando-se com isto ter adquirido muita habilidade e sabedoria.”

Os verdadeiros filósofos ignoram desde sua juventude o caminho que conduz à praça pública. Os tribunais, onde se administra justiça, a paragem onde se reúne o senado, e os sítios onde se reúnem as assembléias populares lhes são desconhecidos. (…) e com referência às diversões com os tocadores de flauta, não lhes vêm ao pensamento acorrer a elas, nem em sonhos. Nasce um de alto ou baixo nascimento na cidade, sucede a alguém uma desgraça pela má conduta de seus antepassados, varões ou fêmeas, e o filósofo não demonstra mais ciência destes fatos que do número de gotas d’água que há no mar. Nem sabe ele mesmo que ignora tudo isso, porque se se abstém de se inteirar de tudo, não é por vaidade, senão que, para dizer a verdade, é porque está presente na cidade só de corpo. Quanto a sua alma, considerando todos estes objetos indignos, e não fazendo deles o menor caso, passeia por todos os lugares, medindo, segundo a expressão de Píndaro, o que está por baixo e o que está por cima da terra, eleva-se até os céus”

SÓCRATES – Conta-se, Teodoro, que Tales estando muito absorvido na astronomia, e olhando para o alto, caiu um dia num poço, e que uma servente da Trácia de espírito alegre e burlão riu, dizendo que o pobre homem queria tanto saber o que acontecia no céu que se esquecia do que tinha diante de si e diante dos próprios pés. Esta piada pode se aplicar a todos os que desempenham a profissão de filósofos. Com efeito, não só ignoram o que faz seu vizinho, e se ele é homem ou qualquer outro animal, como concentram toda a sua energia no indagar e descobrir o que é o homem, e o que convém fazer ou padecer a sua natureza (…) é verdade, ainda, que quando se vê obrigado a falar diante dos tribunais ou em qualquer outro evento ‘terrestre’, como disse ao princípio, o filósofo faz com que riam dele, não só as servas da Trácia, mas todo o povo, recaindo a cada instante, por sua falta de experiência, em novos poços e em toda sorte de perplexidades, e em tais conflitos que fazem-no passar por um imbecil. Se se o ofende, como ele ignora os defeitos dos demais, porque nunca quis se informar deles, não pode jogar na cara do ofensor nada pessoal, de maneira que, ao não ocorrer-lhe o que dizer, faz-se ainda mais ridículo. Quando escuta os demais dirigindo-se lisonjas entre si ou autogabando-se, ri-se, não por soberba, mas na melhor das intenções, e é tomado por isso, de novo, como um extravagante. Se em sua presença se exalta um tirano ou um rei, é como se ouvisse falar apenas da felicidade de algum pastor, porqueiro ou qualquer humilde guardador de ovelhas ou bois, porque deles extrai muito leite, e porque crê que os reis estão encarregados de apascentar e ordenhar uma espécie de animais, mais difíceis de governar e mais traidores, decerto, sem que por outra parte os mesmos tiranos ou reis sejam menos grosseiros e ignorantes que os pastores, por causa do pouco tempo que têm para se instruir, permanecendo encerrados em muralhas, como num aprisco situado no alto de uma montanha. Quando se diz em sua presença que um homem tem imensas riquezas, porque possui em bens dez mil acres ou mais, isto lhe parece pouca coisa, acostumado como está a dirigir sua vista ao mundo inteiro. Quanto aos que enaltecem a nobreza, e dizem que fulano é de bom nascimento, porque pode contar sete avós ricos, crê que semelhantes elogios procedem de gentes que têm a vista baixa e curta, a quem a ignorância impede fixar-se sobre o gênero humano como um todo, e a quem não ocorre o simples pensamento de que cada um de nós tem milhares de avós e antepassados, entre os quais se encontram muitas vezes uma infinidade de gente rica, como de gente pobre, de reis e de escravos, de gregos e de bárbaros (…) ri ao pensar que não pode se ver livre de idéias tão disparatadas cotidianamente. Em todas estas ocasiões o vulgo se burla do filósofo, a quem, em certos conceitos, supõe cheio de orgulho, e um ignorante, na outra mão, das coisas mais simples, e além disso um inútil para tudo.

TEODORO – O que tu dizes, Sócrates, se vê todos os dias.”

O primeiro a que chamas filósofo, educado no seio da liberdade e do ócio, não vê como é desonroso passar por homem cândido e inútil para tudo, tudo, isto é, cumprir certos desígnios servis, por exemplo, transportar uma maleta, temperar carnes ou fazer discursos. O outro, pelo contrário, desempenha perfeitamente todas estas comissões com destreza e prontidão, mas não sabe se portar como convém a uma pessoa livre, não tem nenhuma idéia da harmonia do discurso, e é incapaz de ser o cantor da verdadeira vida dos deuses e dos homens bem-aventurados.”

e nem é possível, Teodoro, que o mal desapareça por inteiro, porque é preciso que sempre haja alguma coisa contrária ao bem, e como não é possível colocá-lo entre os deuses, é de necessidade que circule sobre esta terra e ao redor de nossa natureza mortal. Esta é a razão pela qual devemos procurar fugir o mais rápido possível desta estância rumo aos deuses. Ao fugir nos assemelhamos a deus no que depende apenas de nós, e nos assemelhamos a ele pela sabedoria, pela justiça e pela santidade.”

Disso depende o verdadeiro mérito do homem ou sua baixeza e seu nada.”

quanto menos acreditarem ser o que são, tanto mais o serão em realidade, porque ignoram qual é o castigo da injustiça, que é o que menos se deve ignorar.”

o que uma cidade erige em lei, por parecer-lhe justa, é tal para ela, enquanto subsistir a lei; mas com respeito ao útil ninguém é atrevido o bastante para poder assegurar que toda instituição adotada por uma cidade que a julgou, por ora, vantajosa continue a sê-la indefinidamente; a não ser que se diga que o é apenas no nome, o que seria uma zombaria tratando-se deste assunto. Não concordais?”

os de Éfeso, que se têm por sábios, são tais, que disputar com eles é disputar com furiosos. Nada há de fixo em suas doutrinas. Deter-se sobre uma matéria, sobre uma questão, responder e interrogar por sua vez, pacificamente, é uma coisa que lhes é impossível, absolutamente impossível; tão pouca formalidade têm. Se lhes interrogas, logo retiram, como de uma bolsa, umas palavras enigmáticas que te arremessam no rosto, e se queres que te dêem a razão do que acabam de dizer, te verás, no meio da frase, já atacado por outras expressões equívocas.”

De que discípulos falas, meu querido Sócrates? Entre eles, nenhum é discípulo de outro; cada um se forma a si mesmo, desde o momento em que o entusiasmo se apoderou dele, e se têm uns aos outros por ignorantes. Não obterás nunca dessa gente, como antes te dizia, nem por força nem por vontade, o consentimento em nada”

Ainda temo criticar Melisso e os demais com alguma dureza quando sustentam que tudo é um e imóvel, mas sinto-o menos a respeito destes que com relação a Parmênides. Parmênides me parece a um só tempo respeitável e temível, para me servir das palavras de Homero. Tratei com ele sendo jovem e quando ele era já muito ancião, e me pareceu que havia em seus discursos uma profundidade pouco comum. Temo que não compreendamos suas palavras e que não penetremos bem em seu pensar; e, mais do que tudo, temo que as digressões que venham a se apoderar de nós, se não as evitamos, nos façam perder de vista o objeto principal desta discussão, que é conhecer a natureza da ciência.

Tu és belo, Teeteto, e não feio como dizia Teodoro, porque o que responde bem é belo e bom.”

SÓCRATES – Quando se julga, é necessário julgar sobre o que se sabe e sobre o que não se sabe?

TEETETO – Sim.

SÓCRATES – É impossível que, sabendo uma coisa, não se a saiba, ou que, não a sabendo, se a saiba.

TEETETO – Certamente.”

Como se formaria um juízo falso, já que o juízo não pode ter lugar fora dos casos que acabo de referir, posto que tudo está compreendido no que sabemos e não sabemos, e que em todos estes casos nos parece impossível o julgar falsamente? Quiçá não convenha examinar o que buscamos sob o ponto de vista da ciência e da ignorância, mas sim sob o ponto de vista do ser e do não-ser.

SÓCRATES – Pode acaso dar-se o caso de que se veja alguma coisa, e que o que se vê não seja nada?

TEETETO – Como?

SÓCRATES – Quando se vê um objeto, aquilo que se vê é uma coisa real, ou pensas tu que aquilo, que é alguma coisa, não é nada?

TEETETO – De forma alguma.”

SÓCRATES – Julgar sobre nada é em absoluto não julgar.

TEETETO – Parece evidente.

SÓCRATES – Logo, não é possível julgar, nem sobre o que não existe, nem sobre um objeto real, nem sobre um ser abstrato.”

SÓCRATES – Um discurso que o espírito dirija a si próprio acerca dos objetos que ele considera. Explico-me, como homem que não sabe muito bem do que fala, mas me parece que o espírito, quando reflete, nada faz senão conversar consigo próprio, interrogando e respondendo, afirmando e negando; e que quando se decidiu, mais cedo ou mais tarde, e revela seu verdadeiro pensar sobre um objeto sem hesitar, é nisto que consiste o juízo. Julgar, então, no meu conceito, é falar, e a opinião é um discurso pronunciado, não a um outro, nem em voz alta, mas em silêncio e diante de si mesmo.

SÓCRATES – Supõe comigo, seguindo nossa linha de raciocínio, que haja em nossas almas pranchas de cera, maior em uns, menor em outros, muito rígida ou muito branda em alguns, ou um perfeito meio-termo noutros.”

(*) “As artes são filhas de Deus (para os crentes), ou do Sublime (para os descrentes), e da Memória, do estudo: sem talento inato e sem estudar (memorizar) os sábios, os predecessores, não pode existir a arte.”

CHACRINHA

É impossível que o que se sabe, cuja impressão se conserva no espírito, e que não se sente no momento atual, imaginemos que seja alguma outra coisa que se sabe, cuja impressão se tem também e que não se sente; da mesma forma, que aquilo que se sabe seja outra coisa que não se sabe e do que não se tem impressão; e também que aquilo que não se sabe seja outra coisa que tampouco se sabe; e aquilo que se sente, algo que também se sinta; e aquilo que se sente, algo que não se sinta; e aquilo que não se sente, outra coisa que tampouco se sinta; e aquilo que não se sente, outra coisa se sinta.

É ainda mais impossível, se é que cabe, se figurar que o que se sabe e se sente, cuja impressão temos n’alma pela sensação, seja alguma outra coisa que se saiba e que se sinta, e cuja impressão tenhamos igualmente por intermédio da sensação.

É igualmente impossível que aquilo que se sabe, aquilo que se sente, cuja imagem conservamos gravada na memória, imaginemos que seja alguma outra coisa que se saiba; e também que aquilo que se sabe, que se sente e cuja lembrança se guarda, seja outra coisa que se sinta; e que aquilo que não se sabe, nem se sente, seja outra coisa que não se saiba, nem se sinta de igual forma; e aquilo que não se sabe, nem se sente, outra coisa que não se saiba; e aquilo que não se sabe nem se sente, outra coisa que não se sinta.”

SÓCRATES – Com relação àquilo que se sabe, quando imaginamos que seja alguma outra coisa que se saiba e que se sinta, ou que não se saiba, mas que se sinta; ou com relação ao que se sabe e se sente quando se toma por outra coisa que se saiba e igualmente se sinta.

TEETETO – Agora te entendo menos que antes.”

é possível que não se sinta o que se sabe e, igualmente, que se sinta.”

Não pode acontecer de forma análoga, com respeito ao que não se sabe, que muitas vezes não se o sinta, e muitas vezes se o sinta, sem mais?”

Sócrates conhece Teodoro e Teeteto, mas não vê nem um, nem outro, e não tem nenhuma outra sensação a respeito deles. Neste caso nunca formará em si mesmo este juízo: que Teeteto é Teodoro.”

SÓCRATES – (…) conhecendo um de vós dois e não conhecendo o outro, e não tendo, por outro lado, nenhuma sensação de um nem de outro, não se me há de afigurar jamais que aquele que eu conheço seja o outro que eu não conheço.

TEETETO – Perfeito.

SÓCRATES – (…) e não conhecendo nem sentindo um ou outro, não hei nunca de pensar que um, que não me é conhecido, seja o outro, que tampouco eu conheço. Numa só palavra, te imagina ouvindo de novo todos os exemplos que propus em primeiro lugar, nos quais jamais formarei um juízo falso sobre ti, nem sobre Teodoro”

SÓCRATES – Resta, por conseguinte, formar juízos falsos no caso em que, conhecendo-os a ti e Teodoro, e tendo vossas feições gravadas sobre as citadas pranchas de cera da memória, vendo-os a ambos de longe, sem distingui-los o suficiente, me esforce em aplicar a imagem de um e de outro à visão que lhe é própria, adaptando e ajustando esta visão sobre as camadas de cera (impressões) que eu possuo (…) e tomando um por outro, como acontece a quem põe o sapato de um pé no outro pé, aplico a visão de um e de outro à fisionomia que não é sua, ou quando recaio em erro, experimentando o mesmo de quando nos olhamos no espelho, onde o que está à direita aparece à esquerda; então acontece que uma coisa se toma pela outra, e se forma um juízo falso.”

SÓCRATES – O mesmo acontece quando, conhecendo-vos, os dois, tenho, além disso, a sensação de um mas não a do outro e não tenho conhecimento deste outro através da sensação, que é o que eu dizia antes”

Dissemos que o falso juízo tem lugar quando, conhecendo estas duas pessoas e vendo uma e outra, ou tendo qualquer outra sensação de ambas, eu não atribuo a imagem de cada uma (das pessoas) à sensação que dela tenho”

o falso ou verdadeiro juízo gira e se move de certa maneira nos limites do que sabemos e do que sentimos”

SÓCRATES – E eis a causa. Quando a cera que se tem na alma é profunda, profusa, densa, aderente e bem-moldada, os objetos que entram através dos sentidos e se gravam neste coração d’alma, como o chamou Homero, designando assim de uma forma poética sua semelhança com a cera, deixam ali impressões distintas entre si e de alguma profundidade, capazes de se conservar à passagem do tempo.

Quem se enquadra neste caso tem a vantagem, em primeiro lugar, de aprender mais facilmente; em segundo, de reter o que aprenderam; e, enfim, de não confundir os signos das sensações, podendo formar verdadeiros juízos. Porque como esses signos são claros e estão colocados num lugar espaçoso, se aplicam de pronto, cada um, a sua marca, isto é, objetos reais. A esta classe se dá o nome de sábios.

SÓCRATES – Pelo contrário, quando este coração está recoberto de pelugem, como loa nosso mui sábio Homero, ou a cera é impura e cheia de sujeiras, ou demasiado mole ou então demasiado dura; acontece o seguinte: os que a tem muito branda aprendem rapidamente, mas esquecem com a mesma facilidade, que é o exato oposto de quem tem uma cera mui dura. Sobre os indivíduos que possuem cera <peluda>, áspera e pétrea até certa medida, ou mesclada com terra e limo, o signo dos objetos não se mostra limpo; tampouco naqueles com cera demasiado rígida, porque aí não há profundidade; nem naqueles com cera molenga, porque, entremesclando-se as camadas (impressões recebidas), rapidamente os objetos se escurecem. Ainda menos claros são quando além do mais a alma ainda é pequena, sendo estreitas suas sendas (o depósito da memória). Todos estes estão sob o caso dos que formam falsos juízos. Porque quando vêem, escutam ou imaginam alguma coisa, ao não aplicar a cada objeto seu signo verdadeiro, seja por lentidão, seja por descuido apressado, atribuem a um objeto características que corresponderiam a outro, e geralmente tudo que ouvem, escutam e concebem decorre do capricho. (…)

TEETETO – Impossível se expressar melhor, Sócrates.”

SÓCRATES – Na verdade, Teeteto, precisamos convir que um homem tagarela é um ser muito importuno e enfadonho.

(…)

SÓCRATES – Me encontro de mau humor a respeito da minha pobre inteligência, ou, para dizer a verdade, quanto ao meu charlatanismo; porque, que outro termo se emprega quando um homem, por pura estupidez, provoca conversa fiada, indo e vindo em todas as direções, jamais se dá por satisfeito e não abandona o assunto a não ser quando é forçado?

TEETETO – Mas o que é que tanto te incomoda?

SÓCRATES – Não só me encontro incomodado, como temo não saber o que responder, no caso de me perguntarem: <Sócrates, averiguaste que o falso juízo não se encontra nem nas sensações comparadas entre si, nem nos pensamentos, mas no concurso da sensação e do pensamento?>. Eu dir-lhes-ei que sim, ao que me parece, comprazendo-lhes como se de magnífica descoberta se tratara.”

SÓCRATES – E não te tocas de que é insolente explicar o que seja o saber, quando ainda não se sabe o que é a ciência? Mas, Teeteto, depois de tanto falarmos, nossa conversa já é um formigueiro de defeitos. Empregamos uma infinidade de vezes estas expressões: conhecemos, não conhecemos, sabemos, não sabemos, como se entendêssemos tanto umas quanto outras, não obstante até agora ignorarmos o que é a ciência”

TEETETO – Como poderás dialogar, Sócrates, se absténs-te de usar tais expressões?

SÓCRATES – Não poderei, até que seja outra coisa que não eu. Mas ao menos é certo que se eu fosse um disputador ou se encontrasse aqui algum, estudar-me-ia e medir-me-ia com maior cautela as palavras de que me sirvo.”

se havendo comprado algum traje e sendo seu dono, o comprador não o usa, diremos acaso que ele tem um traje? Antes, apenas o possui.”

SÓCRATES – Examina, para saber, apenas aquele que, pela aparência, já o sabe desde o início e se exercita, porque para se chegar ao resultado dum cálculo tem-se de conhecer todos os números de antemão. Estás ciente da natureza das dificuldades que agora abordamos?”

SÓCRATES – Depois de uma volta bem comprida, eis-nos aqui de novo de volta ao primeiro problema.”

SÓCRATES – Não é certo que, quando os juízes têm uma persuasão bem-fundada sobre fatos, que não podem ser conhecidos a menos que testemunhados diretamente, julgando, neste caso, somente com base no relato de uma terceira parte, eles mesmo assim formam um verdadeiro juízo sem a ciência, e estão persuadidos, com razão, posto que o bom juiz bem julga, e assim o faz?

TEETETO – Incontestavelmente.

SÓCRATES – Mas, meu querido amigo, se o verdadeiro juízo e a ciência fossem a mesma coisa, nunca que o juiz julgaria bem, nem mesmo o melhor de todos, estando desprovido, pela lógica, da ciência. Disso decorre: o verdadeiro juízo não é sinônimo de ciência.”

SÓCRATES – (…) tu podes explicar-me como ele distinguiria os objetos que se podem saber dos que não se podem?

(…)

SÓCRATES – Escuta bem, então, Teeteto, este segundo relato de um sonho: Creio ter ouvido também de algumas bocas que os primeiros elementos, se é que posso dizê-lo, dos que o homem e o universo se compõem, são inexplicáveis; a cada qual, segundo é em si mesmo, não se pode fazer nada além de dar um nome, sendo impraticável enunciar juízos contra ou a favor das coisas, porque isso já seria atribuir o ser ou o não-ser; nada se deve acrescentar ao elemento, se o objetivo for tão-só enunciá-lo; nem mesmo a coisa é digna de que se a misture e embace com as palavras <ele>, <este>, <cada>, <só>, <isto>, nem outros muitos termos similares, porque, ao não existir nada que seja fixo, todo pronome se aplica a todas as coisas e é de algum modo diferente da própria coisa a que se refere; seria preciso enunciar o elemento em si mesmo, se isso fosse possível, e se houvesse uma explicação que lhe fôra particular, por meio da qual se enunciasse a coisa de uma vez por todas sem o auxílio de nenhuma outra coisa (…)

Ao contrário, sobre os seres compostos desses elementos, como há uma combinação de princípios, combinam-se os nomes que possibilitam a comprovação, porque afinal esta resulta essencialmente da reunião dos nomes. Em suma, os elementos sozinhos não são nem explicáveis nem cognoscíveis, mas apenas sensíveis; porém, quanto aos compostos, estes são cognoscíveis, enunciáveis e estimáveis por um verdadeiro juízo”

SÓCRATES – Então, Teeteto, será que descobrimos mesmo, num só dia, o que muitos sábios tentaram descobrir durante tanto tempo, até a velhice, sem sucesso?”

SÓCRATES – (…) Sem embargo, há, no que acabamos de dizer, um ponto que me desagrada.

TEETETO – E qual é?

SÓCRATES – O que parece mais evidente, a saber: que os elementos não podem ser conhecidos, e que os compostos, por outro lado, o podem.

TEETETO – E não é assim mesmo?”

SÓCRATES – (…) esclarece-me, por favor: têm as sílabas uma definição e os elementos não? (…) Estou de acordo que seja assim. Se alguém te perguntasse sobre a primeira sílaba do meu nome desta maneira: Teeteto, diz-me, o que é SO? O que tu responderias?

TEETETO – Que é um S e um O.

SÓCRATES – Não é essa a explicação dessa sílaba?

TEETETO – Sim.

SÓCRATES – Diz-me então qual é a do S?

TEETETO – Como explicar os elementos dum elemento? O S, Sócrates, é uma letra muda e um som simples, que a língua executa silvando. O B não é uma vogal, nem um som, da mesma forma que maior parte dos elementos; de sorte que pode-se dizer com fundamento que os elementos são inexplicáveis, uma vez que os mais sonoros deles, até o número de sete¹, não têm mais do que som, e não admitem absolutamente explicação.”

¹ Provavelmente, uma referência ao número de vogais gregas, na concepção gramática de Platão, e que, também provavelmente, é a válida para a maior parte dos autores e gramáticos helênicos, se hoje fôssemos fazer um levantamento. Usualmente, dizemos haver 5 vogais. Porém, o mais certo é diferenciar: “A, É, Ê”: aqui temos 3 vogais (fonemas), não somente 2 (“A e E”, como responderiam os vestibulandos). O acento gráfico transforma a pronúncia, pode mudar radicalmente o sentido de um (semi-)homônimo (todos os demais elementos do vocábulo mantidos). A contagem de Teeteto não é exaustiva: não computa todas as vogais que possuem “todos os fonemas humanamente possíveis e discerníveis”, nem conseguiria chegar ao mesmo resultado sobre as consoantes, nem em termos de língua grega clássica (se considerarmos períodos anteriores e posteriores ao socrático) nem se se referisse a qualquer outra cultura, isoladamente, embora possamos hoje, historiogràficamente, (tentar) empreender um catálogo que “some” todos os fonemas produzidos pelas mais díspares culturas, mas este catálogo terá sempre a possibilidade de ter novas páginas conforme novas descobertas arqueoantropológicas. Ex: para nós, brasileiros, inexiste o “Ü”. Não significa que temos um alfabeto “menos total”. Então, essa vogal não adentra nosso sistema fônico. Já outras culturas não reconhecem o “Ô. Noutras culturas, ainda, maioria das ocorrências de “E” se dá numa zona proximal do “I” (dois “E” consecutivos no Inglês). Muitas vezes, os acentos “caem” na ortografia oficial, mas a pronúncia segue inalterada, porque se tornaram redundantes para a média populacional (inúmeros casos no próprio Português e no Francês). Os gregos ou franceses pré-modernos possuíam sinais gráficos que nós nem mesmo estudamos ou conhecemos na escola, tal qual a vogal “O” ou “I” encimada por uma barra horizontal, indicadora do tempo empregado na pronúncia da palavra (vogal breve ou longa, etc.).

Importa, portanto, menos saber quais são os sete fonemas pensados por Teeteto do que se eles configuram um sistema ou totalidade racional representável. O número de “vogais” (que é o que ele nomeia, sem nomear expressamente) poderia ser 5 ou 10, sem ferir o significado essencial no diálogo. “A”, “E”, “I”, “O” ou “U” não têm um conceito, são meros significantes arbitrários.

SÓCRATES – (…) nosso belo razoar se desvanece e escapa de nossas mãos.

TEETETO – Mentiria se dissesse que não. E tão de repente!

SÓCRATES – A culpa é nossa: não defendemos suficientemente bem nossos argumentos. Quiçá fosse necessário supor que a sílaba não consiste em elementos, mas num não-sei-quê, resultante de elementos combinados, representados de uma forma particular, só sua, que é diferente dos elementos tomados por si mesmos.”

SÓCRATES – Concluindo, é preciso que não contenha partes.

TEETETO – Por quê?

SÓCRATES – Porque, onde há partes, o todo é necessariamente o mesmo que a soma das partes. Ou bem dirás que um todo resultante da soma das partes tem uma forma própria distinta da de todas aquelas (partes em conjunto)?

TEETETO – Concordo.

SÓCRATES – O todo e o total ou a soma, são em tua opinião uma mesma coisa ou duas coisas distintas?

TEETETO – Não tenho convicção acerca disso, mas pôsto que queres que eu responda com resolução, me atrevo a dizer que são coisas diferentes.

SÓCRATES – Toda coragem é laudável, Teeteto, e é preciso ver se o é também tua resposta.”

SÓCRATES – Há alguma diferença entre todas as partes e o total? Por exemplo, quando dizemos, um, dois, três, quatro, cinco, seis, ou duas vezes três, ou três vezes dois, ou quatro mais dois, ou três, dois e um (3 + 2 + 1), ou 5 + 1, não dão todas estas expressões no mesmo número, ou resultam num número diferente?

TEETETO – Dão no mesmo número.

SÓCRATES – Não é o mesmo que 6?

TEETETO – Exato.

SÓCRATES – Não compreendemos em cada expressão¹ todas as 6 unidades?

TEETETO – Decerto.

SÓCRATES – Não expressamos nada quando dizemos todas as seis unidades?

TEETETO – Alguma coisa queremos dizer, certamente.

SÓCRATES – Outra coisa que não seja <seis>?

TEETETO – Discordo.

SÓCRATES – Por conseguinte, por tudo que se pode conseguir através dos números, entendemos que o total e todas as suas partes sejam o mesmo.

TEETETO – Assim me parece.

SÓCRATES – Digamos de outra forma. O número, que expressa um acre, e o acre em si, não são a mesma coisa?

TEETETO – Com certeza.

SÓCRATES – O número que expressa o estádio² não estaria no mesmo caso?

TEETETO – Também.

SÓCRATES – Não sucederia o mesmo com respeito ao número de uma infantaria, de uma frota ou coisas semelhantes? Porque a totalidade do número é precisamente cada uma destas coisas tomada em conjunto.

TEETETO – Não posso negar.

SÓCRATES – Mas o que é o número a respeito de cada coisa senão suas partes?

TEETETO – Nada.

¹ Curiosamente, foram 6 os exemplos socráticos:

a) Contando de 1 a 6;

b) 2*3 = 6

c) 3*2 = 6 (regra da permutação, que reza: a ordem da disposição dos termos não altera o produto)

d) 4 + 2 = 6

e) 3 + 2 + 1 = 6 (Não importa o nº de termos, se o somatório for idêntico, já que 4 poderia se decompor perfeitamente em 3 + 1, ou seja, quem conhece o princípio “a)” pode chegar a todos os outros em adição: basta saber contar de 1 até 6 para saber quantas possibilidades de somas de 1 a 5 produzem 6 como resposta.) (Ignoramos aqui o 0, pois os gregos não o reconheciam. Não reconheciam a existência de 6 + 0 = 6.)

f) 5 + 1 = 6 (primeiro termo da série + último termo da série = termo seguinte da série, se o primeiro termo da série for a unidade)

² 1 estádio = 185m

SÓCRATES – O todo não é composto de partes, caso contrário o conjunto das partes seria um total.”

(…)

SÓCRATES – Mas a parte, é parte de algo senão o todo?

TEETETO – Sim, só pode ser parte do total.

SÓCRATES – Te defendes com bravura, Teeteto. O total não é um total quando nada lhe falta?

TEETETO – Necessariamente.

SÓCRATES – O todo, não será, pois, um todo, quando nada lhe falte? Tanto que, se lhe falta alguma coisa, não pode ser um total, nem é um todo, e um e outro (todo e total) se fazem o que são pela mesma causa.”

SÓCRATES – Regressando, enfim, ao que antes queria comprovar, não é certo que se a sílaba não é um dos elementos compostos é uma necessidade que estes elementos não sejam partes com relação a ela, ou que, sendo a mesma coisa que os elementos, não possa a sílaba ser mais conhecida que eles?”

SÓCRATES – Segundo o que dizes, Teeteto, a sílaba deve ser uma espécie de forma indivisível.”

SÓCRATES – Se a sílaba não tem partes, tem então a mesma forma que os primeiros princípios e é simples como eles?

TEETETO – A parecer que sim.”

SÓCRATES – Se acaso a sílaba for una e indivisível, tanto quanto o elemento, ela não será então mais suscetível de explicação, nem mais cognoscível que aquele, porque a mesma causa produzirá os mesmos efeitos em ambos.”

SÓCRATES – Tu não fizeste outra coisa, ao aprender as letras, que exercitar-se em distinguir os elementos, seja pela vista, seja pelo ouvido, para não te veres confundido, qualquer que fosse a ordem em que se as pronunciava ou escrevia.

TEETETO – Dizes a verdade.

SÓCRATES – E que é que trataras de aprender perfeitamente à casa do mestre de lira, senão o meio de te pores de acordo com cada som audível e distinguir a corda de que cada tipo diferente de som procedia? Isso o mundo inteiro admite, porque são estes (o som, a nota) os elementos da música.”

Os elementos podem ser reconhecidos, conforme exige a perfeita inteligência de cada ciência, de maneira mais clara e decisiva que quanto às sílabas;¹ e se alguns sustentam que a sílaba é, por natureza, cognoscível, e que o elemento por natureza não o é, podemos ter certeza que é um bromeiro ou um louco.”

¹ Não existia na antiguidade uma ciência chamada Linguística, bem como ela ainda hoje comporta tantas correntes que seria besteirol e pretensão tentar abarcar tantas e tão profusas concepções lingüísticas sob um mesmo rótulo.

SÓCRATES – Diz-me quê significa a palavra explicação. Em meu juízo significa uma destas três coisas.

TEETETO – Que coisas?

SÓCRATES – A primeira, o ato de fazer o pensamento sensível pela voz por meio dos nomes e dos verbos; em conseqüência disso, ficará a palavra empregada gravada no pensamento, nele refletida, a modo de um espelho ou da superfície d’água.”

SÓCRATES – Não é todo mundo igualmente capaz de fazê-lo, e de expressar com razoável clareza e sucintez o que pensa sobre determinada matéria, salvo se falamos de um mudo ou surdo de nascimento?”

Hesíodo¹ diz que a carruagem compõe-se de cem peças. Eu não as poderia enumerar, e creio que tu tampouco. E se nos perguntassem o que diabos é uma carruagem, creríamos suficiente responder <as rodas, o eixo, os flancos, os aros e o timão>.

TEETETO – Certamente.

SÓCRATES – Mas, respondendo assim pareceríamos, a quem nos fizesse essa pergunta, tão ridículos, como se perguntando-nos teu nome, respondêssemos sílaba por sílaba, e talvez não imaginássemos, crendo formar um juízo exato e bem-enunciado, que vestíamos no final a toga de gramáticos, explicando conforme as regras da gramática o nome de Teeteto; sendo que isso é exatamente ignorar o quê é responder como um homem que sabe, a não ser que com o verdadeiro juízo prestássemos conta exata de cada coisa, menor que fosse, de acordo com seus elementos constituintes, como dissemos precedentemente.”

¹ (*) Nota do editor espanhol – As Obras e Os Dias, 454.

SÓCRATES – Pensas tu que alguém conhece qualquer objeto, seja qual seja, quando julga que uma mesma coisa pertence tanto ao mesmo objeto quanto a outro diferente, ou que sobre um mesmo objeto forma tão logo um juízo como outro?

(…)

TEETETO – Tu queres dizer, Sócrates, que nós críamos que tal letra pertencia tanto à mesma sílaba quanto a outra, e que colocávamos a mesma letra, tão logo numa sílaba (que lhe correspondia) como em outra qualquer?

SÓCRATES – Sim, isso mesmo.

TEETETO – Pois bem, então, não o esqueci; e não tenho por sábios aqueles que incorrem nesses equívocos.

SÓCRATES – Mas… e se uma criança em situação análoga escreve o nome Teeteto, com um T e um E, crendo estar, assim, escrevendo-o corretamente, e, querendo ainda escrever o nome Teodoro, usa também o T e o E, diremos dessa criança que conhece a primeira sílaba de vossos nomes?

TEETETO – Acabamos de convir, Sócrates, que quem assim pensa, pensa em confusão e dista do conhecer.

SÓCRATES – E não poderia pensar igual com respeito à segunda, terceira e também à quarta sílabas?

TEETETO – Em absoluto.”

SÓCRATES – Quer dizer, meu querido amigo, que há um juízo reto, acompanhado de explicação, que ainda não se pode chamar <ciência>.

TEETETO – Parece que é isso mesmo.

SÓCRATES – Segundo todas as aparências, nós só estávamos sonhando ao crer determos a verdadeira definição da ciência. Mas não a condenemos ainda!”

TEETETO – Isso me recorda, Sócrates, bem oportunamente, que, com efeito, ainda falta um sentido para examinar: segundo o primeiro, a ciência seria a imagem do pensamento expressa pela palavra; segundo o segundo sentido do qual acabamos de falar, a determinação do todo pelos elementos (método analítico); e o terceiro sentido ou a terceira acepção, qual seria essa?

SÓCRATES – O mesmo que muitos outros designariam assim como eu, e que consiste em poder dizer no quê a coisa que é objeto de interrogação difere de todas as demais coisas (exclusão pela negação dos contrários).

(…)

SÓCRATES – Veja o sol, por exemplo. Creio que designo-o suficientemente ao dizer que é o mais brilhante de todos os corpos celestes que giram ao redor da Terra.

TEETETO – E nisso não erras.

SÓCRATES – Escuta, Teeteto, porque assim me expressei. Acabamos de dizer que, segundo alguns, fixa-se, a respeito de cada objeto, a diferença que os separa de todos os demais; desse modo, obtém-se a explicação do objeto em questão; mas se só te fixares numa qualidade em comum, terás apenas a explicação dos objetos a quem esta qualidade é comum.

(…)

SÓCRATES – Desse modo, quando, mediante um juízo reto acerca dum objeto qualquer, vem-se a saber no quê é que ele se diferencia de todos os demais, ter-se-á a ciência do objeto, superando assim, aquele estágio em que nos encontrávamos, quando detínhamos apenas a opinião acerca do objeto.

Quando formo sobre ti um juízo verdadeiro, ou o verdadeiro juízo, possuindo a explicação do que és, finalmente te conheço; mas, senão, não tenho mais do que uma opinião de Teeteto.”

SÓCRATES – E quando não tinha de ti mais que uma simples opinião, estás de acordo que eu não havia ainda penetrado com profundidade de pensamento bastante os traços que te distinguem do resto dos mortais?

TEETETO – De fato, creio-o.

SÓCRATES – Não tinha presentes no espírito (na alma) qualidades além das comuns, que podem ser tanto suas quanto de qualquer outro homem.

TEETETO – Necessariamente.”

SÓCRATES – No meu entendimento, Teeteto, nunca hei de formar tua imagem antes de que teu nariz achatado se imprima em minha memória, de uma maneira diferente a todas as espécies de narizes achatados que eu já gravei; e o mesmo a respeito de todas as outras partes que te compõem. De sorte que, se te encontrar amanhã, teu nariz achatado trar-me-á à tona tua alma, e formarei de ti um juízo verdadeiro.

TEETETO – Incontestável!”

SÓCRATES – E se se pergunta, ao autor da definição, <o quê é a ciência>, ele responderá, é o mais provável, que trata-se dum juízo exato sobre um objeto do qual se conhecem as distinções

a ciência não é a sensação, nem o verdadeiro juízo, nem o mesmo juízo acompanhado de explicação.”

SÓCRATES – Veja, pois, meu querido amigo, que ainda segue nossa penosa gravidez e as dores do parto (na forma do conhecimento sobre a ciência) ainda nos premem. Ou tu achas que já demos a luz a todas as nossas concepções?

TEETETO – Com efeito, Sócrates, pude dizer, com teu auxílio, muito mais coisas do que tinha em meu interior.

SÓCRATES – Não viste com perfeição, por intermédio de minha arte de parteiro, que todas aquelas concepções eram frívolas e indignas de sustentação e propagação?

TEETETO – Sim, vi muito bem.

SÓCRATES – Se, Teeteto, desejas, doravante, produzir, e se, com efeito, produzes frutos, serão melhores, graças a esta discussão que travamos; mas se permaneces estéril, ao menos não te farás enfadonho aos que contigo dialoguem, porque serás mais tratável e mais humilde, e não crerás saber o que não se sabe. Isso é tudo de que minha arte é capaz – não espere mais dela. (…) No entanto, sobre o ofício de fazer partos, minha mãe e eu o recebemos diretamente de deus, ela, para as mulheres, eu, para os jovens de belas formas e nobres sentimentos. Agora necessito ir ao pórtico do rei, para responder à acusação de Meleto contra mim¹; mas, Teodoro, que também nos escuta, te insto a me aguardar neste mesmo local e horário amanhã.”

¹ https://seclusao.art.blog/2017/12/08/apologia-de-socrates/.